CONGO : Un grand mensonge d’Etat !

Il y a un peu plus d’un mois, le Journal « Le Soir » faisait état du très grand intérêt dans le public pour le livre « Congo » de David Van Reybrouck, paru aux Editions « Actes Sud ».
Cet intérêt est pleinement justifié.

Il s’agit d’un livre hors du commun, à la fois par le parti pris historiographique, et la qualité de l’écriture.

Je ne puis que chaleureusement en conseiller la lecture.
Il m’apparaît qu’il y a cependant autre chose !

Le Congo est le grand mensonge de l’Histoire de Belgique !

S’il est vrai que Mme Morelli, historienne de l’ULB, a, dans un livre passionnant, dénoncé les mythes de l’Histoire de Belgique, le Congo ne fut malheureusement pas un mythe, mais une atroce réalité qu’on a, jusqu’à il y a quelques années, caché sous un énorme mensonge.

Les gens de ma génération se rappelleront que lorsque nous achetions un cahier chez le papetier, il nous était livré avec un buvard sur lequel figurait, dans un camaïeu rouge foncé, l’image d’un « bon sauvage », quand même muni d’un bouclier et d’une lance, avec, au-dessus de lui, un personnage souverain et protecteur couvert d’un large casque colonial.

Ce n’est que très récemment que s’est répandue, dans l’opinion publique belge, la vérité sur ce que fut l’atroce exploitation du peuple congolais par l’Etat indépendant du Congo dont le propriétaire unique était Léopold II, par ailleurs et très accessoirement, Roi des Belges.

On l’a oublié, mais Léopold II avait connu une jeunesse princière difficile.  L’opinion, très réduite à cette époque, le considère peu apte à monter sur le trône et à exercer le rôle de Roi constitutionnel.

Pourtant, dès cette époque, Léopold II semblait meurtri par le confetti géographique sur lequel il allait régner.

Il a envisagé différentes colonies possibles en Asie, en Amérique du Sud et, bien sûr, en Afrique.  Il a même, on le sait, étudié la possibilité d’envahir les Pays-Bas !

Mais c’est finalement sur l’Afrique qu’il jettera son dévolu, bien entendu, sous couvert d’une œuvre civilisatrice de christianisation et de lutte contre l’esclavage.

C’est cette fable-là qu’on nous a servie pendant des décennies et des décennies, avec une impudeur extrême, car, en réalité,  la vérité sur les souffrances imposées aux populations congolaises a été connue très rapidement, mais totalement occultée en Belgique.

Mutilated children of the Congo Free State (c. 1905) – Credit: Mark Twain (Copyright : Public Domain)
http://ow.ly/eUyQW

Les Missions protestantes suédoises et américaines ont dénoncé tout de suite les atrocités commises,  le travail forcé, les mains coupées, la chicote, les prises d’otages et le massacre de villages entiers.

Il faut savoir que toutes ces opérations se sont faites grâce à un encadrement belge.

Les noms sont connus depuis toujours !

Les tortionnaires sont identifiés !

 
Dans la mesure où les Gouvernements belges, de 1884 à 1914, ont été totalement aux mains du Parti Catholique, et que la politisation des emplois publics jouait à fond, les officiers belges catalogués Libéraux n’avaient la possibilité, pour faire carrière, que de s’engager sous la bannière Jaune et Or de l’Etat indépendant du Congo.

Le fait que Casement et Morel, tous deux sujets britanniques, dès les années 1890, dénoncèrent ces crimes de masses n’a rien changé.

Des Commissions d’enquêtes ont été envoyées.

Mais en Belgique, c’était le black-out absolu.

Malgré le fait qu’à Paris, certains journaux politiques comme « L’Assiette au Beurre » n’hésitaient pas à représenter Léopold II ensanglanté par des mains coupées réparties tout autour de lui. En Belgique, il restait le Roi, apportant le progrès et la paix aux « sauvages » du Congo.

Et c’est là que réside le grand mensonge.

Des générations et des générations de petits Belges ont été gavés par « l’œuvre civilisatrice » de Léopold II.

Le 30 juin 1960, lors du discours de l’Indépendance du Congo, le Roi  Baudouin sert à son auditoire un discours amidonné, ripoliné, où il reparle de « l’œuvre civilisatrice » de son aïeul.

On peut comprendre tous ceux qui ont connu la vérité dans leur chair, et la violente réaction d’un Lumumba.

A la fin des années 60 encore, le Professeur Stengers, par ailleurs excellent historien, vendait la même salade que le Roi Baudouin, et soulignait que la réaction des églises anglo-saxonnes et suédoises était, en fait, une manipulation des  Britanniques jaloux du fait que Léopold II avait emporté, à la Conférence de Berlin, la plus belle part du gâteau !

Le livre de Barbara Emerson, qui paraît dans les années 70, est très clair sur les horreurs de l’exploitation systématique organisée par Léopold II.

Mais ce livre n’a eu que très peu d’écho en  Belgique.

Cette thèse du Roi généreux, vecteur et artisan de la civilisation continue à être défendue tous azimuts.

Depuis, une multitude de livres ont paru,  comme, par exemple, « Les fantômes du Roi Léopold II », Collection Texto.

Mais il s’est encore trouvé des historiens pour nier les faits pourtant évidents !

A l’école, on nous affirmait également que le Congo avait été « offert » par Léopold II à la Belgique en 1908, ce qui est  évidemment totalement faux, puisqu’il a été vendu !!!

Les historiens affirment que lorsque Léopold II est monté sur le Trône, en 1865, sa fortune pouvait être évaluée à 5 millions de Francs Or.

A son décès, elle était évaluée à … 15 milliards de Francs Or !!! Auxquels il faut ajouter 8 milliards que le Roi a utilisés pour un certain nombre de travaux en Belgique.

Cet argent-là pue le sang et la sueur des esclaves congolais du Roi Léopold II dont le seul mobile était l’argent du caoutchouc.

Cet argent-là explique sans doute une partie du chaos que connaît aujourd’hui ce malheureux pays, car s’il est vrai que la Belgique, lorsqu’elle a poursuivi la colonisation, n’a pas pratiqué les mêmes méthodes, elle a, dans son rêve, cru pouvoir coloniser le Congo… en oubliant les Congolais !!!

Le premier prêtre a été ordonné en 1917 !

Le premier Universitaire, Thomas Kanza, est sorti de l’UCL en 1957 !

Ce gouffre n’a jamais été comblé !

Si vous vous baladez à Bruxelles, empruntez, à l’arrière du Palais Royal, la rue de Brederode, et vous y verrez, sur la droite, avant d’arriver à la rue de Namur, un curieux bâtiment dont l’architecture rappelle un chalet suisse.

C’était là que siégeait l’Administration de l’Etat indépendant du Congo, propriété du Roi Léopold II.

C’est là qu’est venu s’inscrire Joseph Conrad qui a piloté un bateau remontant le fleuve Congo, expérience horrible qui le conduira à écrire « Au Cœur des Ténèbres ».

118 ans plus tard, ces ténèbres commencent à peine à se lever, et la Belgique commence à apercevoir les horreurs qu’on lui avait  cachées.

merry_hermanus@yahoo.com

 

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