Archives de Tag: Degrelle

Monsieur Lutgen… Merci pour ce moment… de sincérité.

  « Presque toujours en politique, le résultat est le contraire de la prévision. » François-René de  Chateaubriand

Avant tout un peu de modestie.

Les observateurs francophones de la vie politique belge sont souvent très attentifs aux débats politiques en France, il s’en suit souvent déceptions et frustrations.  On s’attend à entendre ou à lire nos mandataires publics du de Gaulle, du Mitterrand, du Jaurès, du Clémenceau, du Mirabeau et on a droit à du Lutgen, du Milquet, du Jeholet, du Michel, du Magnette ou du Flahaut !  On espère des débats comme ceux de la première constituante de 1791 et on doit se contenter des discussions sur « le cours de rien », on espère Badinter sur la peine de mort ou Simone Veil sur l’interruption de grossesse et on a les auditions ubuesque sur le Kazakhgate ou sur Mayeur…

On a le choix entre un Feydeau ou le « Mariage de Mademoiselle Beulemans », impossible de quitter Clochemerle ou l’ambiance enfumée, l’odeur surette de bière, la cendre de cendriers sales du café du commerce.  Il n’y a pas d’illusions à avoir, nous sommes tels que Trotsky nous décrivait «  un peuple de pantouflards », l’héroïsme, le lyrisme politique très peu pour nous !  Et encore Trotsky était aimable comparé à Charles Baudelaire qui éructait  « On me demande une épitaphe pour la Belgique morte.  En vain, je creuse, je rue, je piaffe, je ne trouve qu’un mot : enfin ! »  Bart De Wever doit regretter de ne pas l’avoir écrit.

Moi , j’adore cette formule de l’écrivain britannique Patrick Mac Guinness quand il note  « Ici en Belgique, même les moines trappistes doivent choisir la langue dans laquelle se taire. »  Contrairement à ce que beaucoup de belges supposent, nous n’avons pas inventé le surréalisme mais il est indubitable que nous en sommes les champions du monde, nous le pratiquons jusqu’aux abysses d’absurdités.  C’est un horrible truisme, je m’y soumets honteux mais il est tellement vrai que nous avons les politiques que nous méritons !

En un mot comme en cent, nous baignons voluptueusement dans un océan de médiocrité, celle-ci parfois joviale nous fait rire, parfois brutale nous courbons le dos, parfois rapace nous nous indignons… un bref moment… on oublie et tout recommence !

J’en reviens à Trotsky, pour lequel je n’ai pas plus d’estime que pour son vainqueur, mais il dit vrai quand il écrit  « à l’exception d’une mince couche de politiciens professionnels, les nations, les peuples, les classes ne vivent pas de politique. »  Il savait de quoi il parlait, pas de doute.  Mais soyons de bon compte, n’est-il pas vrai que l’on peut vivre très heureux sans héros.
Avons-nous besoin de verbeux atrabilaires tel Mélenchon réanimant un langage politique ayant démontré son impuissance, tonnant des verbes creux, conduisant de sympathiques et naïfs militants vers de décevants « matins qui chantent », sans voix, évanouis depuis 1945 !

Lorsque j’enseignais, j’avais pour habitude de dire à mes étudiants qu’il était plus facile de mourir en deux secondes sur une barricade que de construire, de maintenir, de compléter, de défendre notre système de sécurité sociale pendant cinquante ans !  Le romantisme révolutionnaire fait encore et toujours les mêmes dégâts.

Du bon usage de la médiocrité.

« En politique, la distance est à peu près nulle entre l’homme le plus instruit et le plus inculte. »   Léon Werth

Donc, si un certain niveau de médiocrité est courant dans notre monde politique, il faut admettre que le plancher est aujourd’hui non seulement atteint mais largement dépassé. N’est-il pas exact comme l’écrit André Maurois qu’en « politique, la médiocrité l’emporte souvent sur le génie, parce que celle-là se plie aux événements tandis que celle-ci prétend les créer. »

Depuis des lustres, nous sommes, particulièrement à Bruxelles, gouvernés par des ministres de carnavals… il est vrai pittoresques mais mis à part le nez rouge, le large et trop long pantalon à carreaux, les chaussures hors taille, ces clowns ne nous font plus rire tant la situation de beaucoup de nos concitoyens est dramatique, tant le désespoir envahit les cœurs et les esprits… et il en faut des tonnes de désespoir pour faire du PTB le premier parti de Wallonie… selon d’opportuns sondages bien sûr.

Ne l’oublions pas, sans la désespérance allemande de 1919 pas de nazisme, sans l’immense misère russe pas d’Octobre 17.  Si les civilisations sont mortelles, la démocratie qui n’est après tout qu’un système parmi d’autres, est un bien particulièrement fragile et toujours contesté.

Alain Badiou, philosophe français médiatique et admiré par d’aucuns ne défend-il pas le maoïsme ?  Ne met-il pas en cause la démocratie ?  Lui écrit et parle à visage découvert, mais combien ne pensent-ils pas comme lui, espérant qui « l’homme fort » qui « la dictature du prolétariat » ?

Aucune de nos liberté n’est définitivement acquise, aucune de nos protections sociales, si chèrement payées, ne sont définitives.  A l’évidence, c’est cela qui est aujourd’hui en cause dans toute l’Europe et dans le monde, c’est ce basculement global qui est à nos portes.

Alors oui, des politiques médiocres sont supportables, et le plus médiocre d’entre eux est préférable à un Bonaparte aux petits pieds… qu’il s’appelle Degrelle ou autrement.

Cependant, j’éprouve parfois une angoisse compassionnelle lorsque j’entends Charles Michel s’exprimer, curieuse élocution, trop pincée, épouvantablement scolaire, on la devine péniblement acquise dans un groupe de théâtre amateur de province, c’est en permanence la scène décrite admirablement par Molière de la leçon d’orthographe dans « Le bourgeois gentilhomme »… et je me dis, le langage structurant la pensée, si j’en crois Claude Hagège, que les concepts que notre premier ministre tente d’exprimer, ressortent du même niveau.

Quoi qu’il en soit, le gouvernement de la Belgique est dirigé par le lauréat… d’un concours d’éloquence… scolaire !  Qui peut croire que ceux qui aujourd’hui nous dirigent peuvent faire face à de tels enjeux, ceux pour qui « il n’y a pas de principes, que des événements, pas de loi que des circonstances » ceux-là ne peuvent à l’évidence y répondre !

Un État atomisé… un État pillé.

« Le courage de changer ce qu’il est possible de changer, la force de supporter ce qu’il est impossible de changer et surtout l’intelligence pour discerner l’un de l’autre. »
Saint François d’Assisse

Il y a tant de ministres, tant de députés, tant d’assemblées législatives en Belgique que l’on pourrait en faire un jeu de société plus complexe que le jeu d’échec, plus fascinant que le jeu de Go, plus vicelard que le pire des jeux vidéo… je propose une commercialisation et un brevet mondial… le succès est assuré !

Qui doute encore que ces atomes d’états, ces particules de pouvoirs, ces ions de fonctions n’ont plus que pour unique utilité que de nourrir, de fournir un emploi à ceux qui les occupent !  Il y aurait un doctorat de sociologie fascinant à réaliser sur le niveau de formation et sur les emplois occupés par les multiples mandataires avant qu’ils n’occupent les fonctions politiques qui leurs ont été dévolues. J’ai pu constater, tout au long de mon trop long parcours, qu’il y avait deux types de mandataires politiques, ceux qui avaient un vrai métier, une formation solide, une base solide « de repli » et ceux, aujourd’hui l’immense majorité, qui mis à part la politique n’ont rien, ceux pour qui la politique est tout car à côté, c’est le vide.

L’émission « Striptease » de loin la meilleure émission jamais réalisée par la RTBf avait ainsi réalisé l’interview d’un étonnant  Échevin PSC de la ville de Bruxelles qui avec une franchise et une naïveté désarmante expliquait à l’antenne que sans la politique, il n’était rien… une scène éducative à revoir car elle explique tout de la situation que nous vivons aujourd’hui.

Qui s’étonnera alors que le premier objectif d’un élu est de se faire réélire…
« des objectifs… des projets… mais de quoi parlez-vous ?  D’abord ma réélection… le reste ne compte pas car si je ne suis pas réélu… c’est le vide ! »  Que l’on est loin du député Pierre Le Grève qui abandonnant  (la loi de 1848 l’y obligeait ) l’enseignement pour occuper son mandat en 1965 siégeant pour  l’UGS, n’étant pas réélu, vendit des aspirateurs en porte à porte.

L’héroïsme politique n’est plus d’époque.  Cela ne peut plus arriver, il y a toujours dans l’énorme vestiaire à mandats de quoi habiller le plus nul des candidats… les sinécures ne manquent plus depuis l’atomisation des institutions… le but est atteint… les citoyens… le pays… le chômage… l’emploi… l’enseignement…. la santé… Oh ! ça c’est une autre histoire !

Ainsi  le PS, quasi toujours dominant depuis l’érection de la Région ne fut pas capable de faire face aux enjeux de l’avenir.  Picqué, Ministre-Président pendant quinze ans assista,  cynique rigolard, « connaissant le prix de tout mais la valeur de rien », à l’effroyable paupérisation de notre région, à son étouffement par des plans de mobilité reptilien dont le but n’est rien d’autre que de tuer la ville en empêchant ceux qui y vivent et y travaillent de circuler.  Que cela fut incompatible avec l’avenir économique et social, ne fut en rien important, l’essentiel était de faire risette à ceux qui s’habillent comme des personnages du feuilleton « La Petite maison dans la prairie » et veulent transformer cette ville en réserve d’Indiens pauvres mais Attention… roulant à vélo… c’est plus chic en trottinette chromée !

Pourquoi avoir voulu gouverner à Bruxelles et en Wallonie bloc contre bloc ?

« En politique on succède à des imbéciles et on est remplacé par des incapables. »
Georges 
Clémenceau

J’ai encore dans les oreilles les rires gras de certains barons (et marquises) socialistes heureux du bon tour qu’ils avaient joué au MR en constituant en dix jours des majorités excluant les libéraux en Région wallonne, bruxelloise ainsi qu’à la communauté française.  Ah ! que c’était comique, le MR se retrouvait à poil (sic) jamais il n’oserait s’allier à la sulfureuse NVA.

Aucun de ses stratèges de sous-préfectures n’envisageaient l’alliance avec le diable flamingant possible… et pourtant c’est ce qui fut.  Certains au PS pensaient qu’exclure le MR des exécutifs régionaux c’était Octobre 17, la prise du Palais d’Hiver, la nationalisation des moyens de production, enfin la dictature du prolétariat,  on allait mener de vrais politiques de gauche, je rigole bien sûr !

Onkelinx n’avait-elle pas dit que l’alliance au fédéral présidé par Elio di Rupo était « contre nature »… inceste politique qu’elle pratiqua néanmoins impunément pendant pas moins de cinq ans… sourire aux lèvres… peut-être qu’aujourd’hui, elle aussi a « le cœur qui saigne ! »  Petit prix à payer et que le PS a payé le cœur léger.  Words… Words… Words  aurait dit le vieux Will Shakespeare !  Mais bon sang, nous sommes en Belgique, les élections ne ressemblent pas au coup de canon du croiseur Aurora dans le port de Cronstadt.

Qui croit vraiment que dans des gouvernements de coalitions comme nous les connaissons en Belgique depuis 1914, il soit possible de mener la politique de Thatcher ou de Chavez si sont exclus soit les socialistes soit les libéraux.   Non, lors de la constitution des majorités, ce qui est en jeu, c’est fort peu de choix idéologiques mais beaucoup le nombre de mandats qui vont être dévolus à chacune des formations présentes à la table du banquet… là est la sinistre réalité… on n’aime pas partager… voilà la seule, l’unique vérité !

Le résultat de cette combinazione fut la formation du gouvernement le plus à droite de notre histoire depuis 1944.  La culpabilité est pour le moins partagée… et qui paye les résultats… lecteur, si tu es encore là…  tu connais la réponse !

J’ai visionné il y a peu le feuilleton télévisé danois « Borgen ».  Je fus impressionné par les similitudes de situations politiques dans le vertueux Danemark et ce qui se passe chez nous.  Même tambouille nauséabonde, même tripatouillage, même goût pour la trahison… mais en définitive n’est-ce pas là aussi le prix à payer à la démocratie.  J’y mets cependant un énorme bémol car ce qui se dessine aujourd’hui c’est un basculement sociétal, une immersion dans un monde incontrôlable tant au plan démographique qu’au plan économique.  Les enjeux sont devenus à ce point globaux que nos magouilles d’arrière-salle de bistrots crasseux sont devenues criminelles.  Qui ose encore prétendre avoir la certitude que ses enfants auront une vie meilleure que celle qu’il a eue ?  Qui ose soutenir que demain la laïcité continuera à protéger nos libertés essentielles ?

Nous sommes confrontés à la fois à une guerre de civilisation, à une guerre économique, à l’impuissance des politiques face au véritable pouvoir celui de la finance internationale… alors vraiment face à ces chocs telluriques, le fait d’exclure les libéraux des gouvernements régionaux était-ce si intelligent ?  Depuis longtemps, je soutiens le contraire pensant qu’il peut y avoir des gens compétents partout et que les exclusives ne servent à rien… mais toujours les tenants de la lutte des places l’ont emporté.

Le cas Lutgen ou la médiocrité agissante.

« Il y a beau temps que je ne dis jamais ce que je crois et que je ne crois jamais ce que je dis, et s’il m’échappe parfois quelque vérité, je l’enfouis dans tant de mensonges qu’il m’est difficile de la retrouver. »
Machiavel

Déposer une citation de Machiavel sous un texte traitant de Lutgen… j’avoue que j’ai hésité… entre le rustique bastognard et le subtil florentin, ce n’est pas un gouffre qui les sépare mais la fosse des Philippines soit plus de mille trois cent kilomètres de profondeur… un record mondial… En un sens Lutgen est aussi un champion mondial étant à la politique ce qu’un Apéricube est à une roue d’Emmenthal, lui aussi comme quelques solides et inépuisables crétins que j’ai connus en politique municipale croit comme le coq qu’en chantant sur le fumier, c’est lui qui fait le soleil se lever !

J’ai cependant maintenu la référence à Machiavel car il y est question du mensonge… et là aussi Lutgen est un éminent praticien, d’ailleurs sur ce point ne convient-il pas de remarquer qu’à ce niveau de mensonges on rejoint la vérité et qu’une telle hypocrisie c’est de la franchise.  Je crois avoir remarqué dans le regard de Monsieur Lutgen dont la voix est ferme, l’élocution simple, virile, mais le regard, oui… le regard me dit autre chose, par moment les yeux donnent l’impression de chercher quelque chose, il songe, un ange passe dans ce regard, oh ! c’est très rapide, vif, fraction de seconde, légère buée se dissipant tout de suite, mouvement quasi imperceptible… ça y est… j’y suis, c’est le bref moment où Monsieur Lutgen songe à la Vérité, cette minute inouïe que les toreros appellent « el momento de la verdad » il passe si vite, impossible pour Lutgen de la retenir… blanche colombe ne se posant jamais dans le discours du Président du CDh.  Encore une question, Benoit Lutgen a-t-il lu Georges Orwell lorsqu’il écrit : « Le langage politique a pour but de faire paraître vrai le mensonge et respectable le meurtre. »  J’aimerai pouvoir répondre par l’affirmative… mais j’ai comme un léger doute !

Lisant l’interview de Paul Magnette dans « Le Soir » de ce week-end, je me suis demandé si lui avait lu Jules Vallès, j’en suis quasiment certain vu son éducation et sa formation car c’est lui qui écrit « la politique sépare tant de mains qui se croyaient jointes », j’y songeais lorsque Magnette soulignait qu’il avait « presque » construit une relation d’amitié avec Lutgen !  En sa qualité de professeur de Sciences politiques, il connait mieux que personne l’adage de la politique britannique pendant tout le XIXème siècle : « pas d’amis permanents, pas d’ennemis permanents. »

Très récemment, le bourgmestre de Bastogne a joué son va-tout, il a déclaré dans la « Libre Belgique » que le PS était communiste… j’avoue que j’en ai eu  le souffle coupé… qui peut, fut-ce une seconde, croire une telle stupidité … c’est dire le niveau du bonhomme, c’est aussi le signe d’un désarroi total face à l’échec de son opération de la dernière chance… Qui songerait encore « à sauver le soldat Lutgen » personne, surtout pas son nouvel et triomphant allié MR !  Osons la question !  Lutgen est-il bête à ce point ?  A qui fera-t-il croire que le PS est subitement devenu infréquentable ?  Et que là est la raison du changement d’alliance « stratégique ».

Le futur gouvernement fédéral.

« Dans la politique, on arrive à tout avec rien, sans faire preuve comme dans les autres professions d’aucun talent. »
Jules et Edmond de  Goncourt

Quoi que l’on en pense, toute cette opération, qu’elle soit ou non celle de la dernière chance pour le CDh, est révélatrice d’une vision autrement plus importante.  En effet, Lutgen concocte son coup d’état avec Chastel et quelques autres mais ne songe nullement à Bruxelles ou à la Communauté française…
Est-il à ce point nul en géographie ?  Connait-il aussi mal nos institutions ?
Je n’ose l’exclure, cependant je pense plutôt que pour lui Bruxelles et la Communauté française ne comptent plus, il se place dans la perspective de 2019, c’est-à-dire de la reconduction du gouvernement Charles Michel où le CDh viendrait en Petit Poucet manger au râtelier, ne laissant plus le MR seul face à l’ogre flamand.  Là, est le véritable objectif de cette opération qui n’a abouti que pour un tiers grâce au refus courageux du Président de Défi.

Lutgen croyait, mini de Gaulle, que l’intendance suivrait et que Maingain viendrait à la bauge pour y bâfrer !  Il est toujours dangereux de croire que les autres agissent comme soi !  Il croyait que tous étaient comme Victor Hugo le souligne « des hommes dont on ne peut se servir qu’à condition de les satisfaire »  Quel choc ce dut être pour Lutgen et Chastel de constater que d’autres se situaient et mettaient leur fonction à un autre niveau.  Il est vrai qu’il peut se rassurer en songeant que les « crimes politiques vieillissent comme le reste… et parfois plus vite ».  Moi,  cependant je connais des politiques amnésiques … qui n’oublient rien… avec ceux-là Lutgen pourra se faire du soucis.

La Démocratie chrétienne rêve ou réalité ?

 « Les centristes sont des gens de droite un peu plus hypocrites. »
François Mitterrand

J’ai eu l’occasion de fréquenter des démocrates-chrétiens, gens de qualité mais …sans électeurs… ennuyeux en démocratie. Voilà ce qui fut de toujours leur seul vrai problème.  Le MOC c’était parfait mais il n’y eut jamais de courroie de transmission électorale, ce n’étaient que des mots sur du sable.  Les mythes sont intéressants seulement quand on peut en faire quelque chose.  La réalité, la dure, l’effroyable réalité est que le PSC et son avatar le CDh ne fut jamais qu’une formation politique réactionnaire, conservatrice, héritière du Parti catholique d’avant-guerre.

J’ai eu le privilège de connaître et de voir agir Califice, il fut l’un des rares de son espèce, comme le dit Audiard, il y a des poissons volants mais qui ne constituent pas la majorité du genre… la dernière prise de position de Maystadt ne me fera certes pas changer d’avis.  Le seul groupe structuré et influent au sein du PSC fut de tout temps le CEPIC et ses différents bourgeons… Gérard Deprez l’avait parfaitement compris, lorsque tirant les conclusions, il s’extirpait du marais pour rejoindre le MR.

On comprend ainsi mieux l’angoisse de Lutgen, que lui reste-t-il, rien ou si peu de chose, risquant ainsi de devenir celui qui éteindrait pour la dernière fois la lumière des bureaux de la rue des Deux Eglises (cela ne s’invente pas !), il a brutalement viré sa cuti se découvrant un goût pour la vertu, étonnant boyscout préférant manger sa parole qu’assumer ses actes.  Pour tenter d’exister, soumis au « dur désir de durer », ne sachant d’ailleurs plus pourquoi il dure, il jette par-dessus bord les francophones de Wallonie et de Bruxelles, choisissant le mensonge et le calcul politique, il se retrouve pieds et poings liés aux mains de la NVA et de De Wever, seul vrai maître du jeu, ayant réussi l’exploit de voir exploser le potentiel front francophone sans avoir dû lever le petit doigt…
Oui Lutgen est vraiment un fin tacticien !

Les intérêts francophones disparaissent ainsi, dissous dans des intrigues de couloirs.  Lutgen aura accompli le rêve du député Van Rompuy (le frère du thuriféraire de Saint Thomas) qui déclarait fin des années septante dans une interview à la RTBf que la Flandre n’avait que faire de l’indépendance, elle n’aurait qu’à coloniser la Wallonie… Van Rompuy, bouille rubiconde de moine ripailleur faisant commerce d’indulgences, il y a trente ans l’avait rêvé… Lutgen l’a réalisé !  Un succès !  Oui vraiment !  pour la Flandre… il n’y a pas de doute.

Et en outre, Maxime Prévot confirme et signe l’aveu… Oui le CDh gouvernera en 2019 avec la NVa…. Quand je vous disais qu’à ce niveau d’hypocrisie c’est de la franchise !  Ce Prévot a de toute évidence la langue trop près du cerveau, il a tenté de rétropédaler, sourcils ombrageux, yeux ronds, bouche ouverte, interloqué, stupéfait qu’ainsi brutalement… la vérité se soit échappée de son cerveau reptilien… il la croyait enfouie sous un amas suffisant de mensonges comme on le lui avait appris à l’école… il n’a pas pu la retenir…. « Diable de Vérité…. Elle doit être de gauche la Salope ! »

 Le PS…Une haine inquiétante.

« La politique est faite pour une part de la  fabulation d’une certaine image et d’autre part de l’art de faire croire en la réalité de cette image. »
Hannah Arendt

Ah ! les réseaux sociaux, merveille et horreur à la fois, comme pour tout le meilleur et le pire, je suppose qu’on disait la même chose de l’imprimerie au XVème siècle, plus d’une fois les oreilles du vieux Gutenberg ont dû siffler !

Néanmoins, je suis souvent impressionné par le degré de haine qui sourd de certains messages sur Facebook, comme le disait Emmanuel Valls la semaine passée sur France Inter, il y a des mots qui appellent le sang, qui appellent le meurtre… j’évoque à peine ceux qui se cachent derrière un anonymat protecteur, ceux-là sont dans la filiation de ceux qui envoyaient des lettres anonymes à la Gestapo, déchets humains, inqualifiables crapules, dans leur cas la formule qui veut que la haine soit le courage des pleutres est parfaitement justifiée.
Non, je songe à ceux très nombreux pour qui même la peine de mort serait trop douce pour certains membres du PS, une dame l’a écrit en toutes lettres  !
Qu’ aurait-elle souhaité pour Mayeur, Peraïta et quelques autres l’éviscération, la roue, l’estrapade, l’écorchage, l’ébouillantement… du grand spectacle sans nul doute.

D’autres accusent le PS d’avoir trahi ses idéaux, d’être devenu réformiste etc…c’est parfaitement exact mais c’est vrai depuis Août 1914 lorsque Emile Vandervelde entre dans le gouvernement de Broqueville.  Depuis 192O, le choix réel ne fut plus qu’entre un socialisme de caserne qu’impliquait l’adhésion à la IIème internationale et un socialisme du mensonge, des promesses non tenues.  Rien de neuf sous le soleil.  La charte de Quaregnon dont il est beaucoup question fut un moment dans l’histoire du POB, quel gouvernement s’y est un jour référé ?  Pas un !  Juste un rappel pour chauffer un congrès, pour frémir au rappel des grands anciens.  Non !  Jamais le PS n’a voulu renverser la table, jamais après 14, il ne fut un parti révolutionnaire.  Alors qu’est-ce qui a changé ?

Pourquoi ce qui passait hier ne passe plus ?  C’est assez simple, c’est l’image !  Dans une société prospère, dans une société où la progression de tous est perceptible, les gens se fichent de ce que gagne Monsieur ou Madame le député.  J’adore ce dessin de « L’Assiette au beurre » où l’on voit deux enfants en guenilles face à la vitrine d’un restaurant où sont attablés bâfrant des hommes rougeauds, ventres énormes, gilets ouverts, serviettes autour du cou.

Assiette au Beurre - Les Résignés

Les Résignés : « Amène-toi Mélie, tu vas en choper une indigestion. »

La légende du dessin est explicite, l’un des enfants dit à l’autre « amène-toi Mélie, tu vas attraper une indigestion ».  C’est bien là l’image de notre société, les élus en trop grand nombre mangent alors que l’on refuse à des gens un scanner pour des raisons budgétaires et qu’on fait la chasse aux plus pauvres… « avec le cœur qui saigne » mais la chasse à courre se poursuit.  L’image toujours l’image.

Quelle image donne du PS la trinité formée d’Onkelinx, de son avocat de mari et du fils de celui-ci député… au saut du berceau ?   Ce trio-là attend encore son Daumier.  Quelle image donne toutes ces filles de… et ces fils de… lancés dans une échevelée course aux places, pressés de remplacer papa ou maman, tonton ou tatie ?  On est loin de la  défense de la sécurité sociale, dont tous comprennent qu’elle est le grand enjeux de demain, qu’il faudra encore se serrer la ceinture tandis que cette classe politique non seulement inutilement pléthorique se reproduit entre elle tout en démontrant sa parfaite incapacité à résoudre les problèmes… ça ne passe plus !  Et puis il y a aussi l’hypocrisie, apparemment une chose fort bien répartie dans le monde politique.  Ici une anecdote personnelle, un soir je dînais chez un industriel des plus fortunés accompagné d’un ministre socialiste et de sa femme qui deviendra députée, ministre, présidente d’assemblée etc…, à la fin du repas, elle frôle le pull du maître de maison, elle sursaute comme si elle avait été brûlée au troisième degré en s’exclamant « mais c’est du cachemire ! »  Moi, je savais que cette « parfaite militante de base » qui s’offusquait qu’on porte du coûteux cachemire possédait une maison à Saint-Paul de Vence et quelques immeubles en Belgique !  Non !  ça ne passe plus…cette hypocrisie-là est insupportable.

L'Assiette au Beurre - Le Repas du Député

Curieux comme toutes ces tricheries apparaissent clairement, comme les citoyens les perçoivent, les difficultés de la vie auxquelles ils doivent faire face agissent comme un révélateur chimique, une image apparaît… ce n’est plus celle qu’espéraient donner d’eux ces élus, qui ne sont à Bruxelles que de médiocres gagnants d’un concours de circonstances.  Mais cela mérite une bonne raclée électorale mais ni la mort, ni la torture que nous promettent les réseaux sociaux.

La seule vraie question qui a un intérêt est de savoir si le PS peut se réformer de l’intérieur ?  J’avoue que j’éprouve à ce sujet de solides doutes.  Les enjeux sont énormes, mais les habitudes prises sont telles que je pense que les élus adoubés lors de congrès composés d’obligés et de personnels de cabinet ne sont plus capables de voir autre chose que leur intérêt direct… à très court terme.  Comme le disait Sigmund Freud  » quand on a une tête en forme de marteau on voit tous les problèmes en forme de clous « .  La seule hypothèse qui tienne la route est le retrait du pouvoir partout, l’opposition permettant le dégraissage, le délestage de tous « les alimentaires » et ensuite repartir de l’avant.  Dans le cas contraire, le PS disparaîtra… dans l’ignominie et l’opprobre générale sorte de disparition à la Guy Mollet, élu pour arrêter le guerre d’Algérie qu’il s’empressa de poursuivre et d’intensifier… Oui, parfois même en politique les tromperies se payent.

Et Bruxelles !

« La seule règle en politique, c’est qu’il n’y a pas de règle. »    Tony Blair

L’avenir est sombre, très sombre.  Des institutions à la libanaise, mille-feuille inextricable, multiplicité des élus… leur nombre étant directement proportionnel à leur incapacité de résoudre les problèmes qu’au contraire, par leur seule présence, ils accroissent comme le fait l’ineffable Smet, ministre avec 0,46% des voix et qui est censé s’occuper de la mobilité… les tunnels s’effondrent, ils ne sont pas entretenus… mais bon, on fera trois pistes cyclables avenue du port !  « z’étes pas contents…ces Bruxellois quels râleurs ! ».

Il faut le reconnaître, au cours de ces dernières semaines Maingain a donné de la politique une image différente, il est celui qui a dit Non !  Je remarque d’ailleurs qu’il est sans ambiguïté sur la laïcité, c’est l’un des seuls… pourquoi ne pas le dire même si l’on est socialiste… seule la vérité fait avancer les choses !  Il a refusé de « jouer » avec l’institution chargée de l’enseignement, de la santé ainsi que d’une foule de compétences que Lutgen et ses nouveaux alliés voulaient réduire à une Communauté réduite aux caquets !  Là aussi, il a dit non !

Il faut couper le nœud Gordien, la seule façon de le faire est d’en appeler aux citoyens.  Curieux quand même qu’on ne donne jamais la parole aux habitants de cette ville.  Un référendum pour savoir comment nous voulons être dirigés et par qui, si nous voulons conserver cette masse d’élus, cette masse de communes, de CPAS, d’institutions de toutes sortes génératrices de plantureux mandats.

Pourquoi ne nous inspirons  nous pas des exemples Québécois, Ecossais ou Catalan, dans ces régions les politiques ont osé poser la question existentielle au peuple, et il a répondu par… la négative… jusqu’ici !  Chez nous, on ne veut surtout pas permettre de donner la parole aux citoyens, il doit s’exprimer au travers de partis, d’élections si complexes qu’il faudrait être lauréat du prix Fields  pour y comprendre quelque chose.

Pourquoi !  Parce que le citoyen fait peur !  Certains affirment souvent qu’ à force de s’asseoir sur le couvercle de la casserole celle-ci pourrait un jour exploser !
Il ne se passera rien de tel à Bruxelles, cette ville-région est en coma dépassé, un nombre considérable des habitants ont depuis longtemps votés avec leur pieds…ceux qui avaient, les plus jeunes et les plus fortunés, la possibilité de fuir les rives de la Senne sont partis.  Il suffit d’examiner le solde migratoire entre Bruxelles et les Brabant flamand et wallon… tout à fait éclairant !  La semaine passée Pascal De Wit dans « Le Soir » expliquait que Bruxelles n’exerçait plus aucune attraction pour les Wallons, par contre un nombre important de Bruxellois quittaient la région pour devenir Wallons ou Flamands.  Comment ne pas les comprendre.   Bruxelles reste, ce qu’un ministre FDF appelait élégamment dès 1989 une très efficace « pompe à pauvre ».  L’avenir se dessine clairement, Bruxelles sera une ville totalement duale composée d’une part de la population la plus pauvre de Belgique… trop vieux ou trop pauvres pour partir et de l’autre, de fonctionnaires internationaux qui habiteront les beaux quartiers du sud de la capitale… voici le superbe résultat de près de trente ans de fonctionnement de la région Bruxelles !

Allez vivement les élections de 2019 qu’on rigole encore… tant que c’est possible !

De l’utilité des scandales en démocratie ou « Vive les scandales ! »

Depuis quelques mois, la presse qui était très mobilisée par les dossiers du Kazakhagte, mêlant politiques, policiers, justice, magistrats, est passée à autre chose, le dossiers des intercommunales Publifin, leur infinie générosité à l’égard d’un quarteron d’élus de tous bords, bénéficiant d’un pactole qu’ils fussent présents ou non lors des réunions.  Cela permet sur les réseaux sociaux de voir réapparaître le vieux, le sempiternel slogan du « tous pourris ».  Certains même se risquant à évoquer un changement de régime… bien sûr… un régime fort, l’un de ces régimes où les scandales n’existent pas !  Pourtant, un tout petit peu de mémoire permet une autre vision, d’apporter quelques nuances… seulement un peu de mémoire… un soupçon de connaissance historique… oh deux fois rien…voyez plutôt.

Dans l’Italie de Mussolini, après l’assassinat du socialiste Matteotti, plus un seul scandale, la presse aux ordres se tait, elle obéit… tout est uniforme, on assassine en silence !  Tout est parfait sous les ordres du caricatural du Duce ! Les films d’actualité de la « Luce » nous montrent Mussolini à moto, coupant les foins, le torse moulé dans un débardeur, à cheval… mais pas de scandale jamais !

Dans l’Allemagne nazie, il n’y a qu’un ennemi, qu’un scandale l’autre… le Juif, là est le grand scandale, sa seule existence est une horreur,  il ne peut y en avoir d’autre… tout y est parfait, les trains arrivent à l’heure, les postiers sont polis, les policiers sévères, les trottoirs impeccables. Les films de la « Wochenschau » strictement contrôlés par Goebbels ne diffusent que des images de merveilleuses jeunes filles blondes, de solides gaillards la mâchoire contractée, culottes de cuir, le regard vers l’horizon… et aussi sans doute… vers la frontière polonaise. L’écrivain britannique Philip Kerr dans sa « Trilogie berlinoise » explique fort bien comment des affaires criminelles où étaient impliqués les pontes du régime passaient à la trappe.

En Union soviétique et dans les pays satellites, aucun scandale ; la presse ne mentionnait même pas, cela lui était interdit, les faits divers.  Ainsi le monstre de Rostov put pendant des années massacrer des jeunes gens, comme l’explique fort bien Tom Rob Smith dans son roman « Enfant 44 ».  Les seuls scandales des dictatures communistes sont ceux voulus, organisés, construits par le pouvoir, celui des supposés « ingénieurs saboteurs », celui des espions de toutes sortes, des médecins juifs du « complot des blouses blanches », plus récemment dans la Pologne communiste, la liquidation du patron de la TV devenu indocile où une perquisition permit, évidemment, de trouver à son domicile des milliers de cassettes pornographiques… toujours efficace d’ajouter des affaires de sexe pour démolir un type.  Le brave peuple, dont on suppose, bien à tort, qu’il ne connait rien au sexe, ne pourra qu’être heurté !  Comme on le sait aujourd’hui, en URSS, même le bulletin météo faisait l’objet d’une analyse, d’un contrôle politique !

A CUBA.

Pas de scandale, sauf lorsque Castro veut se débarrasser du général Ochoa, devenu encombrant… tiens lui aussi… car il était informé des transactions de l’île paradisiaque avec quelques grands narco trafiquants. Le général sera fusillé et on n’en parlera plus.  Plus un palmier ne frémira sous les tropiques… tout sera parfait, calme et volupté, sous Castro et sa famille.

COREE DU NORD.

Pays au fonctionnement impeccable.  Oh ! de temps en temps, le méchant voisin de Corée du Sud fait état de l’une ou l’autre exécution ou d’une famine qui tue des dizaines de milliers de gens… mais c’est sans doute là les fruits vénéneux de la propagande impérialisto-sioniste !

Scandale et démocratie… tant qu’on en veut… n’en jeter plus !  Rien de nouveau sous le soleil !

L’affaire du collier de la reine Marie-Antoinette n’a éclaté que parce que des libelles édités à Londres ou à Amsterdam dénonçaient cette sombre manipulation.  Libelles que d’ailleurs la cour de France essayait de racheter avant leur diffusion… exactement comme le fait une élue de la région parisienne qui achète la totalité des exemplaires du « Canard Enchaîné » lorsque ce trop curieux volatile s’intéresse à ses turpitudes

La IIIème République grandit de scandale en scandale.

Sous le Président Grévy, il y eut l’affaire Pranzini, assassin guillotiné dont le président Grévy avait fait tanner la peau du dos pour en faire un sous-main.  Le gendre de ce même Grévy, Wilson vendait les légions d’honneur.  Grévy démissionnera. Il y eut aussi le mystérieux assassinat du peintre Steinheil et de sa mère… la femme du peintre, qui sera surnommée la Pompe funèbre,  étant elle épargnée, c’était l’ex maîtresse du président Felix Faure qui selon le mot de Clémenceau avait voulu être César et était mort «Pompée»… histoire connue, les assassins ne seront jamais identifiés.  Plus tard, ce fut la célébrissime affaire de Panama, réunissant ceux que l’on appelait les « chéquards ».  Barrès, célébrissime écrivain nationaliste ultra conservateur écrira « Leur figure » dressant l’inventaire de tous ceux qui avaient bénéficié des largesses de la compagnie du canal de Panama.  Puis ce fut en 1913, l’affaire Caillaux/ Calmette.  Calmette, patron du figaro attaque Caillaux, ministre ayant instauré l’impôt sur les revenus, la femme de Caillaux assassine Calmette !  Elle sera acquittée !

Dans l’entre deux guerre, les scandales se succèdent à vive allure.  D’abord la banquière Marthe Hanau, escroc de haut vol,  mais surtout l’affaire Stavisky qui secoue tout ce qui compte en politique dans la troisième république, que ce soit la police avec l’ignoble Bonny que l’on retrouvera au service de la Gestapo ou le Conseiller Prince qui finira « suicidé » sur les voies d’un chemin de fer.  Quand à Stavisky, retrouvé dans un chalet des Alpes, il sera lui aussi opportunément « suicidé » de deux balles tirées par derrière comme l’écrira le « Canard Enchainé. »  La république vacillera, les fascistes essaieront de la renverser le 6 février 1934 mais échoueront.  Le « Tous pourris » n’avait pas suffi.  La démocratie s’était maintenue à travers tout !

En Belgique.

Sous Léopold II, un gigantesque scandale financier secoue tout l’establishment catholique, c’est l’affaire Langrand-Dumonceau. C’est tout un réseau de banques et d’assurances qui fait faillite et ruine des milliers de rentiers.

L’entre deux guerres voit le scandale de la « Flotte rouge » où se trouvent mêlés Anseele et un ensemble de socialistes flamands liés à ce réseau de coopératives.  C’est aussi la fameuse « cagnotte » de Van Zeeland qui ministre, mais fonctionnaire de la Banque nationale, impose à toute la fonction publique de sévères restrictions de salaires mais crée une cagnotte à la Banque nationale pour s’exonérer de cette diminution de ses rémunérations.  Malgré le slogan du « Tous pourris » lancé par Degrelle et son fameux coup de balai, en Belgique aussi la démocratie tiendra le coup et survivra !  En 1939, il ne restait à Degrelle que deux députés sur 21 élus !

Après guerre.

La France fut secouée en permanence par une série de scandales.  D’abord l’affaire des fuites où des ministres dont Mitterrand sont accusés, à tort, de donner des informations militaires à l’ennemi.  Avant cela, il y eut l’affaire des piastres, vaste escroquerie sur les taux de change. Puis l’affaire du faux attentat de l’observatoire dont on sait aujourd’hui que ce fut un piège tendu à Mitterrand organisé par Alexandre Melnik du cabinet de Michel Debré, premier ministre.  Plus comique l’affaire des ballets roses où est mouillé Letroquer, Président socialiste de l’Assemblée nationale qui avait eu le tort de s’opposer au retour de de Gaulle.  L’affaire Ben Barka où de vrais flics enlèvent cet opposant marocain membre de la Tricontinentale pour le compte des services secrets marocains…qui l’assassineront.  Le mystérieux assassinat du ministre de Broglie, négociateur des accords d’Evian.  Le « suicide » du ministre du travail Robert Boulin dont on vient de rouvrir le dossier, suicide dans dix centimètres d’eau, le nez cassé et diverses ecchymoses… bizarre, bizarre et plus qu’étrange ! La célébrissime affaire Markovic, garde du corps d’Alain Delon, où on a essayé d’impliquer Madame Pompidou.  Les extraordinaires « » où un escroc italien de génie avec l’aide du Comte de Villegas de Jette a réussi a faire dépenser des milliards à Giscard d’Estaing pour une simple photocopieuse.  Tout le monde se souvient de Giscard et des diamants de Bokassa qui firent le succès de Thierry Le Luron et la mort politique de celui qui se voulait l’homme le plus intelligent de France.

Sous Mitterrand se fut un festival, à commencer par l’affaire URBA qui visait à financer le PS sur base d’appels d’offres truqués.  Le dossier Pechiney qui conduisit le chef de cabinet de Bérégovoy en prison. Il y eut aussi le terrifiant sang contaminé.  Le prêt de ce même Bérégovoy que lui fit Patrice Pelat, ami de résistance de Mitterrand mais homme d’affaire trouble qui fit une opportune crise cardiaque avant de devoir répondre à la justice.  Quant à Bérégovoy, il se suicida !  Le dossier Elf avec Dumas, Devier-Joncour, Loïc Lefloc Prigent, énorme machine a financer les partis politiques au départ de potentats africains.  Comment ne pas évoquer Mazarine qui fut pendant quasi quatorze ans logée aux frais de l’état.

Avec Chirac, c’est l’explosion, un jet continu de scandales, la cassette Méry, les emplois fictifs de la mairie de Paris, pour lesquels Juppé sera condamné, les faux électeurs de Tiberi, l’emploi fictif de sa femme, les appels d’offres truqués des lycées des hauts de Seine, la fuite sous les tropiques de Schuller qui en savait trop, la construction des prisons manipulée par Bédier, l’immobilier avec Longuet et Léotard.

Sous Sarkozy, impossible, ça se bouscule trop : Mme Bettencourt, financement de campagne par Kadafi, Bygmalion, corruption supposée de magistrat, les multiples affaires reprochées aux étonnants époux Balkany et tant d’autres.  Impossible de les citer toutes.

Sous Hollande, affaire du compte Suisse de Cahuzac, les mensonges devant l’Assemblée nationale.  Démission d’un secrétaire d’état aux anciens combattants ayant confondu ses affaires commerciales et ses mandats.  Démission du secrétaire d’état à la coopération qui depuis quatre ans faisait… un blocage psychologique et ne payait pas ses impôts.

Et beaucoup d’autres… dont peut-être le plus blanc que blanc, propre sur lui François Fillon !

Et en Belgique.

L’assassinat de Julien Lahaut dont on ne connaîtra l’auteur que des décennies plus tard mais jamais le ou les commanditaires.  Le supposé milliard de Mobutu qui aurait été versé à Leburton mais dont jamais personne n’a vu le premier centime.   Le procès de ce même ex premier ministre Leburton et de son homologue chrétien  Hallet concernant les financements octroyés par les mutuelles qu’ils dirigeaient. Seul Leburton sera condamné !   Les étonnants crédits parallèles visant la construction du port de Zeebrugge.  Le dossier du financement du PRL, dossier du centre Paul Hymans, jamais jugé !  La démission du bourgmestre d’Uccle Jacques Van Offelen soupçonné de corruption.  Les affaires INUSOP et Agusta Dassault concernant le financement des campagnes électorales du PS.  L’affaire des KS, liée  à la reconversion des mines du Limbourg où étaient impliqués différents ministres ou députés CVP.
Comment ne pas évoquer les tueries dites du Brabant Wallon, entre 28 et 31 morts… selon les comptages… dont on n’a jamais arrêté les coupables.  Était-ce des gendarmes dévoyés ?  Y-a-t-il eu une tentative de déstabilisation politique afin d’empêcher la mise en place du fédéralisme ?  Saura-t-on un jour la vérité ?Plus terrible, l’affaire Julie et Melissa où apparaît dans toute son horreur les insuffisances, pour rester prudent, de la gendarmerie et de la justice.  Puis ce fut l’assassinat d’André Cools dont, comme pour Lahaut, on ne connut jamais le ou les commanditaires… et pourtant ils existent, j’en suis convaincu !  L’affaire des hormones avec l’assassinat d’un vétérinaire qui tentait de faire appliquer la réglementation suivie par l’affaire de la Dioxine qui fit chuter Dehaene et amena Ecolo au pouvoir !  Les dégâts du fameux escroc Van Rossem qui fut élu député et qui était, j’en ai été témoin, parfaitement introduit dans la « bonne société flamande »,   Il y eut aussi l’escroquerie Lernout et Hauspie qui ruina des milliers d’épargnants flamands mais qui avait l’aval du monde politique de Flandres, en particulier du CVP,  que la « la Libre Belgique » qualifia de plus grand escroquerie du siècle ! Comment ne pas évoquer le scandale de la Société générale qui ébranla le gouvernement jusqu’à la démission du premier Ministre et l’implication du sommet de la hiérarchie judiciaire.  La décennie consacrée aux dossiers du PS de Charleroi qui se transforma en chasse à l’homme dont Van Cauwenberghe fut le gibier…qui finalement ridiculisa le chasseur.

Pour la Grande Bretagne et USA  

Je me contenterai de rappeler le dossier Profumo, ministre de la défense qui partageait sa maîtresse Christine Keeler avec l’attaché naval de l’ambassade soviétique.  Le « suicide » de Maxwell, magnat de médias, qui avait volé le fonds de pension de ses ouvriers et employés. 

Le dossier de Cohn, l’adjoint de Mac Carthy qui voulait que son petit ami échappe au service militaire, cette affaire mit fin à la période de chasse aux sorcières des années cinquante. L’assassinat de Kennedy qui reste toujours mystérieux. La liaison du jeune et fringant président avec une maîtresse qu’il partageait avec Gianacana, l’un des patrons de la mafia. Bien sûr, le célébrissime Watergate où de fil en aiguille la justice remonta jusqu’à Nixon qui démissionna avant d’être révoqué.  Sous Reagan, l’Irangate où le colonel de Marines Oliver North commerçait avec l’Iran sous embargo pour financer les contras du Nicaragua.  Reagan s’en sortit grâce au sacrifice de North qui assuma tout.  Sous Clinton, il y eut une multitude de dossiers financiers mais surtout l’affaire Moniqua Lewinski au cours de laquelle le procureur spécial Star dépensa un milliard de dollars pour tenter d’avoir la tête, à défaut d’autre chose, de Clinton !  La gigantesque affaire de Subprimes, dont les agences de notations et les banquiers ne répondront jamais…sauf dans la minuscule Islande.

En Israël.

Un premier ministre Ehud Olmert est en prison, il n’est pas rare que des ministres démissionnent et soient condamnés dans des dossiers financiers ou des affaires de mœurs, tel Weizman fils du premier président d’Israël.  En ce moment la justice examine différentes relations du premier ministre.  

Qu’est-ce que cela signifie au plan du fonctionnement des démocraties ?

D’abord, je constate qu’il y a des pays où jamais aucun scandale n’éclate.  L’Arabie saoudite par exemple, la Syrie de Bachar, la Tunisie de Ben Ali, la Lybie de Kadafi, la Grèce des généraux, le Chili de Pinochet, l’Argentine de Videla… en un mot comme pour le nazisme, le communisme, là où il n’y a pas de démocratie, il n’y a pas de scandale.  Le scandale est inhérent à la démocratie comme les accidents de la route le sont à la circulation routière.  J’ose dire qu’il est, les chrétiens apprécieront, consubstantiel, c’est-à-dire, inséparable de la démocratie.  Le scandale est le verso de la démocratie… il est inévitable qu’une pièce ait deux faces !

Le « tous pourris » est non seulement faux mais dangereux car il fait le lit des régimes autoritaires où tout est caché, il conduit au mensonge généralisé d’une dictature qui lave plus blanc que blanc.  On le voit fort bien en Russie où si un journaliste a encore des velléités de vérités qui pourrait chatouiller les puissants, il est assassiné.  Dans les dictatures la formule de Léo Ferré est toujours d’application :  « la vérité c’est pas ici ! »

Napoléon ne s’y était pas trompé, sous la révolution était né une multitude de journaux, il les supprima pour n’en laisser subsister que quelques uns, qu’il contrôlait parfaitement !  Emile de Girardin inventant vers 1830 la presse à bon marché transforma la masse populaire en opinion publique… l’information, aussi imparfaite fût-elle,  remplaçait les rumeurs invérifiables, un contrôle pouvait s’initier, il ne fera que grandir.

Ce n’est donc pas un hasard si Trump s’en prend si violemment à la presse qu’il veut à toute force décrédibiliser.  Il sait que c’est de cette presse que pourrait venir ses plus sérieux ennuis donc elle ment… et il invente cette étonnante notion des faits alternatifs.  Il veut casser le thermomètre !  Les scandales sont effectivement le thermomètre de la démocratie.  Ils y jouent un rôle fondamental de correcteur, au départ de ceux-ci la démocratie évolue, se corrige, s’amende, progresse mais progresse dans la liberté… le mensonge ne permet aucun progrès !  Le mensonge, c’est Orwell et le meilleur des mondes, c’est « la ferme des animaux » et finalement le basculement comme l’explique Koestler dans « Le zéro et l’infini. »  D’où l’absolue nécessité de conserver une presse libre ou les journalistes ne sont pas pour leur plus grand nombre, comme en Belgique des infra salariés, où un élégant clignement d’yeux d’un présentateur de TV ne remplacera jamais une analyse de fond d’un dossier !  En ce sens oui !  Une démocratie est en danger si sa presse se réduit à une peau de chagrin et que ses journalistes sont privés de l’élémentaire liberté offerte par un statut social respectable.

Le véritable scandale est celui qui n’éclate jamais !

Celui qui reste bien caché, que l’on occulte avec attention, là est le scandale !  N’êtes vous pas étonné du nombre de commissions parlementaires mises en place mais dont on sait peu de chose et… le citoyen lambda ne sait rien !  Ainsi la commission sur les attentats de Bruxelles et Zaventem !  Voilà pourtant une situation extraordinaire !  Mais où sont les articles de presse sur le suivi de cette commission qui est censée se poursuivre ?  Une seule commission parlementaire eut un grand retentissement, ce fut celle consacrée à l’horreur de l’affaire Julie et Mélissa.  Pourquoi ?  Parce qu’elle était filmée.  Aux USA, elles le sont toutes depuis les années cinquante.  Ici, on a crié au populisme, au poujadisme !  Pourquoi parce que les citoyens qui suivaient les débats jusqu’au milieu de la nuit découvraient en direct le fonctionnement des institutions, de la Justice, de la Police, de la gendarmerie dont ce sera d’ailleurs le chant du cygne… elle disparaîtra !  C’était scandaleux oui !  Et alors ! C’est grâce à cela qu’on peut amender nos institutions, les faire progresser vers plus de transparence, vers plus de respect pour les citoyens.  La démocratie n’en est pas une si elle ne respecte pas la célèbre formule anglaise des « Checks and balances », c’est-à-dire des pouvoirs et de leur contrôle !  Toutes nos commissions parlementaires devraient être filmées et diffusées, là est le prix d’une démocratie vivante où les élus n’ont pas peur de leurs électeurs !  Parce qu’en vérité c’est de cela qu’il s’agit quand certains hurlent, craignent le populisme !

Alors oui !  Je n’hésite pas à dire, vive les scandales, leur dénonciation est le seul marqueur de la démocratie !  Ne l’oublions jamais !  Ils ne sont pas le signe d’une quelconque déliquescence de nos institutions, bien au contraire, ils sont la preuve de leur vitalité et de leur force.  N’ayons pas peur des scandales !  N’ayons pas peur de ce qu’ils disent de nous !  Les hommes sont perfectibles, les institutions aussi !