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De l’utilité des scandales en démocratie ou « Vive les scandales ! »

Depuis quelques mois, la presse qui était très mobilisée par les dossiers du Kazakhagte, mêlant politiques, policiers, justice, magistrats, est passée à autre chose, le dossiers des intercommunales Publifin, leur infinie générosité à l’égard d’un quarteron d’élus de tous bords, bénéficiant d’un pactole qu’ils fussent présents ou non lors des réunions.  Cela permet sur les réseaux sociaux de voir réapparaître le vieux, le sempiternel slogan du « tous pourris ».  Certains même se risquant à évoquer un changement de régime… bien sûr… un régime fort, l’un de ces régimes où les scandales n’existent pas !  Pourtant, un tout petit peu de mémoire permet une autre vision, d’apporter quelques nuances… seulement un peu de mémoire… un soupçon de connaissance historique… oh deux fois rien…voyez plutôt.

Dans l’Italie de Mussolini, après l’assassinat du socialiste Matteotti, plus un seul scandale, la presse aux ordres se tait, elle obéit… tout est uniforme, on assassine en silence !  Tout est parfait sous les ordres du caricatural du Duce ! Les films d’actualité de la « Luce » nous montrent Mussolini à moto, coupant les foins, le torse moulé dans un débardeur, à cheval… mais pas de scandale jamais !

Dans l’Allemagne nazie, il n’y a qu’un ennemi, qu’un scandale l’autre… le Juif, là est le grand scandale, sa seule existence est une horreur,  il ne peut y en avoir d’autre… tout y est parfait, les trains arrivent à l’heure, les postiers sont polis, les policiers sévères, les trottoirs impeccables. Les films de la « Wochenschau » strictement contrôlés par Goebbels ne diffusent que des images de merveilleuses jeunes filles blondes, de solides gaillards la mâchoire contractée, culottes de cuir, le regard vers l’horizon… et aussi sans doute… vers la frontière polonaise. L’écrivain britannique Philip Kerr dans sa « Trilogie berlinoise » explique fort bien comment des affaires criminelles où étaient impliqués les pontes du régime passaient à la trappe.

En Union soviétique et dans les pays satellites, aucun scandale ; la presse ne mentionnait même pas, cela lui était interdit, les faits divers.  Ainsi le monstre de Rostov put pendant des années massacrer des jeunes gens, comme l’explique fort bien Tom Rob Smith dans son roman « Enfant 44 ».  Les seuls scandales des dictatures communistes sont ceux voulus, organisés, construits par le pouvoir, celui des supposés « ingénieurs saboteurs », celui des espions de toutes sortes, des médecins juifs du « complot des blouses blanches », plus récemment dans la Pologne communiste, la liquidation du patron de la TV devenu indocile où une perquisition permit, évidemment, de trouver à son domicile des milliers de cassettes pornographiques… toujours efficace d’ajouter des affaires de sexe pour démolir un type.  Le brave peuple, dont on suppose, bien à tort, qu’il ne connait rien au sexe, ne pourra qu’être heurté !  Comme on le sait aujourd’hui, en URSS, même le bulletin météo faisait l’objet d’une analyse, d’un contrôle politique !

A CUBA.

Pas de scandale, sauf lorsque Castro veut se débarrasser du général Ochoa, devenu encombrant… tiens lui aussi… car il était informé des transactions de l’île paradisiaque avec quelques grands narco trafiquants. Le général sera fusillé et on n’en parlera plus.  Plus un palmier ne frémira sous les tropiques… tout sera parfait, calme et volupté, sous Castro et sa famille.

COREE DU NORD.

Pays au fonctionnement impeccable.  Oh ! de temps en temps, le méchant voisin de Corée du Sud fait état de l’une ou l’autre exécution ou d’une famine qui tue des dizaines de milliers de gens… mais c’est sans doute là les fruits vénéneux de la propagande impérialisto-sioniste !

Scandale et démocratie… tant qu’on en veut… n’en jeter plus !  Rien de nouveau sous le soleil !

L’affaire du collier de la reine Marie-Antoinette n’a éclaté que parce que des libelles édités à Londres ou à Amsterdam dénonçaient cette sombre manipulation.  Libelles que d’ailleurs la cour de France essayait de racheter avant leur diffusion… exactement comme le fait une élue de la région parisienne qui achète la totalité des exemplaires du « Canard Enchaîné » lorsque ce trop curieux volatile s’intéresse à ses turpitudes

La IIIème République grandit de scandale en scandale.

Sous le Président Grévy, il y eut l’affaire Pranzini, assassin guillotiné dont le président Grévy avait fait tanner la peau du dos pour en faire un sous-main.  Le gendre de ce même Grévy, Wilson vendait les légions d’honneur.  Grévy démissionnera. Il y eut aussi le mystérieux assassinat du peintre Steinheil et de sa mère… la femme du peintre, qui sera surnommée la Pompe funèbre,  étant elle épargnée, c’était l’ex maîtresse du président Felix Faure qui selon le mot de Clémenceau avait voulu être César et était mort «Pompée»… histoire connue, les assassins ne seront jamais identifiés.  Plus tard, ce fut la célébrissime affaire de Panama, réunissant ceux que l’on appelait les « chéquards ».  Barrès, célébrissime écrivain nationaliste ultra conservateur écrira « Leur figure » dressant l’inventaire de tous ceux qui avaient bénéficié des largesses de la compagnie du canal de Panama.  Puis ce fut en 1913, l’affaire Caillaux/ Calmette.  Calmette, patron du figaro attaque Caillaux, ministre ayant instauré l’impôt sur les revenus, la femme de Caillaux assassine Calmette !  Elle sera acquittée !

Dans l’entre deux guerre, les scandales se succèdent à vive allure.  D’abord la banquière Marthe Hanau, escroc de haut vol,  mais surtout l’affaire Stavisky qui secoue tout ce qui compte en politique dans la troisième république, que ce soit la police avec l’ignoble Bonny que l’on retrouvera au service de la Gestapo ou le Conseiller Prince qui finira « suicidé » sur les voies d’un chemin de fer.  Quand à Stavisky, retrouvé dans un chalet des Alpes, il sera lui aussi opportunément « suicidé » de deux balles tirées par derrière comme l’écrira le « Canard Enchainé. »  La république vacillera, les fascistes essaieront de la renverser le 6 février 1934 mais échoueront.  Le « Tous pourris » n’avait pas suffi.  La démocratie s’était maintenue à travers tout !

En Belgique.

Sous Léopold II, un gigantesque scandale financier secoue tout l’establishment catholique, c’est l’affaire Langrand-Dumonceau. C’est tout un réseau de banques et d’assurances qui fait faillite et ruine des milliers de rentiers.

L’entre deux guerres voit le scandale de la « Flotte rouge » où se trouvent mêlés Anseele et un ensemble de socialistes flamands liés à ce réseau de coopératives.  C’est aussi la fameuse « cagnotte » de Van Zeeland qui ministre, mais fonctionnaire de la Banque nationale, impose à toute la fonction publique de sévères restrictions de salaires mais crée une cagnotte à la Banque nationale pour s’exonérer de cette diminution de ses rémunérations.  Malgré le slogan du « Tous pourris » lancé par Degrelle et son fameux coup de balai, en Belgique aussi la démocratie tiendra le coup et survivra !  En 1939, il ne restait à Degrelle que deux députés sur 21 élus !

Après guerre.

La France fut secouée en permanence par une série de scandales.  D’abord l’affaire des fuites où des ministres dont Mitterrand sont accusés, à tort, de donner des informations militaires à l’ennemi.  Avant cela, il y eut l’affaire des piastres, vaste escroquerie sur les taux de change. Puis l’affaire du faux attentat de l’observatoire dont on sait aujourd’hui que ce fut un piège tendu à Mitterrand organisé par Alexandre Melnik du cabinet de Michel Debré, premier ministre.  Plus comique l’affaire des ballets roses où est mouillé Letroquer, Président socialiste de l’Assemblée nationale qui avait eu le tort de s’opposer au retour de de Gaulle.  L’affaire Ben Barka où de vrais flics enlèvent cet opposant marocain membre de la Tricontinentale pour le compte des services secrets marocains…qui l’assassineront.  Le mystérieux assassinat du ministre de Broglie, négociateur des accords d’Evian.  Le « suicide » du ministre du travail Robert Boulin dont on vient de rouvrir le dossier, suicide dans dix centimètres d’eau, le nez cassé et diverses ecchymoses… bizarre, bizarre et plus qu’étrange ! La célébrissime affaire Markovic, garde du corps d’Alain Delon, où on a essayé d’impliquer Madame Pompidou.  Les extraordinaires « » où un escroc italien de génie avec l’aide du Comte de Villegas de Jette a réussi a faire dépenser des milliards à Giscard d’Estaing pour une simple photocopieuse.  Tout le monde se souvient de Giscard et des diamants de Bokassa qui firent le succès de Thierry Le Luron et la mort politique de celui qui se voulait l’homme le plus intelligent de France.

Sous Mitterrand se fut un festival, à commencer par l’affaire URBA qui visait à financer le PS sur base d’appels d’offres truqués.  Le dossier Pechiney qui conduisit le chef de cabinet de Bérégovoy en prison. Il y eut aussi le terrifiant sang contaminé.  Le prêt de ce même Bérégovoy que lui fit Patrice Pelat, ami de résistance de Mitterrand mais homme d’affaire trouble qui fit une opportune crise cardiaque avant de devoir répondre à la justice.  Quant à Bérégovoy, il se suicida !  Le dossier Elf avec Dumas, Devier-Joncour, Loïc Lefloc Prigent, énorme machine a financer les partis politiques au départ de potentats africains.  Comment ne pas évoquer Mazarine qui fut pendant quasi quatorze ans logée aux frais de l’état.

Avec Chirac, c’est l’explosion, un jet continu de scandales, la cassette Méry, les emplois fictifs de la mairie de Paris, pour lesquels Juppé sera condamné, les faux électeurs de Tiberi, l’emploi fictif de sa femme, les appels d’offres truqués des lycées des hauts de Seine, la fuite sous les tropiques de Schuller qui en savait trop, la construction des prisons manipulée par Bédier, l’immobilier avec Longuet et Léotard.

Sous Sarkozy, impossible, ça se bouscule trop : Mme Bettencourt, financement de campagne par Kadafi, Bygmalion, corruption supposée de magistrat, les multiples affaires reprochées aux étonnants époux Balkany et tant d’autres.  Impossible de les citer toutes.

Sous Hollande, affaire du compte Suisse de Cahuzac, les mensonges devant l’Assemblée nationale.  Démission d’un secrétaire d’état aux anciens combattants ayant confondu ses affaires commerciales et ses mandats.  Démission du secrétaire d’état à la coopération qui depuis quatre ans faisait… un blocage psychologique et ne payait pas ses impôts.

Et beaucoup d’autres… dont peut-être le plus blanc que blanc, propre sur lui François Fillon !

Et en Belgique.

L’assassinat de Julien Lahaut dont on ne connaîtra l’auteur que des décennies plus tard mais jamais le ou les commanditaires.  Le supposé milliard de Mobutu qui aurait été versé à Leburton mais dont jamais personne n’a vu le premier centime.   Le procès de ce même ex premier ministre Leburton et de son homologue chrétien  Hallet concernant les financements octroyés par les mutuelles qu’ils dirigeaient. Seul Leburton sera condamné !   Les étonnants crédits parallèles visant la construction du port de Zeebrugge.  Le dossier du financement du PRL, dossier du centre Paul Hymans, jamais jugé !  La démission du bourgmestre d’Uccle Jacques Van Offelen soupçonné de corruption.  Les affaires INUSOP et Agusta Dassault concernant le financement des campagnes électorales du PS.  L’affaire des KS, liée  à la reconversion des mines du Limbourg où étaient impliqués différents ministres ou députés CVP.
Comment ne pas évoquer les tueries dites du Brabant Wallon, entre 28 et 31 morts… selon les comptages… dont on n’a jamais arrêté les coupables.  Était-ce des gendarmes dévoyés ?  Y-a-t-il eu une tentative de déstabilisation politique afin d’empêcher la mise en place du fédéralisme ?  Saura-t-on un jour la vérité ?Plus terrible, l’affaire Julie et Melissa où apparaît dans toute son horreur les insuffisances, pour rester prudent, de la gendarmerie et de la justice.  Puis ce fut l’assassinat d’André Cools dont, comme pour Lahaut, on ne connut jamais le ou les commanditaires… et pourtant ils existent, j’en suis convaincu !  L’affaire des hormones avec l’assassinat d’un vétérinaire qui tentait de faire appliquer la réglementation suivie par l’affaire de la Dioxine qui fit chuter Dehaene et amena Ecolo au pouvoir !  Les dégâts du fameux escroc Van Rossem qui fut élu député et qui était, j’en ai été témoin, parfaitement introduit dans la « bonne société flamande »,   Il y eut aussi l’escroquerie Lernout et Hauspie qui ruina des milliers d’épargnants flamands mais qui avait l’aval du monde politique de Flandres, en particulier du CVP,  que la « la Libre Belgique » qualifia de plus grand escroquerie du siècle ! Comment ne pas évoquer le scandale de la Société générale qui ébranla le gouvernement jusqu’à la démission du premier Ministre et l’implication du sommet de la hiérarchie judiciaire.  La décennie consacrée aux dossiers du PS de Charleroi qui se transforma en chasse à l’homme dont Van Cauwenberghe fut le gibier…qui finalement ridiculisa le chasseur.

Pour la Grande Bretagne et USA  

Je me contenterai de rappeler le dossier Profumo, ministre de la défense qui partageait sa maîtresse Christine Keeler avec l’attaché naval de l’ambassade soviétique.  Le « suicide » de Maxwell, magnat de médias, qui avait volé le fonds de pension de ses ouvriers et employés. 

Le dossier de Cohn, l’adjoint de Mac Carthy qui voulait que son petit ami échappe au service militaire, cette affaire mit fin à la période de chasse aux sorcières des années cinquante. L’assassinat de Kennedy qui reste toujours mystérieux. La liaison du jeune et fringant président avec une maîtresse qu’il partageait avec Gianacana, l’un des patrons de la mafia. Bien sûr, le célébrissime Watergate où de fil en aiguille la justice remonta jusqu’à Nixon qui démissionna avant d’être révoqué.  Sous Reagan, l’Irangate où le colonel de Marines Oliver North commerçait avec l’Iran sous embargo pour financer les contras du Nicaragua.  Reagan s’en sortit grâce au sacrifice de North qui assuma tout.  Sous Clinton, il y eut une multitude de dossiers financiers mais surtout l’affaire Moniqua Lewinski au cours de laquelle le procureur spécial Star dépensa un milliard de dollars pour tenter d’avoir la tête, à défaut d’autre chose, de Clinton !  La gigantesque affaire de Subprimes, dont les agences de notations et les banquiers ne répondront jamais…sauf dans la minuscule Islande.

En Israël.

Un premier ministre Ehud Olmert est en prison, il n’est pas rare que des ministres démissionnent et soient condamnés dans des dossiers financiers ou des affaires de mœurs, tel Weizman fils du premier président d’Israël.  En ce moment la justice examine différentes relations du premier ministre.  

Qu’est-ce que cela signifie au plan du fonctionnement des démocraties ?

D’abord, je constate qu’il y a des pays où jamais aucun scandale n’éclate.  L’Arabie saoudite par exemple, la Syrie de Bachar, la Tunisie de Ben Ali, la Lybie de Kadafi, la Grèce des généraux, le Chili de Pinochet, l’Argentine de Videla… en un mot comme pour le nazisme, le communisme, là où il n’y a pas de démocratie, il n’y a pas de scandale.  Le scandale est inhérent à la démocratie comme les accidents de la route le sont à la circulation routière.  J’ose dire qu’il est, les chrétiens apprécieront, consubstantiel, c’est-à-dire, inséparable de la démocratie.  Le scandale est le verso de la démocratie… il est inévitable qu’une pièce ait deux faces !

Le « tous pourris » est non seulement faux mais dangereux car il fait le lit des régimes autoritaires où tout est caché, il conduit au mensonge généralisé d’une dictature qui lave plus blanc que blanc.  On le voit fort bien en Russie où si un journaliste a encore des velléités de vérités qui pourrait chatouiller les puissants, il est assassiné.  Dans les dictatures la formule de Léo Ferré est toujours d’application :  « la vérité c’est pas ici ! »

Napoléon ne s’y était pas trompé, sous la révolution était né une multitude de journaux, il les supprima pour n’en laisser subsister que quelques uns, qu’il contrôlait parfaitement !  Emile de Girardin inventant vers 1830 la presse à bon marché transforma la masse populaire en opinion publique… l’information, aussi imparfaite fût-elle,  remplaçait les rumeurs invérifiables, un contrôle pouvait s’initier, il ne fera que grandir.

Ce n’est donc pas un hasard si Trump s’en prend si violemment à la presse qu’il veut à toute force décrédibiliser.  Il sait que c’est de cette presse que pourrait venir ses plus sérieux ennuis donc elle ment… et il invente cette étonnante notion des faits alternatifs.  Il veut casser le thermomètre !  Les scandales sont effectivement le thermomètre de la démocratie.  Ils y jouent un rôle fondamental de correcteur, au départ de ceux-ci la démocratie évolue, se corrige, s’amende, progresse mais progresse dans la liberté… le mensonge ne permet aucun progrès !  Le mensonge, c’est Orwell et le meilleur des mondes, c’est « la ferme des animaux » et finalement le basculement comme l’explique Koestler dans « Le zéro et l’infini. »  D’où l’absolue nécessité de conserver une presse libre ou les journalistes ne sont pas pour leur plus grand nombre, comme en Belgique des infra salariés, où un élégant clignement d’yeux d’un présentateur de TV ne remplacera jamais une analyse de fond d’un dossier !  En ce sens oui !  Une démocratie est en danger si sa presse se réduit à une peau de chagrin et que ses journalistes sont privés de l’élémentaire liberté offerte par un statut social respectable.

Le véritable scandale est celui qui n’éclate jamais !

Celui qui reste bien caché, que l’on occulte avec attention, là est le scandale !  N’êtes vous pas étonné du nombre de commissions parlementaires mises en place mais dont on sait peu de chose et… le citoyen lambda ne sait rien !  Ainsi la commission sur les attentats de Bruxelles et Zaventem !  Voilà pourtant une situation extraordinaire !  Mais où sont les articles de presse sur le suivi de cette commission qui est censée se poursuivre ?  Une seule commission parlementaire eut un grand retentissement, ce fut celle consacrée à l’horreur de l’affaire Julie et Mélissa.  Pourquoi ?  Parce qu’elle était filmée.  Aux USA, elles le sont toutes depuis les années cinquante.  Ici, on a crié au populisme, au poujadisme !  Pourquoi parce que les citoyens qui suivaient les débats jusqu’au milieu de la nuit découvraient en direct le fonctionnement des institutions, de la Justice, de la Police, de la gendarmerie dont ce sera d’ailleurs le chant du cygne… elle disparaîtra !  C’était scandaleux oui !  Et alors ! C’est grâce à cela qu’on peut amender nos institutions, les faire progresser vers plus de transparence, vers plus de respect pour les citoyens.  La démocratie n’en est pas une si elle ne respecte pas la célèbre formule anglaise des « Checks and balances », c’est-à-dire des pouvoirs et de leur contrôle !  Toutes nos commissions parlementaires devraient être filmées et diffusées, là est le prix d’une démocratie vivante où les élus n’ont pas peur de leurs électeurs !  Parce qu’en vérité c’est de cela qu’il s’agit quand certains hurlent, craignent le populisme !

Alors oui !  Je n’hésite pas à dire, vive les scandales, leur dénonciation est le seul marqueur de la démocratie !  Ne l’oublions jamais !  Ils ne sont pas le signe d’une quelconque déliquescence de nos institutions, bien au contraire, ils sont la preuve de leur vitalité et de leur force.  N’ayons pas peur des scandales !  N’ayons pas peur de ce qu’ils disent de nous !  Les hommes sont perfectibles, les institutions aussi !

Une balade en taxi à Bruxelles en mars 2016 en compagnie des Illuminati, des Satanistes, des Francs-maçons, des sionistes !  36 Heures avant les attentats !

Avant toute chose, je veux souligner que toutes les généralisations sont ridicules, je n’entends nullement accabler toute une profession ou toute une communauté,  je veux simplement informer sur ce qui m’est arrivé les deux fois où je suis monté dans un taxi à la gare du Midi entre le 1er Janvier et le 20 Mars.  Rien de plus… rien de moins.  J’ajoute que je ne suis que très très rarement client des taxis bruxellois.

Episode Premier.

Le 2 janvier, mon épouse et moi débarquons vers 13h30 du Thalys.  Quelques mètres et nous voilà sur l’esplanade Paul Henri Spaak.  Après avoir croisé les inévitables poivrots et clochards agglutinés à la porte de la gare,  nous nous présentons devant la station de taxis, disciplinés, nous montons dans le premier, le chauffeur sort de son véhicule pour ouvrir le coffre.  Petite taille, bonnet de laine, collier de barbe, yeux noirs, parka brun. Immédiatement son regard retient le mien, il me scrute, l’œil mauvais, les épaules vers l’avant.  Un malaise diffus me gagne.  J’indique la direction.  Après quelques dizaines de mètres, il nous adresse la parole, évoque les attentats de Paris. Je lui dis qu’il ne faut pas tout mélanger, que ces horreurs sont le fait des islamistes, une infime minorité de la communauté maghrébine.  Immédiatement, il hausse le ton.  Orage force 9,
le temps se gâte… « Comment vous parlez d’islamistes mais cela n’a rien à voir avec l’Islam, vous tombez dans le piège… ce sont des gens qui les obligent à commettre ces actes… ces jeunes gens n’en peuvent rien… on les pousse à faire ces actes.  En Syrie, au Moyen-Orient des gens meurent tous les jours à cause des bombardements de l’occident… alors de quoi se plaindre ici… Il ne se passe rien à Bruxelles, il n’y a pas d’attentats. »  J’ose alors : «  Mais Monsieur… et les quatre morts du Musée Juif ! »  La réponse éclate :  « Oh ! ça c’est une provocation, ça n’a rien à voir… ».  Heureusement, ce jour-là les voies sont dégagées, les invectives durent une bonne dizaine de minutes et nous sommes chez nous.  Nous sommes éberlués… inconscients que ce n’était qu’un léger hors-d’œuvre.  Alors que nous pensions qu’il s’agissait d’un hurluberlu isolé, bien pire allait suivre.

Episode deux.

Ce dimanche 15h10, nous débarquons du TGV en provenance de Marseille où nous étions allés entendre l’un de nos amis français chanteur d’opéra.
A nouveau, nous croisons les quelques sympathiques ivrognes armés de leur longue canette de bière.  La station de taxi, on s’engouffre.  Celui-ci a l’air assez sympa, la bonne quarantaine, petit collier de barbe, veston propre, anodin, passe partout, des yeux assez vifs, souriants. J’indique au chauffeur la direction de la Basilique de Koekelberg en précisant que nous habitons à cinq minutes et que pour plus de facilité, je lui expliquerai le chemin.

A mon vif étonnement, il tourne à gauche vers la rue Ernest Blérot, puis à droite dans la rue Bara.  Je m’en étonne, le chauffeur explique que le marché se termine, que le passage est difficile vers les tunnels. Je ne suis qu’à moitié convaincu, mais je n’insiste pas.  Il s’engage dans l’avenue Clémenceau, totalement encombré, on avance au pas, des véhicules en double file rendant la circulation encore plus difficile, les minutes passent, les chiffres basculent à grande vitesse sur le cadran du compteur.  J’aperçois le haut de l’avenue Clémenceau dégagé.  Brusquement, le chauffeur vire à droite dans la chaussée de Mons. Je lui demande ce qu’il fait,
il répond qu’il va rejoindre les tunnels !  Je réagis, on est beaucoup plus au Nord, rejoindre les tunnels, c’est faire demi tour !  Sa réponse fuse :  « mais réveillez vous !  Je connais cette ville. »  Poliment, je rétorque « moi aussi Monsieur, j’y vis depuis 72 ans ! »  Nous n’avançons que très lentement, tout est bloqué quand il ajoute : « Ah ! bon ! je croyais que vous étiez Français !  Vous en avez l’accent ! »  Curieux, j’ai toujours cru avoir un accent Bruxellois assez prononcé.
Je comprends mieux ses tours et détours, nous croyant étrangers, ne connaissant pas le ville, il faisait chauffer le compteur ! Un grand classique !  Mais le pire allait surgir.  Après une ou deux minutes de silence, il m’apostrophe :
« Vous avez vu l’arrestation ? »

Échaudé par l’épisode du 1er janvier, je suis prudent et répond :

« Oh ! vaguement, on a vu ça à la télévision. »

Il n’est pas satisfait, le ton de la voix franchit la barre des décibels les plus bas,
il hurle :

« Non ! mais qu’est- ce que vous en pensez ?  Réveillez-vous ? »

Sans doute ai-je l’air endormi !  ça non plus on ne me l’avait jamais dit.  De façon aussi calme et sereine que possible, j’ajoute donc :

« C’est une très bonne chose !  J’espère que ces crimes s’arrêteront. »

D’un ton encore plus haut, proche du hurlement :  « Non ! Mais vous croyez ce que disent les journalistes, tout ça c’est du bourrage de crâne ! »

J’ose : « Ah ! vous pensez !  Mais ce sont quand même des islamistes qui tuent des gens ! »

Un torrent se déclenche :  « Vous tombez dans le piège, ça n’a rien à voir avec l’Islam, ces types, sont de pauvres jeunes gens à qui on a promis de l’argent pour se faire exploser… sinon ils n’auraient jamais rien fait. » La démonstration du grand complot démarre, le chauffeur vient de déposer la première pierre de la démonstration qu’il va nous infliger, nous faire entrer dans la tête. Maintenant,
il crie et nous n’avançons toujours pas !  On se sent coincé, la main de ma femme se crispe sur la mienne, plus tard, elle me dira avoir eu envie de faire stopper le véhicule et sortir.  On finit par rejoindre le boulevard des abattoirs, là aussi l’encombrement est total.  Je lui demande de rouler sur les voies du tram…
ce qu’il fait, sans s’arrêter de parler.

« La religion interdit de tuer, si ils le font, c’est qu’on les a forcés ! »

Timidement, je réagis : « Monsieur,  le problème c’est que les religions promettent le paradis après la mort… donc ils espèrent », j’évite de parler des 72 houris promis aux martyrs, je ne veux pas provoquer !

Réaction : « Mais non vous n’avez rien compris, ce sont de pauvres jeunes gens, trompés par ceux qui leur promettent de l’argent, d’ailleurs on a une conversation téléphonique où l’un des « martyres » affirme qu’on ne lui a pas encore payé les 50.000 euros promis… il ne s’est pas fait sauté à cause de cela. »

Je comprends qu’il parle du salaud capturé vendredi !

Arrivés à la porte de Ninove, je lui demande de prendre directement à gauche et de monter la rue Delaunoy… maintenant connue par le monde entier.  A partir de là, le ton monte encore… est-ce parce que nous sommes maintenant à Molenbeek ! On longe l’avenue Vandenpeereboom.

J’essaye de lui expliquer que l’Islam est aussi une civilisation, je lui rappelle les grandes dates de l’histoire.

« Non ! l’Islam n’est pas une civilisation, c’est une religion… ça n’a rien à voir. »

J’en ai assez de ces hurlement, : « Monsieur, Pourquoi criez-vous ainsi, ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec vous que je vais vous couper la tête !  Et si vous n’êtes pas d’accord avec moi, je suppose que vous n’allez pas me couper la mienne ?  Et d’ailleurs, je vous signale que je suis athée, je ne crois en aucun dieu ! »

Un silence s’installe, mon dernier aveu le trouble, je vois dans le rétroviseur ses yeux emplis de points d’interrogations.  Silence de courte durée…

Il m’interpelle : « au moins est-ce que vous connaissez les Illuminati, les Francs-maçons, les Satanistes ? »

La main de Mireille serre un peu plus fort la mienne.  De toute évidence, elle craint que j’avoue être franc-maçon, en sommeil, mais franc-maçon quand même.

Je ne peux pas ne pas réagir, je décide de me foutre un peu de lui :

« Oui ! Les francs-maçons je connais !  Les satanistes, jamais entendu parler !
Les Illuminati c’est une secte née au XVIIIème siècle. »

Le chauffeur : « Eh ! bien si vous connaissez les francs-maçons vous connaissez leurs buts… la domination du monde. »

J’ose encore, je simplifie, : « Mais non Monsieur, ce sont des gens qui entendent respecter la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ! »

Il ne répond plus, j’observe qu’il hurle pour lui-même :

« Ceux qui font faire ces attentats à ces pauvres jeunes gens, ils le font pour salir l’Islam… ça c’est leur but, c’est le nouvel ordre mondial. »  Il répète en hurlant : « le nouvel ordre mondial… vous connaissez non ! »

Je songe au tweet que Moureaux aurait lancé quelques jours après les attentats de Charlie hebdo et de l’Hyper Casher : « Israël instille la haine des arabes en Europe. »  Ce chauffeur est-il Molenbeekois ?  Vote-t-il PS ?  Est-il membre chez nous ?  J’en frémis !

La démonstration se poursuit :

« Vous avez rien compris !  Allez, Allez, Allez réfléchissez enfin !  qui veut imposer le nouvel ordre mondial… Les sionistes, ce sont eux qui sont derrière tout cela avec la complicité des pays occidentaux.  Ils veulent dominer le monde, il n’y a que les arabes qui ne se laissent pas faire.  D’ailleurs, Mitterrand essaye grâce à ça de se faire réélire ! »

« Mais Monsieur Mitterrand est mort en Janvier 1996 ! »

Réponse, sans s’émouvoir, « Oui ! c’est Hollande, c’est la même chose. Les sionistes sont avec les Illuminati, les francs-maçons, les satanistes, ce sont eux qui ont provoqué ces attentats.  D’ailleurs, les attentats de New-York, cela n’a pas existé, ce sont des montages, de tels buildings ne se transforment pas ainsi en poussière !  et vous vous croyez toutes ces histoires que les sionistes vous font gober. D’ailleurs, on a la preuve sur les dollars, on y voit le signe des Illuminati. »

Je tente de lui expliquer les symboles figurant sur les dollars… je me dis que je suis un peu con d’essayer !

On vient de franchir le boulevard Léopold II, on s’engage dans la chaussée de Jette.

Je résiste encore :

« Monsieur,  comment pouvez vous douter de ces attentats !  Il n’y a pas le moindre doute. Est-ce que c’est à la mosquée qu’on vous tient de tels discours ? »

D’abord un silence, ma question sur la mosquée le trouble, je le perçois hésitant, il ne répond pas puis brutalement :

Un rugissement :

« Voilà vous êtes dans le piège, vous croyez toutes les choses racontées par des journalistes payés par les sionistes.  Le nouvel ordre mondial, voilà pourquoi ils font faire tous ces attentats.  D’ailleurs, ce sera bientôt la troisième guerre mondiale avec des milliards de morts, oui ! oui ! des milliards ! »

Nous arrivons au square Amnesty international, virons à gauche dans l’avenue Odon Warland, trente secondes plus tard nous parcourons 50 mètres dans l’avenue Firmin Lecharlier et… enfin… enfin  nous sommes avenue Paul De Merten.  Il stoppe la voiture en répétant : «  oui ! des milliards de morts, des morts par milliards. »  Sur ces bonnes paroles, immense soulagement, 27 euros…cher payé pour avoir dû entendre de telles énormités ; récupération des bagages.  Ouf !!!

Assommés par ce qui ne serait qu’un fatras de stupidités preuves d’une effroyable débilité si celles-ci n’étaient pas le support de justification de crimes horribles qui endeuillent le monde !  Aujourd’hui, cette diatribe prend une autre dimension, ouvre différentes explications quant aux climats dans certains quartiers de Bruxelles, quant aux évidentes complicités dont bénéficient les assassins !
C’est d’une extrême gravité, n’en déplaise à ceux qui ne sont que vissés sur le compteur électoral !

VOILA ?  TOUT EST D’UNE DRAMATIQUE AUTHENTICITÉ ! C’ÉTAIT UNE BALADE ORDINAIRE, DANS UN TAXI A BRUXELLES, UN DIMANCHE DE PRINTEMPS, 36 HEURES AVANT LES ATTENTATS DE ZAVENTEM ET DU METRO MAELBEEK… 31 MORTS ET PLUS DE 250 BLESSES !

 

 

Tous aveugles !

N’êtes-vous pas impressionnés par le fait que depuis une vingtaine d’années, les grands évènements  qui bouleversent le monde interviennent alors que personne ne les avait prévus !

Sommes-nous dirigés par des tatoueurs aveugles ?

La Chute du Mur de Berlin prend tout le monde au dépourvu.  Un apparatchik Est-Allemand lit un communiqué de presse vers 22h30, et une demi-heure plus tard, le Mur, vieux de 28 ans,  s’effondre !

La Chute du Communisme, un régime en place depuis 1917 qui s’était voulu la deuxième Puissance mondiale, et était, depuis 1945, un Empire planétaire, s’effondre comme un château de cartes sans que les observateurs occidentaux n’aient vu venir quoi que ce soit.  Mitterrand, Bush senior, et les autres ne savent que faire !

Pourtant, depuis les années 1970, en Pologne, en Tchécoslovaquie et en Hongrie, les coutures commençaient à craquer. Mais nos grands politiques géo-planétaires croyaient dur comme fer au caractère intemporel du Communisme soviétique et au caractère immuable d’un monde bipolaire.

Les attentats du 11 septembre 2001. Là aussi, tout le monde est pris au dépourvu. Personne ne s’y attendait !

Pour la première fois, (après Pearl Harbor),  les Etats-Unis sont attaqués sur leur sol et personne ne l’avait vu venir !!! Les Services secrets, les « grandes oreilles », tous sont pris en défaut.

La Crise financière de septembre 2008, où l’on voit la « bulle » de l’Immobilier exploser, et une série de banques, en cascade, menacées de faillite.

On a affirmé qu’un obscur professeur d’Economie belge, vivant comme un clochard en Bretagne, aurait annoncé la crise.  Il était bien le seul, et sa crédibilité était égale à zéro. Pourtant, c’est tout le système économique mondial qui se trouve menacé !

La Révolte des peuples du Moyen-Orient. Personne, ni dans les Ambassades, ni au niveau des services d’informations, n’avait prévu l’extraordinaire mouvement des peuples arabes qui, du Maroc à la Syrie, bouleversent tous les équilibres et tous les stéréotypes sur le monde arabe.

L’islamisme inquiétant se voit subitement remplacé par une volonté de Démocratie et d’Egalité sociale.

Mais personne n’avait rien vu venir !

Il est extraordinaire de constater que, dans une société où l’information se fait à la seconde, et où des milliers d’images nous arrivent chaque jour, les décideurs politiques se trouvent systématiquement aveugles devant l’évolution du monde, qu’il soit économique ou politique.

Sommes-nous gouvernés par des ilotes ou par des cyclistes qui, le nez sur le guidon, aperçoivent les dix mètres qui se trouvent devant eux, mais ne voient plus l’ensemble de la route ?

On a le sentiment d’un monde mené à l’aveugle, où l’émotion de l’immédiateté a remplacé la réflexion et la prévision.

Il suffit de lire la presse ou de regarder les journaux télévisés pour se rendre compte que l’Analyse a totalement disparu pour faire place à l’événementiel, au sensationnel, et, surtout, surtout, à l’émotion qui permet, croient les Maîtres de l’information, de créer un sentiment d’unanimisme et de cohésion.

Ce qui se passe, en réalité, qu’on le veuille ou non, c’est que le monde est aujourd’hui un village planétaire que Marc Luhan prévoyait dès les années 60, mais où les réponses aux questions restent étonnement régionales, marquées par les égoïsmes ou une cupidité suicidaire.

Le Marché, lui, ne se préoccupe pas de prévisions. Il se préoccupe de son profit, et ce, quelles qu’en soient les conséquences.

C’est à ce niveau que le rééquilibrage doit s’opérer et que les peuples, tous les peuples, doivent faire entendre leur voix sous peine d’aboutir à un effondrement de notre civilisation faite de Libertés économiques contrebalancées par la protection sociale et la sauvegarde de l’intérêt général.

merry_hermanus@yhaoo.com