Castro, le cadavre décomposé du romantisme révolutionnaire.

   « Tout homme va toujours au bout de son pouvoir. »
Thucydide

« La liberté, c’est toujours la liberté de penser autrement. »
Rosa Luxembourg

« Il n’existe aucun but au monde auquel on puisse sacrifier la liberté d’un homme. »  Vassili Grossman

Les hommages, même les plus prudents, les plus ambigus m’insupportent.  Castro, jeune bourgeois universitaire, après un premier échec lors de l’attaque de la caserne de la Moncada, s’empare du pouvoir en janvier 1959.  Il bouscule, sans grande difficulté l’un des pantins dictatoriaux les plus grotesques dont les USA tirent les ficelles.  Nous sommes au cœur de la guerre froide.  Les intérêts américains, mafieux ou non… quelle différence… s’insurgent. Le vieil Eisenhower permet… accepte l’action de la CIA à la baie des cochons. Kennedy fraîchement élu, refuse le soutien aérien qui eut été salvateur.  Fin de la première partie !  Le héros révolutionnaire sur sa petite île a fait plier le géant capitaliste…le mythe peut s’incarner.

Castro devient alors la marionnette des soviétiques.  L’affaire des fusées est à un millimètre du déclenchement d’une guerre nucléaire… s’il y a une chose positive à mettre au bilan de Kennedy, élu grâce à la mafia, c’est qu’il a évité au monde une épouvantable catastrophe.  N’empêche Castro devient l’icône d’une gauche européenne qui, incapable de les concrétiser chez elle,  n’en finit pas de rêver aux lendemains qui chantent… ailleurs… car cette gauche reste sur le vieux continent dans ses pantoufles, elle glorifie, ça ne coûte pas cher et c’est tendance, Castro, le Che qui deviennent des mythes vivants.  Il faudra longtemps pour apprendre que le Che, peu fait pour diriger la Banque nationale de Cuba, préféra tenter de développer partout le schéma révolutionnaire qui avait réussi à Cuba… un obscur photographe hongrois fera le reste avec une photo qui décora et décore encore les chambres d’adolescents en mal de soi, ou… d’adultes s’illusionnant, croyant ne jamais vieillir !  Quant au malheureux Che, victime du romantisme révolutionnaire, ayant cru créer dix-huit Vietnam en Amérique-Latine, asthmatique, miséreux, il mourut lamentablement assassiné sur l’ordre de la CIA devenant une inoffensive, universelle dépouille christique. Castro, lui, fait dans le concret, les mains dans le cambouis et… dans le sang;  il installe sur son île tropicale un « parfait régime » stalinien qui, de fait, n’est que la répétition de la tentative du roi Christophe à Haïti, qu’aujourd’hui tout le monde a oublié !  Peut-être les commentateurs aux yeux embués de larmes pour Castro feraient bien de se souvenir des funérailles de Staline, des longues théories de gens patientant des heures dans la froidure de ce mars moscovite de 1953 pour saluer l’immonde cadavre, se massacrant… milliers de morts étouffés, compressés, piétinés, sur le passage du convoi funèbre, les larmes du peuple filmées par les caméras de Roman Karmen, le cinéaste vedette de la propagande soviétique…Curieux qu’en Occident très peu évoquent cela !  A Pyongyang, les nord Coréens hurlent aussi de douleur en voyant passer les limousines noires recouvertes de fleurs blanches emportant leur tortionnaire vers le trou dont il n’aurait pas du sortir.

Certains socialistes, déjà au XIXème siècle, avaient dénoncé les fausses évidences, les fausses promesses de la vie de bohème, du romantisme de pacotille.  Il en est de même du romantisme révolutionnaire dont s’est gargarisée la dictature soviétique pendant des décennies… l’ombre d’un mensonge verbeux recouvrait toutes les horreurs d’un régime dictatorial fait d’assassinats de masse, de camps de concentration à ce point nombreux que Soljenitsyne parlera d’archipel.  Ce romantisme révolutionnaire, ce socialisme lyrique, je l’ai vu à en avoir des nausées en suivant le procès du général Ochoa et de ses complices qui étaient jugés à Cuba pour trafic de drogue et autres turpitudes.  Le procès a été filmé pour l’édification de la postérité.  Pour moi, il ne fait aucun doute que ce compagnon des premiers combats de Castro avait agi sur ordre… puis, c’est un grand classique, était devenu gênant… encombrant, alors hop au poteau !  La nausée me prit en écoutant les témoignages et les déclarations des protagonistes du procès.  Tous les deux ou trois mots, apparaissait le mot « révolution », le mot « socialisme », la référence à « notre cher lider Maximo ».  Les types risquaient leur peau… ils faisaient ce qu’ils pouvaient mais ces références constantes à ce qui n’était plus que des mots, c’était l’horreur.  Je songeais constamment au « meilleur des mondes » à l’illusion, aux mensonges considérés comme des absolus catégoriques.

C’est ce lyrisme, ce romantisme trompeur dont la gauche doit se débarrasser, faire croire que demain les pauvres seront riches et les riches seront pauvres, ce fut toujours un mensonge d’où le fait que le socialisme a été soluble dans l’Europe et que l’Europe est soluble dans le populisme car les peuples constatent un jour ou l’autre que le mensonge domine… et change de maître… pour le pire, sans retenir le moins du monde les leçons de l’histoire… quoi de plus normal puisqu’on ne l’enseigne plus !  Quelle plus belle façon de reproduire les pires erreurs du passé !

Alors Castro ?   Vieillard halluciné, regard de fou, flottant dans un jogging rouge ou blanc.  Oui ! c’est cet homme usé qui a tenu tête aux USA pendant plus de cinquante ans, c’est lui qui a prouvé aux peuples latino-américains qu’on pouvait lutter contre le pire des capitalismes mais c’est aussi lui qui a enfermé, assassiné ses opposants, qui a brimé, embastillé, torturé les intellectuels… lisez les livres de Leonardo Padura.  Une dictature sous le soleil reste une dictature, rien ne peut la justifier.  Le cadavre d’un dictateur pue toujours !   Mussolini, grotesque pantin au bout d’une corde au portail d’une station service de Milan, Ceausescu désarticulé par la fusillade le long du mur d’une école, Staline baignant dans son urine pendant un jour ou deux… on ne sait pas, nul n’osait entrer dans sa chambre, Lénine, ridicule poupée de cire dans son sarcophage de verre, Hitler, la bave aux lèvres, sa cervelle éclaboussant le petit canapé rouge du bunker, Saddam Hussein, tremblotant au bout de sa corde la nuque brisée, Franco, le corps déjà marbré par les lividités cadavériques entouré des spectres des deux cent mille fusillés d’APRÈS la guerre civile, Pol Pot, dérisoire corps minuscule, gisant sur une natte au cœur de la jungle du Cambodge, les narines  maladroitement  bouchées par de grossiers morceaux d’ouate…

N’ayez aucun doute, Castro appartient à cette hideuse, immonde cohorte.  Il n’est que le cadavre décomposé… très vite incinéré… il fait chaud à Cuba… du romantisme révolutionnaire qui a servi de justification à une dictature sans merci.

Voilà pourquoi je ne verserai pas une larme sur le cadavre de Castro… Si ! quand même une… sur mes quinze ans !

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