Roger Lallemand… et deux femmes oubliées par l’Histoire !

Roger Lallemand vient d’être inhumé, entouré des hommages mérités qu’offre le royaume à ses ministres d’Etat.  Il avait, en déposant, soutenant, bataillant avec sa collègue Herman-Michielsen, la proposition de loi concernant l’avortement, fait abdiquer pendant quatre jours le malheureux monarque amidonné dont la conscience refusait de signer et promulguer une loi votée par les représentants de la Nation… Soit ! Finalement peu importait, la fonction royale se retrouvait ainsi  réduite à ce qu’elle est !  Un organe d’enregistrement législatif.  Episode moitié comique, moitié symbolique de ce pays qui n’en est pas un, pour un roi qui ne voulait plus l’être pendant quatre jours… et après « business as usual », les seuls à se frotter les mains furent les professeurs, avocats, de droit constitutionnel… là,  il y aurait des pages à écrire, des passages sur les plateaux de télévision… des honoraires à engranger. Youppie !!!

Mon propos n’est pas là !  Je veux évoquer le souvenir de deux femmes, toutes deux membres de la section du PS d’Uccle, qui pendant près de vingt ans, jour après jour, comité de section après comité de section, assemblée générale du parti après assemblée générale, congrès après congrès, ont constamment, inlassablement, infatigablement, obstinément rappelé la nécessité de faire voter une loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse, votée en France dès 1974 !   Dieu sait si entre 1973, date de l’arrestation du docteur Peers et le vote de la loi, il y eut des gouvernements, des votes sur les programmes électoraux, des votes sur les participations gouvernementales.  A chaque fois, deux voix s’élevaient Monique Van Tichelen et Monique Rifflet !  Oui, voici les deux oubliées de l’Histoire !

Si la loi Lallemand – Herman-Michielsen a pu voir le jours ce fut d’abord grâce à ces deux femmes. A chaque congrès, elles exigeaient que le projet de loi en question figure dans le programme électoral, à chaque formation de gouvernement, elles hurlaient pour que la loi figure nommément dans le programme de la nouvelle équipe au pouvoir.  Pour tout dire, sans langue de bois, sans tourner autour du pot… cela embêtait tout le monde. Les membres du congrès tournaient la tête, parlaient à leur voisin, les plus cyniques… il n’en manque jamais, leur sifflaient qu’elles aillent se faire voir ailleurs… qu’elles n’allaient quand même pas nous empêcher de « monter » au gouvernement pour un « truc » pareil !

Je n’ai jamais aimé les congrès… les décisions sont en général prises antérieurement… rarement la sincérité y trouve son compte.  Les uns attendent de voir leurs espoirs de carrière se confirmer, les autres… les sans espoirs, dominés par l’amertume, sont contre tout et d’autres enfin dont j’étais… n’étaient là qu’en observateur de cette comédie humaine dont la première victime est la démocratie… mais j’adorais chahuter, me moquer des uns et des autres, observer les tics, les rapprochements intéressés, les sorties concertées, qui parle avec qui… théâtre vivant, jeu des sept erreurs, malgré tout passionnant, mais combien cruel pour celles qui comme les deux Monique Rifflet et Van Tichelen ne lâchaient pas leur objectif.

Leur volonté ne faiblit jamais, et au bon moment elle trouvèrent Roger Lallemand pour se battre et ouvrir la voie législative.  Moi, quand on évoque cet incroyable combat qu’il a fallu mener contre les capucinières du Palais Royal et les partis conservateurs, j’ai toujours pensé à ces deux « petites mains » de la politique, à ces deux obstinées, dont tout le monde se foutait qui ne plièrent jamais sous les quolibets, l’indifférence… et même parfois les menaces de ceux toujours pressés d’aller à la soupe d’une juteuse… pour eux… participation gouvernementale.

Je n’ai jamais été proche de ces deux fortes femmes, l’une, Rifflet, allure de bourgeoise, maîtresse d’école hautaine, oubliant toujours de sourire, l’autre, Van Tichelen, démarche de gendarme, s’approchait de vous comme si elle allait vous entraîner sur un terrain de lutte gréco-romaine, le sourire tout aussi rare que sa comparse.  Étonnant d’ailleurs, comme il semble que la section du PS d’Uccle attire un genre bien particulier de femmes car depuis, on  y a connu bien pire que Monique Van Tichelen et Monique Rifflet.  En outre, on se demande bien pourquoi, les femmes engagées en politique devraient plus sourire que les hommes, être plus agréables que leurs collègues masculins. Louise Michel pouvait se montrer très désagréable, elle avait raison, Rosa Luxembourg tint vertement bon face aux thèses dictatoriales de Lénine, Théroigne de Méricourt paya de sa santé mentale la façon dont elle apostrophait les « stars » de la révolution, et la lumineuse Madame Roland paya de sa vie le mépris que lui inspirait ce cureton de Robespierre… Alors oui !  Les deux Monique d’Uccle ont eu parfaitement le droit de dire leur fait à tous ceux qui dans les congrès du PS, trouvaient que ce « truc » de l’interruption de grossesse ne méritait pas d’aller… ou de rester dans l’opposition.  Je pense qu’au moment où la mémoire de Roger Lallemand entre dans l’Histoire, où sa vie fait place à un exceptionnel destin, une petite place,  une toute petite place devait être faite à ces deux femmes qui rappelèrent pendant des décennies combien ce combat pour l’interruption volontaire était essentiel pour la liberté des femmes !

4 réponses à “Roger Lallemand… et deux femmes oubliées par l’Histoire !

  1. Merci, Monsieur Hermanus, pour ces leçons d’histoire quoique je ne sois pas du même avis concernant le « roi amidonné « .

    J'aime

  2. Merci beaucoup de m’avoir lu.

    J'aime

  3. jeanberger44

    Il est très important de souligner l’abnégation et le militantisme de ces 2 « Monique », et de réhabiliter Mme Herman-Michielsen que Roger mettait systématiquement en avant tant il la savait indispensable pour que cette proposition passe au Parlement!
    Soulignons l’opposition non-démocratique royale fut inspirée par la Reine Fabiola, et ses acolytes de l’Opus Dei aux côtés de son mari. Soudainement une conscience royale existentialiste l’empêchait de signer la proposition de loi, alors que dans le même temps, il signait des contrats d’exportations d’armes à des pays en guerre voire terroristes! La vie n’a pas la même valeur selon que vous soyez né du bon ou du mauvais côté, voire pays:c’est l’Opus Dei! Liebknecht et Luxemburg, eux, ont mené des luttes, qui préfiguraient celles des Républicains espagnols, n’en déplaise à la présidente de la Fondation « Y Aragon », ou du Front Populaire, tous démocratiquement élus! C’est une conscience du politique qui s’est éteinte, et dont nous sommes désormais orphelins en Belgique, cet avocat de Régis Debray qui luttait avec le Ché, s’est tapé la Bolivie! En somme notre Badinter, si rare et si humain! C’est un solide coup de bambou!

    J'aime

  4. Cher Jean
    Merci beaucoup
    Merry Hermanus

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s