André Cools, l’irremplaçable !

« Le pouvoir n’est qu’illusion, il n’est jamais donné. » Lucrèce
« Vivre dans le feu de l’action plutôt que dans le verbe » ( ? )

Nombreux sont ceux qui répètent bêtement que les cimetières sont pleins de gens irremplaçables !  Rien n’est plus faux !  Nous savons dans notre chair, dans notre cœur que les disparus que nous avons aimés, sont… seront à jamais irremplaçables.  Cools, est de ceux-là, d’abord dans l’affection de ses proches mais aussi par ce qu’il a été.  André Cools fut le dernier d’une espèce, aujourd’hui totalement, disparue d’hommes politiques.  Il fut le dernier à s’investir totalement dans chacune des fonctions qu’il a occupées ; pour parler comme Céline, Cools mettait tous les jours ses tripes sur la table.

Un film.

Grâce à Marcel Cools qui a eu la belle idée de diffuser sur le réseau le film réalisé à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de l’assassinat de son père, « La Rose et les Épines »  j’ai pu revoir le visage, réentendre la voix… et quelle voix…  si proche… déjà si lointaine de celui qui avait cru pouvoir changer la vie des plus démunis.  Quelle émotion de le voir tonner à la Chambre, de le voir hurler face à ceux, vautrés dans la facilité, ne voyant pas que le monde changeait.  Un soir, je me trouvais chez une amie commune, quelques photos de Cools étant mises en évidence, il les regarda, me prit  par l’épaule, geste qu’il faisait facilement, replaça ses lunettes sur l’arête de son nez, me dit… « tu vois Merry, comme c’est terrible de vieillir ! »   Je ne pouvais pas alors imaginer un seul instant qu’il n’aurait pas le temps de vraiment vieillir et de pratiquer l’archéologie comme il l’espérait… y croyait-t-il lui-même ?

Des successeurs.

Bien sûr, il eut des successeurs à la direction de ce vieux grand parti, « grand corps à la renverse », pour reprendre l’expression de Sartre, mais ceux qui, après lui, exercèrent cette charge ne mirent jamais leurs trop précieuses tripes sur la table… chez eux, l’habilité prima toujours alors que chez Cools, avec ses outrances, ses colères, parfois son intempérance, ce fut toujours le cœur qui s’exprima d’abord !  Oh !  Je me doute que ce genre de formule doit en faire sourire. Plus d’un touchés par le cynisme ambiant, ne croient même plus que la sincérité fut possible en politique… et pire, croient qu’elle est ridicule, vaine… et surtout inefficace.  Les pauvres, ceux-là je les plains, car ils ne savent pas ce que fut l’extraordinaire espoir, l’immense souffle qui faisait vivre et agir Cools, l’espoir de peser sur le destin de ceux qui n’étaient rien, qui ne participent jamais aux dîners en ville, de ceux dont l’horizon se limite à trouver ou conserver un emploi, payer le loyer, les études des gosses, à aider de vieux parents dont la misérable retraite ne suffit pas !  Non, Cools n’était pas de ceux que j’appelle les socialistes de bureau, dont l’unique but est la carrière, le Nirvana… une voiture, un chauffeur et des notes de frais !

Cools et les services publics.

En visionnant ce film une chose me saute aux yeux, l’exigence que marquait Cools à l’égard des services publics.  Il n’hésita pas à affronter les syndicats dont il était très proche… il avait compris que le service public se doit d’être performant, efficace, économe des deniers publics.  Quel contraste avec ceux, qui pour complaire au plus grand nombre, flattaient les fonctionnaires, soutenaient des actions syndicales suicidaires.  Cette leçon là doit être retenue car c’est sans doute aujourd’hui un des enjeux majeurs.  La droite ultra-libérale veut casser les Services publics, il lui est facile de dénoncer l’inefficacité, réelle dans certains cas, les abus qui malheureusement existent ; alors que la gauche entend en assurer le maintien, elle ne pourra le faire qu’en les modernisant et en dépassant une vision inutilement pléthorique des administrations.  Cela Cools l’avait, avant tout le monde, parfaitement compris.

Les valeurs.

Cools n’aurait pas été de ceux qui bazardent aujourd’hui nos valeurs essentielles de laïcité pour tenter d’engranger de nauséabondes, de douteuses moissons électorales.  Ces valeurs constituaient son être même, son histoire, celle de sa famille, son grand-père et son père mort en déportation !  Non !  Cools n’aurait pas transigé sur les petits accommodements qui sont de grands abandons, d’impardonnables trahisons, d’infâmes lâchetés !

Cools est mort assassiné parce que sa sincérité, sa volonté de poursuivre inlassablement le combat pour nos valeurs,  gênaient.   Des esprits médiocres « voulaient s’en débarrasser », des criminels leur ont rendu ce « monstrueux service. »  Le jour des obsèques, j’ai perçu certaines attitudes, certains regards, certains rapprochements, certains chuchotements méphitiques.  Ce jour-là,  des yeux disaient tout autre chose que la tristesse !  On le sait, les morts politiques vieillissent plus vite que tout, mais attention… attention, il est des étoiles éteintes qui longtemps encore projettent leur merveilleux éclat.  Peu importe les bassesses, peu importe ceux qui construisaient « leur avenir, leur carrière »… sur la mort de Cools,  celui que la foule accompagnait silencieuse… ondoyante tout le long de la grande pente aboutissant au cimetière de Flémalle, le cœur glacé malgré ce chaud soleil de Juillet, était un Homme… et pour citer la dernière phrase de « Jules César » de Shakespeare, j’ajouterai « Cet homme était un Homme ! ».

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