Une vie d’instituteur !

A l’enterrement de ma mère, s’est présenté l’ancien économe de l’Athénée de Laeken où j’ai passé pas moins de douze ans.

J’ai souhaité le revoir et il a eu l’excellente idée de me présenter une série de photos prises dans le courant des années 50.

Sur l’une d’entre elles, est rassemblé, autour du préfet Marcel Tricot, l’ensemble du corps professoral.

Après toutes ces années, j’eus la surprise de reconnaître un très grand nombre de professeurs, de pouvoir mettre un nom sur les visages, et de me rappeler bien des anecdotes à leur propos.

Mais ce qui est surprenant, c’est leurs vêtements. Tous sont en costume cravate.

Aujourd’hui, ils pourraient presque passer pour des banquiers de la City.

Quel contraste avec les enseignants d’aujourd’hui !

Nombreux sont ceux qui ont l’allure d’infra-salariés.

Le statut social des enseignants s’est effondré en une trentaine d’années.

Ils étaient des notables. Ils sont devenus d’infimes rouages d’un système à la dérive.

Les enseignants sont sous payés et appartiennent maintenant à une catégorie sociale méprisée par beaucoup.

C’est évidemment emblématique de ce qu’est devenue notre société.

Le décalage est partout.

Dans mon existence, j’aurais été échevin de l’Enseignement pendant 23 ans.

Au cours de ces dernières années, j’ai été confronté à la volonté de certaines institutrices de porter des piercings et des tatouages apparents.

Les Organisations syndicales n’y voyaient pas d’inconvénient, mais je m’y suis opposé, estimant que ce n’était pas l’image que je me faisais du « Maître » qui doit inspirer le respect par ses compétences, mais aussi par l’exemple qu’il doit donner.

A Bruxelles en particulier, l’Enseignement est le seul outil d’intégration.

J’ose écrire que la situation sociale faite aux enseignants, les conditions dans lesquelles ils enseignent, et les pressions qu’il subissent ne leur permettent plus de jouer ce rôle essentiel, et même, dans beaucoup d’établissements scolaires, de donner la base dont les enfants ont tant besoin pour poursuivre une scolarité épanouissante.

En fréquentant mon bistrot habituel, le « Sportwereld » j’y rencontrais un Monsieur âgé d’une septantaine d’années. Le contact se fit, et il m’apprit qu’il fut instituteur, d’abord dans l’Enseignement libre dont il fut chassé suite à un divorce, ensuite dans l’Enseignement communal d’une commune située dans le sud de Bruxelles.

Un jour, il m’apporta un énorme classeur, et devant moi, il le feuilleta.

Se déroula alors sous mes yeux toute une vie d’instituteur :

Les photos de classe.

Les photos d’excursions.

Les photos de fêtes scolaires.

Les travaux d’élèves.

Des rédactions.

Des récitations.

Chaque photo était accompagnée d’une légende écrite, non seulement avec une orthographe parfaite, mais également d’une écriture d’une qualité exceptionnelle.

Je me suis dis, en examinant avec attention chacune des photos, que cet instituteur-là, aussi, appartenait à un monde perdu, à une civilisation qui, aujourd’hui, disparaît.

merry_hermanus@yahoo.com

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