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A propos d’un livre…la tyranie ou le doute !

Sheila FITZPATRICK  « Dans l’équipe de Staline » Perrin  2018

Chez ces gens là, on s’assassine entre amis.

« Ce n’est pas ici un cercle de famille, ni un club de bons amis, mais un rassemblement politique représentant la classe laborieuse. »  Au départ de cette formule utilisée par les bolcheviks bien avant la révolution, on peut comprendre tout ce qui va suivre dans l’extraordinaire ouvrage de cette historienne australienne, spécialiste de la Russie des années trente.  Apparemment, elle a eu accès à une série de documents inédits.  Elle cite de très nombreux procès-verbaux du Comité central, du Présidium, du Politburo et de nombreux autres organes des institutions soviétiques.  De même, elle a pu consulter les agendas de Staline, puisqu’elle détermine avec précisions qui étaient ses visiteurs les plus assidus.  Il est vrai que quand on envisage cette période de l’histoire de la Russie on songe d’abord et avant tout au Vojd, c’est-à-dire à Staline.  La réalité fut différente, il gouverna avec une équipe qui au travers de cette terrible période resta plus ou moins la même, c’est ce premier cercle que l’auteure a minutieusement étudiée.  Des hommes tels que Vorochilov ou Kalinine ou même Molotov que Trotsky qualifiait de “ bureaucrate de cul de pierre” étaient depuis les tout débuts auprès de Staline…et y resteront jusqu’à leur mort, pour Kalinine, ou celle du dictateur pour les autres.

Première étape, liquider Trotsky – Deuxième étape, purge générale.

Tout commence par l’élimination de Trotsky et de ceux qui l’entourent.  Le fait le plus notable est que Trotsky et les membres de son entourage sont pour la plupart beaucoup plus instruits, cultivés que celui de Staline composé de gens plus frustes, souvent mal dégrossis mais surtout il y a beaucoup de Juifs autour de Trotsky, il y en a aussi auprès de Staline tel Kaganovitch, encore un qui restera jusqu’au bout auprès de Staline, mais leur nombre est nettement plus réduit.  On le sait, c’est l’assassinat de Kirov en 1934, membre du  premier cercle stalinien, qui déclencha la grande purge, près de 700.000 exécutions et près de deux millions de gens envoyés au goulag.  55.000 officiers exécutés ! Il ne fait aucun doute que ce fut Staline qui déclencha cette monstrueuse opération mais il prit soin d’obtenir la signature des procès-verbaux par plusieurs membres de son équipe rapprochée, la responsabilité est ainsi collective. Il suffira de liquider l’exécutant des basses œuvres, Iejov, pour passer à autre chose.  Cependant, les crimes de masse, les procès truqués avaient commencé bien avant 1937, l’initiateur en avait été Lénine après la tentative d’assassinat dont il avait été la victime, l’auteur Nelly Kaplan ayant été promptement fusillée. Dès le début ce socialisme-là puait la caserne et la sacristie !  Même responsabilité collective dans la dékoulakisation, Staline reprochant à certains de ses proches de n’être pas assez durs, même mépris collectif pour les effets des terribles famines qui s’en suivirent.  On évalue entre trois et quatre millions le nombre de victimes en Ukraine. L’exécution de Nicolaï Boukharine tient une place à  part dans la mesure où Lénine appelait celui-ci “l’enfant chéri du parti”.  L’auteur retrace la lente liquidation de Boukharine, sa répudiation progressive et pour finir son exécution, véritable jeu du chat et de la souris dont Staline est évidemment le chat.

La guerre…le phénomène de cour…partout et toujours.

L’un des hommes clé du premier cercle est Vladislav Molotov, le fameux cul de pierre, qui fut chargé de la négociation du pacte Germano-Soviétique mais dont la femme était Juive et avait conservé son franc-parler.  Staline la fit condamner au goulag, lors du débat à ce propos en Politburo Molotov s’abstint lors du vote !  Il ne revit sa femme qu’après la mort de Staline.  Ce ne fut pas la seule fois que Staline s’en prenait à des membres de la famille de ses proches collaborateurs…il fit exécuter la femme de son secrétaire et celui-ci…continua à travailler avec le dictateur.  Il liquida aussi bon nombre de membres de sa belle-famille…témoins gênants et bavards de sa relation avec sa femme, qui s’était suicidée dans des conditions qui restent troubles.  Tous vivaient ensemble, en tout cas pendant la première partie des années trente d’où les conflits conjugaux et les petites haines recuites des uns et des autres.  C’est le classique, éternel et universel phénomène de cour que  j’ai pu observer dans les cabinets ministériels.  Ainsi tel attaché se précipitait servilement sur le manteau du ministre dont le col était mal placé.  J’ai connu bien pire, j’ai assisté à une chose horrible, j’ai connu deux types qui n’ont pas hésité à prostituer leur épouse à un puissant de l’heure dans l’espoir, d’ailleurs réalisé, d’en tirer une solide promotion.  J’ai été éberlué en découvrant ce genre d’attitude, je n’appartenais pas au sérail, je ne connaissais pas le monde politique, je découvrais cet univers les yeux emplis de l’idéal que m’avaient transmis mes parent et mon grand-père, armé seulement de mon cursus universitaire.  Il est vrai que dans les cabinets on vivait en permanence un mélange de vaudeville de sous-préfecture, alors qu’autour de Staline c’était chaque jour le pire des Shakespeare… ou la cour d’un roi mérovingien.   On imagine ce que cela peut être quand le puissant en question a droit de vie ou de mort sur tous et chacun !  L’horreur absolue !

Staline jouera constamment de la rivalité entre les élus du premier cercle, montant les uns contre les autres, flattant l’un, morigénant l’autre, menaçant un troisième, rétrogradant un quatrième et ainsi de suite.

Croyant jusqu’au bout en la valeur de son accord avec Hitler, Staline sombra dans une effroyable dépression au moment de l’invasion de l’URSS.  C’est Molotov qui fut chargé d’adresser le premier message au peuple soviétique, Staline ne parlera que bien plus tard.  Enfermé dans sa datcha, il crut qu’on venait l’assassiner quand les membres du politburo s’y étaient rendus pour  prendre ses instructions.

Vieillir quand on est un tyran…l’antisémitisme final.

Après la guerre, le premier cercle a espéré que les choses allaient évoluer positivement.  Beria qui avait remplacé Iejov (exécuté) plaidait pour un adoucissement du régime, la réunification de l’Allemagne, un rapprochement avec l’Ouest.  Kroutchov avait intégré le cercle des intimes ainsi que Boulganine et Malenkov.  Staline fit encore fusiller deux membres importants du Présidium. On était loin cependant des années trente où septante-cinq pourcents des membres du comité central avaient été exécutés.  La dernière grande purge, celle-ci liée à l’antisémitisme, fut lancée par Staline tout à la fin de sa vie.  Ce fut le célèbre complot des blouses blanches dont les buts étaient de liquider une partie de l’intelligentsia juive devenue suspecte car elle réclamait un état Juif en Crimée, refusant de se contenter de l’affreux Birobidjan à la frontière chinoise et de faire comprendre au tout jeune état d’Israël que le pire pouvait encore survenir en URSS s‘il s’alignait sur les politiques occidentales.  Cela commença par l’assassinat de l’acteur Mickhoëls et l’arrestation d’un grand nombre de médecins, dont Vovsi le médecin en chef de l’armée rouge, certains de ceux-ci moururent sous la torture.  Une fois Staline mort, tous furent libérés dans les jours qui suivirent à l’instigation de Beria.

Staline vieillissant devenu de plus en plus paranoïaque voyait des complots partout.  Il ne se rendait  presque plus au Kremlin, vivait la nuit obligeant ses intimes à boire et manger en sa compagnie pendant des heures et des heures, les humiliant ou les flattant selon son humeur. Il leur disait souvent  “sans moi vous ne saurez pas quoi faire.”

Les successeurs…les hommes gris.

Ce fut totalement faux,  le cercle des intimes liquida physiquement Beria qui avait voulu remplacer le Vojd trop ostensiblement puis s’organisa en direction collégiale pendant quelques années, et enfin Kroutchov s’installa seul au pouvoir mais sans effusion de sang.  Il est évident que les intimes de Staline se divisèrent sur le rapport secret du 25 février 1956 dans lequel Kroutchov dénonça les crimes de Staline.  De nombreuses libérations avaient eu lieu dès après la mort du tyran, ce mouvement s’accéléra encore après 1956, sans que l’on puisse parler d’une véritable démocratisation, ce fut à peine ce qu’Ilia Ehrenbourg décrivit dans son livre “ Le Dégel”.

Chaque fois que je lis un ouvrage sur cette période l’histoire de Russie, j’éprouve un malaise car l’idéal initial était magnifique, pour la première fois dans l’histoire le Peuple allait être au pouvoir.  Ce fut l’espoir pour des millions d’exploités, espoir partagé par ma famille. Lénine faisait constamment référence à la révolution française et à la commune de Paris, il nota la date quand la révolution soviétique avait dépassé la durée d’existence de la Commune de Paris.  Or, cet idéal de départ a été immédiatement trahi au profit de la pire des dictatures, celle où l’on veut transformer par la force l’homme, imposer par le sang et les baïonnettes une égalité théorique tout en recréant une élite bureaucratique qui, comme le décrit magnifiquement Anatole France dans “Les dieux ont soif” s’entredévore. ( Lire à ce sujet l’extraordinaire livre de François Furet,  “Le Passé d’une illusion”.)  Je visionne fort souvent des documentaires historiques, dans l’un d’entre eux on pouvait voir l’entrée des membres du politburo au Kremlin en 1956, tous portaient le même lourd imperméable leur tombant sur les chevilles, le même chapeau gris…c’étaient les hommes en gris mêlant à une effroyable cécité idéologique une ignoble hypocrisie, car alors que le peuple vivait dans la misère, eux vivaient dans le luxe le plus excessif mimant la comédie du leader prolétarien.

En guise de conclusion.

Rien ne vaut la démocratie, avec tous ses défauts, ses multitudes de scandales, car elle implique le respect des libertés fondamentales pour lesquelles cependant il faut toujours se battre.  Trump aux USA est certes une abomination, mais si vous visionnez des séries américaines, si vous lisez la presse des USA, vous ne manquerez pas de constater combien les contre-pouvoirs existent.  Si en Novembre aux élections de mi-mandat, les Républicains perdent la majorité au Congrès, Trump ne terminera pas son mandat.  Ce sont les commissions parlementaires qui ont éliminé Mac Carthy, c’est la presse et les commissions parlementaires qui ont forcé Nixon à démissionner, ce sont les commissions parlementaires et la presse qui ont condamné les actions de la CIA pendant les années septante…il y a mille et un autres exemples.  En terminant, j’ai envie de citer Raoul Vaneigem quand il écrit : “ Je ne crois en rien.  Toute croyance est une tombe de la conscience !”

Je ne le suis pas quand il affirme ne croire en rien mais il a diablement raison quand il estime que “toute croyance est une tombe de la conscience ”, j’ajouterai que toutes les certitudes sont des prisons de la pensée, seul le doute est générateur de liberté, liberté toujours remise en cause, toujours fragile…pour laquelle il faut non seulement être vigilant mais lutter sans concession quand elle est en danger.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

POURQUOI UNE BIBLIOTHÈQUE, POURQUOI LIRE ?

J’AI RÉALISÉ À L’INTENTION DE MES ENFANTS ET PETITS-ENFANTS LA RECENSION DE MA BIBLIOTHÈQUE.  VOICI L’INTRODUCTION ÉCRITE À LEUR INTENTION. 

                                          Ce qui relie tous ces livres, c’est moi !

                    Ces livres, mon seul, unique, dérisoire trésor, qui ne vaut rien !                                

                          

                                                      

                                                       « Mon livre m’a créé.  C’est moi qui 

                                                           fus son œuvre.  Ce fils a fait son 

                                                           père. »  Jules Michelet                                                                                                                                                      

                                                       « Je n’ai rien accumulé, ne suis

                                                           propriétaire de rien, rien que des 

                                                           livres. »  Léon Blum                                                                             

                                                        « Au secours les mots m’ont mangé. »  Bernard 

                                                          Pivot 

                                                        « La vie finit toujours par ressembler aux 

                                                          Livres. »  Javier Cercas

                                                        « J’erre de livre en livre ( c’est une 

                                                         manière d ‘interroger les morts. )  François Mauriac                                                                              

                                                        « Ces lectures sont elles-mêmes

                                                           devenues des éléments de notre 

                                                           vie. »  Simon Leys                                                                        

                                                        « Nos livres nous ont faits !  On est 

                                                           aussi ce qu’on a lu. »  P. Assouline                                                                           

                                                        « Exposer ses lectures, c’est se mettre

                                                          aussitôt à nu, c’est avouer. »  F. Vitoux                                                                         

                                                       « Le livre est mon rapport au monde. »  Christine Taubira                                                                         

Et enfin…pour vous victimes,  si comme moi vous souffrez de ce vice impuni qu’est la lecture :

« Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère. »   Charles Baudelaire 

                                     Du papier et de l’encre…beaucoup plus !

                                                                         « Qui peut dire où 

                                                                            La mémoire commence, qui peut 

                                                                           dire où le temps présent fini, où le

                                                                           passé rejoindra la romance, où le 

                                                                           malheur n’est qu’un papier. » Louis Aragon

 

J’écris ces lignes à quelques heures de mon septante troisième anniversaire.  Si l’on dispose d’un minimum de lucidité… inévitable de se poser certaines questions sur le chemin parcouru, sur ce qui a été réalisé, sur les échecs, sur les joies, sur l’effondrement des certitudes, sur les lambeaux d’illusions…fragiles récifs subsistant dans l’océan des épreuves de l’existence.  Une bibliothèque,  c’est aussi un bilan quand on en fait le compte à l’âge où le temps qui passe c’est le temps qui reste ;  chaque livre pose des questions sur l’époque où je l’ai lu, sur ce que je fus, sur les rôles joués, ou que j’ai refusés d’interpréter sur la magnifique, la formidable scène de la vie.   Ces livres, tous ces livres célèbres ou inconnus,  m’apportent la lumineuse clarté du passé.  Cette bibliothèque, dans sa cohérence inévitablement éphémère, est aussi une sorte de Journal qui livre après livre dresse mon vrai portrait…montre ce que j’ai été, et suis…encore !  Ainsi, je découvre stupéfait, un peu honteux que je fus l’enfant d’une époque, je m’en croyais détaché, quelle naïveté !  Pourquoi tant et tant de biographies ? Il est vrai qu’une biographie est aussi une façon de comparer sa propre vie, de la mesurer à l’aune des héros, des salauds ou des lâches de l’histoire…éternelle question de la mesure de soi.   En manipulant pendant plus de deux ans tous ces ouvrages, j’ai songé à mon parcours, chaque livre me reliant à une période de mon existence, aux multiples fonctions que j’ai exercées que certains envieux aux dents jaunes qualifiaient de prestigieuses, ne voyant que les voitures de fonction, chauffeurs et notes de frais.

  • – Fonctionnaire du ministère de  l’Intérieur exerçant la tutelle sur cinq communes bruxelloises.
  • – Responsable dans les Services du Premier ministre de la formation post universitaire des hauts fonctionnaires. 
  • – Conseiller du Premier Ministre.
  • – Secrétaire de la Commission parlementaire de la réforme institutionnelle.
  • – Négociateur de 1973 à 1995 pour le PS de l’ensemble des nominations politiques, en ce compris, quel malheur, celles des magistrats.
  • – Conseiller au service d’études et de coordination économique du Premier Ministre.
  • – Inspecteur général de la Fonction publique.
  • – Chef de cabinet du Vice-Premier Ministre et Ministre de la fonction publique.
  • – Chef de cabinet de deux Ministres des PTT.
  • – Chef de cabinet du Vice-Premier Ministre et Ministre des communications.
  • – Chef de cabinet du Vice-Premier Ministre et Ministre du budget.
  • – Chef de cabinet du Ministre Président de la Communauté française.
  • – Commissaire du gouvernement à la Radiotélévision Belge Francophone pendant quinze ans.
  • – Administrateur de la Loterie nationale.
  • – Commissaire du gouvernement à la Société de Développement Régionale de Bruxelles.
  • – Président de l’Office de Promotion du Tourisme Wallonie-Bruxelles.
  • – Président pendant huit ans de la Société régionale de  Développement de Bruxelles.
  • – Député de Bruxelles et chef du groupe PS. 
  • – Echevin des finances et de l’instruction publique pendant vingt-cinq ans.
  • – Administrateur délégué d’une entreprise d’immobilier industriel.
  • – Directeur des centres d’entreprises de Molenbeek.
  • – Président du Service laïque de coopération au développement
  • – Président du Conseil d’administration des hôpitaux psychiatriques de Mons et de Tournai.
  • – Président du conseil d’administration du château de La Hulpe
  • – Président du conseil d’administration du centre sportif de la forêt de Soignes.
  • – Administrateur de l’Université Libre de Bruxelles.
  • – Administrateur du Théâtre national.
  • – Président de la fondation Nusbaum.

Et, j’en oublie certainement !  Tout ça…finalement…dérisoire ! 

Nulle prétention à l’époque, nulle fierté, ni gloire rétrospective, pas une ombre…aujourd’hui sentiment étrange que ce type-là était…un autre, ai-je donc été un personnage étranger à ma propre histoire ? Peut-être ! Surtout, c’est l’essentiel, aucun regret, aucune honte…si, celle d’avoir été trop loyal, trop longtemps obéissant, incapable de lire la partition qui se jouait et dans laquelle j’avais un petit rôle !  Mais sentiment merveilleux de n’avoir jamais travaillé tant je me suis amusé, toujours observateur des autres et de moi-même…mon meilleur sujet !  Quel spectacle ce fut !  

Eh ! bien non !  Avec le recul, j’estime que mon seul, mon unique, mon vrai titre de gloire est d’avoir été un lecteur…oui…un lecteur !  Quelqu’un qui avait l’ambition un peu ridicule de tout connaître, de tout savoir, de tout comprendre, qu’une foule de choses passionnaient, fascinaient, intéressaient.   En cela le vieil homme… vieux soldat veuf d’un idéal disparu, usé par mille et un combats, visage  bosselé, ridé, couturé, marqué d’ épreuves, insulté, sali d’injustices, balloté par une vie chaotique mais toujours illuminé par l ’amour,  extraordinaire chance dont chaque jour mesure  le prodigieux bonheur…rejoint à la fin de cette longue boucle…le petit garçon qui s’était fixé pour seule ambition de tout connaître, de découvrir toutes les formes, toutes les images du monde !  Pour moi, il est n’est pas encore venus le temps où, comme l’écrit Voltaire, toutes les cendres sont mêlées.  Non, je ne me résoudrai jamais à n’être plus qu’un voyageur qu’on n’attend plus.  L’indifférence, lèpre de l’âme, boulet des consciences ne m’a pas encore infecté.   Et dire qu’il y a encore quelques idiots qui attendent que le funambule tombe alors que depuis longtemps il a quitté le fil.  Quelle joie de constater…encore debout…yeux  grands ouverts, lucide, sans la moindre amertume, toujours et à jamais affamé de connaissances…cette merveilleuse cohérence, cette sérénité, ce profond accord avec soi-même !  Immense chance, incommensurable bonheur de lire…de vivre !

Pourquoi ?

« Je ressens cela comme un des grands échecs de ma vie.  J’ai été, jusqu’ici, mais tout n’est pas fini, incapable de faire aimer à d’autres les livres que j’ai lus, qui m’ont passionné.  Mireille considère que lire « mes » livres serait abandonner une sphère essentielle de son autonomie. Pourtant elle estime, comme moi, que nous formons un couple fusionnel. Et c’est vrai ! À ce niveau, l’identification à mes parents est parfaite.  Mais quelle tristesse de ne pouvoir faire partager mon enthousiasme, mes intérêts. En désespoir de cause, j’ai donc décidé, pour ceux qui peut-être un jour liront ceci, de tenter de résumer et noter mes impressions sur les livres que j’ai lus.  C’est aussi une façon de ne pas oublier, car malgré ma mémoire, tant vantée, certaines lectures se perdent, se noient dans une mer de papiers sans signification qui progressivement, page après page, m’engloutit. J’ai aussi décidé de noter au jour le jour ce que je retiens de mes lectures de la vielle. Cela doit permettre de mieux mémoriser et assimiler ce que je lis. La lecture fait partie de ma vie depuis toujours, elle accompagne mon existence, les livres m’ont considérablement aidé.  Ils m’ont appris à relativiser mon vécu à la lumière de l’Histoire, à la lumière des histoires !  Distance salutaire  avec l’effrayante, l’incontrôlable, l’incompréhensible immédiateté du réel. C’est une mise en perspective essentielle. Je ne sais pas si j’aurai le courage d’écrire au jour le jour et si je parviendrai à m’exprimer sur la masse des livres que j’ai lus et annotés.  J’essayerai, voilà tout !

À l’époque, révolue, où j’avais beaucoup d’amis, qui n’étaient que des connaissances, j’avais lu Une saga moscovite d’Axionov. Emporté par mon enthousiasme, j’achetai, lecture faite, une dizaine d’exemplaires et les fis parvenir à mes « amis ».  Quelques mois plus tard, je les interrogeai prudemment, ce qui je l’avoue était un peu grossier. Mais je croyais qu’avec « des amis » je pouvais me permettre ce genre de privauté.  Donc, j’essayai de leur parler de ce livre. Je perçus immédiatement un certain malaise, on me répondait à peine, on changeait de sujet, oui, on l’avait lu, mais on ne pouvait pas en dire grand-chose.  Je compris vite qu’un seul d’entre eux avait commencé la lecture et l’avait vite interrompue.  C’est le seul qui eut au moins l’honnêteté de me le dire.  Aujourd’hui, je confesse mon autoritarisme !  Comment donc, essayer de conseiller un livre, quelle audace ! Il faut laisser dormir les hommes, ne pas tenter de les réveiller.  Je ne savais pas que Gide avait écrit : « Les livres recommandés par les autres sont rarement à notre goût. »  Cependant, incorrigible optimiste, je crois en l’homme,  seul vrai Dieu, il en vaut la peine, l’animal !  Alors, j’essaierai encore ici ou là de faire aimer les livres. C’est ici l’ultime tentative, mais elle s’adresse à ceux que j’aime plus que tout au monde. »  Voilà donc ce que j’écrivais en Mars 2003 sur la page de garde du premier de mes cahiers de lectures.  Je n’ai pas été capable d’écrire au jour le jour, mais j’ai quand même réussi à résumer et à réagir à propos de  chaque livre lu depuis plus de 13 ans au moment où j’écris ces lignes en cette fin d’après-midi du 27 Janvier 2017.

 Cet extrait de mon livre « Du bonheur de la certitude d’avoir été aimé » où j’évoque la lecture trouve ici toute sa place.

« Quand ai-je commencé à lire toutes les nuits ? Impossible à préciser. J’ai le sentiment de l’avoir toujours fait. Ne voulant jamais me laisser envahir par le sommeil, les livres m’accompagnaient jusqu’à l’épuisement total. Les livres faisaient partie de notre vie familiale. Ils étaient l’objet d’un immense respect.

Mon père m’avait parlé de son envie de suicide après la lecture de « la 25e heure » de Virgil Gheorgiu. Ma mère évoquait souvent  « Les Hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë ou « Loup parmi les loups »  de Hans Fallada. Leur travail ne leur permettait malheureusement pas de lire souvent, mais le livre était magnifié. J’ai déjà évoqué la bibliothèque publique « Les heures joyeuses » et la bibliothèque privée de la rue Stéphanie. J’ai le sentiment d’avoir toujours eu un livre en main. J’ai passé des dizaines d’heures à feuilleter les quatre volumes sur la Seconde Guerre mondiale achetés par mes parents. Bien avant de savoir lire, je regardais les photos et posais des questions.

Je m’installais, dans le grenier me servant de chambre rue Stéphanie, une première bibliothèque dans une caisse à oranges posée sur le bord le plus étroit, ornée, Dieu sait pourquoi, d’un petit rideau punaisé. Je fis d’abord la collection des Spirou, puis, dès 1954 ou 1955, des Bob Morane, célèbre héros d’Henri Vernes, édités par Marabout. J’ai dû en posséder une bonne vingtaine. Je m’aperçus assez vite que c’était toujours la même histoire, les mêmes qualificatifs revenant d’un livre à l’autre. L’ami de Bob Morane, Bill Ballantine, avait de livre en livre toujours des poings « gros comme des genoux »… Bizarre cette comparaison ! Je lisais aussi «  Sur La piste de Fawcett », l’un des plus célèbres numéros de la collection.  En suivant les aventures de l’éternellement jeune Bob Morane, je me heurtais souvent à un nom cité de façon récurrente. Henri Vernes évoquait un certain « Shakespeare », nom totalement inconnu pour moi et surtout totalement imprononçable. Je tentais de l’épeler et me demandais qui était ce bonhomme dont on parlait si souvent. Il me faudra des années pour comprendre qu’il s’agissait du célèbre William, dont les volumes dans La Pléiade ne me quittent jamais. Je ne pars jamais en vacances sans « mon » Shakespeare. La force de son verbe m’émerveille à chaque lecture ou relecture.

Vers huit ou dix ans, j’avais lu un livre sur la Résistance. Un valeureux résistant s’était introduit dans l’appartement d’un collaborateur. Il y avait surpris une femme nue dans une salle de bains. Il lui avait tapé sur les fesses, l’auteur décrivait la trace de suie (il était passé par la cheminée) sur les fesses blanches. Mais pourquoi donc, après si longtemps, cette image est-elle restée ancrée dans ma mémoire ?  Je passais rapidement à des choses plus substantielles. Je fus passionné par « La Dame de Monsoreau »  d’Alexandre Dumas. Cette histoire d’amour et de sang, ce grand veneur à la cour du roi Henri III sur fond de Saint-Barthélemy, cela avait une autre gueule que Bob Morane dont finalement on ne savait s’il était chair ou poisson et qui gardait, au fil des aventures, une allure de jeune homme propre sur lui qui dans le fond me déplaisait.  Il y eut « Guerre et Paix », « Les Misérables » et tous les livres dont mon grand-père me nourrissait et dont j’ai déjà parlé.

Grâce à toi Caroline, je retrouverai il y a quelques années Tchik et Tchouk, les deux petits Sibériens dont les aventures m’avaient enchanté avant même que je ne sache lire.  Je feuilletais, sans la lire, l’énorme somme de Pirenne sur l’histoire de l’Europe, offerte par mes parents.  Ils eurent aussi l’excellente idée de m’offrir la Grande Encyclopédie Larousse (édition 1958) dont je ne me lasserai pas de consulter les volumes.

À la fin de l’école primaire, l’un de nos professeurs nous avait montré un Petit Larousse et nous avait dit : « Voilà votre meilleur ami. » Il avait parfaitement raison. Maintenant, Internet a tout bouleversé. Cela reste cependant pour moi un outil indispensable. J’ai eu la chance d’acquérir la première édition de l’encyclopédie complète dont la parution commença en 1866 pour se conclure en 1876.  Aujourd’hui, je dois avoir cinq ou six bibliothèques. Souvent en les contemplant, il me vient une image. Je vois, dans une énorme irruption, un gigantesque tourbillon, surgir tous les personnages de ces milliers de livres, ils s’animent, aiment, se battent, bondissent, chevauchent, souffrent, meurent, voyagent, subissent la foudre, les orages, les pires hivers, les moiteurs suffocantes de la jungle, des tempêtes dantesques, c’est Alésia, la dernière charge de Ney à Waterloo, les Poilus sacrifiés dans les tranchées de 14, les fusillés de la Résistance, les caves de la Gestapo, les Gis coincés sur Omaha beach, la mort d’une mère, la naissance d’un enfant, Raskolnikov la hache levée sur la vieille usurière, Soljenitsyne dans son goulag, la prise du palais d’hiver, Jean Valjean sur la barricade de Saint-Merri, Éponine mourant pour Marius, d’Artagnan affrontant les gardes du cardinal, Anna Karenine sous les roues du train, Bardamu rongé par la malaria, Staline réincarné en cafard par le génie d’Axionov, le diable dans Moscou avec Boulgakov, la lettre de la mère juive de Vassili Grossman, l’immense cohorte des assassinés d’Auschwitz, toute la folie, l’amour et la sagesse du monde, « des histoires de bruits et de fureurs racontés par des fous » du grand William, tout cela explosant dans une énorme et indomptable tornade.  J’ai eu cette vision bien avant que le film « Une nuit au musée »  n’utilise la même idée pour les personnages de cire ou de pierre s’animant le soir venu et reprenant leur place le matin.  Je songe aux Spirou reliés de mon enfance et je confesse que de 1964 à 2007,  j’ai fait relier toute la collection du « Nouvel Observateur », toujours la même manie de tout vouloir lire, de tout vouloir connaître. Jusqu’ici,  je n’avais jamais fait le parallèle, les Spirou que je reliais avec du gros fil et le « Nouvel Observateur »  confiés à un relieur…mais toujours, au travers du temps, la même obsession pour le livre !

Je reste fasciné par les livres. J’en achète beaucoup (trop), j’en respire toujours, avant de les lire, l’odeur enivrante d’encre et de papier. Cela reste un objet sacré. J’ose dire avec Borges : « Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi, je suis fils des livres que j’ai lus. »  

Pas de doute, les livres « m’ont fait ».  Je songe à « Fahrenheit 451 » de Ray Bradbury dont Truffaut a fait un film. La dictature régnante ayant interdit de lire, les livres sont brûlés. Quelques réfractaires apprennent les livres par cœur et « deviennent » « Les Misérables » ou « Guerre et Paix. »  Ces rebelles incarnent les livres, au sens premier du terme. Je serais capable de le faire tant j’aime, depuis l’enfance, les livres.  Me vient à l’esprit une scène de Domicile conjugal de Truffaut. Jean-Pierre Léaud est dans une prison militaire, pour passer le temps, il lit un petit classique Larousse. Tout est dit ! Lire, c’est la liberté. Un homme qui lit n’est jamais enfermé, même s’il est en prison…j’ai pu en avoir la confirmation !

Il y a quelques années, je visitais la foire du livre ( je déteste cet étalage grossier et impersonnel ). En me promenant dans les allées, j’entendis deux jeunes filles discutant d’un livre, je compris qu’elles n’avaient pas les moyens de l’acheter. Je le leur offris tellement cela me paraît important de lire. Ce qui m’angoisse aujourd’hui, c’est l’idée du temps qui va me manquer pour lire tous ce que j’ai envie de dévorer.  Pas un jour ne passe sans que je songe à cette superbe réflexion de Jules Renard : « Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. ».  J’ai déjà écrit sur cette jeune Maghrébine voilée que je voyais lire tout en marchant dans la rue et que j’ai arrêtée pour savoir ce qu’elle lisait. Elle était plongée dans Bel Ami de Maupassant.

Ce jour-là, je sus que tout n’était pas perdu ! »

Cher Monsieur,

Une mauvaise manipulation m’a conduit a perdre votre commentaire.  je recopie donc ici le petit texte que j’avais diffusé sur FB suite à l’effarente déclaration d’Elio Di Rupo.

merci pour vous commentaire et merci de m’avoir lu.

 

Elio Di Rupo aurait déclaré : « ILS NOUS ONT FAIT LA BELGIQUE DES DIAMANTAIRES ANVERSOIS. »
C’est « l’Echo » qui annonce cela. Si c’est exact, c’est d’une maladresse insigne, pour rester modéré…en fait non…j’ai pas envie sur ce sujet d’être modéré…car cette formule, j’insiste si elle est vraie…est une pure saloperie antisémite. Car chacun aura compris que diamantaires = Juifs, ce qui par ailleurs est faux, car à Anvers il y aussi des diamantaires Pakistanais et Indiens. Mais bon, c’est aux Juifs que cette charmante formule est censée s’appliquer. Et bien, il se fait que hier, j’ai visité une école juive et le directeur m’a expliqué que de plus en plus d’enfants étaient incapables de payer les frais de participation aux repas scolaires, frais que l’école couvrait bien évidemment. J’ajouterai que la thèse de « tous les Juifs riches » a conduit à l’assassinat de Ian Halimi, très récemment de Mme Knoll et de tant et tant d’autres. Ian Halimi était vendeur dans une télé boutique et Mme Knoll vivait dans un logement social. Que Di Rupo s’explique et vite sur ce qu’il a voulu dire ou alors, je le répète, si Di Rupo a dit cela, il a formulé, ce que je qualifie ni plus ni moins de parfaite saloperie…Mais une saloperie qui, n’en doutons pas, plaira énormément à certains électeurs dont le PS a le plus grand besoin.

TOBY TAILLEUR – RUE HAUTE.

 

Immanquablement mes pas me ramènent rue Haute, rue Blaes, place du Vieux Marché, rue de l’Économie.  Ces quelques rues m’aimantent, il faut absolument que de temps en temps, j’y retourne, le plus souvent pour parcourir les étals du Vieux Marché, mais aussi parfois pour le simple plaisir de flâner devant les vitrines, de regarder les gens, de me remémorer ce quartier tel qu’il était dans mon enfance.  En septante ans, il a changé de nombreuse fois.  La rue Haute s’est paupérisée, le Cinéma Rialto où mon grand-père s’endormait devant Ivanhoé, a disparu…dernière séance avant transformation…aucun Eddy Mitchell pour en faire une chanson…c’est devenu une grande surface vendant de l’électro-ménager et maintenant un antiquaire branché spécialisé dans l’Art déco.  Le magasin de jouets « le Peigne d’or » où mon cousin volait des modèles réduits,  est devenu une épicerie maghrébine, le marchand d’accordéons de la rue Blaes…mystérieuses touches d’ivoire, soufflets noirs d’encre, carrosseries d’écailles colorées, chromées, éclatantes, tout brillait, luisait, me fascinait, il vend de nos jours du papier peint…on pourrait poursuivre sans fin cette litanie du temps passé, quelques bistrots font semblant d’entretenir la flamme de l’authenticité sans vraiment y parvenir ; la rue de l’Économie devient tous les dimanches un repaire de bobos qui ignorent qu’aux étages des immeubles si « typiques » habitent de vrais clochards incapables de payer l’eau et l’électricité, car dans ce quartier règne encore une vrai misère, parfois bien dissimulée mais bien réelle.  Ma famille a été très présente en ces lieux, je l’ai déjà écrit de multiples fois, je n’y reviens pas.  Cependant, ce qui me touche le plus, c’est d’y retrouver des gens qui ont connu mon grand-père, ou d’autres membres de la famille.  Ainsi, il y a une quinzaine d’années, rue Haute presque face au CPAS, se trouvait un petit magasin de vêtements à l’enseigne de « Chez Toby  tailleur. »  Lorsque je passai devant la pauvre vitrine où trônaient quelques costumes de coupe plus que médiocre habillant des mannequins hors-d ’âge, la patronne se trouvant sur le pas de la porte, comme j’aime les gens, j’entamai la conversation, et miracle, elle souvenait fort bien de ma famille, j’entrai continuant la conversation avec le mari.  Ils exploitaient ce commerce depuis l’après-guerre, c’étaient maintenant deux vieux Juifs, témoins de la décrépitude de leur quartier, du changement brutal de population, les Espagnols des années soixante avaient prudemment laissé la place à des maghrébins avec qui les contacts étaient plus difficiles.  Ils se souvenaient fort bien des trois ou quatre magasins de chemises, tailleurs etc. que l’une des branches de ma famille tenait de la fin des années quarante aux années septante.  Après cette prise de contact, chaque fois que je me promenais rue Haute, je m’arrêtais et saluais le vieux et sympathique couple.  Ils m’émouvaient, remuaient en moi une fibre « tribale » jamais éteinte.  Lors d’une dernière balade…plus de magasin…façade barricadée, porte et vitrine arrachées, l’immeuble allait sans doute être rénové, un tas de gravats s’étalant à même le trottoir sur lequel flottait une planche de bois, je pouvais encore y lire en lettres rouge délavé sur un fond gris qui avait été blanc « Chez Toby tailleur ».  Dernier témoin d’un inévitable naufrage…dérisoire cadavre d’une époque révolue.  Pas le genre de planche pouvant se transformer en planche de salut, point de salut à la mortelle morsure du temps…c’était fini…ils ne se souviendraient plus de mon grand-père…la boutique n’existait plus, pas plus qu’eux, acteurs d’un temps, d’une époque, dont plus personne n’a la moindre idée !      

Appel contre le nouvel antisémitisme

« CONTRE LE NOUVEL ANTISÉMITISME »
Dans un livre à paraître mercredi chez Albin Michel, quinze intellectuels prennent la plume pour dénoncer le poison qui ronge la société française. Cet ouvrage, préfacé par la philosophe Elisabeth de Fontenay, est écrit avec l’énergie de la colère. Cette colère prend la forme aujourd’hui d’un manifeste que « le Parisien Dimanche » a décidé de publier. Elle grandit depuis la mort de Sarah Halimi, parisienne de 65 ans morte après avoir été rouée de coups et défenestrée le 4 avril 2017. La justice a mis plus de dix mois à reconnaître la circonstance aggravante de l’antisémitisme. Le 23 mars dernier, moins d’un an plus tard, dans le même arrondissement, au cœur de la capitale, l’assassinat de Mireille Knoll, 85 ans, ravivait l’émotion et l’indignation nées de l’affaire Halimi. L’enquête est en cours. Hier soir, XXX signataires avaient répondu à l’appel rédigé par Philippe Val, l’ancien directeur de « Charlie Hebdo ». Parmi eux trois anciens Premiers ministres, des élus de tous bords, des représentants des différentes religions, des intellectuels, des artistes…
Par

L’antisémitisme n’est pas l’affaire des Juifs, c’est l’affaire de tous. Les Français, dont on a mesuré la maturité démocratique après chaque attentat islamiste, vivent un paradoxe tragique. Leur pays est devenu le théâtre d’un antisémitisme meurtrier. Cette terreur se répand, provoquant à la fois la condamnation populaire et un silence médiatique que la récente marche blanche a contribué à rompre.

Lorsqu’un Premier ministre à la tribune de l’Assemblée nationale déclare, sous les applaudissements de tout le pays, que « la France sans les Juifs, ce n’est plus la France », il ne s’agit pas d’une belle phrase consolatrice mais d’un avertissement solennel : notre histoire européenne, et singulièrement française, pour des raisons géographiques, religieuses, philosophiques, juridiques, est profondément liée à des cultures diverses parmi lesquelles la pensée juive est déterminante. Dans notre histoire récente, onze Juifs viennent d’être assassinés — et certains torturés — parce que Juifs, par des islamistes radicaux. Pourtant, la dénonciation de l’« islamophobie » — qui n’est pas le racisme anti-Arabe à combattre — dissimule les chiffres du ministère de l’Intérieur : les Français juifs ont 25 fois plus de risques d’être agressés que leurs concitoyens musulmans. 10 % des citoyens juifs d’Ile-de-France — c’est-à-dire environ 50 000 personnes — ont récemment été contraints de déménager parce qu’ils n’étaient plus en sécurité dans certaines cités et parce que leurs enfants ne pouvaient plus fréquenter l’école de la République. Il s’agit d’une épuration ethnique à bas bruit au pays d’Emile Zola et de Clemenceau.

Pourquoi ce silence ?

Parce que la radicalisation islamiste — et l’antisémitisme qu’il véhicule — est considérée exclusivement par une partie des élites françaises comme l’expression d’une révolte sociale, alors que le même phénomène s’observe dans des sociétés aussi différentes que le Danemark, l’Afghanistan, le Mali ou l’Allemagne…

Parce qu’au vieil antisémitisme de l’extrême droite s’ajoute l’antisémitisme d’une partie de la gauche radicale qui a trouvé dans l’antisionisme l’alibi pour transformer les bourreaux des Juifs en victimes de la société.

Parce que la bassesse électorale calcule que le « vote musulman » est dix fois supérieur au « vote juif ».

Or à la marche blanche pour Mireille Knoll, il y avait des imams conscients que l’antisémitisme musulman est la plus grande menace qui pèse sur l’islam du XXI e siècle et sur le monde de paix et de liberté dans lequel ils ont choisi de vivre. Ils sont, pour la plupart, sous protection policière, ce qui en dit long sur la terreur que font régner les islamistes sur les musulmans de France.

En conséquence, nous demandons que les versets du Coran appelant au meurtre et au châtiment des juifs, des chrétiens et des incroyants soient frappés d’obsolescence par les autorités théologiques, comme le furent les incohérences de la Bible et l’antisémite catholique aboli par Vatican II, afin qu’aucun croyant ne puisse s’appuyer sur un texte sacré pour commettre un crime.

Nous attendons de l’islam de France qu’il ouvre la voie. Nous demandons que la lutte contre cette faillite démocratique qu’est l’antisémitisme devienne cause nationale avant qu’il ne soit trop tard. Avant que la France ne soit plus la France.

Texte publié par « Le Parisien » ce matin

 

T

Appel contre le nouvel antisémitisme.

Charles Aznavour

Françoise Hardy

Pierre Arditi

Gérard Depardieu

Elisabeth Badinter

Michel Drucker

Sibyle Veil

Eric-Emmanuel Schmitt

Marceline Loridan-Ivens

Elisabeth de Fontenay

Nicolas Sarkozy

Pascal Bruckner

Laure Adler

Bertrand Delanoë

Manuel Valls

Michel Jonasz

Xavier Niel

Jean-Pierre Raffarin

Pierre Lescure

Francis Esménard

Renaud

M gr Joseph Doré

Grand rabbin Haïm Korsia

Imam Hassen Chalgoumi

Philippe Val

Carla Bruni

Boualem Sansal

Imam Aliou Cassama

Annette Wieviorka

Gérard Darmon

Antoine Compagnon

Mufti Mohamed ali Kacim

Bernard Cazeneuve

Bernard-Henri Lévy

Zabou Breitman

Waleed al-Husseini

Yann Moix

Xavier de Gaulle

Joann Sfar

Julia Kristeva

François Berléand

Olivier Guez

Jeannette Bougrab

Marc-Olivier Fogiel

Luc Ferry

Laurent Wauquiez

Dominique Schnapper

Daniel Mesguich

Laurent Bouvet

Pierre-André Taguieff

Jacques Vendroux

Georges Bensoussan

Christian Estrosi

François Pinault

Brice Couturier

Imam Bouna Diahkaby

Eric Ciotti

Jean Glavany

Maurice Lévy

Jean-Claude Casanova

Jean-Robert Pitte

Jean-Luc Hees

Alain Finkielkraut

Père Patrick Desbois

Aurore Bergé

François Heilbronn

Eliette Abécassis

Bernard de La Villardière

Juliette Méadel

Daniel Leconte

Jean Birnbaum

Richard Malka

Richard Ducousset

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Maurice Barthélemy

Ilana Cicurel

Michel Gad Wolkowicz

Olivier Rolin

Dominique Perben

Christine Jordis

David Khayat

Alexandre Devecchio

Gilles Clavreul

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Meyer Habib

Jean-Paul Scarpitta

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Vadim Sher

Françoise Bernard

Frédéric Encel

Christiane Rancé

Noémie Halioua

Jean-Pierre Winter

Jean-Paul Brighelli

Marc-Alain Ouaknin

Stephane Barsacq

Pascal Fioretto

Olivier Orban

Stéphane Simon

Laurent Munnich

Fabrice d’Almeida

Olivia Grégoire

Elise Fagjeles

Brigitte-Fanny Cohen

Christine Orban

Alexandra Lagnel-Lavastine

Yaël Mellul

PASCAL SMET AVOUE CE MATIN !

Nous sommes nombreux à avoir cru que l’adage d’Audiard s’appliquait parfaitement à ce personnage ridicule et burlesque…vous savez le type qui voulait construire pour 25 millions d’ euros une piscine ouverte sur le canal à Molenbeek, “ Les cons cela osent tout et c’est même à cela qu’on les reconnaît”.
Eh! Bien on se trompait, dans “Le Soir” de ce matin, avec la sérénité du type qui peut tout se permettre,il explique benoîtement que 50% des utilisateurs du tunnel Léopold II sont des habitants du Nord Ouest de Bruxelles et il souligne, ceux-la devront prendre le vélo ou les transports en commun ! Autrement dit, laisser la place aux navetteurs venus des Flandres. Les habitants de Bruxelles, ces galeux, ces “prostitués” pour reprendre le délicat qualificatif du ministricule. ( contractaction de ministre et ridicule ) n’auront qu’a se démerder et mettre en application le célèbre article 22 “chacun se démerde comme il peut !” L’aveu de ce personnage cataclysmique, élu avec 0,46 % des voix émises à Bruxelles, éclaire toute sa politique, mélange de boboïsme stupide et de realisations des intérêts flamands et ce au détriment des Bruxellois…dont il se fout royalement. Quel invraisemblable mépris !
Je note d’ailleurs que le journaliste, sans doute abasourdi, n’a pas relancé et n’a pas réagi à l’énormité de l’aveu ! Ah, j’oubliais, dans les derniers sondages électoraux au plan communal le SP auquel appartient Smet obtient 0 intention de votes…c’est à dire que les réponses positives sont à ce point réduites qu’elles ne peuvent plus être comptabilisées. La seule vrai question est de savoir QUAND METTRA-T-ON FIN A UN SYSTÈME INSTITUTIONNEL, A CET INCROYABLE MILLE FEUILLES DE COMMUNES, DE CPAS, DE PSEUDO-PARLEMENTS, ÉPOUVANTABLE MACHINE A GAZ QUI DÉTRUIT BRUXELLES ET RUINE LES BRUXELLOIS.