Pom Pom Pom Pooom « Un milliardaire vous parle »

On se rappellera que pendant la seconde Guerre mondiale, de nombreux Belges écoutaient la radio de Londres dont les messages commençaient invariablement par quelques notes de la Troisième Symphonie de Beethoven et la formule « Ici Londres ».

Le Journal « Le Soir », à 48 heures des élections, donne enfin la parole à ceux qui comptent, à ceux qui comptent vraiment : les milliardaires et les financiers.

C’est l’un des nôtres qui s’exprime : Albert Frère !  La description qui en est faite le montre lové dans un appartement truffé de livres et de photos dédicacées, et qui, après avoir répondu à l’interview, se propulse dans un Jet privé pour poursuivre le vrai combat, celui de l’augmentation de ses capitaux.  C’est cet homme-là qui a la solution à nos problèmes !  Elle s’écrit sur cinq colonnes de la page 3 en lettres de 3 centimètres de haut : « L’heure de la Rigueur ». Il paraphrase même Winston Churchill qui, lui, dut toujours vendre ses livres pour maintenir son niveau de vie, en soulignant que les politiques devraient avoir le courage de dire à leurs électeurs qu’ils n’ont rien d’autre à leur offrir que « du sang, du travail, des larmes et de la sueur ».

Il serait passionnant de calculer ce que produirait, sur les revenus d’Albert Frère, une politique de rigueur.  Son revenu passerait-il de 25 millions à 24,5 millions d’euros ? Perte colossale j’en conviens.

Albert Frère plaide bien sûr pour le maintien de la Belgique, mais tout de suite, signale que si les politiques ne sont pas « sages », il y a un bâton derrière la porte.  Et quel est ce bâton ? Coucou les revoilà !  Albert Frère précise « Quelle sera la notation et, donc, le coût du crédit, de deux régions séparées ? ».  Autrement dit, « soyez sages les petits, restez dans le bac à sable, ne le divisez pas, ou sinon, la méchante et grande Agence de notations modifiera la cote de la Belgique ».

Enfin, le cher Albert Frère sonne la fin de la récréation en soulignant : « L’heure de la rigueur et de L’austérité a sonné » !  Mais rigueur et austérité pour qui ?

Pour les centaines de milliers de pensionnés, pour les handicapés, pour les allocataires sociaux OU pour les financiers ?

Allez, chers lecteurs, faut pas rigoler !!! La rigueur, ce sera pour ceux, la tourbe vulgaire, qui vivent de leur travail ou de leurs allocations.

Les financiers qu’il a fallu sauver en catastrophe parce qu’ils ont mis en place un système de casino, eux sont intouchables, eux ne peuvent pas faire faillite, eux représentent le dynamisme et la créativité.

J’ai un peu de mémoire, certains m’en reconnaissent même beaucoup. J’étais, fin des années 1970, chef de Cabinet, et je me rappelle que ce même Albert Frère, qui se dit si attaché à la Belgique, et c’est vrai qu’il vit encore à Gerpinnes, lorsqu’il était propriétaire de la sidérurgie carolo, n’a pas hésité à vendre la production d’acier à un Groupe français, mais s’est bien gardé de vendre la commercialisation.  Son attachement à la Belgique et à la Wallonie était, à l’époque, à géométrie variable.

Le Roi Baudouin ne lui a d’ailleurs jamais pardonné cette opération.  Raison pour laquelle il ne sera anobli qu’après le décès de celui-ci.  L’interview d’Albert Frère me fait penser à cette réplique d’Audiard : « Quand les mecs de cent kilos parlent, ceux qui en pèsent cinquante se taisent ».

J’éprouve donc une crainte bien naturelle en écrivant ces lignes car j’ose critiquer ceux qui détiennent le vrai pouvoir. Ceux qui considèrent les politiques soit comme des clients soit comme des marionnettes et, malheureusement, ils ont parfois raison !

Il faudra unir toutes nos forces pour empêcher que cette rigueur qu’on va nous imposer ne soit pas un cataclysme social qui, n’ayez aucun doute, frappera d’abord les plus fragiles d’entre nous. Pour les autres, ils auront toujours le choix entre un yacht de 20 millions d’euros ou un autre de 35 millions d’euros !

merry_hermanus@yahoo.com
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