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André Cools, l’irremplaçable !

« Le pouvoir n’est qu’illusion, il n’est jamais donné. » Lucrèce
« Vivre dans le feu de l’action plutôt que dans le verbe » ( ? )

Nombreux sont ceux qui répètent bêtement que les cimetières sont pleins de gens irremplaçables !  Rien n’est plus faux !  Nous savons dans notre chair, dans notre cœur que les disparus que nous avons aimés, sont… seront à jamais irremplaçables.  Cools, est de ceux-là, d’abord dans l’affection de ses proches mais aussi par ce qu’il a été.  André Cools fut le dernier d’une espèce, aujourd’hui totalement, disparue d’hommes politiques.  Il fut le dernier à s’investir totalement dans chacune des fonctions qu’il a occupées ; pour parler comme Céline, Cools mettait tous les jours ses tripes sur la table.

Un film.

Grâce à Marcel Cools qui a eu la belle idée de diffuser sur le réseau le film réalisé à l’occasion du vingt-cinquième anniversaire de l’assassinat de son père, « La Rose et les Épines »  j’ai pu revoir le visage, réentendre la voix… et quelle voix…  si proche… déjà si lointaine de celui qui avait cru pouvoir changer la vie des plus démunis.  Quelle émotion de le voir tonner à la Chambre, de le voir hurler face à ceux, vautrés dans la facilité, ne voyant pas que le monde changeait.  Un soir, je me trouvais chez une amie commune, quelques photos de Cools étant mises en évidence, il les regarda, me prit  par l’épaule, geste qu’il faisait facilement, replaça ses lunettes sur l’arête de son nez, me dit… « tu vois Merry, comme c’est terrible de vieillir ! »   Je ne pouvais pas alors imaginer un seul instant qu’il n’aurait pas le temps de vraiment vieillir et de pratiquer l’archéologie comme il l’espérait… y croyait-t-il lui-même ?

Des successeurs.

Bien sûr, il eut des successeurs à la direction de ce vieux grand parti, « grand corps à la renverse », pour reprendre l’expression de Sartre, mais ceux qui, après lui, exercèrent cette charge ne mirent jamais leurs trop précieuses tripes sur la table… chez eux, l’habilité prima toujours alors que chez Cools, avec ses outrances, ses colères, parfois son intempérance, ce fut toujours le cœur qui s’exprima d’abord !  Oh !  Je me doute que ce genre de formule doit en faire sourire. Plus d’un touchés par le cynisme ambiant, ne croient même plus que la sincérité fut possible en politique… et pire, croient qu’elle est ridicule, vaine… et surtout inefficace.  Les pauvres, ceux-là je les plains, car ils ne savent pas ce que fut l’extraordinaire espoir, l’immense souffle qui faisait vivre et agir Cools, l’espoir de peser sur le destin de ceux qui n’étaient rien, qui ne participent jamais aux dîners en ville, de ceux dont l’horizon se limite à trouver ou conserver un emploi, payer le loyer, les études des gosses, à aider de vieux parents dont la misérable retraite ne suffit pas !  Non, Cools n’était pas de ceux que j’appelle les socialistes de bureau, dont l’unique but est la carrière, le Nirvana… une voiture, un chauffeur et des notes de frais !

Cools et les services publics.

En visionnant ce film une chose me saute aux yeux, l’exigence que marquait Cools à l’égard des services publics.  Il n’hésita pas à affronter les syndicats dont il était très proche… il avait compris que le service public se doit d’être performant, efficace, économe des deniers publics.  Quel contraste avec ceux, qui pour complaire au plus grand nombre, flattaient les fonctionnaires, soutenaient des actions syndicales suicidaires.  Cette leçon là doit être retenue car c’est sans doute aujourd’hui un des enjeux majeurs.  La droite ultra-libérale veut casser les Services publics, il lui est facile de dénoncer l’inefficacité, réelle dans certains cas, les abus qui malheureusement existent ; alors que la gauche entend en assurer le maintien, elle ne pourra le faire qu’en les modernisant et en dépassant une vision inutilement pléthorique des administrations.  Cela Cools l’avait, avant tout le monde, parfaitement compris.

Les valeurs.

Cools n’aurait pas été de ceux qui bazardent aujourd’hui nos valeurs essentielles de laïcité pour tenter d’engranger de nauséabondes, de douteuses moissons électorales.  Ces valeurs constituaient son être même, son histoire, celle de sa famille, son grand-père et son père mort en déportation !  Non !  Cools n’aurait pas transigé sur les petits accommodements qui sont de grands abandons, d’impardonnables trahisons, d’infâmes lâchetés !

Cools est mort assassiné parce que sa sincérité, sa volonté de poursuivre inlassablement le combat pour nos valeurs,  gênaient.   Des esprits médiocres « voulaient s’en débarrasser », des criminels leur ont rendu ce « monstrueux service. »  Le jour des obsèques, j’ai perçu certaines attitudes, certains regards, certains rapprochements, certains chuchotements méphitiques.  Ce jour-là,  des yeux disaient tout autre chose que la tristesse !  On le sait, les morts politiques vieillissent plus vite que tout, mais attention… attention, il est des étoiles éteintes qui longtemps encore projettent leur merveilleux éclat.  Peu importe les bassesses, peu importe ceux qui construisaient « leur avenir, leur carrière »… sur la mort de Cools,  celui que la foule accompagnait silencieuse… ondoyante tout le long de la grande pente aboutissant au cimetière de Flémalle, le cœur glacé malgré ce chaud soleil de Juillet, était un Homme… et pour citer la dernière phrase de « Jules César » de Shakespeare, j’ajouterai « Cet homme était un Homme ! ».

Allocution de Merry HERMANUS à l’occasion de son retrait de la vie politique jettoise.

       Jette, 7 décembre 2012

Difficile, très difficile de dire au revoir !

D’abord,  parce que je n’ai pas l’habitude, c’est la première fois qu’il m’arrive d’adresser un au revoir définitif. 

Ensuite, il faut éviter le pathétique, le ridicule, deux écueils communs dans ce genre de circonstancesC’est une longue aventure qui se termine ici ce soir.

Je suis arrivé à Jette en 1962 pour rejoindre les Jeunes Gardes socialistes qui se réunissaient dans le grenier non chauffé de notre ancien local, le bien nommé « Jan Sus. »

En 1964, je serais  exclu du PSB avec tous les membres des JGS, mais rassurez- vous, nous n’étions pas très nombreux.  Je ne repris ma carte au PSB qu’en 1970, d’abord à Laeken, puis enfin en 1971 à Jette.

De cette date à ce jour, j’en ai vu des visages, des départs, des retours, des ambitions, justifiées ou non, des espoirs, des déceptionsJe ramènerais  le PS au pouvoir à Jette  après les élections de 1976.

Pendant des dizaines d’années,  nous sommes allés le 1er mai déposer une fleur sur la tombe de nos camarades disparus.  Cela paraissait ennuyeux à beaucoup et ça l’était !  Cependant,  cette brève cérémonie permettait de faire le lien avec notre passé.  Et vous le savez, il est toujours utile de savoir d’où l’on vient pour tenter de savoir où l’on va !

Ma vie professionnelle m’a permis de ne jamais avoir l’impression de travailler tant ce que je faisais me plaisait.  C’est une chance rare de se lever chaque matin avec enthousiasme.

Puis vinrent les épreuves.  Des visages amis se transformaient en hideux dénonciateurs, des gens que je supposais intelligents ne comprenant pas que leur lâcheté les accablait et pire encore, les disqualifiait à tout jamais aux yeux exigeants de l’Histoire.  Certains éternels donneurs de leçons à l’intransigeance doctrinale sourcilleuse, au verbe haut, à peine effleurés par les  Affaires, s’effondraient comme de vulgaires poupées de chiffon.  Je retrouvais le fier orateur d’hier tétanisé par la peur, pitoyable lapin pris dans les phares judiciaires.

Je découvris alors le  monde sous un autre jour, il se fit en moi une inattendue inversion des valeurs.  A l’échelle de mon estime, je gagnais quelques crans quand beaucoup d’autres parmi les plus grands se retrouvaient à zéro !  La vérité des hommes m’apparaissait dans son obscène nudité dominée par la peur et la médiocrité.  Je ressentis  ce que de nombreuses femmes perçoivent lorsqu’elles découvrent que l’homme qu’elles ont adulé n’est pas celui qu’elles pensaient être.  Une énorme déception, un effondrement.

Moi aussi, je m’étais trompé d’histoire d’amour, je pensais que tous partageaient mon illusion lyrique d’un romantisme militant et je me retrouvais confronté à la peur de chefs de bureaux  craignant pour leur prochaine promotion.  Un gouffre.

Il est vrai que beaucoup de ceux qui alors ont cédé face à l’orage n’ont pas eu l’immense bonheur d’avoir Mireille, Alexandra, Caroline, Gaëlle et Louise Michel à leurs côtés. Quel réconfort ce fut moi de pouvoir compter sur mes beaux enfants, Frank et Isabelle.  Ce fut une inexpugnable forteresse faite de chaleur, d’amour, d’espoir.  Leurs yeux à tous me disaient «  tout cela n’est pas important, seul notre bonheur compte. »  Grâce à cela, les outrages qu’on m’a fait subir, les sanctions qu’une Justice de mauvaise rencontre a cru m’imposer furent en réalité un sacre, où finalement ce furent ceux qui avaient jugé qui furent condamnés par deux fois, excusez du peu,  par la Cour européenne des Droits de l’homme.  Il m’a été rapporté qu’un Président de la Cour de cassation et qu’un avocat général en avaient mal dormi.  Vous pouvez imaginer combien j’en fus accablé !

Mireille, avec un courage inouï, s’est battue pendant dix ans pour me permettre de retrouver mon mandat d’échevin en 2006.  Elle fit un travail exceptionnel au CPAS et chose encore plus exceptionnelle, les centaines de gens qu’elle a aidés à travers tout ne l’avaient pas oubliée dix ans plus tard.

Reprenant mes fonctions au collège avec joie, je suis immédiatement confronté à tout ce que j’ai toujours détesté.  Une médiocrité glauque, contente de soi, de celle où l’on croit résoudre les problèmes quand on appelle un groupe de travail « task force. »    Des situations où l’ami du bourgmestre,  gestionnaire d’une étrange ASBL deux fois condamné au civil, accumulant des dettes gigantesques  ne paye pas les taxes dues à la commune depuis plus de 10 ans, et ne respecte aucune de ses obligations contractuelles,  alors que des dizaines de  mères de famille devant 15 e. et plus tard 50 e. se voient  traînées sans pitié devant les tribunaux.  L’ami du bourgmestre lui, peut, comme au Moyen-âge, payer ses loyers en nature.   Je découvre une gestion totalement opaque, il n’existe aucun indicateur de courriers, de nombreux dossiers me sont purement et simplement cachés.  Mes dizaines de lettres à la Tutelle n’y feront rien !  Les alarmes incendies ne fonctionnent pas partout dans les écoles, les exercices requis par la loi n’ont pas lieu, billevesées, tout cela ne compte pas, ne pèse rien face au mensonge.

Il m’était humainement impossible d’accepter et de me taire face à tant d’injustice et de chaos.

Me taire aurait été faire mentir tout ce pourquoi j’avais agi pendant toute ma vie, car pour paraphraser Marx, je crois que s’il faut comprendre le monde, il faut surtout le changer !

J’ai évidemment d’abord essayé de faire évoluer les choses.  Je me suis immédiatement heurté à l’omerta partagée à différents niveaux.  Je n’ai donc plus eu d’autre choix que d’être à mon corps défendant le miroir de l’incompétence de ces gens avec qui j’étais contraint de vivre et dont le seul talent est le mensonge.  Citant Jules Renard, j’insiste « Le mensonge c’est leur règle héréditaire.  Ils ne s’appliquent qu’à bien mentir, c’est leur supériorité. »  Sur ce terrain,  ils sont imbattables.

Je le conçois, mon attitude fut intolérable, impardonnable. Béart l’a chanté « le premier qui dit la vérité doit être assassiné. »  Cette hypothèse a dû être envisagée parmi beaucoup d’autres.

Vous le voyez, malgré tout, je l’ai échappé belle.  Vivant,  je le suis toujours.

Au collège, j’avais la sensation physique de me salir, en rentrant je prenais immédiatement une douche.  Pourtant depuis Juin 2007, plus personne ne me donnait de poignée de main.  Ambiance étonnante de haines cuites et de jalousie aux dents jaunes.  Ces  tricheries permanentes, ces dissimulations malhabiles, souvent stupides, me blessaient.   On tenta de me faire taire, On instrumentalisa la Justice, en vain…jusqu’à la fin de la campagne électorale, je fus leur cauchemar.

Jusqu’au bout, je dénonçais les scandales comme les travaux de l’Avenue Woeste  dont la presse découvre maintenant l’étrange chaos.  Contrairement à ce que d’aucuns laissent entendre, le combat n’est pas encore terminé.

 N’était-il pas vrai cependant que perdre un combat n’est rien à l’égard de la fierté de l’avoir mené ?  On comprendra que la fin des élections communales,  donc de mandat à Jette, fut pour Mireille et moi une immense joie, une véritable libération mettant fin aux six années les plus pénibles de ma vie professionnelle.  Je quittais enfin l’atmosphère méphitique des égouts communaux pour retrouver l’oxygène pure d’une vie sereine et tranquille.

Le pire pour ces gens qui m’ont diffamé, honteusement mis en cause ma famille, harcelé pendant 6 ans, c’est que le bonheur des autres leur fait horreur, sans doute, tant ils ont du mal à supporter ce qu’ils sont.  Et, qu’ils n’ont pu pendant cette période, malheur suprême, s’empêcher d’admirer ce qu’ils haïssaient.  Leur condamnation à eux est perpétuelle, car c’est à perpétuité qu’ils sont condamnés à vivre avec ce qu’ils sont et c’est apparemment un enfer.

Il est vrai,  comme Patrick Roegiers l’écrit dans « Le bonheur des Belges » que « La vérité de l’histoire n’est pas ce qui a eu lieu mais ce qu’on en dit. »   Néanmoins, s’il est vrai que ce n’est qu’au cinéma que le Héros triomphe toujours, il faut aussi savoir attendre, attendre et attendre pour voir enfin surgir la vérité.

Mes épreuves m’ont permis de constater que la perte d’un pouvoir aussi petit soit-il est une magnifique machine à faire le tri des amis et des connaissances, et Dieu sait si j’en ai eu des amis qui n’étaient que des connaissances, le tri fut terrible, définitif mais salutaire et bienfaisant.

Il y a une 20aine d’années, Moureaux avait réuni un groupe de travail en vue de rafraîchir notre idéologie par trop poussiéreuse.  Nous étions une trentaine.  Je décidais de faire une communication sur le bonheur.  Je ne récoltais que des sourires méprisants, apitoyés. 

Comment venir parler de bonheur ?  Aucun sens !

Pourtant ,  Cools,  en 1978, avait terminé un discours lors d’un congrès en conseillant aux militants, lors du choix toujours délicat de mandataires, de choisir des gens heureux, ayant le goût du bonheur.

Il y a deux ans,  Di Rupo fera tout un discours sur le bonheur sous des tonnerres d’applaudissements. Le bonheur était devenu une idée neuve au PS !

Après 36 ans de présence dans le combat socialiste à Jette, que reste-t-il ?

Peu de choses, sinon une chose essentielle.  Mais d’abord je vous dois un aveu.  Je n’ai jamais, jamais eu le moindre goût pour le sous sous-nationalisme communal.  Aimer Jette parce que c’est Jette n’a pour moi aucun sens.  Ce que j’aime, ceux que je respecte profondément, ce sont les gens.  J’ai toujours eu cette volonté de connaître les autres, de les comprendre et d’essayer de les aimer. 

Mon cœur se serre lorsque je reconnais dans la rue tel concitoyen jettois ou non que je croisais naguère, vigoureux, altier, la démarche fière.  Puis j’ai vu au fil du temps le même homme se vouter, puis marcher avec une canne ; enfin, je ne l’ai plus vu du tout !  C’est ce vieux couple, toujours uni,  toujours ensemble,  faisant leurs courses au Miroir, la main dans la main, je les vois, année après année,  la démarche maintenant hésitante, la respiration de plus en plus courte, la vue troublée et puis,  et puis,  je n’en revois plus qu’un, celui-là ne vit plus, il survit, c’est tout !

Ah ! Oui ! Les gens m’intéressent, le récit de leur vie me passionne, leurs espoirs, leurs angoisses sont souvent les miennes, ou me touchent.  C’est pourquoi j’aime tant passer une heure le dimanche au Sportwereld, j’y découvre des destins étonnants, passionnants..  Toutes ces vies croisées, tous ces destins n’auront pas fait partie d’un méprisable magasin d’accessoires, tous auront compté, tous auront été importants.  C’est cet amour des gens  qui fut, qui est le moteur principal de ma vie.

Alors que reste-t-il ?

Une chose m’a manquée  lorsque j’ai quitté mes fonctions d’échevin de l’Instruction publique, c’est le regard des enfants.  J’allais de temps en temps dans les classes et j’observais ces regards, ces grands yeux ouverts  sur l’avenir du monde, sur leur avenir.  J’avais toujours exigé qu’il y ait des fêtes des prix clôturant l’année scolaire avec  relief.  Beaucoup trouvaient cela inutile.  Voyant tous ces visages passer devant moi, je ne pouvais m’empêcher de songer à l’avenir de tous ces enfants qui nous étaient confiés, à notre gigantesque responsabilité.  Après mon départ, cette fête des prix fut supprimée.  Aujourd’hui,  la chose se passe dans chaque école, quasi à la sauvette, les enfants reçoivent leurs résultats à la sauvette, les parents ont depuis longtemps désertés cette triste comédie.  C’est pitoyable mais tellement significatif de l’abandon moral et politique dans lequel se trouve l’enseignement à Bruxelles.

Voici ce qui reste,

A la fin de la première période de près de vingt ans où j’ai exercé les fonctions d’échevin de l’instruction publique, je croisais un jour,  chaussée de Jette, une jeune femme d’origine maghrébine, elle traversait la chaussée venant face à moi de biais.  J’eus le temps de l’observer et de la reconnaître.  C’était une ancienne élève de nos écoles communales, chaque année, je l’avais rencontrée à différentes occasions.  Voilà qu’après 10 ou 15 ans,  je la retrouve, jeune femme, belle, épanouie, un magnifique sourire à la vie que sans nul doute elle va mordre à pleines dents, des yeux illuminés par la flamme de l’espoir du bonheur.   Nous n’échangeâmes que quelques mots,  elle travaillait, elle allait se marier.

Maintenant que pour moi l’avenir n’est plus ce qu’il était, voilà ce que j’emporte pour toujours avec moi, ce qui me reste d’éminemment précieux, c’est ce regard,  cette foi  dans l’avenir, ces yeux emplis de joie et de bonheur qui me disent que peut-être je n’ai pas été totalement inutile.

 HERMANUS, A.M.

 merry_hermanus@yahoo.com 

Je te l’avais dit Elio… Fallait pas y aller !

Il y a un mois,  je m’étais permis de te l’écrire, il ne fallait pas y aller ELIO !

Et tu y as été…

On a été heureux pour toi, fiers pour nous, Francophones et Socialistes.

On avait tous admiré ton courage, ton intelligence, ta finesse et détermination.

Il fallait essayer de s’en sortir et tu l’as fait.

Tu as donné du temps à notre pays.  Mais combien de temps ?

Il saute aux yeux de tous que ce gouvernement est celui de la carpe et du lapin ou plutôt celui du boa et du poulet.

Je crains,tu ne m’en voudras pas, que tu ne tiennes le rôle tragique de la volaille!

Comment gouverner avec des gens qui ne voient l’avenir qu’en termes de destruction du tissu social si difficilement sauvegardé depuis des décennies?

ELIO ! Bon sang…les pensions de survie !  Comment a-t-on pu imaginer s’attaquer à cela !

Crois-tu vraiment que c’était ce qu’il fallait réformer en priorité dans notre pays ?

Le VLD, et en particulier le cerveau de De Croo, Van Quickenborne, a décidé de nous piéger d’entrée de jeu.

Il faut payer tout de suite ton entrée au 16 Rue de la Loi.

Le prix, ce sera la rupture de la gauche avec sa base, ce sera pire qu’une faute, ce sera une perte de confiance et pour longtemps.

Si ces mesures passent, le fossé qui se creusera entre nous et la population sera devenu infranchissable car c’est un gouvernement dirigé par un Premier ministre de gauche qui aura détricoté notre système de pensions.

Fallait-il que ce soit toi qui fasse cela ?

Te connaissant, je sais que tu ne peux pas être  d’accord, je sais que ces mesures te révulsent.

Évidemment, certains autour de toi, étourdis de se trouver au 16 Rue de la Loi trouveront tous les arguments du monde pour te faire passer sous les fourches caudines de ceux qui prennent leurs ordres à la Fédération des Entreprises.

Oui ! Ils sont maintenant trop nombreux au PS ceux qui siègent dans des gouvernements sans discontinuer depuis 1988.  Jamais dans l’histoire, le PS n’a été depuis si longtemps au pouvoir.  Ceux-là ne peuvent plus se projeter ailleurs que sous les ors surannés de notre petit royaume.

Pourtant, l’opposition est l’occasion de nous retrouver dans ce que nous avons d’essentiel, de retrouver nos valeurs, de nous retrouver face a nous-mêmes comme André Cools nous le rappelait souvent.

Ce ne sont pas ceux qui ne se meuvent plus que sous les lambris de chêne qui peuvent encore comprendre la situation dans laquelle vit une immense partie de la population .

Ils ne peuvent plus percevoir l’horreur d’une paupérisation galopante.

Ce n’est pas en écoutant d’une oreille distraite ce qu’on leur dit aux permanences sociales qu’ils peuvent comprendre ce que c’est de vivre avec 900 euros, quand on doit payer un loyer de 700 euros!!

Or, ce sont ces gens là que nous représentons et pas quelques bobos des quartiers branchés.

J’ai été impressionné par le vocabulaire, le maintien, l’attitude, les regards du patron des patrons lors des débats télévisés.

Il y a chez lui une forme de refus du dialogue, en un mot une attitude qui tranche avec tout notre passé, avec toute notre pratique sociale et politique ou le dialogue et le compromis ont été l’axe central de notre démocratie.

Il est clair que ce sont des gens comme cela qui exigent le passage en force de la réforme des pensions.

Comme toujours en Belgique, avec 30 ans de retard, c’est le tatchérisme qui voit le jour.

À ce propos, il n’est pas inutile de rappeler que devenant ministre pour la première fois, Tatcher à fait supprimer le verre de lait qui était offert depuis la guerre dans les écoles aux enfants.

Significatif ! Non !

Crois-tu vraiment ELIO que tu dois devenir le greffier de cette politique là ?

Que répondrons nous à ceux qui affirment que ce gouvernement n’existe que pour tenter d’endiguer le flot indépendantiste flamand et donner une chance aux petits partis que sont devenus le VLD, Le CDnV et le SP de reprendre quelques couleurs ?

Tu ne peux pas n’avoir pas compris que pour ce faire, ces partis doivent faire plier le PS. Ils sont condamnés à faire la démonstration qu’ils sont assez forts pour nous imposer la destruction du tissus social.  Les Wallons et les Bruxellois te disent aujourd’hui qu’ils ne sont pas d’accord.

Tu ne peux pas donner raison a ceux qui disent que ce gouvernement est composés de 6 partis de droite dont l’un s’appelle le PS !

Dans les années 50, Sartre évoquant le parti socialiste parlait de ce  » grand cadavre à la renverse. « . Je ne vois pas notre avenir comme cela.

ELIO, ne leur donne pas raison.

Prends tes jambes à ton cou, ferme la porte du 16 et jette la clé, rejoins les travailleurs qui s’opposent à l’enfer social qu’on nous prépare.

Je sais que tu en meurs d’envie !

merry_hermanus@yahoo.com

L’Enfer de la médiocrité

C’est la fin ! Fin de la Belgique ? Peut-être ! Fin de la campagne certainement.

On y a touché le fond de la médiocrité, les candidats ont, comme jamais, été instrumentalisés par les médias.

On leur a fait tout faire.  Je les ai vus pousser un caddy dans un supermarché, souffler un bon coup dans un sifflet de chef de gare, se raser devant la caméra, se déshabiller pour montrer combien ils étaient sexy…

Curieusement, aucun ne se percevait humilié d’un tel étalage.  Demain, on leur demandera de montrer la partie la plus charnue de leur anatomie. Sûr !  Certains  le feront !

J’ai tenté d’écouter quelques débats où les candidats répondent aux auditeurs.  Eh bien, même aux questions les plus stupides, aux affirmations parfois agressives ou scandaleuses, les politiques répondent toujours avec le sourire, jamais ils ne se fâchent, c’est tout juste s’ils ne commencent pas chaque réponse par un rituel :  » l’auditeur a raison, mais.. . »

La règle du jeu médiatique est claire, il faut toujours sourire, montrer un visage avenant comme on disait au siècle passé, ne jamais se mettre en colère, apparaître lisse, tellement proche des gens, tellement sympathique !

Avons-nous besoin de gens sympathiques ou de gens efficaces qui parlent vrai et juste ?

A la télévision, il est passionnant d’observer le rictus qui enveloppe le visage de certains journalistes lorsqu’ils interrogent les politiques.  Eux doivent avoir l’air agressif, la bouche se tord, les lèvres se pincent, les yeux se font assassins.  Ah ! On va voir ce qu’on va voir ! Il y a de la chair à média comme il y a de la chair à canon.  Celle-là on va la triturer, la malaxer.  Après tout, de quoi s’agit-il ? d’une pauvre marionnette qui siffle quand on lui dit de siffler, qui pousse le caddy quand on lui dit de pousser, qui se rase quand on lui dit de se raser, qui montre son torse quand on lui dit que c’est bon pour son image, tout ça face caméra bien sûr, face caméra sinon rien ! Sinon le néant !

J’ai connu une époque où des hommes se mettaient en colère face caméra.  Tiens ! L’un d’entre eux s’appelait André Cools.  Ah ! oui , je me souviens, on lui a mis deux balles dans le crâne.  Sans doute n’était-il plus de son époque.

Moi, je pense que ce qui compte, ce n’est pas de siffler, de pousser le caddy, de se raser ou de se foutre à poil, je pense que ce qui compte ce sont les idées, les programmes.   On est à la veille d’un changement de société, de l’éclatement du pays, de l’écroulement de notre système de protection sociale.  Mais ce qui compte c’est d’expliquer si on dort à poil ou non, si on porte un slip ou un boxer, à quel rythme on fait l’amour.  Quel crétinisme ! Quel abêtissement du « débat politique ».  Toute les généralisations sont stupides.  Certains politiques ne se sont pas totalement engagés, pieds et poings liés, sur le sentier fangeux de la « peoplelisation ».  Mais nombreux sont ceux, dans tous les partis, qui défendent, avec les pires moyens, leur petite personne en abandonnant toute référence aux idées, aux programmes.

Je n’ai aucun doute quant au fait qu’un jour le réveil sera brutal.  Les média fabriqueront un jour un « monstre » qui les dépassera tous, celui-là mettra la démocratie dans sa poche.  Une extrême droite qui aux Pays-bas passe de 9 à 22 députés devrait nous faire réfléchir.

La légitimité des politiques c’est la légitimité de la démocratie !

Le respect que les politiques ont pour eux-mêmes est exactement proportionnel au respect qu’ils ont pour la démocratie.

Je suis inquiet, très inquiet.

merry_hermanus@yahoo.com
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