Lettre ouverte aux « Amis de la morale laïque ».

Avant toute chose, j’exprime ici le respect que j’éprouve pour ceux qui, au jour le jour, essayent, avec d’énormes difficultés, de faire vivre les « Amis de la Morale Laïque ».

Ils ont bien du mérite, à Jette, où le Collège fait tout ce qu’il peut pour les saboter.

Mais aussi sympathiques soient-ils, il ne m’est plus possible de me taire face à la situation de notre Enseignement et, en particulier, de l’Enseignement communal jettois.

Historiquement, la bataille pour la laïcité dans notre pays s’est déroulée d’abord dans l’Enseignement.

Pendant plus de 150 ans, les partisans de la laïcité se sont battus pour faire de l’Enseignement communal et officiel un lieu de neutralité politique et religieuse, un lieu où les valeurs des lumières, de la Liberté de pensée, et du libre examen sont véritablement à leur place.

Il est vrai que, contrairement à ce qui s’est passé en France, les défenseurs de la laïcité ont perdu de nombreuses batailles.

De 1884 à 1914, les Gouvernements catholiques monocolores ont tout mis en œuvre pour détruire l’héritage des écoles officielles.

La guerre scolaire, de 1954 à 1958, s’est terminée, comme souvent en Belgique, sur un compromis bancal très défavorable pour les partisans de la laïcité.

Mais l’effondrement auquel on assiste aujourd’hui est bien plus dramatique que ces défaites politiques.

L’absence de réaction du Gouvernement bruxellois, son absence de prévoyance, sa cécité face au bouleversement démographique de notre Région sont grandement coupables.

Oui, nous sommes dans une Région où on pense à asphalter l’Avenue du Port, à installer des WC à 170.000 € dans les parcs publics, à dépenser 70 millions d’euros pour une ligne de tram totalement inutile, à faire des ronds-points ridicules, MAIS on n’a pas songé à construire des écoles !!!

Pourtant, les statistiques régionales sont fort bien faites. On pouvait y lire l’évolution de la démographie d’ailleurs mise en avant dans d’excellents articles de presse, en particulier dans l’un d’entre eux signé François Robert qui, il y a quelques années, exprimait clairement les conséquences de l’explosion démographique.

On découvre, en 2011, qu’il manque dans notre Région 70 écoles !

De nombreux parents ne trouvent plus d’établissement, et ceux qu’ils trouvent sont dans un état épouvantable.

On va, en septembre, en catastrophe, installer des containers pour y parquer les enfants !!! Effroyable !!!

Des directeurs d’établissements et des enseignants tirent la sonnette d’alarme en expliquant qu’il ne suffit pas d’installer des containers, mais que toutes les autres infrastructures doivent suivre.

Les enseignants, sous-payés, socialement méprisés, écrasés de travail, tentent, vaille que vaille, de poursuivre leur sacerdoce dans une situation de plus en plus chaotique.

Cela en est à un tel point que la Ministre en charge va prendre une mesure générale pour interdire les classes de 30 enfants !

On croit rêver, mais c’est un épouvantable cauchemar.

30 enfants qui, dans de nombreux établissements de notre Région, maîtrisent mal le français, qui, lorsqu’ils rentrent à la maison, ne parlent pas le français, et qui, lorsqu’ils regardent la télévision, la regardent dans une langue étrangère.

Comment, dans de telles conditions, aboutir à des résultats positifs ?

Comme toujours, dans de tels drames, ce sont nos concitoyens les plus pauvres, les communautés les plus fragilisées qui sont les premières victimes de cette situation.

L’Enseignement est le vecteur essentiel de l’intégration.

L’Enseignement est l’outil essentiel de la transmission des valeurs.

L’Enseignement est le seul et l’unique moyen de faire accepter le contrat social qui est le liant d’une société.

Or, c’est cet Enseignement qu’on a totalement négligé !

On a sacrifié, à Bruxelles, des générations d’enfants qui, mal encadrés, mal formés, auront des chances à peu près nulles sur le marché de l’emploi.

Est-il exact que dans notre Région, certains quartiers atteignent, pour les 18-25 ans, des taux de chômage de 40% ?

C’est la situation que vivent des pays en voie de développement… et c’est à Bruxelles … nous en sommes responsables !

Au début des années 90, il y avait, dans les écoles communales de Jette, en moyenne 16 à 17 élèves par classe…

J’en étais à ce point fier que j’y avais accompagné Elio Di Rupo, Ministre de l’Enseignement.

La transmission, l’Enseignement pouvaient se réaliser.

L’intégration fonctionnait et j’étais fou de joie et de fierté lorsque je rencontrais dans le monde du travail des enfants issus de l’immigration que j’avais vus sur les bancs de l’école.

Oui, cela donnait un sens à ma vie.

Ces gens avaient fait leur chemin. Ils avaient étudié. Ils travaillaient.  En un mot, ils construisaient leur bonheur !

Aujourd’hui, les Directions d’écoles, les enseignants sont totalement démoralisés.

Dans les années 60, le philosophe Garaudy avait écrit, face au refus de l’Enseignement élitiste français de prendre en charge les enfants des milieux défavorisés, que « c’était Mozart et Einstein qu’on assassine ».

Aujourd’hui, en Région bruxelloise, cet « assassinat » est massif.

Le « massacre » est général. La classe moyenne vote avec ses pieds et quitte Bruxelles.

L’Enseignement bruxellois s’est effondré.

Que dire alors de Jette où le Collège méprise en permanence cette compétence essentielle.

L’échevin « en charge » voulant tout simplement supprimer une école !!!

Hervé Doyen, « l’élu de justesse », estimant quant à lui que ce n’était pas le rôle de la commune de fournir des repas chauds !

Alors ? Alors ?

Quand je reçois cette sympathique invitation des « Amis de la Morale Laïque » de Jette pour assister à une conférence sur les révolutions arabes, je me dis que l’assourdissant silence des « Amis de la Morale Laïque » de Jette et d’ailleurs sur la faillite de l’Enseignement communal et officiel à Bruxelles est aussi criminel que la passivité et la cécité dont les politiques ont fait preuve.

Pourquoi ce silence sur ce qui est essentiel ?

Pourquoi ce silence sur ce qui devrait être la préoccupation première ?

Est-il plus important d’évoquer des thèmes exotiques plutôt que de prendre position sur ce qui se passe chez nous, dans notre Région, dans notre commune ?

Apparemment, c’est en tout cas plus confortable.

C’est à pleurer quand je vois que le Collège de Jette exige, pour cette conférence, que les « Amis de la Morale Laïque » payent 60 ou 90 euros pour occuper la salle, alors qu’Hervé Doyen fait en permanence des cadeaux, des mise à disposition de matériel, de véhicule, etc, à des dizaines de troupes de scouts…et qu’il ne fait pas payer ses taxes, depuis plus de dix ans, à l’Atelier 340, qu’il dépense près de 3000 euros en cartes de voeux et en timbres pour souhaiter la bonne année… électorale aux Jettois, et se fait attribuer cinq fois plus de cartes de voeux qu’aux autres échevins !!! De toute façon, c’est le contribuable qui paye tout, les cartes et les timbres. Des bons voeux à ce prix là, on ne peut pas s’en passer !!!

Mais les « Amis de la Morale Laïque » doivent payer !

Et malgré cela, malgré le chaos, malgré l’ostracisme, malgré l’effondrement de ce qui nous tient le plus à cœur, c’est le silence, c’est le regard pointé sur la ligne d’horizon plutôt que ce qui se passe chez nous.

Oui ! à ces questions, j’aimerais avoir des réponses.

Oui ! Le militantisme laïc a tout son sens, mais pas pour parler de botanique ou de la reproduction des baleines en milieu aquatique.

Oui ! Le militantisme laïc a un sens quand il combat pour l’essentiel : l’avenir de nos enfants, l’avenir et la transmission de nos valeurs, ces valeurs pour lesquelles des générations et des générations de laïcs se sont battus !

Eux ne se sont pas tu !

Merry HERMANUS
merry_hermanus@yahoo.com

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