ETRE MUSULMAN AUJOURD’HUI A BRUXELLES. Lettre ouverte de Mme Hafida DRAOUI, Conseillère communale PS à Jette, au Journal « Le Soir »

C’est bien volontiers que j’ouvre mon Blog à mon amie Hafida DRAOUI afin qu’elle puisse expliquer avec toutes les nuances nécessaires et sa grande sensibilité ce qu’elle aurait voulu dire dans l’interview qu’elle a donnée au journal Le Soir.

 

« Lettre ouverte au journal Le Soir

Je souhaite préciser certains éléments suite à l’article parue dans le Soir du 11/04/2011.

J’ai eu un entretien de 2h avec le journaliste, Monsieur Olivier Mouton.

Le journaliste a sacrifié ma sensibilité et mon honnêteté pour les transformer en sensationnalisme !

Quel intérêt de « discriminer » le quartier de mon enfance, en estropiant mes propos sur ma famille, mes amis de façon directe et indirecte ?

Qui sert Olivier Mouton ? Quelle est sa crédibilité ? Pourquoi s’être déplacé pour mon interview si c’est pour sortir mes propos de leur contexte, propos qui n’ont aucun rapport avec le sujet du cliché : « Bruxelles, ville musulmane ? » ?

Mon intention était toute autre que celle de stigmatiser qui que se soit.

 

Au contraire, si j’ai  accepté de participer à cette « enquête », à visage découvert, c’est pour les raisons suivantes :

–          Celle d’essayer de casser la sempiternelle stigmatisation des musulmans de Bruxelles. C’était le sujet du cliché.

–          Celle de partager ma détresse et ma désolation par rapport à certains jeunes – sans jamais avoir l’intention de pointer qui que se soit du doigt, qui suis-je pour le faire ? – qui ont un parcours difficile sans nier (sans langue de bois) la réalité.

–          Celle de parler des responsabilités partagées : belges de souche, belge d’origine marocaine et autres nationalités, pouvoirs publics et responsables politiques où chacun doit faire un effort pour ne pas renforcer les clichés véhiculés par la presse notamment.

–          Celle d’insister sur l’éducation, l’éducation civique, l’enseignement comme outil et « bouée de secours » surtout pour les femmes et pour ceux qui ont un parcours difficile lié au quartier, pour sortir du cercle vicieux de l’enfermement dans certains ghettos bruxellois ; car ceux qui s’en sortent ragent qu’on les fige dans les clichés « voyou arabe casseur de bagnoles ».

–          Celle de parler des réussites de femmes et des hommes issus de l’immigration comme moi (en citant mon parcours) – bien plus diplômée que moi ! – dont on ne parle pas.

Je ne suis ni psychologue, ni sociologue, ni spécialiste de l’islam, ni « donneuse de leçon », j’ai encore beaucoup à apprendre.

Je voulais simplement (naïvement ?) insister sur le fait  que je ne suis une citoyenne belge d’origine marocaine, musulmane et maman et qu’il y en a beaucoup comme moi et exprimer mon ras-le-bol (terme utilisé à maintes reprises durant l’entretien) qu’on nous bassine les oreilles sur les sujets qui reviennent de manière récurrente lorsqu’il s’agit de parler des musulmans qui n’ont absolument rien à voir avec l’islam. Pour moi islam = sphère privée.

Je voulais insister sur l’islam, en tant que religion ouverte aux autres, ma religion où j’ai encore beaucoup à apprendre, d’où ma quête personnelle et continue.

Je me sens à 100 % belge et marocaine, jamais je ne renierai mes origines, ma culture, etc… je suis trop fière et beaucoup trop reconnaissante à l’égard de mes parents, je peux vivre 1000 ans que je ne saurai leur rendre !

J’ai voulu souligner que ce n’était pas incompatible avec la culture belge.

Je l’ai appris au CBAI (Centre Bruxellois d’Action Interculturelle) où j’ai passé 2 années qui m’ont marquées où j’en retire une satisfaction personnelle et une expérience enrichissante qui me sert chaque jours qui passe.

Je suis une femme passionnée, impliquée, « jamais assise entre deux chaises ». J’ai voulu montrer dans cet article – assez naïvement d’ailleurs – via mon parcours  et je ne suis pas la seule et certainement pas l’élite de ma communauté ! – qu’il était tout à fait possible de marier sa culture, sa religion (sphère privée) avec la vie active à Bruxelles (us et coutumes, …).

Il serait déplacé et anti-déontologique de ma part de stigmatiser qui que se soit alors que je suis assistante sociale de formation. Un choix d’études très jeune. J’ai toujours été attentive aux exclus – un héritage familial ! qui j’espère se perpétuera de génération en génération – et à l’avenir que nous construisons pour nos enfants (je mise sur mes enfants).

Je revendique une société juste qui incarne l’égalité, la diversité et le respect des valeurs humanistes. C’est pour cette raison que j’ai commencé à militer, au PS. Un parti ouvert qui accepte le dialogue et la critique de ses élus.

Dans le cas contraire, je parlerais de mon « suicide politique ».

J’ai insisté sur le fait que le sujet est complexe et sensible, car plusieurs éléments s’interpénètrent et je comprends que j’ai choqué certaines personnes qui « s’en sont sortis ». 

En conclusion, j’ajouterai deux éléments :

1- je reste positive et confiante car c’est par le « dialogue que jaillit la lumière ». Dialogue qui passe par la nuance ce qui n’a pas été le cas d’Olivier Mouton. J’ose croire encore au débat sans concession mais respectueux des différentes opinions même si celles-ci vont à l’ encontre du bien tel que défini par une majorité en sachant que la majorité n’a jamais le monopole de la vérité.

2-c’est pour moi un non-sens de tenir des propos tels que repris dans l’article et également un manque de respect total envers mes parents, mes 5 frères et 3 sœurs ! Jamais je ne le me permettrai même de façon anonyme. J’ai trop de respect et de reconnaissance envers ma famille.

Cette lettre ouverte leur est surtout adressée.

Je terminerai par la phrase d’un internaute qui a écrit : « c’est une occasion manquée » !

 Hafida DRAOUI »

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