A PROPOS D’UN LIVRE SUR LE TEMPS QUI PASSE ET LE TEMPS QUI RESTE

Annie ERNAUX « Les années » Gallimard (Livre électronique ) 2001

Je connaissais Annie Ernaux, j’avais lu différentes critiques, toujours élogieuses, de ses romans mais je n’en avais jamais lus. J’ai acheté celui-ci tout à fait par hasard pour tester le fonctionnement de mon contact avec « Amazon », voilà bien la pire des raisons de lire un ouvrage. Le système s’est révélé efficace et j’ai pu lire, ce qui n’est pas un roman, j’appellerais cela une autobiographie photographique. En effet l’auteure part le plus souvent de la description d’une photographie pour situer une époque, évoquer les évènements vécus à ce moment. C’est une idée magnifique, les photos disent tout de notre histoire…si on prend le temps de regarder le décor, de prendre le temps de détailler l’espace, le minuscule aspect qui n’accroche pas d’emblée le regard. Cela me concerne tout à fait dans la mesure où Annie Ernaux doit avoir quelques années de plus que moi. J’ai donc été le contemporain de tout ce qu’elle évoque. On ne peut pas dire que ce soit une œuvre essentiellement marquée par le désenchantement, le désespoir. J’y perçois une forme de résignation lucide, une tristesse devant l’inéluctabilité du temps qui passe. Des espoirs de la Libération aux craintes du vieillissement en passant par Mai 68, la guerre d’Algérie, le grand espoir de l’élection de Mitterrand, les inévitables déceptions, c’est la même ellipse que la mienne…des lendemains qui chantent aux jours où la lucidité l’emporte sur le lyrisme du romantisme politique. Chez Ernaux s’ajoutent les problèmes affectifs, des amours, du mariage et des enfants. Là aussi, on passe des grandes espérances aux terrifiants pépins du réel sur lequel bien des illusions se fracassent sans qu’on comprenne bien pourquoi. La fin du livre m’a ému, sans doute parce que ce qu’elle évoque est l’une de mes grandes, et sans doute inutile préoccupation quand elle écrit « Ce qui compte pour elle, c’est au contraire de saisir cette durée qui constitue son passage sur la terre à une époque donnée, ce temps qui l’a traversée, ce monde qu’elle a enregistré rien qu’en vivant. » Et sa dernière phrase : « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais. » Oui ! Écrire, comme une dérisoire bouteille lancée au hasard dans la mer de l’oubli. 16 Juin 2018

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