Les jurys d’Assises manipulés ?

Lecteur assidu de « Libération », j’y découvre, la semaine passée, un article curieux mais extraordinairement éclairant, bien que, malheureusement, très incomplet sur un point capital.

En effet, le journaliste y relate le procès fait par la Justice française à un juré d’Assises, M. Allègre, car ce dernier a trahi le secret des délibérations du Jury auquel il appartenait.

Mais pourquoi a-t-il, après deux, trois ans de silence, commis cette violation de la Loi ? 

La réponse est simple, M. Allègre a été très choqué par les manipulations de la Présidente du Tribunal, siégeant de concert avec les membres du Jury.  Celle-ci a, en effet, eu des expressions d’une extrême brutalité, du genre  « Je ne veux pas de vote blanc dans mon jury »,  « Je veux une unanimité », « Je veux une condamnation » !

Voilà ce que, d’après M. Allègre, cette Présidente aurait déclaré.

C’est évidemment extrêmement inquiétant dans la mesure où la Loi a prévu, dans le Droit pénal français, comme dans le Droit pénal belge, que le Jury d’Assises, c’est le Tribunal du Peuple, et non pas le Tribunal des Magistrats.

N’oublions pas que les Jurés, peuvent, pendant toute la durée du procès, poser toutes les questions qu’ils souhaitent, et bien sûr, bénéficier, pendant leur délibération, de conseils d’ordre juridique.

Mais la décision fondamentale portant sur la culpabilité ou non leur revient à eux et à eux seuls.

Cet évènement qui se déroule en France nous en dit long sur la façon dont la Loi est observée.

Mais j’ai amèrement regretté que le journaliste n’ait pas cru devoir rappeler qu’en France, la présence d’un Magistrat avec les Jurés n’a été imposée que depuis la période de Vichy dont on sait qu’elle était un fascisme rampant n’osant pas dire son nom.

Ce sont donc les tenants de la « Révolution nationale », Pétain et autres, qui ont imposé la présence du Magistrat.

L’objectif était évidemment simple à discerner : Obtenir les condamnations qu’on voulait !  Ainsi, une femme ayant commis un avortement a été guillotinée pendant la période de Vichy.  C’est d’ailleurs la dernière femme exécutée en France.

Il est parfois regrettable que certains journalistes aient si peu de mémoire…ou si peu de culture.

Il est également intéressant de noter que dans le procès qui se fait à M. Allègre, le Procureur a également été courageux puisqu’il a reconnu, dans son Réquisitoire, que les paroles qu’aurait prononcées la Présidente du Tribunal étaient choquantes, celles-ci ayant d’ailleurs été corroborées par d’autres témoins.

Il n’en reste pas moins qu’aux yeux de la Loi, le courageux M. Allègre a violé celle-ci et subira une condamnation de principe.

Mais pourquoi ne pas oser aller plus loin et revenir sur la présence du Président du Tribunal lors des délibérations du Jury d’ Assises.

Pourquoi une Loi prise sous Vichy est-elle encore d’application ?

Qui cela arrange t’il ?

Certainement pas le justiciable !

 merry_hermanus@yahoo.com

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