UNE HÉROÏNE OUBLLIÉE…COMME BEAUCOUP D’AUTRES

 

Anne NELSON « La vie héroïque de Suzanne Spaak » Laffont 2018

C’est d’abord une histoire de famille. Suzanne Spaak est l’épouse de Claude Spaak, frère de Paul Henri Spaak. Son nom de jeune fille est Lorge. Elle est la fille d’une richissime famille de financiers bruxellois. Claude Spaak est dramaturge, dialoguiste, romancier et vit à Paris. Il aura quelques succès mais beaucoup plus en qualité de dialoguiste qu’en qualité de dramaturge. Etant donné les moyens financiers dont ils disposent, ils habitent un vaste appartement au Palais Royal, juste au-dessus de celui de la romancière Colette. Une villa leur appartient à Choisel aux environs de Paris. Cependant le ménage n’est pas heureux. Claude Spaak multiplie les aventures. Il est assez fantasque, il finit par s’attacher à l’une de ses maîtresses et impose un mariage à trois que Suzanne Spaak finit par accepter. Ils appartiennent tous deux à la gauche intellectuelle, partisans de la république espagnole, opposés aux entreprises d’Hitler et de Mussolini. Les Allemands occupent Paris le 14 Juin 1940, le gouvernement de Vichy impose un statut des Juifs dès Octobre 40. Suzanne Spaak s’investit immédiatement en faveur des enfants juifs et des familles. Proche du premier mouvement de résistance, celui du Musée de l’homme, elle dispose d’une série importante de contacts dont celui du professeur Debré, père du futur premier ministre Michel Debré, qui Juif est dans un premier temps interdit d’exercer la médecine. Elle aide et protège aussi les époux Sokol dont elle ignore qu’ils font partie de l’Orchestre rouge. Ils seront tous les deux assassinés par les Allemands. Son dévouement en temps et en argent en vue de sauver les enfants juifs est considérable et s’accroît au fur et à mesure que les Allemands accélèrent la chasse aux Juifs. Elle crée un mouvement le MNCR ( Mouvement national contre le racisme.) Elle organise et participe à différents kidnappings d’enfants juifs placés dans des orphelinats d’où il était facile pour les nazis de les déporter. Elle les enlève et les place où elle peut, tout en finançant leurs hébergements. Elle soutient et rencontre différents membres des FTP-MOI. Claude Spaak lui fait connaître Léopold Trepper. On peut dire que sans être membre consciente de l’orchestre rouge, elle y est jusqu’au cou. Lorsque Trepper est arrêté, il joue le jeu avec les Allemands. Aujourd’hui, il n’y a plus de doute quant au fait qu’il ait donné aux Allemands une partie de son réseau, tout en essayant d’avertir Moscou qu’il était aux mains des nazis. Il s’évade dans des conditions rocambolesques et pour tout dire assez douteuses. Il sonne chez les Spaak et passe quelques nuits dans leur appartement. Ceux-ci le recherche partout à Bruxelles comme à Paris. Ils arrêtent tout le monde, même les deux enfants du couple Spaak sont interrogés. Claude Spaak passe sept mois en Prison mais s’en sort. Suzanne est finalement arrêtée, envoyée à Fresnes où on essaye de la faire parler essentiellement sur Trepper dont en définitive elle sait peu de chose. Elle est jugée par une Cour militaire qui la condamne à mort. On lui promet que la peine ne sera pas appliquée si Claude son mari qui se cache après être sorti des griffes des Allemands, se rend et parle au sujet de Trepper. Paris va être libéré, dans les tous derniers jours de la présence des Allemands, Suzanne Spaak disparaît. Panwitz, l’officier allemand qui l’interrogeait et qui s’est rendu aux alliés affirme qu’elle a été évacuée en Allemagne saine et sauve. Mais son corps sera retrouvé dans une tombe anonyme, son crâne porte la trace de la balle qu’on lui a tiré dans la nuque. On ne connaîtra jamais les détails. Son mari Claude Spaak pourra se rendre dans la cellule où elle était enfermée, il prend note des inscriptions qu’elle a gravées sur les murs. Elle a laissé une lettre pleine de courage et d’espoir à ses enfants.
Dans cette terrible histoire, le rôle de Claude Spaak reste assez trouble, résolument antinazi mais n’a peut-être jamais informé Suzanne de liens plus étroit avec Trepper. Il apparaît néanmoins qu’il devait faire partie du réseau de Trepper dès avant la guerre et était beaucoup plus impliqué politiquement que ne l’était Suzanne qui a agi, certes en fonction de ses convictions mais aussi en fonction de son cœur. Comme souvent dans ces cas-là, on fait de parfaite victime ! Elle sera reconnue par les autorités de Ya Vashem Juste parmi les Justes en 1985.
Une question : Pourquoi n’y a-t-il pas de rue Suzanne Spaak à Bruxelles ?
20 mai 2018

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