Castro, le cadavre décomposé du romantisme révolutionnaire.

   « Tout homme va toujours au bout de son pouvoir. »
Thucydide

« La liberté, c’est toujours la liberté de penser autrement. »
Rosa Luxembourg

« Il n’existe aucun but au monde auquel on puisse sacrifier la liberté d’un homme. »  Vassili Grossman

Les hommages, même les plus prudents, les plus ambigus m’insupportent.  Castro, jeune bourgeois universitaire, après un premier échec lors de l’attaque de la caserne de la Moncada, s’empare du pouvoir en janvier 1959.  Il bouscule, sans grande difficulté l’un des pantins dictatoriaux les plus grotesques dont les USA tirent les ficelles.  Nous sommes au cœur de la guerre froide.  Les intérêts américains, mafieux ou non… quelle différence… s’insurgent. Le vieil Eisenhower permet… accepte l’action de la CIA à la baie des cochons. Kennedy fraîchement élu, refuse le soutien aérien qui eut été salvateur.  Fin de la première partie !  Le héros révolutionnaire sur sa petite île a fait plier le géant capitaliste…le mythe peut s’incarner.

Castro devient alors la marionnette des soviétiques.  L’affaire des fusées est à un millimètre du déclenchement d’une guerre nucléaire… s’il y a une chose positive à mettre au bilan de Kennedy, élu grâce à la mafia, c’est qu’il a évité au monde une épouvantable catastrophe.  N’empêche Castro devient l’icône d’une gauche européenne qui, incapable de les concrétiser chez elle,  n’en finit pas de rêver aux lendemains qui chantent… ailleurs… car cette gauche reste sur le vieux continent dans ses pantoufles, elle glorifie, ça ne coûte pas cher et c’est tendance, Castro, le Che qui deviennent des mythes vivants.  Il faudra longtemps pour apprendre que le Che, peu fait pour diriger la Banque nationale de Cuba, préféra tenter de développer partout le schéma révolutionnaire qui avait réussi à Cuba… un obscur photographe hongrois fera le reste avec une photo qui décora et décore encore les chambres d’adolescents en mal de soi, ou… d’adultes s’illusionnant, croyant ne jamais vieillir !  Quant au malheureux Che, victime du romantisme révolutionnaire, ayant cru créer dix-huit Vietnam en Amérique-Latine, asthmatique, miséreux, il mourut lamentablement assassiné sur l’ordre de la CIA devenant une inoffensive, universelle dépouille christique. Castro, lui, fait dans le concret, les mains dans le cambouis et… dans le sang;  il installe sur son île tropicale un « parfait régime » stalinien qui, de fait, n’est que la répétition de la tentative du roi Christophe à Haïti, qu’aujourd’hui tout le monde a oublié !  Peut-être les commentateurs aux yeux embués de larmes pour Castro feraient bien de se souvenir des funérailles de Staline, des longues théories de gens patientant des heures dans la froidure de ce mars moscovite de 1953 pour saluer l’immonde cadavre, se massacrant… milliers de morts étouffés, compressés, piétinés, sur le passage du convoi funèbre, les larmes du peuple filmées par les caméras de Roman Karmen, le cinéaste vedette de la propagande soviétique…Curieux qu’en Occident très peu évoquent cela !  A Pyongyang, les nord Coréens hurlent aussi de douleur en voyant passer les limousines noires recouvertes de fleurs blanches emportant leur tortionnaire vers le trou dont il n’aurait pas du sortir.

Certains socialistes, déjà au XIXème siècle, avaient dénoncé les fausses évidences, les fausses promesses de la vie de bohème, du romantisme de pacotille.  Il en est de même du romantisme révolutionnaire dont s’est gargarisée la dictature soviétique pendant des décennies… l’ombre d’un mensonge verbeux recouvrait toutes les horreurs d’un régime dictatorial fait d’assassinats de masse, de camps de concentration à ce point nombreux que Soljenitsyne parlera d’archipel.  Ce romantisme révolutionnaire, ce socialisme lyrique, je l’ai vu à en avoir des nausées en suivant le procès du général Ochoa et de ses complices qui étaient jugés à Cuba pour trafic de drogue et autres turpitudes.  Le procès a été filmé pour l’édification de la postérité.  Pour moi, il ne fait aucun doute que ce compagnon des premiers combats de Castro avait agi sur ordre… puis, c’est un grand classique, était devenu gênant… encombrant, alors hop au poteau !  La nausée me prit en écoutant les témoignages et les déclarations des protagonistes du procès.  Tous les deux ou trois mots, apparaissait le mot « révolution », le mot « socialisme », la référence à « notre cher lider Maximo ».  Les types risquaient leur peau… ils faisaient ce qu’ils pouvaient mais ces références constantes à ce qui n’était plus que des mots, c’était l’horreur.  Je songeais constamment au « meilleur des mondes » à l’illusion, aux mensonges considérés comme des absolus catégoriques.

C’est ce lyrisme, ce romantisme trompeur dont la gauche doit se débarrasser, faire croire que demain les pauvres seront riches et les riches seront pauvres, ce fut toujours un mensonge d’où le fait que le socialisme a été soluble dans l’Europe et que l’Europe est soluble dans le populisme car les peuples constatent un jour ou l’autre que le mensonge domine… et change de maître… pour le pire, sans retenir le moins du monde les leçons de l’histoire… quoi de plus normal puisqu’on ne l’enseigne plus !  Quelle plus belle façon de reproduire les pires erreurs du passé !

Alors Castro ?   Vieillard halluciné, regard de fou, flottant dans un jogging rouge ou blanc.  Oui ! c’est cet homme usé qui a tenu tête aux USA pendant plus de cinquante ans, c’est lui qui a prouvé aux peuples latino-américains qu’on pouvait lutter contre le pire des capitalismes mais c’est aussi lui qui a enfermé, assassiné ses opposants, qui a brimé, embastillé, torturé les intellectuels… lisez les livres de Leonardo Padura.  Une dictature sous le soleil reste une dictature, rien ne peut la justifier.  Le cadavre d’un dictateur pue toujours !   Mussolini, grotesque pantin au bout d’une corde au portail d’une station service de Milan, Ceausescu désarticulé par la fusillade le long du mur d’une école, Staline baignant dans son urine pendant un jour ou deux… on ne sait pas, nul n’osait entrer dans sa chambre, Lénine, ridicule poupée de cire dans son sarcophage de verre, Hitler, la bave aux lèvres, sa cervelle éclaboussant le petit canapé rouge du bunker, Saddam Hussein, tremblotant au bout de sa corde la nuque brisée, Franco, le corps déjà marbré par les lividités cadavériques entouré des spectres des deux cent mille fusillés d’APRÈS la guerre civile, Pol Pot, dérisoire corps minuscule, gisant sur une natte au cœur de la jungle du Cambodge, les narines  maladroitement  bouchées par de grossiers morceaux d’ouate…

N’ayez aucun doute, Castro appartient à cette hideuse, immonde cohorte.  Il n’est que le cadavre décomposé… très vite incinéré… il fait chaud à Cuba… du romantisme révolutionnaire qui a servi de justification à une dictature sans merci.

Voilà pourquoi je ne verserai pas une larme sur le cadavre de Castro… Si ! quand même une… sur mes quinze ans !

Mais de qui donc Emir Kir est-il le député ?

« Et quand il eut dépassé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre. »  Nosferatu

Pendant longtemps Emir Kir fut pour moi l’exemple d’une intégration réussie.  Tant dans sa vie publique que dans sa vie privée, tout me conduisait à penser qu’il était un magnifique exemple à suivre, qu’il représentait l’avenir de notre région, qu’il avait réussi la difficile synthèse entre le respect, le souvenir, la mémoire de ses racines et la volonté de s’insérer dans la société belge où ses parents avaient décidé de vivre.

Très vite, il fut la cible de ceux, nombreux, folliculaires en mal de notoriété, concurrents envieux de sa popularité,  de la rigueur avec laquelle il examinait les dossiers.  Je le soutins avec vigueur, me faisant quelques ennemis de plus… mais passé un certain nombre on ne compte plus… et d’ailleurs n’y a-t-il pas ce magnifique proverbe italien qui souligne que c’est le nombre de vos adversaires qui fait la juste mesure de votre valeur… alors à quoi bon se priver.  Je soutenais donc qu’il était odieux d’interroger constamment Kir sur le génocide arménien, le rendant quasiment responsable des horreurs commises par le gouvernement « Jeune turc » en 1915.  Je déclarais que Kir était belge, qu’il devait être traité comme tel et non comme un ressortissant turc.  Je l’aidais aussi dans sa réflexion, lorsque Onkelinx faisait la danse des sept voiles pour tenter de le faire déménager à Schaerbeek… et d’engranger les voix turques… promesse lui était faite d’être bourgmestre de Schaerbeek tant que Onkelinx serait vice-premier ministre.  Prudent, il ne tomba pas dans le piège et essaya d’être le premier à Saint-Josse plutôt que d’occuper le glissant strapontin qu’on lui dépliait dans la commune d’à côté.  J’en étais ravi.  On le sait,  j’ai de l’admiration pour Guy Cudell qui fut un vrai original de la politique, un innovateur, un découvreur ayant une vision de l’avenir de cette petite, très petite commune, la plus pauvre de Belgique.  Je fus heureux de voir Kir lui succéder, et ainsi être le premier bourgmestre issu de l’immigration diriger l’une des 19 communes, il pourrait ainsi être emblématique d’une intégration pleinement réussie… un exemple à suivre.

Peu après les dernières élections communales, il m’invita à déjeuner en compagnie d’un ami commun.  Je perçus une étonnante métamorphose, d’abord dans le ton, plus que ferme, les phrases péremptoires  s’enchaînaient tels des coups de sabre… pas de réplique possible… mais bon, l’autorité est tellement rare dans le monde politique qui préfère la médiocrité hypocrite à l’affirmation des convictions… cela changeait.

Survint alors l’inacceptable, nous évoquions les prochaines élections législatives, il déclara « toutes les élections doivent être communautaires, Fadila Laanan et Rachid Madrane n’ont rien compris, sans campagne communautaire pas de victoire possible. »  J’étais stupéfait, éberlué, quel changement, quelle transformation, plus question d’intégration, plus question même d’en parler !  Je n’avais plus le même homme devant moi, celui qui était devenu bourgmestre de Saint-Josse était exclusivement le représentant de la communauté turque.  Aucune tête ne doit plus dépasser, tout le monde dans le rang, le capital électoral, ce sont les immigrés turcs… et plus rien d’autre ne doit compter.  Je me retirai sur la pointe des pieds, observai de loin, constatant quand même que parmi ses échevins une individualité remarquable se détachait.  Mais des bruits sinistres me revenaient sur d’autres personnes de l’entourage de Kir, dont un échevin ne saurait ni écrire, ni lire le français !  Il paraîtrait qu’il apprend avec application.

Vint alors le pénible débat sur la reconnaissance officielle par la Belgique du génocide arménien.  Il ne s’agissait plus d’une position personnelle mais de la reconnaissance légale, officielle du premier génocide de cet horrible XXème siècle.  Qui peut, aujourd’hui, mettre en doute l’immensité du crime commis par le gouvernement « jeune turc » à l’égard de la communauté arménienne ?
Seules les instances officielles turques s’y refusent avec une obstination dont le grotesque s’ajoute à un négationnisme immonde.

On sait ce qui se passa au CDH où le président Lutgen n’hésita pas un instant à exclure la parlementaire voilée qui refusait de reconnaître cet acte de mémoire et de respect.  Kir tourna autour du pot, diffusa des communiqués de presse caraméliques, circonvolutions reptiliennes ne parvenant pas à cacher sa position négationniste.   Le courage dont avait fait preuve le CDH obligea le PS à mettre Kir au pied du mur.  Finalement, à un cheveu de l’inévitable, après de longs débats où Di Rupo mit tout son poids dans la balance, il vota tout en publiant un communiqué dont la casuistique rend jaloux les experts les plus pointus du Vatican.  Pour moi, la messe était dite depuis le triste déjeuner où Kir fit devant moi son « coming out » communautaire.

Et depuis quelques jours, la cerise sur le gâteau !  Il compare les Kurdes à Daech, aux pires islamistes, faisant semblant d’oublier que les Kurdes se battent depuis une éternité pour obtenir une reconnaissance nationale.  Ils furent les oubliés du traité de Sèvres qui en 1920 redessina les frontières du Moyen-Orient sans tenir le moindre compte de la réalité des peuples.  Sans doute a-t-il approuvé que pendant près de quatre ans l’armée turque a bombardé les Kurdes qui combattaient Daech, à l’époque, ils étaient à  peu près les seuls !

Comment ne pas se rappeler la façon dont furent organisés en Belgique les meetings électoraux pendant la campagne électorale de Turquie.  Plus de 10.000 personnes  lors de la venue d’Erdogan.  Mais aujourd’hui de quoi parle-t-on ?  Il ne s’agit pas d’un homme d’Etat lambda mais de quelqu’un qui installe une dictature aux portes de l’Europe .  Milliers d’arrestations, journalistes, écrivains, magistrats, militaires, enseignants aucune catégorie n’échappe à la prison.  La laïcité qui avait construit la Turquie moderne n’est plus qu’une ombre sans contenu, ne reste que la multitude des portraits de Mustapha Kemal, mais il ne reste rien d’autre alors que la Turquie pouvait être fière des pas de géants accomplis dans la modernité… n’oublions pas que les femmes turques ont voté avant les femmes belges !

Avec tristesse, je ne peux que constater l’alignement de Kir sur les positions les plus aberrantes d’Erdogan… plus question d’intégration… changement de rôle… le gentil garçon à la mise toujours soignée a endossé l’uniforme du porte voix d’un potentat liberticide qui estime qu’à Bruxelles non plus les Kurdes n’ont pas le droit d’exister !  Il y a de quoi avoir peur si l’ambiance à Saint-Josse est de même nature !

Que fera le PS ?  Rien !  Kir contrôle entre 14.000 et 17.000 voix, là est la terrible réalité du communautarisme triomphant. Le PS à Bruxelles est donc coincé entre une majorité d’électeurs d’origine maghrébine dont beaucoup souffrent de l’insidieuse pénétration des sectes fanatiques auxquels des élus islamo-gauchistes  aussi stupides que crédules font les yeux doux et un élu, bourgmestre de Saint-Josse, qui contrôle pour le compte d’un gouvernement étranger une bonne partie de la communauté turque de Bruxelles.  On en est là !  Il n’y a aucun doute que cela pose la question de la double nationalité.  Entre l’attachement à ses origines, à sa culture et l’inféodation au gouvernement d’un pays étranger, il existe une marge considérable.   Mais chut… chut… voilà des sujets qu’il n’est pas permis d’aborder… interdit d’en parler d’y faire allusion.  Qu’un élu du SP, vice Président du parlement bruxellois fasse récemment une hallucinante déclaration de soumission dans des termes moyenâgeux au roi du Maroc est emblématique.

Ceux qui peuvent encore se payer l’immense luxe de « penser »… « les derniers sioux qui refusent de marcher en file Indienne »… ceux qui ont cette incroyable audace, ont sans conteste le droit de se poser la question de savoir « de qui Kir et quelques autres sont-ils les élus ? »  Quant à Kir, pour moi pas de doute… « il a dépassé le pont… et les fantômes viennent à sa rencontre. »

Catherine Moureaux ou l’Hommage du Vice à la Vertu !

« Il est avec le ciel des accommodements. »
Molière 

Catherine Moureaux, la fille de son papa… là aucun reproche à lui faire, comme dit la chanson… « on choisit pas sa famille… » diffuse sur les réseaux sociaux une « Carte blanche » en précisant que cette diffusion se fait « à la demande générale »… a-t-elle examiné qui soutient son étonnante prise de position ?  Non, pas la peine, elle vise une population bien déterminée… et basta ! Résultat électoral oblige ! Son axe d’attaque, les tenants de la laïcité « dévoyée », ceux qui en refusant le port du voile lors des accompagnements de voyages scolaires commettent, je cite « une grave violence symbolique », ceux qui organisent une « discrimination institutionnalisée », ceux qui refusent les « accommodements raisonnables », ceux qui menacent les parents et les enfants par « une application étroite du principe de neutralité », ceux pour qui la laïcité est « un mur d’intolérance isolant une minorité. »  Minorité… à Molenbeek… vraiment ?   Bien bonne, elle annonce qu’elle a fait « le choix d’inscrire ses enfants dans l’école publique. »

La Loi… Pas pour moi !

Aïe !  Aïe !  Aïe !  C’est là où cela se corse.  J’apprends que Catherine Moureaux voudrait à toute force que l’un de ses enfants soit immédiatement accepté dans une école de la Ville de Bruxelles.  Tiens, tiens, mais pourquoi son enfant devrait-il quitter Molenbeek ?  Pourquoi exige-t-elle que la réglementation scolaire soit violée ?  En qualité de parlementaire, elle doit savoir que les changements d’école doivent répondre à des critères très précis.  Elle n’a aucun lien avec la Ville de Bruxelles.  Mais non ! la réglementation… pas pour elle !  Née, élevée, instruite, cette enfant de la bonne et bien nantie bourgeoisie doit être obéie… s’agit de s’exécuter, d’obtempérer… et plus vite que cela… réglementation ou pas !  Pensez donc, fille d’un papa Ministre de nombreuses fois, qui plus est Ministre d’état, d’une maman Ministre, députée, échevine, Présidente du parlement bruxellois… alors pourquoi pas un « accommodement » avec la réglementation ?  Bon sang ne peut mentir !

Au cours de l’une de ses démarches, elle aurait précisé « impossible de continuer une scolarité à Molenbeek, c’est un ghetto. »  Je n’y étais pas !  Je le sers comme on me l’a vendu.  Mais les démarches pour changer d’école et de commune sont avérées.  Pas le moindre doute !  Alors, les mamans portant le voile qu’elle défend avec tant de conviction, l’ambiance de Molenbeek… bon pour les autres… pour elle pas question !  Quelle tristesse de voir se pratiquer une telle hypocrisie.  Elle me fait penser à ces curés qui disent la messe mais ne croient plus en Dieu !

Une laïcité… très électorale !

Marrant de voir que Catherine Moureaux cache son abandon de la laïcité derrière Caroline Fourest dont je viens de lire le dernier ouvrage… ce n’est manifestement pas le cas de Catherine Moureaux car l’auteure écrit sur la couverture de son livre « La laïcité n’est pas un glaive mais un bouclier »  donc l’auteure est aux antipodes de la position de Catherine Moureaux pour qui ceux qui défendent les principes de la laïcité « dressent un mur d’intolérance isolant une minorité. »

J’ai déjà souligné l’étonnante méconnaissance que manifeste cette députée à l’égard de nos institutions de leur fonctionnement et de leur histoire… étonnant de la part de quelqu’un qui a dû subir pas mal de leçons d’histoire à la maison données par papa himself.  Elle nous dit que la Belgique repose sur « un gros, un énorme accommodement raisonnable. »  Non !  Madame Moureaux, en Belgique les défenseurs de la laïcité ont par deux fois perdu les batailles qu’en France la République gagnait contre l’obscurantisme en 1905.  En 1879, un gouvernement libéral ose créer un Ministère de l’instruction publique, ce qui ne sera acquis qu’à une voix de majorité.  Jusque là l’enseignement était exclusivement au mains de l’église.  Les libéraux perdent ensuite les élections, se succéderont alors des gouvernements homogènes catholiques et ce jusqu’en 1914.  Le gouvernement dit des gauches dirigé par Achille Van Acker essaye de relancer le combat, il est à nouveau battu et doit conclure le pacte scolaire très dommageable pour la neutralité de l’enseignement et pour  la défense de la laïcité.  De là à soutenir que la Belgique vit grâce à « un gros, un énorme accommodement raisonnable » il y a une sérieuse marge.  Les mots utilisés sont toujours essentiels… ici ce qui compte, le marqueur, c’est le mot « accommodement », ce qui veut dire que puisque le Belgique repose sur « un gros, un énorme accommodement » d’autres, beaucoup d’autres peuvent suivre…dans les cantines scolaires, dans les piscines publiques, dans les administrations, dans les abattoirs, dans les lieux de culte… la liste, dans l’esprit de ceux sur les voix de qui compte Catherine Moureaux est, n’en doutons pas, particulièrement élastique.

« Une grave violence symbolique. »

Mais c’est bien sûr… ce sont ces ignobles laïcs intolérants qui commettent en interdisant le voile lors des accompagnements scolaires  une « grave violence symbolique. »  Bien voyons !  Mais Catherine Moureaux ne songent-elles pas à d’autres violences, pas du tout symboliques celle-là, en Septembre 2001 à New-York, à Madrid, à Londres, à Paris et enfin à Bruxelles !  Voilà des violences qui n’avaient rigoureusement rien de symboliques.  Ah ! j’oubliais, ces violences là sont justifiées car nos pays furent colonisateurs, et n’ont pas accueilli comme il fallait les populations immigrées.  En un mot, c’est de notre faute, pas la peine d’ergoter. En cela, elle suit à la lettre les leçons de Tariq Ramadan, aux conférences desquelles elle assiste au premier rang avec papa.  Le fait que dans la salle où elle se trouve on vend le Protocole des Sages de Sion et d’autres livres antisémites ne la dérange semble-t-il nullement !   Sans doute que pour elle, les violences… pas du tout symboliques subies par les femmes à Cologne lors du réveillon sont dues au fait que celles-ci ne portaient pas le voile, que l’une ou l’autre partie de leur corps, un bras, un mollet, un cou, était visible alors pourquoi ne pas outrager ou violer ces femelles impudiques !  « Accommodements, vous avez dit accommodements ! »

Je vais vous dire moi, Mme Catherine Moureaux, députée de Bruxelles, ce qu’est une violence symbolique.  Lors d’un conseil communal se déroulant pendant le Ramadan, sur proposition de l’échevine Turine, le conseil communal de Molenbeek est interrompu pour que ceux qui le souhaitent puissent participer à la rupture du jeûne… et donc ceux, les mécréants, qui n’ont pas participé à ce moment de religiosité conviviale, ont attendu une bonne heure assis à leur pupitre que la fête soit terminée… Oui ! cher lecteur, on en est là à Bruxelles au XXIème siècle.  Voilà une « grave violence » à l’égard de nos institutions, de la laïcité et… de la liberté.  Et là, on n’a pas entendu Catherine Moureaux, c’était normal… un petit accommodement parmi beaucoup d’autres… à venir, soyons en sûr !

« Pauvre petite fille riche. »

Catherine Moureaux diffuse son texte accompagné d’une photo.  Je vous invite à aller sur le site de Mme Moureaux et d’examiner ce document avec attention.  Il est évident qu’il ne me viendrait pas à l’idée de faire la moindre remarque sur le physique de la députée de Bruxelles, chacun le sien, et chacun doit vivre avec ce que la génétique lui a donné.  Ce qui importe ici, c’est le regard.  Je ne peux m’empêcher de songer à cette belle formule de Pierre Assouline « son regard la trahissait quand son verbe faisait encore illusion. »  Oui !  C’est bien cela !  On le voit cette jeune femme n’est pas à l’aise avec le public de Molenbeek, c’est comme pour l’école de son enfant.  Issue d’un milieu favorisé, très favorisé, elle est, on le voit sur « une terre de mission », comme disaient les chrétiens… du temps… des colonies.  Tout le problème est de savoir où cesse le vrai visage, et où commence la grimace !  Catherine Moureaux est médecin, j’espère qu’elle ne bloque pas l’un de ces précieux numéros INAMI dont tant de jeunes qui eux veulent pratiquer leur merveilleux métier de médecin ont cruellement besoin.

Et le PS dans tout ça !

La dernière phrase de cette carte blanche est lourde de conséquence.  Mais le sens politique de Catherine Moureaux n’est sans doute pas assez aiguisé pour en saisir les conséquences.  Se rendait-elle compte qu’elle divise profondément le PS quand elle considère que ceux qui défendent la laïcité élèvent un « mur d’intolérance. »  Nous étions nombreux au PS à soutenir une laïcité qui ne soit pas poreuse aux accommodements mortifères, aux petits abandons, aux grandes lâchetés rémunérées électoralement.  Combien nombreux sont ceux qui se sont éloignés sans bruit, sur la pointe des pieds… Ne voit-elle pas ?  N’entend-elle pas les portes qui se ferment parfois sur 40 ans de militantisme.  Ce que Catherine Moureaux et quelques autres sont en train de construire, c’est un avenir qui trahit ses promesses… et comme toujours les premières victimes de cette trahison ce sont ceux qu’elle prétend défendre.  Ne sait-elle pas qu’en Juin 2015 des mères maghrébines ont manifesté à Montpellier pour que les écoles cessent d’être des ghettos et que reviennent des enfants de toutes origines !  Ces femmes voilées là, car la plupart l’étaient, ne cadrent pas avec l’avenir électoral de Catherine Moureaux.  Donc, on n’en parlera pas !  Comme dans le procès Dreyfus… oh ! zut ! un Juif… la question ne sera pas posée !

André Cools, l’irremplaçable !

« Le pouvoir n’est qu’illusion, il n’est jamais donné. » Lucrèce
« Vivre dans le feu de l’action plutôt que dans le verbe » ( ? )

Nombreux sont ceux qui répètent bêtement que les cimetières sont pleins de gens irremplaçables !  Rien n’est plus faux !  Nous savons dans notre chair, dans notre cœur que les disparus que nous avons aimés, sont… seront à jamais irremplaçables.  Cools, est de ceux-là, d’abord dans l’affection de ses proches mais aussi par ce qu’il a été.  André Cools fut le dernier d’une espèce, aujourd’hui totalement, disparue d’hommes politiques.  Il fut le dernier à s’investir totalement dans chacune des fonctions qu’il a occupées ; pour parler comme Céline, Cools mettait tous les jours ses tripes sur la table.

Un film.

Grâce à Marcel Cools qui a eu la belle idée de diffuser sur le réseau le film réalisé à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de l’assassinat de son père, « La Rose et les Épines »  j’ai pu revoir le visage, réentendre la voix… et quelle voix…  si proche… déjà si lointaine de celui qui avait cru pouvoir changer la vie des plus démunis.  Quelle émotion de le voir tonner à la Chambre, de le voir hurler face à ceux, vautrés dans la facilité, ne voyant pas que le monde changeait.  Un soir, je me trouvais chez une amie commune, quelques photos de Cools étant mises en évidence, il les regarda, me prit  par l’épaule, geste qu’il faisait facilement, replaça ses lunettes sur l’arête de son nez, me dit… « tu vois Merry, comme c’est terrible de vieillir ! »   Je ne pouvais pas alors imaginer un seul instant qu’il n’aurait pas le temps de vraiment vieillir et de pratiquer l’archéologie comme il l’espérait… y croyait-t-il lui-même ?

Des successeurs.

Bien sûr, il eut des successeurs à la direction de ce vieux grand parti, « grand corps à la renverse », pour reprendre l’expression de Sartre, mais ceux qui, après lui, exercèrent cette charge ne mirent jamais leurs trop précieuses tripes sur la table… chez eux, l’habilité prima toujours alors que chez Cools, avec ses outrances, ses colères, parfois son intempérance, ce fut toujours le cœur qui s’exprima d’abord !  Oh !  Je me doute que ce genre de formule doit en faire sourire. Plus d’un touchés par le cynisme ambiant, ne croient même plus que la sincérité fut possible en politique… et pire, croient qu’elle est ridicule, vaine… et surtout inefficace.  Les pauvres, ceux-là je les plains, car ils ne savent pas ce que fut l’extraordinaire espoir, l’immense souffle qui faisait vivre et agir Cools, l’espoir de peser sur le destin de ceux qui n’étaient rien, qui ne participent jamais aux dîners en ville, de ceux dont l’horizon se limite à trouver ou conserver un emploi, payer le loyer, les études des gosses, à aider de vieux parents dont la misérable retraite ne suffit pas !  Non, Cools n’était pas de ceux que j’appelle les socialistes de bureau, dont l’unique but est la carrière, le Nirvana… une voiture, un chauffeur et des notes de frais !

Cools et les services publics.

En visionnant ce film une chose me saute aux yeux, l’exigence que marquait Cools à l’égard des services publics.  Il n’hésita pas à affronter les syndicats dont il était très proche… il avait compris que le service public se doit d’être performant, efficace, économe des deniers publics.  Quel contraste avec ceux, qui pour complaire au plus grand nombre, flattaient les fonctionnaires, soutenaient des actions syndicales suicidaires.  Cette leçon là doit être retenue car c’est sans doute aujourd’hui un des enjeux majeurs.  La droite ultra-libérale veut casser les Services publics, il lui est facile de dénoncer l’inefficacité, réelle dans certains cas, les abus qui malheureusement existent ; alors que la gauche entend en assurer le maintien, elle ne pourra le faire qu’en les modernisant et en dépassant une vision inutilement pléthorique des administrations.  Cela Cools l’avait, avant tout le monde, parfaitement compris.

Les valeurs.

Cools n’aurait pas été de ceux qui bazardent aujourd’hui nos valeurs essentielles de laïcité pour tenter d’engranger de nauséabondes, de douteuses moissons électorales.  Ces valeurs constituaient son être même, son histoire, celle de sa famille, son grand-père et son père mort en déportation !  Non !  Cools n’aurait pas transigé sur les petits accommodements qui sont de grands abandons, d’impardonnables trahisons, d’infâmes lâchetés !

Cools est mort assassiné parce que sa sincérité, sa volonté de poursuivre inlassablement le combat pour nos valeurs,  gênaient.   Des esprits médiocres « voulaient s’en débarrasser », des criminels leur ont rendu ce « monstrueux service. »  Le jour des obsèques, j’ai perçu certaines attitudes, certains regards, certains rapprochements, certains chuchotements méphitiques.  Ce jour-là,  des yeux disaient tout autre chose que la tristesse !  On le sait, les morts politiques vieillissent plus vite que tout, mais attention… attention, il est des étoiles éteintes qui longtemps encore projettent leur merveilleux éclat.  Peu importe les bassesses, peu importe ceux qui construisaient « leur avenir, leur carrière »… sur la mort de Cools,  celui que la foule accompagnait silencieuse… ondoyante tout le long de la grande pente aboutissant au cimetière de Flémalle, le cœur glacé malgré ce chaud soleil de Juillet, était un Homme… et pour citer la dernière phrase de « Jules César » de Shakespeare, j’ajouterai « Cet homme était un Homme ! ».

Roger Lallemand… et deux femmes oubliées par l’Histoire !

Roger Lallemand vient d’être inhumé, entouré des hommages mérités qu’offre le royaume à ses ministres d’Etat.  Il avait, en déposant, soutenant, bataillant avec sa collègue Herman-Michielsen, la proposition de loi concernant l’avortement, fait abdiquer pendant quatre jours le malheureux monarque amidonné dont la conscience refusait de signer et promulguer une loi votée par les représentants de la Nation… Soit ! Finalement peu importait, la fonction royale se retrouvait ainsi  réduite à ce qu’elle est !  Un organe d’enregistrement législatif.  Episode moitié comique, moitié symbolique de ce pays qui n’en est pas un, pour un roi qui ne voulait plus l’être pendant quatre jours… et après « business as usual », les seuls à se frotter les mains furent les professeurs, avocats, de droit constitutionnel… là,  il y aurait des pages à écrire, des passages sur les plateaux de télévision… des honoraires à engranger. Youppie !!!

Mon propos n’est pas là !  Je veux évoquer le souvenir de deux femmes, toutes deux membres de la section du PS d’Uccle, qui pendant près de vingt ans, jour après jour, comité de section après comité de section, assemblée générale du parti après assemblée générale, congrès après congrès, ont constamment, inlassablement, infatigablement, obstinément rappelé la nécessité de faire voter une loi légalisant l’interruption volontaire de grossesse, votée en France dès 1974 !   Dieu sait si entre 1973, date de l’arrestation du docteur Peers et le vote de la loi, il y eut des gouvernements, des votes sur les programmes électoraux, des votes sur les participations gouvernementales.  A chaque fois, deux voix s’élevaient Monique Van Tichelen et Monique Rifflet !  Oui, voici les deux oubliées de l’Histoire !

Si la loi Lallemand – Herman-Michielsen a pu voir le jours ce fut d’abord grâce à ces deux femmes. A chaque congrès, elles exigeaient que le projet de loi en question figure dans le programme électoral, à chaque formation de gouvernement, elles hurlaient pour que la loi figure nommément dans le programme de la nouvelle équipe au pouvoir.  Pour tout dire, sans langue de bois, sans tourner autour du pot… cela embêtait tout le monde. Les membres du congrès tournaient la tête, parlaient à leur voisin, les plus cyniques… il n’en manque jamais, leur sifflaient qu’elles aillent se faire voir ailleurs… qu’elles n’allaient quand même pas nous empêcher de « monter » au gouvernement pour un « truc » pareil !

Je n’ai jamais aimé les congrès… les décisions sont en général prises antérieurement… rarement la sincérité y trouve son compte.  Les uns attendent de voir leurs espoirs de carrière se confirmer, les autres… les sans espoirs, dominés par l’amertume, sont contre tout et d’autres enfin dont j’étais… n’étaient là qu’en observateur de cette comédie humaine dont la première victime est la démocratie… mais j’adorais chahuter, me moquer des uns et des autres, observer les tics, les rapprochements intéressés, les sorties concertées, qui parle avec qui… théâtre vivant, jeu des sept erreurs, malgré tout passionnant, mais combien cruel pour celles qui comme les deux Monique Rifflet et Van Tichelen ne lâchaient pas leur objectif.

Leur volonté ne faiblit jamais, et au bon moment elle trouvèrent Roger Lallemand pour se battre et ouvrir la voie législative.  Moi, quand on évoque cet incroyable combat qu’il a fallu mener contre les capucinières du Palais Royal et les partis conservateurs, j’ai toujours pensé à ces deux « petites mains » de la politique, à ces deux obstinées, dont tout le monde se foutait qui ne plièrent jamais sous les quolibets, l’indifférence… et même parfois les menaces de ceux toujours pressés d’aller à la soupe d’une juteuse… pour eux… participation gouvernementale.

Je n’ai jamais été proche de ces deux fortes femmes, l’une, Rifflet, allure de bourgeoise, maîtresse d’école hautaine, oubliant toujours de sourire, l’autre, Van Tichelen, démarche de gendarme, s’approchait de vous comme si elle allait vous entraîner sur un terrain de lutte gréco-romaine, le sourire tout aussi rare que sa comparse.  Étonnant d’ailleurs, comme il semble que la section du PS d’Uccle attire un genre bien particulier de femmes car depuis, on  y a connu bien pire que Monique Van Tichelen et Monique Rifflet.  En outre, on se demande bien pourquoi, les femmes engagées en politique devraient plus sourire que les hommes, être plus agréables que leurs collègues masculins. Louise Michel pouvait se montrer très désagréable, elle avait raison, Rosa Luxembourg tint vertement bon face aux thèses dictatoriales de Lénine, Théroigne de Méricourt paya de sa santé mentale la façon dont elle apostrophait les « stars » de la révolution, et la lumineuse Madame Roland paya de sa vie le mépris que lui inspirait ce cureton de Robespierre… Alors oui !  Les deux Monique d’Uccle ont eu parfaitement le droit de dire leur fait à tous ceux qui dans les congrès du PS, trouvaient que ce « truc » de l’interruption de grossesse ne méritait pas d’aller… ou de rester dans l’opposition.  Je pense qu’au moment où la mémoire de Roger Lallemand entre dans l’Histoire, où sa vie fait place à un exceptionnel destin, une petite place,  une toute petite place devait être faite à ces deux femmes qui rappelèrent pendant des décennies combien ce combat pour l’interruption volontaire était essentiel pour la liberté des femmes !

Rome 1974 – Bruxelles 2016… Une même incurie !

Un film d’Ettore Scola.

Il y a peu, j’ai eu la chance de revoir le chef-d’œuvre d’Ettore Scola « Nous nous sommes tant aimés. »  On ne rendra jamais assez hommage à ce cinéma italien, unique alchimie, mêlant lucidité, humour, infinie tendresse pour le genre humain, critique sociale où les larmes et le rire cohabitent miraculeusement.  Eternelle admiration.

Ce qui me retient ici, c’est l’une des scènes de ce film tourné en 1974 à Rome.  On connaît l’histoire, trois camarades ont combattu les fascistes et les Allemands, des liens solides les unissaient, l’amour pour une même femme les rapprochait et les séparait.  Mais ce sont surtout les terribles désillusions de l’après guerre qui les contraignent à prendre des voies différentes.  Là, n’est pas ici l’essentiel, ce qui m’a stupéfié, c’est que lors de leurs retrouvailles en 1974, heureux de se revoir, ils mangent et boivent dans le bistrot de leur jeunesse puis, c’est là où cela concerne les bruxellois de 2016, ils errent dans les rues de Rome à la recherche de la femme de l’un de nos héros ; ils la retrouvent,  elle campe autour d’un feu de planches de bois, en compagnie de quelques centaines de personnes !  Que fait-elle ainsi en pleine nuit ?  Elle attend pour inscrire son enfant à l’école !  Voilà vous avez compris.

Devant une école par une froide nuit de Juin 2016.

Eh bien, en Juin de cette année 2016 à Bruxelles, j’ai fait la même chose avec l’une de mes filles et mon gendre.  L’un de mes petit-fils, excellent élève, terminait sa scolarité primaire à Catteau. Mon gendre et ma fille souhaitaient bien évidemment qu’il puisse poursuivre sa scolarité dans cet établissement de qualité… NON !  Impossible, malgré une foule de démarches… totalement exclu par le décret de la Communauté française.  Ce décret est une sorte de jeu de société pour les nuls, il faudrait le faire breveter et le vendre, il pourrait avoir plus de succès que le Monopoly… au moins, il aurait une utilité. Ce fantastique imbroglio où la stupidité la plus lourde s’additionne à la bureaucratie la plus tatillonne, a eu pour résultat la ghettoïsation de très nombreuses écoles bruxelloises, l’effondrement de la qualité de l’enseignement dont les premières victimes sont les enfants d’émigrés, les plus nantis ayant la possibilité… de chercher ailleurs !  Je ne leur donne pas tort.

Donc, par une froide nuit de juin, mon gendre et ma fille ayant été contraints de faire le choix d’un autre établissement, je décidai de me rendre vers minuit et demi le jour des inscriptions devant la porte de l’école choisie.  Dans la nuit noire, j’approche en voiture, me parque, quelques ombres s’agitent, sortent de leur véhicule… atmosphère de suspicions… seize personnes se pressent devant la porte de l’établissement… crainte que je prenne une place qui ne serait pas la mienne.  Une mère d’élève a eu la bonne idée de coller une feuille sur la porte, chacun y inscrit son nom dans l’ordre d’arrivée, je suis le dix-septième… Il est une heure du matin, il fait froid, on claque les pieds, on souffle dans les mains, certains ont prévu du café, généreusement le distribuent… je songe à l’exode de mai 1940, à des gens désorientés tentant tant bien que mal de survivre, de trouver une solution…Oui !  Nous en sommes là !  Ma fille et mon gendre prendront le relai jusqu’à onze heures où une secrétaire de l’école, honteuse de cette situation, commencera à noter les candidatures.  La nuit, on parle, une mère explique que près de 1.300 enfants n’ont pas d’école dont un peu plus de mille bruxellois, elle ajoute « le problème étant essentiellement bruxellois tout le monde s’en fout. »  La presse confirmera à peu de choses près les chiffres qu’elle nous communique.  Je savais qu’il y a quelques années la femme de Charles Picqué, Ministre-Président à l’époque, avait campé de la sorte devant le collège Saint-Michel pour avoir le privilège d’y inscrire ses enfants. Elle avait été filmée par RTL mais rien n’avait changé.  La situation était encore chaotique.  Madame Milquet avait évoqué une réforme de ce décret scélérat, la ministre lui ayant succédé ne trouve pas que cela soit nécessaire… bien voyons, c’est bien normal, il n’y a pratiquement que les Bruxellois qui en pâtissent dans le silence des Politiques et quelques clapotis dans une presse que de moins en moins de gens lisent… Cette mère avait raison… tout le monde s’en fout !

Pourquoi une telle incurie ?

La véritable interrogation est de tenter de comprendre comment il a été possible de prendre… et de maintenir une réglementation à ce point mortifère, ridicule…pire, qui va à l’encontre de l’objectif poursuivi.  Le but proclamé était de permettre à des enfant de familles immigrées de rejoindre des établissements sans que ceux-ci ne puissent effectuer des « tris » basés sur l’origine ethnique des enfants.  Il est tout à fait exact que cela se pratiquait et que beaucoup de familles immigrées avaient le plus grand mal à trouver une école de qualité pour leurs enfants.  On le sait l’enfer est pavé de bonnes intentions, le fléau de la balance a été forcé au maximum dans l’autre sens.  Conséquence, une catastrophe absolue au niveau de la qualité de l’enseignement, des établissements réputés sont devenus des « garages pour enfants », les acquis fondamentaux sont oubliés, impossible à l’enseignant de faire son travail.  Les écoles bruxelloises sont devenues de formidables ( au sens premier de ce mot, à savoir redoutable ) fabriques de chômeurs !  Curieux d’ailleurs, ce que Bruxelles fabrique le plus et le mieux ce sont des Politiques, des masses de Politiques qui vivent sur « la bête » et des chômeurs… des générations de chômeurs ! Là, on est super performant, sans doute parmi les meilleurs d’Europe !  Il y aurait d’ailleurs un extraordinaire doctorat à faire en étudiant l’origine sociale des Politiques bruxellois et leur « chance » d’être au chômage s’ils n’étaient pas en politique… explosif sans nul doute !  Rudi Vervoort, gestionnaire aussi discret qu’efficace, a essayé d’aborder le problème il y a deux mois… On lui a vite fait comprendre que… « Pas touche à la grande loterie des  mandats »… Tous gagnants du lotto politique !

Pourtant, cela fait longtemps que les statisticiens avaient mis en garde les Politiques, le boum démographique, l’impact ethnique étaient là, il fallait réagir, s’adapter, construire des écoles, augmenter le nombre de classes, revaloriser les traitements des enseignants… Non ! Dans certaines communes on rénove des écoles en maintenant le nombre de classes de l’ancien établissement… les enfants sont parqués dans le meilleur des cas dans des conteneurs ! Un WC pour cent cinquante enfants !  Voilà où on en est !  Et on nous annonce plusieurs milliers d’enfants scolarisés en plus pour 2020 !   Rome 1974, Bruxelles 2016 soit quarante deux ans plus tard même incurie !  Effroyable constatation !  Tiens, pour conclure… à l’intention de l’énorme multitude des mandataires Politiques bruxellois, indifférents… ou qui regardent ailleurs, l’un des protagonistes de ce merveilleux film déclare tout à la fin « nous voulions changer le monde, et c’est le monde qui nous a changés ! »  Rien de plus vrai aujourd’hui !

« Comment je suis devenu un laïcard crasseux »

La laïcité est-elle un nouveau fascisme ?

«Si moi-même ne suis pas pour moi, qui sera pour moi ? »
« Et quand moi aussi je pense à moi qui suis-je ? »
« Et si ce n’est pas maintenant, quand alors ? »
Les maximes des pères. (Ch I,13, Rabbin Hillel )

Laïcard crasseux.
Tête lourde, inexplicable malaise, nausée… qu’est-ce qui m’arrive ce samedi matin 25 mars 2004 ? Assis au bord du lit, draps défaits d’une nuit trop brève agitée, moite d’insomnie, désordre des draps froissés, impression confuse que quelque chose a changé… la tête entre les mains, lourde, cheveux hirsutes, visage défait… gueule de bois sans avoir bu… les pires. Merde ! Merde ! J’ai compris !
Je suis devenu fasciste, laïcard crasseux, raciste ignoble !

Voilà l’épouvantable explication ! J’ai viré ma cuti, passé de la gauche à l’extrême droite, rejoint le camps du pire ! Y a-t-il un remède ? Est-ce contagieux ? Je pense à ma femme, à mes enfants, s’apercevront-ils de ma tare ? A ma mère… sûr à quatre-vingt-huit ans, elle va pas comprendre ! Y-a-t-il un risque de contamination ? Mais comment… comment un tel drame a-t-il pu se produire en une nuit ? Pourtant tout allait bien, j’étais parfait sous tous rapports, éducation dans une famille communiste, ayant fréquenté l’école publique, membre des Jeunes gardes socialistes dès seize ans, du PS depuis 1971, membre de cabinet de ministres PS, puis chef de cabinet de pas moins de six ministres socialistes et non des moindres, libre penseur militant depuis mai 1973… et ça me tombe dessus sans prévenir ce samedi 25 Mars 2004… l’horreur !
C’est trop injuste ! Pourquoi moi ?

Qui a posé le bon diagnostic ? Philippe Moureaux… un connaisseur… une Autorité, qui alors que je présentais la nuit précédente des amendements au programme électoral pour les régionales du 13 Juin 2004, tous dans le sens d’une expression claire, affirmée de la laïcité et de l’égalité Homme/Femme, a hurlé
« mais c’est au voile qu’il s’attaque… laïcard crasseux ! laïcard crasseux, laïcard crasseux ! » Suivirent deux ou trois minutes d’invectives où le terme raciste est l’un des moindres… dont je pris, comme toujours collaborateur appliqué, soigneusement note. Quand Moureaux dans sa diatribe évoqua le rite de la circoncision chez les Juifs, Anne-Sylvie Mouzon intervint « Et si on parlait de l’excision ? » Je réagis en hurlant comme le maître incontesté des lieux, je savais mieux que tous qu’il est une « âme de lapin dans une peau de tambour. » Les choses se calmèrent. Comme tous les colériques, Moureaux quitta les lieux quelques instants plus tard… il savait que les larbins de service ne laisseraient plus passer le moindre amendement sur la laïcité et l’égalité Homme/Femme, laquais… chiens de garde, c’est méchant pour les chiens ! On sait qu’il y a pire que le bourreau… son adjoint ! En sortant, il me fit un signe d’amitié ! Pour moi qui ne suis pas le moins du monde colérique, les mots ont un poids, ce sont des actes, ce sont des armes… ma rupture est alors totale, définitive quelque chose s’est brisée. Je savais le pauvre Philippe « roseau peint en fer » mais là ça ne passe plus ! Entendant le mot laïcard pour la première fois, rentré chez moi, fébrile, les mains tremblantes, doigts humides, je consultai quelques dictionnaires et ouvrages spécialisés, je découvris que ce mot avait été créé par l’extrême droite française en 1936, ou en tout cas popularisé à ce moment, pour fustiger la gauche du Front populaire ! Epouvantable, me voilà donc ravalé au rang de successeur des Maurras, Drieu la Rochelle, Rebatet, Léon Daudet et autre Laubreaux, Henriot, Marion ( un ancien communiste ) ou Suarez ! L’horreur intégrale, le pire du pire ! L’ignominie incarnée… j’avais ma place au côté de Céline, de Laval à Sigmaringen antichambre du peloton d’exécution bien mérité pour ces salauds !

Moureaux ne pouvait pas se tromper ! Il n’a pas toujours raison mais il n’a jamais tort ! En tout cas c’est ce qu’il pense… alors moi, frêle spécimen d’une espèce en voie de disparition, défenseur de la laïcité à Bruxelles, de l’égalité
homme/femme, des valeurs de la déclaration des droits de l’homme… alors pensez-vous ? C’est à peine s’il peut me voir des hauteurs où il plane ! Le diagnostic du « docteur » Moureaux pouvait-il être remis en question, la maladie est-elle bien celle identifiée par le Ministre d’Etat, fils de Ministre, mari de Ministre, futur père de députée… du lourd, vraiment du lourd ! Je songeai vaguement au suicide… mais je me dis que la meilleure façon de se suicider est de continuer à vivre… et reprendre sans cesse le combat pour les valeurs auxquelles je crois ! Cela valait en tout cas la peine d’y réfléchir !

L’extrême droite a compris !
Font-ils un cauchemar, sont-ils victimes d’hallucinations ceux qui constatent que dans notre ville-région : certains quartiers sont des ghettos, certaines écoles sont des ghettos, que les revendications à caractères religieux se multiplient, que l’égalité homme/femme est niée, que la pratique de la laïcité qu’ils ont toujours connue est remise en question, que l’espace publique est toujours plus envahi par l’affirmation d’une appartenance religieuse, qu’il existe des zones de non – droit… et le pire que certains quartiers sont des pépinières de terroristes islamistes ? Malheureusement, je ne crois pas que tout ce qui précède appartienne à un mauvais rêve, c’est la triste réalité de ce qu’est devenue notre région. Les tragédies que nous venons de vivre ont conduit le monde entier à en être le témoin stupéfait. J’ai rencontré les équipes de journalistes de TF1 et de M6, j’ai pu constater moi-même leur incrédulité face à ce qu’ils découvraient à Molenbeek et ailleurs. Pourtant, certains tentent de faire croire que cela n’existe pas, que seule la question sociale est à l’origine des monstruosités dont nous sommes les témoins et dont ces grandes âmes islamo-gauchistes considèrent que nous sommes responsables !
Depuis longtemps, l’extrême droite a compris, qu’une certaine gauche, par intérêt électoral, par repentance coloniale, par haine de la société occidentale, avait largué ses valeurs fondatrices. Elle s’est engouffrée dans la brèche et a pris la défense des valeurs qu’elle avait pendant des décennies vilipendées. Incroyable, c’est le Front National qui défend la laïcité ! Ceux qui naquirent dans le désir de maintenir l’Algérie française trouvaient des vertus aux droits de l’homme. Subitement le débat politique renversait tous les fronts ! Cela veut-il dire que les défenseurs de la laïcité sont devenus fascistes ? C’est ce qu’on essaie de nous faire croire sur base d’un syllogisme enfantin. Des fascistes, des racistes défendent la laïcité, la laïcité est donc une idée raciste, fasciste… donc les défenseurs de la laïcité sont des racistes, des fascistes… Pauvre Aristote !
Une technique stalinienne.
Ainsi, il était facile à ceux qui, pour toutes les raisons évoquées plus haut, avaient bazardé leurs valeurs, de hurler que ceux qui défendaient la laïcité, l’égalité homme/femme, les dispositions de la déclaration des droits de l’homme, étaient des fascistes, d’ignobles racistes… allez hop, tous dans le même sac. C’est une technique communiste bien connue… si tu n’es pas d’accord avec moi à cent pour cent… tu es un ennemi à cent pour cent… cela s’appelle du stalinisme et cela a fonctionné pendant des dizaines d’années, avec les conséquences que l’on connait. Pourtant la différence est facile à faire, il y a des marqueurs qui ne trompent pas, à savoir l’antisémitisme et l’attitude à l’égard des femmes. Croyez – moi, c’est toujours éclairant ! Ces groupes ou partis d’extrême droite qui se font aujourd’hui les champions de la laïcité pour mieux dissimuler leur racisme, si vous creusez un peu vous découvrirez rapidement leur hostilité envers les Juifs ou leur mépris, mal dissimulé, à l’égard des femmes.

Prenez le cas de Zemmour, il est emblématique. Son avant dernier ouvrage « Le suicide français » s’est vendu à des centaines de milliers d’exemplaires. Mais comment s’est-il fait connaître, il y a vingt ans, simplement en fustigeant notre société qui s’était, selon lui, trop féminisée… c’est ainsi qu’il est devenu un « bon client » des émissions de télévision… sa critique du rôle des femmes faisait hurler… magnifique l’audience montait et Zemmour devenait une sorte d’Arturo Ui… à l’irrésistible ascension, trouvant aujourd’hui que Marine Lepen est devenue trop à gauche ! Faites l’expérience et vous découvrirez que certains sites internet « grand défenseur de la laïcité » ont des relents antisémites très vite perceptibles même si le plus souvent ils se camouflent derrière la défense des Palestiniens.

Notre chemin est étroit.
Il ne fait pas de doute que notre route est étroite, que nous, défenseurs réels de la laïcité, marchons sur le fil du rasoir. A notre gauche, les partis sociaux – démocrates devenus poreux, gruyères idéologiques, ayant accepté d’abandonner ce qui faisait leur vérité profonde, la foi en l’homme, le rejet de tout immixtion du religieux dans la vie politique, la lutte pour l’égalité absolue Homme/Femme.
A notre droite… extrême, une défense de laïcité qui n’est qu’un racisme hypocrite n’osant pas dire son nom. Et nous ?

Qui encore est prêt à nous entendre, dans cette Europe affolée par la crise de l’immigration, déboussolée par la présence d’une population qui pour partie non seulement refuse de s’intégrer mais veut en outre imposer une représentation publique de sa religion, remet en cause les libertés chèrement acquises… le tout dans une situation économique de désindustrialisation et de perte d’influence économique et politique au plan mondial. Et après cela vous voudriez que le populisme ne gagne pas de terrain !

J’étais stupéfait, il y a quelques mois de lire que le président du CD&V, estimait que la revendication de l’inscription de la laïcité dans la constitution était une initiative « de la loge. » Ben voyons mais c’est bien sûr… ce sont les francs-maçons ! Je pensais ces vieilles lunes depuis longtemps éteintes, je me trompais !
Les temps obscurs reviennent. Dans un tel contexte, notre responsabilité est immense ! Nous ne devons plus, nous ne pouvons plus, laisser passer quelques atteintes que ce soient à nos libertés, à nos valeurs… à la laïcité, à l’égalité entre les Femmes et les Hommes… on l’a vu en Pologne, la liberté est fragile… des droits acquis après tant de luttes peuvent rapidement disparaître.

Mettons nous en colère !
Nous avons la chance de vivre, d’encore vivre, dans un pays démocratique.
Les défenseurs de la laïcité doivent se faire entendre, doivent cesser d’être des gens polis et bien élevés. Il est plus que temps de nous ressaisir et faire connaître haut et fort nos positions. On nous range dans la fachosphère, on nous traite de racistes, d’islamophobes et bien pourquoi ne dénoncerions nous pas de la même façon les partis, où les hommes politiques, qui de façon affirmée ou hypocrite ont abandonné nos valeurs ! N’ayons plus peur ! Sinon, de glissements en aménagements, subrepticement nous changerons de société… Soyez certains que ceux qui vont chercher leurs voix dans les mosquées vous présenteront comme normales des pratiques qui aujourd’hui vous font dresser les cheveux sur la tête…car les mêmes au moment du scrutin vous diront qu’ils défendent toujours nos valeurs… cela s’appelle ratisser large.

Seront nous assez bêtes, assez naïfs pour les croire ? Non ! levons nous, battons nous, hurlons que nous ne voulons pas changer de société, que la laïcité n’est pas, comme on le fait croire à la communauté musulmane, une autre religion mais que c’est l’affirmation d’une liberté totale de croire ou de ne pas croire, de respect absolu de l’autre dans sa foi ou sa philosophie.
Si nous ne nous levons pas… qui le fera à notre place ?
Mettons nous en colère !  Nos idées en valent la peine !
Hermanus Merry