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De l’utilité des scandales en démocratie ou « Vive les scandales ! »

Depuis quelques mois, la presse qui était très mobilisée par les dossiers du Kazakhagte, mêlant politiques, policiers, justice, magistrats, est passée à autre chose, le dossiers des intercommunales Publifin, leur infinie générosité à l’égard d’un quarteron d’élus de tous bords, bénéficiant d’un pactole qu’ils fussent présents ou non lors des réunions.  Cela permet sur les réseaux sociaux de voir réapparaître le vieux, le sempiternel slogan du « tous pourris ».  Certains même se risquant à évoquer un changement de régime… bien sûr… un régime fort, l’un de ces régimes où les scandales n’existent pas !  Pourtant, un tout petit peu de mémoire permet une autre vision, d’apporter quelques nuances… seulement un peu de mémoire… un soupçon de connaissance historique… oh deux fois rien…voyez plutôt.

Dans l’Italie de Mussolini, après l’assassinat du socialiste Matteotti, plus un seul scandale, la presse aux ordres se tait, elle obéit… tout est uniforme, on assassine en silence !  Tout est parfait sous les ordres du caricatural du Duce ! Les films d’actualité de la « Luce » nous montrent Mussolini à moto, coupant les foins, le torse moulé dans un débardeur, à cheval… mais pas de scandale jamais !

Dans l’Allemagne nazie, il n’y a qu’un ennemi, qu’un scandale l’autre… le Juif, là est le grand scandale, sa seule existence est une horreur,  il ne peut y en avoir d’autre… tout y est parfait, les trains arrivent à l’heure, les postiers sont polis, les policiers sévères, les trottoirs impeccables. Les films de la « Wochenschau » strictement contrôlés par Goebbels ne diffusent que des images de merveilleuses jeunes filles blondes, de solides gaillards la mâchoire contractée, culottes de cuir, le regard vers l’horizon… et aussi sans doute… vers la frontière polonaise. L’écrivain britannique Philip Kerr dans sa « Trilogie berlinoise » explique fort bien comment des affaires criminelles où étaient impliqués les pontes du régime passaient à la trappe.

En Union soviétique et dans les pays satellites, aucun scandale ; la presse ne mentionnait même pas, cela lui était interdit, les faits divers.  Ainsi le monstre de Rostov put pendant des années massacrer des jeunes gens, comme l’explique fort bien Tom Rob Smith dans son roman « Enfant 44 ».  Les seuls scandales des dictatures communistes sont ceux voulus, organisés, construits par le pouvoir, celui des supposés « ingénieurs saboteurs », celui des espions de toutes sortes, des médecins juifs du « complot des blouses blanches », plus récemment dans la Pologne communiste, la liquidation du patron de la TV devenu indocile où une perquisition permit, évidemment, de trouver à son domicile des milliers de cassettes pornographiques… toujours efficace d’ajouter des affaires de sexe pour démolir un type.  Le brave peuple, dont on suppose, bien à tort, qu’il ne connait rien au sexe, ne pourra qu’être heurté !  Comme on le sait aujourd’hui, en URSS, même le bulletin météo faisait l’objet d’une analyse, d’un contrôle politique !

A CUBA.

Pas de scandale, sauf lorsque Castro veut se débarrasser du général Ochoa, devenu encombrant… tiens lui aussi… car il était informé des transactions de l’île paradisiaque avec quelques grands narco trafiquants. Le général sera fusillé et on n’en parlera plus.  Plus un palmier ne frémira sous les tropiques… tout sera parfait, calme et volupté, sous Castro et sa famille.

COREE DU NORD.

Pays au fonctionnement impeccable.  Oh ! de temps en temps, le méchant voisin de Corée du Sud fait état de l’une ou l’autre exécution ou d’une famine qui tue des dizaines de milliers de gens… mais c’est sans doute là les fruits vénéneux de la propagande impérialisto-sioniste !

Scandale et démocratie… tant qu’on en veut… n’en jeter plus !  Rien de nouveau sous le soleil !

L’affaire du collier de la reine Marie-Antoinette n’a éclaté que parce que des libelles édités à Londres ou à Amsterdam dénonçaient cette sombre manipulation.  Libelles que d’ailleurs la cour de France essayait de racheter avant leur diffusion… exactement comme le fait une élue de la région parisienne qui achète la totalité des exemplaires du « Canard Enchaîné » lorsque ce trop curieux volatile s’intéresse à ses turpitudes

La IIIème République grandit de scandale en scandale.

Sous le Président Grévy, il y eut l’affaire Pranzini, assassin guillotiné dont le président Grévy avait fait tanner la peau du dos pour en faire un sous-main.  Le gendre de ce même Grévy, Wilson vendait les légions d’honneur.  Grévy démissionnera. Il y eut aussi le mystérieux assassinat du peintre Steinheil et de sa mère… la femme du peintre, qui sera surnommée la Pompe funèbre,  étant elle épargnée, c’était l’ex maîtresse du président Felix Faure qui selon le mot de Clémenceau avait voulu être César et était mort «Pompée»… histoire connue, les assassins ne seront jamais identifiés.  Plus tard, ce fut la célébrissime affaire de Panama, réunissant ceux que l’on appelait les « chéquards ».  Barrès, célébrissime écrivain nationaliste ultra conservateur écrira « Leur figure » dressant l’inventaire de tous ceux qui avaient bénéficié des largesses de la compagnie du canal de Panama.  Puis ce fut en 1913, l’affaire Caillaux/ Calmette.  Calmette, patron du figaro attaque Caillaux, ministre ayant instauré l’impôt sur les revenus, la femme de Caillaux assassine Calmette !  Elle sera acquittée !

Dans l’entre deux guerre, les scandales se succèdent à vive allure.  D’abord la banquière Marthe Hanau, escroc de haut vol,  mais surtout l’affaire Stavisky qui secoue tout ce qui compte en politique dans la troisième république, que ce soit la police avec l’ignoble Bonny que l’on retrouvera au service de la Gestapo ou le Conseiller Prince qui finira « suicidé » sur les voies d’un chemin de fer.  Quand à Stavisky, retrouvé dans un chalet des Alpes, il sera lui aussi opportunément « suicidé » de deux balles tirées par derrière comme l’écrira le « Canard Enchainé. »  La république vacillera, les fascistes essaieront de la renverser le 6 février 1934 mais échoueront.  Le « Tous pourris » n’avait pas suffi.  La démocratie s’était maintenue à travers tout !

En Belgique.

Sous Léopold II, un gigantesque scandale financier secoue tout l’establishment catholique, c’est l’affaire Langrand-Dumonceau. C’est tout un réseau de banques et d’assurances qui fait faillite et ruine des milliers de rentiers.

L’entre deux guerres voit le scandale de la « Flotte rouge » où se trouvent mêlés Anseele et un ensemble de socialistes flamands liés à ce réseau de coopératives.  C’est aussi la fameuse « cagnotte » de Van Zeeland qui ministre, mais fonctionnaire de la Banque nationale, impose à toute la fonction publique de sévères restrictions de salaires mais crée une cagnotte à la Banque nationale pour s’exonérer de cette diminution de ses rémunérations.  Malgré le slogan du « Tous pourris » lancé par Degrelle et son fameux coup de balai, en Belgique aussi la démocratie tiendra le coup et survivra !  En 1939, il ne restait à Degrelle que deux députés sur 21 élus !

Après guerre.

La France fut secouée en permanence par une série de scandales.  D’abord l’affaire des fuites où des ministres dont Mitterrand sont accusés, à tort, de donner des informations militaires à l’ennemi.  Avant cela, il y eut l’affaire des piastres, vaste escroquerie sur les taux de change. Puis l’affaire du faux attentat de l’observatoire dont on sait aujourd’hui que ce fut un piège tendu à Mitterrand organisé par Alexandre Melnik du cabinet de Michel Debré, premier ministre.  Plus comique l’affaire des ballets roses où est mouillé Letroquer, Président socialiste de l’Assemblée nationale qui avait eu le tort de s’opposer au retour de de Gaulle.  L’affaire Ben Barka où de vrais flics enlèvent cet opposant marocain membre de la Tricontinentale pour le compte des services secrets marocains…qui l’assassineront.  Le mystérieux assassinat du ministre de Broglie, négociateur des accords d’Evian.  Le « suicide » du ministre du travail Robert Boulin dont on vient de rouvrir le dossier, suicide dans dix centimètres d’eau, le nez cassé et diverses ecchymoses… bizarre, bizarre et plus qu’étrange ! La célébrissime affaire Markovic, garde du corps d’Alain Delon, où on a essayé d’impliquer Madame Pompidou.  Les extraordinaires « » où un escroc italien de génie avec l’aide du Comte de Villegas de Jette a réussi a faire dépenser des milliards à Giscard d’Estaing pour une simple photocopieuse.  Tout le monde se souvient de Giscard et des diamants de Bokassa qui firent le succès de Thierry Le Luron et la mort politique de celui qui se voulait l’homme le plus intelligent de France.

Sous Mitterrand se fut un festival, à commencer par l’affaire URBA qui visait à financer le PS sur base d’appels d’offres truqués.  Le dossier Pechiney qui conduisit le chef de cabinet de Bérégovoy en prison. Il y eut aussi le terrifiant sang contaminé.  Le prêt de ce même Bérégovoy que lui fit Patrice Pelat, ami de résistance de Mitterrand mais homme d’affaire trouble qui fit une opportune crise cardiaque avant de devoir répondre à la justice.  Quant à Bérégovoy, il se suicida !  Le dossier Elf avec Dumas, Devier-Joncour, Loïc Lefloc Prigent, énorme machine a financer les partis politiques au départ de potentats africains.  Comment ne pas évoquer Mazarine qui fut pendant quasi quatorze ans logée aux frais de l’état.

Avec Chirac, c’est l’explosion, un jet continu de scandales, la cassette Méry, les emplois fictifs de la mairie de Paris, pour lesquels Juppé sera condamné, les faux électeurs de Tiberi, l’emploi fictif de sa femme, les appels d’offres truqués des lycées des hauts de Seine, la fuite sous les tropiques de Schuller qui en savait trop, la construction des prisons manipulée par Bédier, l’immobilier avec Longuet et Léotard.

Sous Sarkozy, impossible, ça se bouscule trop : Mme Bettencourt, financement de campagne par Kadafi, Bygmalion, corruption supposée de magistrat, les multiples affaires reprochées aux étonnants époux Balkany et tant d’autres.  Impossible de les citer toutes.

Sous Hollande, affaire du compte Suisse de Cahuzac, les mensonges devant l’Assemblée nationale.  Démission d’un secrétaire d’état aux anciens combattants ayant confondu ses affaires commerciales et ses mandats.  Démission du secrétaire d’état à la coopération qui depuis quatre ans faisait… un blocage psychologique et ne payait pas ses impôts.

Et beaucoup d’autres… dont peut-être le plus blanc que blanc, propre sur lui François Fillon !

Et en Belgique.

L’assassinat de Julien Lahaut dont on ne connaîtra l’auteur que des décennies plus tard mais jamais le ou les commanditaires.  Le supposé milliard de Mobutu qui aurait été versé à Leburton mais dont jamais personne n’a vu le premier centime.   Le procès de ce même ex premier ministre Leburton et de son homologue chrétien  Hallet concernant les financements octroyés par les mutuelles qu’ils dirigeaient. Seul Leburton sera condamné !   Les étonnants crédits parallèles visant la construction du port de Zeebrugge.  Le dossier du financement du PRL, dossier du centre Paul Hymans, jamais jugé !  La démission du bourgmestre d’Uccle Jacques Van Offelen soupçonné de corruption.  Les affaires INUSOP et Agusta Dassault concernant le financement des campagnes électorales du PS.  L’affaire des KS, liée  à la reconversion des mines du Limbourg où étaient impliqués différents ministres ou députés CVP.
Comment ne pas évoquer les tueries dites du Brabant Wallon, entre 28 et 31 morts… selon les comptages… dont on n’a jamais arrêté les coupables.  Était-ce des gendarmes dévoyés ?  Y-a-t-il eu une tentative de déstabilisation politique afin d’empêcher la mise en place du fédéralisme ?  Saura-t-on un jour la vérité ?Plus terrible, l’affaire Julie et Melissa où apparaît dans toute son horreur les insuffisances, pour rester prudent, de la gendarmerie et de la justice.  Puis ce fut l’assassinat d’André Cools dont, comme pour Lahaut, on ne connut jamais le ou les commanditaires… et pourtant ils existent, j’en suis convaincu !  L’affaire des hormones avec l’assassinat d’un vétérinaire qui tentait de faire appliquer la réglementation suivie par l’affaire de la Dioxine qui fit chuter Dehaene et amena Ecolo au pouvoir !  Les dégâts du fameux escroc Van Rossem qui fut élu député et qui était, j’en ai été témoin, parfaitement introduit dans la « bonne société flamande »,   Il y eut aussi l’escroquerie Lernout et Hauspie qui ruina des milliers d’épargnants flamands mais qui avait l’aval du monde politique de Flandres, en particulier du CVP,  que la « la Libre Belgique » qualifia de plus grand escroquerie du siècle ! Comment ne pas évoquer le scandale de la Société générale qui ébranla le gouvernement jusqu’à la démission du premier Ministre et l’implication du sommet de la hiérarchie judiciaire.  La décennie consacrée aux dossiers du PS de Charleroi qui se transforma en chasse à l’homme dont Van Cauwenberghe fut le gibier…qui finalement ridiculisa le chasseur.

Pour la Grande Bretagne et USA  

Je me contenterai de rappeler le dossier Profumo, ministre de la défense qui partageait sa maîtresse Christine Keeler avec l’attaché naval de l’ambassade soviétique.  Le « suicide » de Maxwell, magnat de médias, qui avait volé le fonds de pension de ses ouvriers et employés. 

Le dossier de Cohn, l’adjoint de Mac Carthy qui voulait que son petit ami échappe au service militaire, cette affaire mit fin à la période de chasse aux sorcières des années cinquante. L’assassinat de Kennedy qui reste toujours mystérieux. La liaison du jeune et fringant président avec une maîtresse qu’il partageait avec Gianacana, l’un des patrons de la mafia. Bien sûr, le célébrissime Watergate où de fil en aiguille la justice remonta jusqu’à Nixon qui démissionna avant d’être révoqué.  Sous Reagan, l’Irangate où le colonel de Marines Oliver North commerçait avec l’Iran sous embargo pour financer les contras du Nicaragua.  Reagan s’en sortit grâce au sacrifice de North qui assuma tout.  Sous Clinton, il y eut une multitude de dossiers financiers mais surtout l’affaire Moniqua Lewinski au cours de laquelle le procureur spécial Star dépensa un milliard de dollars pour tenter d’avoir la tête, à défaut d’autre chose, de Clinton !  La gigantesque affaire de Subprimes, dont les agences de notations et les banquiers ne répondront jamais…sauf dans la minuscule Islande.

En Israël.

Un premier ministre Ehud Olmert est en prison, il n’est pas rare que des ministres démissionnent et soient condamnés dans des dossiers financiers ou des affaires de mœurs, tel Weizman fils du premier président d’Israël.  En ce moment la justice examine différentes relations du premier ministre.  

Qu’est-ce que cela signifie au plan du fonctionnement des démocraties ?

D’abord, je constate qu’il y a des pays où jamais aucun scandale n’éclate.  L’Arabie saoudite par exemple, la Syrie de Bachar, la Tunisie de Ben Ali, la Lybie de Kadafi, la Grèce des généraux, le Chili de Pinochet, l’Argentine de Videla… en un mot comme pour le nazisme, le communisme, là où il n’y a pas de démocratie, il n’y a pas de scandale.  Le scandale est inhérent à la démocratie comme les accidents de la route le sont à la circulation routière.  J’ose dire qu’il est, les chrétiens apprécieront, consubstantiel, c’est-à-dire, inséparable de la démocratie.  Le scandale est le verso de la démocratie… il est inévitable qu’une pièce ait deux faces !

Le « tous pourris » est non seulement faux mais dangereux car il fait le lit des régimes autoritaires où tout est caché, il conduit au mensonge généralisé d’une dictature qui lave plus blanc que blanc.  On le voit fort bien en Russie où si un journaliste a encore des velléités de vérités qui pourrait chatouiller les puissants, il est assassiné.  Dans les dictatures la formule de Léo Ferré est toujours d’application :  « la vérité c’est pas ici ! »

Napoléon ne s’y était pas trompé, sous la révolution était né une multitude de journaux, il les supprima pour n’en laisser subsister que quelques uns, qu’il contrôlait parfaitement !  Emile de Girardin inventant vers 1830 la presse à bon marché transforma la masse populaire en opinion publique… l’information, aussi imparfaite fût-elle,  remplaçait les rumeurs invérifiables, un contrôle pouvait s’initier, il ne fera que grandir.

Ce n’est donc pas un hasard si Trump s’en prend si violemment à la presse qu’il veut à toute force décrédibiliser.  Il sait que c’est de cette presse que pourrait venir ses plus sérieux ennuis donc elle ment… et il invente cette étonnante notion des faits alternatifs.  Il veut casser le thermomètre !  Les scandales sont effectivement le thermomètre de la démocratie.  Ils y jouent un rôle fondamental de correcteur, au départ de ceux-ci la démocratie évolue, se corrige, s’amende, progresse mais progresse dans la liberté… le mensonge ne permet aucun progrès !  Le mensonge, c’est Orwell et le meilleur des mondes, c’est « la ferme des animaux » et finalement le basculement comme l’explique Koestler dans « Le zéro et l’infini. »  D’où l’absolue nécessité de conserver une presse libre ou les journalistes ne sont pas pour leur plus grand nombre, comme en Belgique des infra salariés, où un élégant clignement d’yeux d’un présentateur de TV ne remplacera jamais une analyse de fond d’un dossier !  En ce sens oui !  Une démocratie est en danger si sa presse se réduit à une peau de chagrin et que ses journalistes sont privés de l’élémentaire liberté offerte par un statut social respectable.

Le véritable scandale est celui qui n’éclate jamais !

Celui qui reste bien caché, que l’on occulte avec attention, là est le scandale !  N’êtes vous pas étonné du nombre de commissions parlementaires mises en place mais dont on sait peu de chose et… le citoyen lambda ne sait rien !  Ainsi la commission sur les attentats de Bruxelles et Zaventem !  Voilà pourtant une situation extraordinaire !  Mais où sont les articles de presse sur le suivi de cette commission qui est censée se poursuivre ?  Une seule commission parlementaire eut un grand retentissement, ce fut celle consacrée à l’horreur de l’affaire Julie et Mélissa.  Pourquoi ?  Parce qu’elle était filmée.  Aux USA, elles le sont toutes depuis les années cinquante.  Ici, on a crié au populisme, au poujadisme !  Pourquoi parce que les citoyens qui suivaient les débats jusqu’au milieu de la nuit découvraient en direct le fonctionnement des institutions, de la Justice, de la Police, de la gendarmerie dont ce sera d’ailleurs le chant du cygne… elle disparaîtra !  C’était scandaleux oui !  Et alors ! C’est grâce à cela qu’on peut amender nos institutions, les faire progresser vers plus de transparence, vers plus de respect pour les citoyens.  La démocratie n’en est pas une si elle ne respecte pas la célèbre formule anglaise des « Checks and balances », c’est-à-dire des pouvoirs et de leur contrôle !  Toutes nos commissions parlementaires devraient être filmées et diffusées, là est le prix d’une démocratie vivante où les élus n’ont pas peur de leurs électeurs !  Parce qu’en vérité c’est de cela qu’il s’agit quand certains hurlent, craignent le populisme !

Alors oui !  Je n’hésite pas à dire, vive les scandales, leur dénonciation est le seul marqueur de la démocratie !  Ne l’oublions jamais !  Ils ne sont pas le signe d’une quelconque déliquescence de nos institutions, bien au contraire, ils sont la preuve de leur vitalité et de leur force.  N’ayons pas peur des scandales !  N’ayons pas peur de ce qu’ils disent de nous !  Les hommes sont perfectibles, les institutions aussi !

La dernière solution… La Démocratie… Donner la parole aux citoyens !

Cela fait maintenant un an que les responsables politiques tentent de négocier un accord communautaire.

On est passé de formateur à explorateur… tous des « teurs », mais de solution, point.

Il est étonnant que ces politiques ne soient pas conscients du caractère à la limite du ridicule des démarches entreprises.

Ils devraient méditer le fait que, parfois, à force de vouloir durer, on ne sait plus pourquoi on dure !

Peut-être n’ont-ils pas compris, ou n’osent-ils pas comprendre, que l’un des interlocuteurs  a, pour seul et unique objectif de faire échouer tout compromis !!!

Je pense que les politiques de haut niveau ne perçoivent pas le caractère humiliant qu’il y a, pour nombre de citoyens, de se sentir exclus, et de ne pas pouvoir faire entendre leur voix.

Il y aurait un moyen bien connu et utilisé dans un nombre considérable de Nations démocratiques : c’est le Référendum.

En Belgique, cette technique est totalement diabolisée à cause de l’exemple de 1950 où, devant répondre à une question sur le retour de Léopold III, les Flamands, les Wallons et les Bruxellois ont donné des réponses divergentes.

Les Flamands étaient très majoritairement pour le retour du Roi.

Les Wallons et les Francophones y étaient opposés.

Depuis, le Référendum a été enterré.

La classe politique ne veut plus en entendre parler pour la simple et bonne raison que le Référendum fait apparaître de façon claire les divergences entre les trois Régions du pays.

Or, c’est bien là que se situe le problème.

La demande d’autonomie de certains partis politiques flamands est-elle, oui ou non, légitime ?

Personne ne peut le nier.

Il est parfaitement du droit de certains partis politiques flamands de tenter d’obtenir une autonomie plus large, pour ne pas dire une quasi indépendance.

Certains politiques francophones, tel Philippe Moureaux, ont déjà, il y a plus d’un an et demi, estimé que la seule solution était la confédération.

Il est curieux que, malgré les litres et les litres d’encre servant à décrire en long, en large et en travers la crise politique, on ne fasse pas plus référence à l’exemple québécois.

Au début des années 60, les indépendantistes de la « Belle Province » avaient choisi le terrorisme.

C’est ainsi qu’ils assassinèrent le Ministre du Travail canadien Laporte.

Le Mouvement a ensuite évolué vers une volonté d’indépendance obtenue par les voies démocratiques.

On se rappellera la visite de de Gaulle dans les  années 60, qui, du balcon d’un édifice public de Montréal, cria à une foule en délire « Vive le Québec… Vive le Québec libre » !!!

Les Anglais avaient été outrés.

Mais le monde politique canadien a reconnu que les Québécois avaient le droit de demander cette indépendance.

Depuis cette date, il y a eu, au Québec, au moins trois Référendums pour savoir si, oui ou non, le Québec serait indépendant.

Les indépendantistes ont chaque fois échoué, il est  vrai, la deuxième fois, de très peu.

Mais cela veut dire que la classe politique canadienne a considéré que ces demandes d’indépendance étaient légitimes.

On a accepté ces Référendums.

Pourquoi ne pas s’inspirer de cet exemple ?

Qui, aujourd’hui, peut affirmer qu’un tel Référendum en Flandre donnerait une majorité pour l’indépendance ou la quasi indépendance ?

Coupons le nœud gordien.

Cessons ces palabres sans fin qui sont humiliantes pour les citoyens adultes que nous sommes, et qui sont humiliantes, en particulier, pour les Wallons et les Francophones soumis à des provocations de plus en plus violentes.

La dernière en date étant la déclaration quasi insultante du Président de la VOKA.

Donner la parole au peuple par la voie du Référendum serait une preuve de vitalité de la Démocratie, et une preuve de la confiance qu’on peut… qu’on doit avoir dans le bon sens de nos concitoyens.

Merry Hermanus
merry_hermanus@yahoo.com


Un autre crime de Georges Bush, Ou la Victoire d’Hitler !

La presse a longuement parlé de la parution des mémoires de Georges Bush.

Un fait tout particulier a retenu mon attention.

En effet, on découvre, en lisant ses mémoires, que Georges Bush a officiellement autorisé la torture !

Je pense qu’on n’a pas tiré toutes les conclusions de la gravité de cet aveu.

Pendant le deuxième conflit mondial, les forces d’occupation de l’Allemagne Nazie ont systématiquement recouru à la torture.

De même d’ailleurs que l’armée japonaise.

Pour la première fois dans l’histoire mondiale, ces faits, ces comportements et le génocide des Juifs ont fait l’objet d’un jugement et de condamnations.

Il ne faut évidemment pas être naïf.

L’armée française, que ce soit à Madagascar en 1946, pendant la première guerre d’Indochine, ou, surtout, pendant la guerre d’Algérie, a pratiqué systématiquement la torture.

Mais au sein même de l’armée et de l’administration, des voix se sont élevées pour condamner ces pratiques.

Je pense notamment au Secrétaire général de la Préfecture de Police d’Alger, M. Teitgen, qui a démissionné avec fracas, ou encore au Général Paris de la Bolardière qui a été démis de ses fonctions car il dénonçait la torture.

Jamais, les Présidents de la République française, que ce soit Vincent Auriol, René Coty sous la 4ème République, ou de Gaulle sous la 5ème République, n’ont donné un ordre permettant à l’Armée d’appliquer officiellement la torture.

Il est d’ailleurs équitable de rappeler que la torture (la Question) avait été supprimée sous l’ancien Régime par Louis XVI.

L’attitude de Georges Bush est donc une extraordinaire régression des droits de l’Homme.

En effet, qu’une des plus grandes Démocraties du monde ait, à sa tête, un dirigeant qui, officiellement, permet le recours à la torture, est, de fait, un retour à la barbarie.

La torture n’est pas un concept, elle est une horreur en soi, qu’il s’agisse de l’électricité, de la noyade ou de tout autre procédé.

Il faut relire, pour s’en convaincre, le livre de René Alleg : « La Question » qui savait de quoi il parlait puisqu’il avait été torturé par les Paras d’Alger.

La force des Démocraties, leur raison d’être, c’est précisément qu’elles ne recourent pas à de telles méthodes.

Si elles le font, elles se mettent au même niveau que les terroristes qu’elles sont supposées combattre.

Dans un monde extraordinairement instable, où les valeurs des droits de l’homme sont de plus en plus remises en question, ce crime de Georges Bush peut, si on n’y prend pas garde, avoir des conséquences gigantesques, et ouvrir la voie vers un retour à la barbarie.

Le 3 janvier 1945, Jean Cocteau écrivait, avec une extraordinaire prémonition « Hitler reste le vainqueur de cette époque, même s’il est vaincu. Il a donné ses méthodes. C’est par là qu’il fallait le vaincre d’abord ».

En 1957, Hubert Beuve Méry écrivait, dans le « Monde » à propos de la torture en Algérie « Serons-nous les vaincus d’Hitler ? ».

Georges Bush est le responsable de cette terrible défaite-là.

merry_hermanus@yahoo.com
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CONGO : L’anniversaire d’un crime !

Certains croient devoir « fêter » le 50ème anniversaire de l’Indépendance du Congo.  En réalité, ce qu’il faudrait commémorer, ce sont les exactions constantes   commises contre les populations congolaises depuis la « découverte » de ce pays par Stanley lors de sa traversée de l’Afrique d’Est en Ouest.

Léopold II n’avait nullement d’objectif humanitaire, et la soi-disant lutte contre l’esclavage n’était qu’une immonde hypocrisie.  Son seul objectif était de s’emparer des richesses du Congo, et il y organisa un système de travail forcé digne des pires systèmes concentrationnaires.

Dès la fin du 20ème siècle, ce système a été condamné par l’Eglise anglicane et protestante dont les missionnaires anglais et suédois  étaient les témoins horrifiés des pratiques de l’Etat indépendant du Congo.

Les campagnes menées par Casement et Morell firent la Une des  médias de la fin du 19ème siècle. La réalité était enfin mise à jour !

Les forces de l’ordre coloniales, lorsqu’elles tiraient une cartouche, devaient ramener deux mains coupées !!!

Joseph Conrad a décrit dans « Au cœur des Ténèbres », une horreur qu’il a côtoyée lorsqu’à bord de son vapeur, il remontait le fleuve Congo.

Cette terrible réalité a été totalement occultée en Belgique où Léopold II a été présenté comme le bienfaiteur de l’Humanité luttant contre l’esclavage !

Il fallut les travaux universitaires de Barbara Emerson qui, au début des  années 70, fit toute la lumière sur les pratiques criminelles  de l’Etat indépendant du Congo.

Contrairement à ce qui était enseigné jusque dans les années 70, Léopold II ne « donna » pas le Congo à la Belgique, mais il le vendit !!!

En 1909, à la mort de Léopold II, c’est l’Etat belge qui prit la suite. Il rompit avec un certain nombre de pratiques, mais il mit en place, avec l’aide de l’Eglise, un système hypocrite d’Apartheid qui ne dit pas son nom.

Toute la classe politique belge étant d’accord pour maintenir la population indigène dans un état de sujétion  par rapport aux Blancs.

Emile Vandervelde, Président du Parti ouvrier belge, de retour du Congo en 1927, affirmait haut et fort que les Congolais avaient besoin d’un enseignement religieux pour qu’ils soient accessibles à une morale.

Cet état d’esprit durera jusqu’en 1954 lorsqu’on mit enfin en place un enseignement secondaire pour les Congolais.

Disons quand même à la décharge d’Emile Vandervelde qu’il  fut l’un des rares à oser condamner les pratiques de Léopold II.

Quel contraste avec ce qui se passait dans les colonies françaises où, dès 1857, le Général Faidherbe envoyait les fils de chefs indigènes dans les meilleures écoles  et dans les Universités françaises.

Le colonisateur anglais fit de même.

La Belgique estimant, encore au début des années 50, qu’elle était au Congo pour des centaines d’années, pensait que, pour les Noirs, un enseignement primaire suffisait.

Van Bilsen a été traité de fou lorsque, dans les années 50, il avait prévu l’indépendance du Congo en 1985 !!!

Le discours du Général de Gaulle à Brazzaville, en 1958, mit le feu aux poudres.

Les émeutes de Léopoldville, en 1959, furent un coup de tonnerre dans un ciel bleu.

Subitement, les Congolais se mettaient à exister !

L’Establishment belge crut  que, comme on l’écrivait sur le tableau noir des écoles le 30 juin 1960, « Avant l’Indépendance = Après l’Indépendance ».

Face au chaos qui s’installa, l’Establishment, dominé par la Société générale et l’Union minière, crut génial d’organiser la sécession katangaise.

La suite fut le tohubohu, la guerre et les massacres de masse.

On peut affirmer aujourd’hui que depuis l’Indépendance, plus de cinq millions de Congolais ont perdu la vie  dans les guerres qui se sont multipliées dans ce qui aurait pu être un paradis et qui est devenu un enfer à cause de la rapacité et de  la stupidité du colonisateur belge.

La fortune de Léopold II était estimée, au moment où il monte sur le trône, en 1865, à 4 millions de francs Or. Au moment où il meurt, en 1909, elle est estimée à 14 milliards de francs Or. Ces milliards-là dégoulinent  du sang des Congolais qui ont, dans le travail forcé, été obligés de récolter le caoutchouc.

En 1973, j’avais le privilège d’être aux Affaires Etrangères. J’y côtoyais une faune désolante, aussi bornée que raciste, d’anciens fonctionnaires ayant servi au Congo et détenant la réalité de la politique belge dans ce pays. Ceux-ci ne se cachaient pas pour me dire que lorsque la Belgique injectait un franc au Congo, elle devait en retirer au moins 12 !!! Toute la question était de savoir qui retirait ces 12 francs et au profit de qui ???

Lorsque j’étais dans l’enseignement primaire, on recevait dans nos cahiers un buvard sur lequel on voyait un colonisateur protecteur et un Noir « bien primitif » tenant une lance et un bouclier. Mais qui étaient les primitifs ? Etaient-ce les Noirs ou étaient-ce les policiers belges qui,  après avoir tué Lumumba, et après l’avoir déterré quelques jours plus tard et dissout dans l’acide, ont conservé en souvenir la phalange d’un doigt et deux dents ???

Le premier devoir de la Belgique, si tant est qu’elle existe encore aujourd’hui, serait de faire la vérité, toute la vérité, sur ce que fut le rôle de Léopold II,  et sur la colonisation.

Ce devoir de mémoire est impératif si ce pays  veut retrouver sa dignité et laver la tache monstrueuse que fut la colonisation du Congo.

merry_hermanus@yahoo.com
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