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Un génocidaire belge, Léopold II ?

« Nul ne peut barrer la route de la Vérité. »  Alexandre Soljenitsyne.

Le meilleur et le pire.

Il y a quelques jours, réagissant à je ne sais plus quelle information, je me risquai à poster un commentaire mettant en cause les agissements de Léopold II au Congo.  Quatre internautes me prirent à partie m’accusant, qui de répandre des fariboles pêchées à Kinshasa, qui de prendre pour argent comptant la propagande anglo-saxonne de l’époque.  Un cinquième intervenant courageusement dissimulé sous le nom d’un prestigieux cinéaste espagnol eut tout de suite recours à la pire des vulgarités et à l’insulte poujadiste…un classique !

Chacun le sait les réseaux sociaux sont comme la langue d’Esope la meilleure et la pire des choses.  Au côté de la merveille technologique qui consiste à unir les gens, gicle le vomi des impuissants essayant de palier la médiocrité de leur vie par l’insulte anonyme sur Facebook…médiocre consolation de ratés!  Je proposai néanmoins à mes contempteurs de leur fournir une bibliographie afin qu’ils se forgent leur jugement, aucun ne me communiqua une adresse électronique, l’un d’entre eux me précisa que même si je lui fournissais un tombereau d’information, il n’en croirait pas un mot !

« Le mythe est un mensonge de la mémoire. »  Richard Dindo  

Incorrigible optimiste, toujours accroché au principe de perfectibilité des hommes,  je me résous à rédiger cet article et à communiquer quand même sur ce sujet qui me passionne depuis toujours.

J’ai commencé ma scolarité primaire en 1950; lorsque nous achetions un cahier, celui-ci nous était fourni avec un buvard sur lequel était dessiné, étonnant camaïeu,  un personnage portant un large casque colonial se prolongeant sur la nuque, l’allure protectrice, dominant un noir en pagne arborant une lance et un bouclier de peau.  L’histoire de la colonisation n’était alors qu’une suite d’images saint-sulpiciennes, le bon et valeureux roi Léopold luttant avec acharnement contre l’esclavagisme apportant la sécurité, la santé, l’éducation… en un mot la civilisation.  Douze ans plus tard, à l’ULB le professeur Stengers, pour qui j’ai le plus grand respect, m’enseigna l’histoire du Congo.  Nous étions loin du buvard de l’école primaire… cependant les critiques concernant les méthodes utilisées par les représentants de Léopold II étaient balayées d’un revers de la main, dans la mesure où notre professeur considérait que ce n’était que l’expression de la jalousie des anglo-saxons.  Thèse qui sera d’ailleurs évoquée par l’un des intervenants sur internet… preuve qu’il n’est pas facile à la vérité de remplacer le mensonge !   Au départ du cours de Jean Stengers, j’ai poursuivi mes recherches et lu quantités d’ouvrages sur la colonisation du Congo par Léopold II et ensuite par la Belgique.  Au fil des ans, les faits prirent une autre dimension, une autre histoire se dégageant de la gangue amidonnée par la légende civilisatrice et… très catholique, la vérité apparaissait avec son effroyable cortège d’horreurs.  On avait menti à des générations de belges !  Là est aussi l’insupportable scandale.

« Léopold II fut un patriote au-dessus de tout soupçon… Mais quelques fussent ses bonnes intentions,  jamais il ne comprit que la fin ne justifie pas les moyens. »  Barbara Emerson

Léopold II, alors même qu’il n’avait pas encore accédé au trône, évoquait souvent sa volonté colonisatrice.  Il a envisagé de nombreuses hypothèses, qu’il s’agisse de l’achat de la Crète, des îles Féroé, d’une parcelle en Chine, des nouvelles Hébrides, des îles Fidji, de territoires en Argentine.  A noter que la classe politique belge a toujours été opposée à l’aventure coloniale.  Ainsi Frère Orban, leader libéral n’hésitait pas à proclamer à la chambre : « nous n’avons pas besoin de colonie, nous avons la France »  faisant référence implicitement au nombre de travailleurs belges qui y travaillaient.

Après la découverte, au mitant du XIXème siècle,  par Speke et Burton de l’immense lac qu’ils baptisèrent Victoria, les milieux scientifiques européens s’enthousiasmèrent pour l’exploration de l’Afrique centrale qui restait pour une large part, une tache blanche sur les Atlas.  La réussite de l’extraordinaire opération de recherche du pasteur Livingstone par Stanley fut un coup de tonnerre médiatique, d’autant plus que l’expédition avait été financée par Gordon, patron de presse américain.  L’Afrique centrale devenait une proie pour les explorateurs…et les colonisateurs.  Léopold II engagea Stanley, finança une nouvelle expédition dont le but, il fut atteint, visait à relier Zanzibar à l’océan Atlantique, traversant ainsi de part en part tout le continent africain.  Parallèlement, Léopold II organisait au Palais Royal de Bruxelles une réunion à caractère pseudo-scientifique dont le but était d’asseoir sa légitimité en qualité de spécialiste de l’Afrique centrale.  Cette conférence fut un coûteux échec mais qui se révéla prometteur lorsque les grandes puissances organisèrent la conférence de Berlin fin 1884 début 1885 afin de répartir leur influence en Afrique centrale où l’Angleterre, la France et l’Allemagne se disputaient de vastes domaines.  Ce fut la grande réussite de Léopold II.  Il se vit attribuer un immense territoire, septante-huit fois plus vaste que le médiocre royaume où il n’était qu’un souverain constitutionnel.  Le gouvernement belge, toujours opposé à l’aventure coloniale, étonné mais passif, accepta que le roi devint le chef de l’Etat Indépendant du Congo !  Léopold II mit sur pied une administration dont le siège était rue de Bréderode à l’arrière de son palais, le bâtiment existe toujours, curieux chalet suisse collé à la résidence royale ; il  recruta, en majorité des officiers et sous-officiers libéraux qui n’ayant aucune chance de carrière en Belgique du fait des gouvernements homogènes catholiques, tentaient la chance en Afrique.

« La vérité, l’âpre vérité ! » Danton

Qu’espérait Léopold II ?  D’abord faire du profit grâce au commerce de l’ivoire qui au début de la colonisation était la grande source de revenu.  La lutte contre l’esclavagisme ne fut jamais qu’un pâle mensonge tout juste bon à faire frémir le bon peuple grâce à la presse à sensation.  Très vite, les affaires périclitent, l’ivoire n’est plus rentable, boules de billard, touches de pianos et prothèses dentaires ne constituent pas un marché suffisant, le roi est au bord de la faillite.  Il sollicite un prêt auprès du gouvernement belge, qui, en traînant les pieds, lui accorde.  Ce prêt le roi ne le remboursera jamais !  Quelques années plus tard ; tout change grâce à l’explosion des besoins de caoutchouc.  Or, au Congo, pour le malheur de son peuple, le caoutchouc pousse naturellement en abondance.  C’est à ce moment que commence les atrocités liées au travail forcé. Il ne peut donc y avoir aucun doute que ce soient la cupidité, la rapacité du roi en quête de fortune qui conduisirent aux horreurs que les peuples du Congo allaient subir.   A cette époque, en Afrique centrale, peu de témoins… néanmoins quelques missionnaires anglo-saxons, suédois s’alarment des pratiques féroces des agents du roi Léopold II.  Des représentants du gouvernement anglais Morel et Casement établissent des rapports à l’intention de leur gouvernement.  Les américains envoient une mission d’étude.  A Paris, l’hebdomadaire « l’Assiette au Beurre »,  le « Charlie hebdo » de l’époque caricaturent Léopold II devant des paniers de mains coupées.  De fait, les soldats de la Force publique, pour une cartouche tirée devait présenter à leur officier deux mains coupés… prodigieux sens de l’économie !  L’origine des conflits était toujours le travail forcé et les quantités toujours plus importantes de caoutchouc qu’il fallait récolter.  Les populations indigènes n’ayant aucune conscience de la notion de travail, il est évident que seule la force la plus brutale pouvait obtenir des résultats. On ne compte plus les villages brûlés, les populations prises en otage, les massacres à la mitrailleuse des indigènes révoltés.  Aujourd’hui tous ces faits sont dûment documentés et répertoriés, pour s’en convaincre, il suffit de lire les protocoles d’importation d’armes et de munitions transitant par Anvers pour aboutir au Congo.

« Quand la légende devient la vérité, imprimez la légende. » ( ? )

Le roi amassa une fortune colossale. Ses avoirs étaient estimés au début de son règne à cinq millions de franc or, lorsqu’il vendit le Congo à la Belgique en 1908, les chercheurs estiment que sa fortune s’élevait à 14 milliards alors même qu’il en avait dépensés 8 pour différents projets urbanistiques et autres en Belgique.  Ainsi, il devint l’un des hommes les plus riches du monde.  Il ne fait cependant pas de doute, que la vente du Congo à la Belgique fait suite à l’énorme campagne de presse dénonçant l’incroyable brutalité des agents du roi en vue de récolter le caoutchouc.  Dans la mesure où il n’avait pas remboursé le premier prêt obtenu de l’état belge, il est permis d’affirmer que Léopold II a donc vendu deux fois le Congo à notre pays.   Léopold II fit détruire systématiquement les archives de l’Etat indépendant du Congo et camoufla sa fortune notamment grâce à une fondation créée en Allemagne, ce ne fut que quatorze ans après sa mort qu’on parvint à voir clair dans ses avoirs.

« La vérité vous rendra libre. » L’Évangile

Le titre de cet article se termine par un point d’interrogation.  La question est donc posée, les horreurs dont les employés de l’Etat indépendant du Congo se sont rendus coupables font-elles de lui, principal bénéficiaire, un génocidaire ?  D’abord, j’insiste sur le fait qu’il est des mots dont l’usage doit être parcimonieux car à force de les utiliser pour tout on leur soustrait leur valeur, leur force.  Le mot génocide n’a été créé qu’en 1944 pour qualifier le massacre industriellement planifié des Juifs par les nazis.  Dès lors, je pense que le terme de génocide ne peut être employé que pour définir : 1. Le massacre des Arméniens par les Turcs en 1915.  2. Le massacre des Juifs par les nazis.   3. Le massacre des communistes en Indonésie au moment du coup d’état de Suharto.  4.  Le massacre de la population cambodgienne par les Khmers rouges.  5.  Le massacre des Tutsis en 1994 au Rwanda.  Je veux quand même préciser que l’empire Allemand avait commencé en massacrant systématiquement la tribu des Hereros et celle de Namas tout au début du siècle !  Intéressant de savoir que le coupable, le général Von Trotha avait comme adjoint un officier du nom de Goering, père de celui qui fut le « dauphin » d’Hitler.

J’estime donc au regard de la définition du génocide que Léopold II fut responsable de crimes de masse mais pas d’un génocide d’un point de vue purement sémantique… ceci dit, cela ne change rien pour les victimes qui selon les chercheurs se chiffrent autour de dix millions entre 1885 et 1909 !

Voilà donc ce qui pour moi est le secret le mieux gardé, le grand mensonge de l’histoire de Belgique.  Et c’est ce mensonge qui doit blesser tous les démocrates, tous ceux qui veulent que l’histoire soit avant tout la recherche de la vérité.  Mais attention, il n’y a chez moi pas l’ombre d’une quelconque volonté de repentance ou d’expression d’un pardon rétrospectif.  Non !  Seule la vérité compte !  Et je ne vois pas en quoi, le belge moyen aurait une responsabilité dans ces abjections.  Bien entendu, je conçois qu’il n’est pas toujours facile de voir s’envoler les confortables écailles qui masquent à nos yeux les vérités atroces de l’histoire, surtout quand elle est la nôtre… le mensonge est souvent tellement plus beau que la vérité.

Je laisse la conclusion à Primo Levi quand il écrit : « Les monstres existent mais ils sont trop peu nombreux pour être dangereux… plus dangereux sont les fonctionnaires prêts à croire et à agir sans poser de question. »

 

Bibliographie :

« Léopold II, le royaume et l’Empire. »  Barbara Emerson.  Document Duculot.  1980
« Les fantômes du roi Léopold. »  Adam Hochschild.  Belfond.  1998n
« Crime in Congo » Arthur Conan Doyle.  1902
« Congo »  Eric Vuillard.  Actes Sud.  2012
« Stanley, dark genius of African exploration » Pimlico. 2004
« Zoo humains.»  Nicolas Bancel.  2002
« Congo une histoire. »  Davide Reybroek.  Actes sud.  2012
« Le bureau des reptiles. »  Marcel-Sylvain Godefroid
« The King incorporated. »  Londres.  1953
« Au cœur des ténèbres »  Joseph Conrad.  1899
« Le rêve du Celte. »  Gallimard.  2011
« Aux avants postes du progrès. »  Joseph Conrad. 1899

Enfin, pour ceux qui souhaitent aller plus loin, les ouvrages de Barbara Emerson et de Adam Hochschild reprennent une très abondante bibliographie.

CONGO : Un grand mensonge d’Etat !

Il y a un peu plus d’un mois, le Journal « Le Soir » faisait état du très grand intérêt dans le public pour le livre « Congo » de David Van Reybrouck, paru aux Editions « Actes Sud ».
Cet intérêt est pleinement justifié.

Il s’agit d’un livre hors du commun, à la fois par le parti pris historiographique, et la qualité de l’écriture.

Je ne puis que chaleureusement en conseiller la lecture.
Il m’apparaît qu’il y a cependant autre chose !

Le Congo est le grand mensonge de l’Histoire de Belgique !

S’il est vrai que Mme Morelli, historienne de l’ULB, a, dans un livre passionnant, dénoncé les mythes de l’Histoire de Belgique, le Congo ne fut malheureusement pas un mythe, mais une atroce réalité qu’on a, jusqu’à il y a quelques années, caché sous un énorme mensonge.

Les gens de ma génération se rappelleront que lorsque nous achetions un cahier chez le papetier, il nous était livré avec un buvard sur lequel figurait, dans un camaïeu rouge foncé, l’image d’un « bon sauvage », quand même muni d’un bouclier et d’une lance, avec, au-dessus de lui, un personnage souverain et protecteur couvert d’un large casque colonial.

Ce n’est que très récemment que s’est répandue, dans l’opinion publique belge, la vérité sur ce que fut l’atroce exploitation du peuple congolais par l’Etat indépendant du Congo dont le propriétaire unique était Léopold II, par ailleurs et très accessoirement, Roi des Belges.

On l’a oublié, mais Léopold II avait connu une jeunesse princière difficile.  L’opinion, très réduite à cette époque, le considère peu apte à monter sur le trône et à exercer le rôle de Roi constitutionnel.

Pourtant, dès cette époque, Léopold II semblait meurtri par le confetti géographique sur lequel il allait régner.

Il a envisagé différentes colonies possibles en Asie, en Amérique du Sud et, bien sûr, en Afrique.  Il a même, on le sait, étudié la possibilité d’envahir les Pays-Bas !

Mais c’est finalement sur l’Afrique qu’il jettera son dévolu, bien entendu, sous couvert d’une œuvre civilisatrice de christianisation et de lutte contre l’esclavage.

C’est cette fable-là qu’on nous a servie pendant des décennies et des décennies, avec une impudeur extrême, car, en réalité,  la vérité sur les souffrances imposées aux populations congolaises a été connue très rapidement, mais totalement occultée en Belgique.

Mutilated children of the Congo Free State (c. 1905) – Credit: Mark Twain (Copyright : Public Domain)
http://ow.ly/eUyQW

Les Missions protestantes suédoises et américaines ont dénoncé tout de suite les atrocités commises,  le travail forcé, les mains coupées, la chicote, les prises d’otages et le massacre de villages entiers.

Il faut savoir que toutes ces opérations se sont faites grâce à un encadrement belge.

Les noms sont connus depuis toujours !

Les tortionnaires sont identifiés !

 
Dans la mesure où les Gouvernements belges, de 1884 à 1914, ont été totalement aux mains du Parti Catholique, et que la politisation des emplois publics jouait à fond, les officiers belges catalogués Libéraux n’avaient la possibilité, pour faire carrière, que de s’engager sous la bannière Jaune et Or de l’Etat indépendant du Congo.

Le fait que Casement et Morel, tous deux sujets britanniques, dès les années 1890, dénoncèrent ces crimes de masses n’a rien changé.

Des Commissions d’enquêtes ont été envoyées.

Mais en Belgique, c’était le black-out absolu.

Malgré le fait qu’à Paris, certains journaux politiques comme « L’Assiette au Beurre » n’hésitaient pas à représenter Léopold II ensanglanté par des mains coupées réparties tout autour de lui. En Belgique, il restait le Roi, apportant le progrès et la paix aux « sauvages » du Congo.

Et c’est là que réside le grand mensonge.

Des générations et des générations de petits Belges ont été gavés par « l’œuvre civilisatrice » de Léopold II.

Le 30 juin 1960, lors du discours de l’Indépendance du Congo, le Roi  Baudouin sert à son auditoire un discours amidonné, ripoliné, où il reparle de « l’œuvre civilisatrice » de son aïeul.

On peut comprendre tous ceux qui ont connu la vérité dans leur chair, et la violente réaction d’un Lumumba.

A la fin des années 60 encore, le Professeur Stengers, par ailleurs excellent historien, vendait la même salade que le Roi Baudouin, et soulignait que la réaction des églises anglo-saxonnes et suédoises était, en fait, une manipulation des  Britanniques jaloux du fait que Léopold II avait emporté, à la Conférence de Berlin, la plus belle part du gâteau !

Le livre de Barbara Emerson, qui paraît dans les années 70, est très clair sur les horreurs de l’exploitation systématique organisée par Léopold II.

Mais ce livre n’a eu que très peu d’écho en  Belgique.

Cette thèse du Roi généreux, vecteur et artisan de la civilisation continue à être défendue tous azimuts.

Depuis, une multitude de livres ont paru,  comme, par exemple, « Les fantômes du Roi Léopold II », Collection Texto.

Mais il s’est encore trouvé des historiens pour nier les faits pourtant évidents !

A l’école, on nous affirmait également que le Congo avait été « offert » par Léopold II à la Belgique en 1908, ce qui est  évidemment totalement faux, puisqu’il a été vendu !!!

Les historiens affirment que lorsque Léopold II est monté sur le Trône, en 1865, sa fortune pouvait être évaluée à 5 millions de Francs Or.

A son décès, elle était évaluée à … 15 milliards de Francs Or !!! Auxquels il faut ajouter 8 milliards que le Roi a utilisés pour un certain nombre de travaux en Belgique.

Cet argent-là pue le sang et la sueur des esclaves congolais du Roi Léopold II dont le seul mobile était l’argent du caoutchouc.

Cet argent-là explique sans doute une partie du chaos que connaît aujourd’hui ce malheureux pays, car s’il est vrai que la Belgique, lorsqu’elle a poursuivi la colonisation, n’a pas pratiqué les mêmes méthodes, elle a, dans son rêve, cru pouvoir coloniser le Congo… en oubliant les Congolais !!!

Le premier prêtre a été ordonné en 1917 !

Le premier Universitaire, Thomas Kanza, est sorti de l’UCL en 1957 !

Ce gouffre n’a jamais été comblé !

Si vous vous baladez à Bruxelles, empruntez, à l’arrière du Palais Royal, la rue de Brederode, et vous y verrez, sur la droite, avant d’arriver à la rue de Namur, un curieux bâtiment dont l’architecture rappelle un chalet suisse.

C’était là que siégeait l’Administration de l’Etat indépendant du Congo, propriété du Roi Léopold II.

C’est là qu’est venu s’inscrire Joseph Conrad qui a piloté un bateau remontant le fleuve Congo, expérience horrible qui le conduira à écrire « Au Cœur des Ténèbres ».

118 ans plus tard, ces ténèbres commencent à peine à se lever, et la Belgique commence à apercevoir les horreurs qu’on lui avait  cachées.

merry_hermanus@yahoo.com

 

Le Quartier des Jardins de Jette : Sinistrose, abandon : Une citoyenne témoigne.

Depuis maintenant bien longtemps, je dénonce l’état d’abandon dans lequel se trouvent les Jardins de Jette.

Cela fait six ou sept ans que plus rien n’a été fait et que les habitants sont livrés à eux-mêmes.

Mais, bien entendu, comme c’est moi qui l’affirme… c’est plus que douteux !

Mais voici, in extenso, le témoignage qu’une habitante de Jette a diffusé sur les réseaux sociaux et que tous les abonnés à ces réseaux peuvent y lire.

Voici ce qu’elle dit : « Cela fait presque 3 ans que je vis dans le quartier. J’étais tombée sous le charme des allées piétonnes, de la petite fontaine, des plantes qui bordaient les chemins….du calme.

Maintenant je suis déçue… La fontaine aménagée avec les plantes ne ressemble plus à rien. Les géraniums sont en fin de vie. Les promenades avec le chien le long de l’avenue Demunter deviennent difficiles, le passage sur le trottoir étant réduit à cause des haies non taillées. Du haut du balcon, en prenant le café, on a l’impression que les parterres sont prolongés entre les arbres tellement la verdure et la mousse ont envahis les pavés gris… Il faut faire attention également lorsque l’on descend les escaliers avec les briques manquantes….Que du rafistolage… mais que va devenir les Jardins de Jette avec autant d’abandon dans l’entretien!! Je me le demande… Peut être attendent-ils de nous que nous fassions nous même l’entretien des parterres et de ce fait peut être aurons nous moins de frais avec la commune. »

On ne pouvait mieux exprimer, de façon rigoureuse, sereine, mais très claire, l’incurie de l’actuelle Majorité à l’égard de ce quartier qui,  lorsque Jean Louis Thys et moi-même avions voulu le créer, devait être un fleuron de la commune de la Jette.

Cette situation me rappelle une phrase prononcée par le Général Janssens qui, peu après l’Indépendance du Congo, était allé se recueillir devant la Statue de Léopold II et avait dit : « Sire, Ils vous l’ont salopé » !!!

Eh bien, je trouvais qu’en ce qui concerne le quartier des Jardins de Jette, je pourrais, moi-aussi aller sur la tombe de Jean-Louis Thys et dire : « Jean-Louis, Ils te l’ont salopé » !!!

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

merry_hermanus@yahoo.com

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Il faut d’urgence parler à la communauté congolaise de Belgique !

 

Samedi soir, j’ai eu le plaisir d’être invité par la Communauté congolaise de Jette dans un sympathique restaurant.

 

Salle comble !

 

Chaude ambiance !

 

Repas délicieux fait par les Mamas avec tout l’art et tout l’amour qu’elles peuvent y mettre.

 

Mais déferlement de questions, de réactions, parfois très vives sur les élections en République Démocratique du Congo.

 

Tout le monde se rappelle la journée d’émeutes à Ixelles.

 

J’ai évidemment expliqué qu’il ne servait à rien d’aller casser des carreaux et des vitrines Chaussée de Wavre et Chaussée d’Ixelles, mais qu’il était indispensable de s’expliquer.

 

La Communauté congolaise ne comprend pas que la Belgique et les pays de l’Union Européenne en général qui soutiennent partout et toujours les valeurs universelles des Droits de l’Homme et de Démocratie acceptent sans sourciller qu’au Congo, Kabila ait été élu malgré des fraudes massives et avérées.

 

C’est cette absence de réactions qui choque le plus la Communauté congolaise.

 

Elle ne comprend pas les deux poids, deux mesures, mais elle met en évidence la Tunisie, la Lybie, la Côte d’Ivoire et l’Egypte, et se demande pourquoi cet assourdissant silence sur le Congo !!!

 

Ce matin, la presse nous apprend que la publication des résultats électoraux en RDC est remise Sine Die.  Ce n’est évidemment pas bon signe !

 

De nombreux Belges sont extrêmement proches de la Communauté congolaise de Belgique. Des liens étroits d’amitié et d’estime existent.

 

Ne permettons pas à un fossé de se creuser.

 

Il faut se parler… et se parler d’urgence !

 

merry_hermanus@yahoo.com


CONGO : L’anniversaire d’un crime !

Certains croient devoir « fêter » le 50ème anniversaire de l’Indépendance du Congo.  En réalité, ce qu’il faudrait commémorer, ce sont les exactions constantes   commises contre les populations congolaises depuis la « découverte » de ce pays par Stanley lors de sa traversée de l’Afrique d’Est en Ouest.

Léopold II n’avait nullement d’objectif humanitaire, et la soi-disant lutte contre l’esclavage n’était qu’une immonde hypocrisie.  Son seul objectif était de s’emparer des richesses du Congo, et il y organisa un système de travail forcé digne des pires systèmes concentrationnaires.

Dès la fin du 20ème siècle, ce système a été condamné par l’Eglise anglicane et protestante dont les missionnaires anglais et suédois  étaient les témoins horrifiés des pratiques de l’Etat indépendant du Congo.

Les campagnes menées par Casement et Morell firent la Une des  médias de la fin du 19ème siècle. La réalité était enfin mise à jour !

Les forces de l’ordre coloniales, lorsqu’elles tiraient une cartouche, devaient ramener deux mains coupées !!!

Joseph Conrad a décrit dans « Au cœur des Ténèbres », une horreur qu’il a côtoyée lorsqu’à bord de son vapeur, il remontait le fleuve Congo.

Cette terrible réalité a été totalement occultée en Belgique où Léopold II a été présenté comme le bienfaiteur de l’Humanité luttant contre l’esclavage !

Il fallut les travaux universitaires de Barbara Emerson qui, au début des  années 70, fit toute la lumière sur les pratiques criminelles  de l’Etat indépendant du Congo.

Contrairement à ce qui était enseigné jusque dans les années 70, Léopold II ne « donna » pas le Congo à la Belgique, mais il le vendit !!!

En 1909, à la mort de Léopold II, c’est l’Etat belge qui prit la suite. Il rompit avec un certain nombre de pratiques, mais il mit en place, avec l’aide de l’Eglise, un système hypocrite d’Apartheid qui ne dit pas son nom.

Toute la classe politique belge étant d’accord pour maintenir la population indigène dans un état de sujétion  par rapport aux Blancs.

Emile Vandervelde, Président du Parti ouvrier belge, de retour du Congo en 1927, affirmait haut et fort que les Congolais avaient besoin d’un enseignement religieux pour qu’ils soient accessibles à une morale.

Cet état d’esprit durera jusqu’en 1954 lorsqu’on mit enfin en place un enseignement secondaire pour les Congolais.

Disons quand même à la décharge d’Emile Vandervelde qu’il  fut l’un des rares à oser condamner les pratiques de Léopold II.

Quel contraste avec ce qui se passait dans les colonies françaises où, dès 1857, le Général Faidherbe envoyait les fils de chefs indigènes dans les meilleures écoles  et dans les Universités françaises.

Le colonisateur anglais fit de même.

La Belgique estimant, encore au début des années 50, qu’elle était au Congo pour des centaines d’années, pensait que, pour les Noirs, un enseignement primaire suffisait.

Van Bilsen a été traité de fou lorsque, dans les années 50, il avait prévu l’indépendance du Congo en 1985 !!!

Le discours du Général de Gaulle à Brazzaville, en 1958, mit le feu aux poudres.

Les émeutes de Léopoldville, en 1959, furent un coup de tonnerre dans un ciel bleu.

Subitement, les Congolais se mettaient à exister !

L’Establishment belge crut  que, comme on l’écrivait sur le tableau noir des écoles le 30 juin 1960, « Avant l’Indépendance = Après l’Indépendance ».

Face au chaos qui s’installa, l’Establishment, dominé par la Société générale et l’Union minière, crut génial d’organiser la sécession katangaise.

La suite fut le tohubohu, la guerre et les massacres de masse.

On peut affirmer aujourd’hui que depuis l’Indépendance, plus de cinq millions de Congolais ont perdu la vie  dans les guerres qui se sont multipliées dans ce qui aurait pu être un paradis et qui est devenu un enfer à cause de la rapacité et de  la stupidité du colonisateur belge.

La fortune de Léopold II était estimée, au moment où il monte sur le trône, en 1865, à 4 millions de francs Or. Au moment où il meurt, en 1909, elle est estimée à 14 milliards de francs Or. Ces milliards-là dégoulinent  du sang des Congolais qui ont, dans le travail forcé, été obligés de récolter le caoutchouc.

En 1973, j’avais le privilège d’être aux Affaires Etrangères. J’y côtoyais une faune désolante, aussi bornée que raciste, d’anciens fonctionnaires ayant servi au Congo et détenant la réalité de la politique belge dans ce pays. Ceux-ci ne se cachaient pas pour me dire que lorsque la Belgique injectait un franc au Congo, elle devait en retirer au moins 12 !!! Toute la question était de savoir qui retirait ces 12 francs et au profit de qui ???

Lorsque j’étais dans l’enseignement primaire, on recevait dans nos cahiers un buvard sur lequel on voyait un colonisateur protecteur et un Noir « bien primitif » tenant une lance et un bouclier. Mais qui étaient les primitifs ? Etaient-ce les Noirs ou étaient-ce les policiers belges qui,  après avoir tué Lumumba, et après l’avoir déterré quelques jours plus tard et dissout dans l’acide, ont conservé en souvenir la phalange d’un doigt et deux dents ???

Le premier devoir de la Belgique, si tant est qu’elle existe encore aujourd’hui, serait de faire la vérité, toute la vérité, sur ce que fut le rôle de Léopold II,  et sur la colonisation.

Ce devoir de mémoire est impératif si ce pays  veut retrouver sa dignité et laver la tache monstrueuse que fut la colonisation du Congo.

merry_hermanus@yahoo.com
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