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Réflexions à propos de l’analyse de DSK sur la crise que traverse actuellement l’humanité

Une amie a eu l’excellente idée de faire parvenir à ses amis la très importante note de Dominique Strauss-Kahn à propos de la pandémie et de ses probables conséquences civilisationnelles et économiques.  C’est à mes yeux un document capital pour tous ceux qui tentent de comprendre les événements historiques que nous vivons.  Je vous soumets donc ma réaction à propos de ce texte essentiel telle que je l’ai adressée à  mes amis et ensuite la note initiale de DSK.

D’abord une amère réflexion belgo-belge.

Un tel texte, écrit par un expert mais aussi par quelqu’un qui fut un responsable politique de tout premier plan, capable de prendre de la hauteur, de ne pas s’attacher à la minute présente, est inenvisageable en Belgique tant le niveau du monde politique est médiocre.  Le moins qu’on puisse dire est qu’en matière de bagages culturels nos politiques voyagent léger, très léger.  L’une des raisons en est simple, c’est le refus depuis la fin des années cinquante de voir se créer une école d’Administration et surtout le fait que l’ascension politique se fait essentiellement à partir du niveau municipal qui, le moins qu’on puisse dire, ne vole jamais très haut, c’est enfin le caractère pragmatique de notre personnel politique, ce qui, pour l’exercice classique du pouvoir est une vertu, mais qui est catastrophique lorsque le pays est confronté à une crise majeure, qu’il faut lever la tête du guidon pour tenter d’apercevoir le panorama global du problème.  Comme l’a écrit Stendhal, nos politiques sont toujours dans la posture de Fabrice del Dongo à la bataille de Waterloo, il est au centre des combats mais ne comprend rien ni de la lutte titanesque qui se déroule sous ses yeux, ni des enjeux qui se profilent. En ce sens la dernière conférence de presse du gouvernement a été emblématique, florilège d’imprécisions, de flou, d’à peu près… une catastrophe… après 7 heures de débat avec les scientifiques, l’image d’un poulet dont on vient de couper le cou et qui court encore !

Tu auras compris que je considère le texte de DSK, dont j’avais entendu parler mais que je n’avais pas lu, comme extrêmement important par l’analyse qu’il dessine de la situation, par les causes qu’il décrit et enfin surtout par les perspectives de sortie de crise qu’il évoque.

Cependant Willy a raison quand il écrit que ce texte est anxiogène.  Mais la situation n’est-elle pas elle-même anxiogène, la vie étant par essence anxiogène car elle se termine toujours mal, ne pas penser à la chute finale dans le néant, c’est faire la politique de l’autruche, ou pêcher par un total manque de lucidité.  Donc assumons notre anxiété, notre peur, pour la combattre il faut d’abord la connaître.  La peur est un bon signal si on peut la lire, la comprendre et faire face.

La mort en Occident au XXIème siècle.

J’ai été heureux que DSK aborde ce thème en début d’exposé car il recouvre en réalité l’ensemble des ressorts de la situation actuelle, c’est sa base décisionnelle.  Depuis la dernière guerre, progressivement l’idée de la mort a été occultée, gommée de notre espace intellectuel… d’ailleurs on ne meurt plus… on « part ».   La disparition de l’usage des mots est significative de l’évolution des civilisations, les mots nous disent tout sur ceux qui les utilisent… ou qui les nient.  Nos dix paras massacrés au Ruanda, les douze soldats français tués dans une embuscade en Afghanistan sont devenus inacceptables aux yeux de l’opinion publique… les familles font des procès aux armées, aux commandements.  Or, douze morts, c’est dix minutes de combat en 14-18 !  Qui au total fit 1 million 200 mille morts français.  Attention, je ne mets nullement en cause le courage des soldats qui vaut bien celui des poilus de 14, non ! c’est l’opinion publique qui ici est en cause.

Notre drame est que si chez nous la mort au combat est devenue inacceptable, chez d’autres ce n’est pas du tout le cas.  Cela me fait penser à cette constatation dans le monde animal.  En général lorsque des animaux d’une même espèce se battent, ils ne se tuent pas… le loup qui a le dessous se couche et le gagnant urine autour de lui et s’en va.  Le drame intervient lorsque l’un des combattants ignore la règle.  Ainsi lorsqu’un dindon se bat avec un coq ; le dindon ayant le dessous s‘aplatit pensant que le coq partira frétillant d’avoir gagné le combat.  Malheureusement, le coq perce le cou du dindon de ses ergots jusqu’à ce que mort s’en suive.  C’est exactement notre situation, nous nous couchons, en parfaits civilisés et on nous tranche la gorge.  Complexé par une énorme chape de culpabilisation imposée, nous ne sommes plus prêts à défendre nos valeurs, à savoir mourir pour elles !  Vaste débat !  Et maintenant nous retrouvons la mort sur notre chemin, alors qu’on la croyait disparue, elle revient sous la forme d’un virus qui se mesure en microns.  Inacceptable !

La réaction à l’égard de la pandémie ouvre cependant une nouvelle façon d’appréhender la mort puisque tous les pays latins (Brésil mis à part) ont fait le choix de sauvegarder la vie au risque de plonger dans une crise économique existentielle.  Je remarque d’ailleurs que les pays qui ont essayé de refuser cette orientation sont des pays protestants ou à forte communauté réformée.  J’y vois une attitude darwiniste, où le faible meurt mais le fort survit, mais surtout une position issue de la prédestination calviniste où la réussite terrestre détermine l’élection pour l’entrée dans l’Éden.  Max Weber avait fort bien identifié les conséquences de ces notions sur l’émergence et la domination du capitalisme américain.  J’ai déjà écrit précédemment que cette attitude fut aussi celle du monde communiste. En 1952, on pouvait lire chaulé sur les murs de Varsovie « Lutter contre la tuberculose elle freine la production ».  De toute évidence, le régime stalinien régnant à Varsovie, n’ayant rien de calviniste, avait fait le choix de la production dont la santé n’était de toute évidence qu’un moyen !  Or, nos pays ont résolument mis en péril l’économie, privilégiant la vie.  C’est à mon sens une révolution majeure, au sens premier du terme, civilisationnel, dont l’importance implicite dépasse de loin tous les autres aspects de cette crise.

Les crises précédentes.

C’est évidemment la grippe espagnole qui est la seule vraie référence, par l’ampleur qu’elle a eue, 50 millions de morts dans le monde.  Elle n’avait rien d’espagnol mais l’Espagne étant neutre pendant la guerre de 14-18, c’était la seule nation qui pouvait librement évoquer cette maladie, en réalité originaire du Minnesota et apportée en Europe par les troupes américaines qui débarquèrent en 17.

Mais à l’époque, les mesures prise n’eurent rien de comparable avec les mesures de confinement d’aujourd’hui.  Toutes les autres pandémies, malgré un nombre de morts parfois considérable, n’eurent jamais l’ampleur de la grippe espagnole.  D’où le choc actuel devant la magnitude des événements.  Plus personne ne se doutait de la fragilité humaine devant une telle pandémie, seuls les livres d’histoire évoquaient la très lointaine épidémie de peste de 1347-1349 qui dans certaines régions de l’Europe réduisit la population de moitié.  Nous sommes donc dans un état de sidération qui remet en cause nombre de valeurs… mais n’est-il pas réjouissant de constater que chez nous ce sont les valeurs de la vie qui l’ont immédiatement emporté.

L’Economie politique… n’est pas une science !

DSK a été professeur d’économie politique, il connaît ses grands classiques mais il sait que comme l’écrivait J.M Keynes, le père des accords de Bretton Woods, on peut amener un cheval à l’abreuvoir mais on ne peut le forcer à boire !

D’où la faiblesse de toutes les théories économiques, même si elles se donnent des airs de respectabilité scientifique quand elles camouflent leurs imprécisions sous les masques compliqués de l’économétrie et de la modélisation.

Je me suis longtemps passionné pour l’économie politique dont je suis agrégé, mon professeur à l’ULB était Henrion, un excellent ministre des finances, homme d’une élégance morale remarquable, j’ai enseigné cette matière pendant quatre ans, j’en connais donc les limites, les trucs et les ficelles.  Pour un politique faire confiance à un économiste s’apparente parfois au crédit qu’on peut accorder à une tireuse de cartes qui à la foire vous prédit l’avenir.  C’est ainsi que le premier ministre britannique Heath déclencha une énorme grève des mineurs sur base de modèles économiques que lui avaient fournis des économistes qui avaient oublié quelques variables.

DSK qui fut un très brillant professeur de Sciences politiques cite quelques grands auteurs ; mais c’est avant tout un praticien, un grand patricien de la politique, il sait que l’économie est toujours dépendante en bout de course d’un facteur essentiel, primordial à savoir le facteur psychologique, par essence incontrôlable, incalculable, imprévisible qui détermine pourtant les décisions, les choix finaux des producteurs et des consommateurs… les fameux canassons qu’on ne peut pas forcer à boire.  D’où l’échec des planifications et des planificateurs de tout acabit qu’ils fussent du pays du « socialisme scientifique » ou de pays démocratiques.  Qui sait qu’en Belgique il y a une administration qui planifie l’économie… et qui ne sert à rien sauf à promouvoir des fonctionnaires qu’on doit bien planquer quelque part.  Je crois même qu’il y en a un qui porte encore le titre de Commissaire au plan… sans doute avec le rang d’Administrateur général.

Les cycles économiques et l’ampleur de la crise.

DSK fait allusion aux théories élaborées au XIXème et XXème siècle concernant les cycles économiques.  Il y a une masse de théories à ce propos tout aussi fumeuses et invérifiables les unes que les autres, aucune n’a été vérifiée dans les faits.

Il a donc pleinement raison de constater que cette crise économique-ci n’a, par son ampleur, sa soudaineté, aucun équivalent historique.  En quelques jours, des millions de chômeurs, du jamais vu ! Mais tout à fait normal dans le village planétaire que décrivait Mac Luhan dans les années soixante, qu’est devenu le monde aujourd’hui.  Tout est interconnecté, tout se tient, c’est l’effet papillon étendu à tous les aspects de l’existence.  Le monde est devenu un corps unique où tout a une influence sur tout… mais qui est dirigé par une multitude de cerveaux indépendants, si pas hostiles les uns aux autres, voilà le drame.

C’est surtout l’effet du triomphe de l’école économique de Chicago qui ayant trouvé, après le général Pinochet, en Reagan et Thatcher ses points d’appui politiques, a pu imposer partout la dérégulation, les privatisations, le démembrement des structures de l’Etat providence qui avait permis les Trente glorieuses et surtout un bond formidable du niveau de vie tout en reconstruisant le monde dévasté par la guerre.  Rappelez-vous les contrôleurs aériens en grève aux USA que Reagan a fait enchaîner au sens propre du terme, rappelez-vous le défilé des mineurs anglais reprenant le travail drapeaux et musiques en tête après avoir tenu plus d’un an et avoir été sèchement battus… mais pas humiliés par Thatcher.

On l’oublie trop souvent mais la politique du Welfare state fut d’abord initiée par Roosevelt qui arrivé au pouvoir en 1932 doublait les salaires des fonctionnaires de l’Etat de New York alors qu’il en était le gouverneur et surtout taxa les hauts revenus jusqu’à 80% et les plus hauts revenus jusqu’à 100 %… Mélenchon en rêverait !  Voilà à quoi voulaient renoncer Reagan et Thatcher, sans retour possible en arrière.  Et c’est cette politique qui aujourd’hui se voit condamnée car on découvre à cause de cette pandémie que sans solidarité tout peut s‘écrouler, tout peut disparaître détruit par un virus d’un micron.  DSK met en cause avec raison la financiarisation de l’économie, cause de la crise des subprimes.

Après les constations – les solutions.

Willy a raison les constats faits par DSK sont très sombres puisqu’il évoque même un envahissement de l’Europe développée par les masses affamées du tiers-monde.  Mais ce qui est excellent dans ce texte est qu’il ne se contente pas de jouer les Cassandre, il dégage des pistes, des orientations sur lesquelles je suis totalement d’accord.  Il est évident que la présence de Trump au pouvoir aux USA enlève de facto à ce pays le rôle de puissance première dans le monde.  La tragédie pour les USA et pour le monde est que le système politique américain ait permis à un tel homme d’arriver au pouvoir.  La Russie a un pouvoir de nuisance dont elle use à profusion, c’est un nain économique (le PIB de l’Espagne pour un pays de 150 millions d’habitants et de 16 millions de km²) mais qui dispose, en dernier ressort, de milliers de vecteurs nucléaires.  La Chine est une dictature orwellienne donc incapable de jouer le rôle de leader du monde développé.  Reste donc l’Europe, géant économique mais nain politique de par la difficulté de gouverner à 27.  Et pourtant, je pense que DSK a mille fois raison.  Cette crise, mettant à jour les fragilités du monde est une énorme chance pour l’Europe… si elle sait s’unir et décider.

Or, il y a de nombreuses raisons de se réjouir.  Dès le début de la crise, l’UE a compris que sans intervention massive d’aides à la fois aux entreprises et aux consommateurs la crise emporterait tout à commencer par elle-même.  Des montants considérables ont déjà été dégagés, dont on sait cependant qu’ils seront loin d’être suffisants pour sauvegarder l’emploi et une production industrielle qui doit se recentrer sur son marché intérieur de 475 millions de consommateurs.

La dette et l’emprunt ne sont plus des gros mots.

La dette et l’emprunt ne sont plus des tabous au niveau de l’UE.  Les décisions prises jeudi passé vont clairement dans le bon sens à savoir une mutualisation de la dette des pays européens.  Même le groupe des radins, Allemagne, Autriche, Pays-Bas et Finlande ne se sont pas opposés comme ils l’avaient fait le 26 mars quand tout le monde s’était insulté.  En Allemagne de nombreuses voix s’élèvent dont celle de l’ex-ministre des finances Wolfgang Schäuble en faveur des Corona bonds.  Donc, je pense qu’on devrait y arriver, cela donnerait à l’UE un levier extraordinaire que les USA n’ont pas car ils peuvent faire tourner la planche à billets, et ils ne s’en privent pas, mais ils ne disposent pas de l’ensemble des instruments financiers dont dispose l’UE et en particulier le MES (Mécanisme Européen de Stabilité )

La dette par l’emprunt n’est en réalité qu’une variable d’ajustement comme les autres, elle vient de perdre sa sacralité imposée par les ultra libéraux… ceux-là même qui ont ruiné la Grèce et ont fait régner la terreur budgétaire en Europe.  Subitement, ils changent de braquet, c’est miraculeux… et très heureux.  Mais attention, le grand danger c’est l’inflation, si elle devait repartir, elle rendrait toute politique économique impossible car le remboursement de la dette deviendrait vite énorme, c’est là le grand risque de l’argent gratuit que l’UE va déverser pour maintenir les emplois, les acquis sociaux et l’économie, c’est le risque de l’argent magique dont parlait Macron

La pandémie… Une gigantesque opportunité.

Toutes les crises ont été des opportunités… bonnes ou catastrophiques !  Le communisme est le fruit de la guerre de 14-18, le nazisme en est la réponse.  Or, je pense que DSK voit juste quand il évoque les crises du pouvoir.  Si les souverainistes, les nationalistes devaient l’emporter ce serait le retour vers les politiques du XIXème siècles où l’égoïsme des nations règle les différends économiques et politiques… par la guerre.

Or, nous avons vu au cours de cette pandémie surgir une inversion des valeurs.  Subitement le social, la solidarité, le service public étaient loués comme dernière planche de salut pour faire face à cet ennemi que l’on n’attendait pas.  Les caissières de supermarchés, les éboueurs, le personnel de gardiennage deviennent des héros.  Le personnel hospitalier, de la lingère au professeur de médecine, de la nettoyeuse au Prix Nobel, tous sont applaudis parce que l’opinion publique a pris conscience que tout ce peuple d’anonymes, d’exclus des médias, d’invisibles, de sans grade, de sous-payés ont un rôle vital dans la société… mieux vital pour notre survie.  Miracle de la pandémie, les premiers de corvée sont devenus les premiers de cordée !  Les oublier, les négliger demain serait offrir aux extrêmes un boulevard pour s’emparer des rênes du pouvoir.

Les couteaux sont déjà aiguisés, les nazis grecs de l’Aube dorée, les Salvini, les Le Pen, les nazis de l’AFD ou du Vlaamse Belang sont prêts, pas le moindre doute.  Eux aussi savent que l’opportunité est là !

Le service public, que pierre après pierre, les gouvernements de gauche comme de droite se sont attachés à démanteler depuis 40 ans, a démontré dans cette crise l’absolue nécessité de son rôle.  Le gouvernement Macron décide hier de reprendre des parts importantes dans le capital d’Air France et de Renault alors qu’il avait, il y a un an, vendu l’aéroport de Nice à un groupe chinois et qu’il y a quatre mois encore il allait vendre l’aéroport de Roissy-Charles de Gaulle !  Si cela n’est pas une inversion des politiques et des valeurs, je ne sais pas ce qu’il faut en dire !  Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que lorsque l’acier américain s’est effondré face à ses concurrents chinois George Walker Bush, président ultra libéral n’a pas hésité à subsidier massivement l’acier made in USA !  Nécessité fait loi !  En particulier dans l’art de gouverner.

Mais le plus important ne se passe pas au niveau des gouvernements, et DSK le signale, l’essentiel, est le choc frontal au niveau des mentalités des peuples soumis à cette pandémie et qui voit, qui a compris qu’un nombre considérable de ses certitudes sont remises en question, c’est le cerveau reptilien qui enregistre une nouvelle situation ou plus exactement en rappelle de très anciennes enfouies dans la nuit des temps.

Ces vieux peuples européens, ayant eu tant de mal, après tant d’immenses malheurs subis ensemble, en s’opposant ou en s’alliant, doivent saisir la chance qui s’offre de remettre à plat des options économiques imposées par un ultra libéralisme qui se révèle aujourd’hui mortifère.  Voyez ce qu’est le chômage aux USA et en Europe.  Imaginez les travailleurs européens sans sécurité sociale, sans mutuelle, sans chômage partiel, sans vrai droit à la santé… eh bien, ils sont plus de trente millions d’Américains dans cette situation aujourd’hui !

Oui ! les valeurs européennes de liberté de penser, de liberté politique, de liberté d’entreprendre, de liberté religieuse, de sécurité sociale se révèlent essentielles aujourd’hui, les Etats les ont adoptées en 1945 après un autre cataclysme… c’est maintenant à l’Europe de le faire, de transformer l’UE, ce monstre froid, sans âme, parfois stupidement bureaucratique, en citadelle du bien-être de ses peuples, en leader du monde libre, lui donner enfin une dimension humaine… c’est maintenant à l’Europe tout entière de devenir le premier de cordée du monde !

Veuillez trouver i-dessous  la note complète de DSK.

L’être, l’avoir et le pouvoir dans la crise, par Dominique Strauss-Kahn

Par Dominique Strauss-Kahn, ancien ministre de l’Économie et des Finances, ancien directeur-général du Fonds Monétaire International

Cet important article a été rédigé par Dominique Strauss-Kahn, ancien patron du FMI, pour l’influente revue Politique Internationale qui le publiera dans son prochain numéro (numéro de printemps). Nous remercions particulièrement Patrick Wajsman qui autorise sa diffusion et Dominique Strauss-Kahn qui l’accepte au profit des lecteurs du blog du Club des juristes.

DSK, ou le danger d’instrumentaliser la Justice !

On se rappelle la « divine surprise » du 12 mai 2011.

En quelques minutes, DSK passait du rang de dirigeant du monde à l’enfer des Médias.

Il était accablé de toutes les turpitudes.

Sur tous les plateaux de télévision, les mille et un journalistes « savaient tout », mais « n’avaient rien dit » !!!

Franz-Olivier Giesbert, venant de la Gauche, puis passant par le « Figaro »  pour atterrir au « Point », allait même jusqu’à dire « Maintenant, la Gauche n’a plus de leçon de morale à donner à la Droite » !

On avait atteint le fond.

Il est vrai que DSK était le coupable idéal : Juif, socialiste et riche.

On se rappellera d’ailleurs que, dans un film Nazi « Le Juif Süss », le coupable, ayant violé la fraîche et blonde victime aryenne, était également, bien sûr, cela allait de soi, Juif et riche.

En écoutant tous ces journalistes, je me souvenais des accusations lancées contre Blum et sa soi-disant vaisselle d’or dans laquelle il mangeait, et les accusations des fascistes Belges accusant le patron du PSB d’avant-guerre, Emile Vandervelde, de s’appeler, en réalité, Epstein !

Ce qui est remarquable, ce matin, c’est que c’est le Procureur qui, aux Etats-Unis, fait marche arrière, et semble reconnaître que les accusations ne tiennent plus.

Je remarque en passant que, dans le système judiciaire qui nous régit, que ce soit en Belgique ou en France, les Procureurs reviennent rarement, pour ne pas dire jamais, sur leur point de vue.

Certains se rappelleront le procès Graindorge.

Quoi qu’il arrive aujourd’hui, que la situation de DSK soit allégée, ou qu’il soit libéré, il est, aux yeux de la planète, marqué au fer rouge.

La leçon qu’il faut tirer de tout ceci porte bien sûr sur l’emballement médiatique, et les catastrophes qu’il peut engendrer, mais aussi, et fondamentalement, sur le danger d’une instrumentalisation de la justice au profit de la politique et ce, que ce soit à Jette ou à New York !

Parfois, la Justice se réveille, et alors !!!
merry_hermanus@yahoo.com


DSK, la divine surprise.

Jeudi soir, je regardais « innocemment » Antenne2 qui avait transformé le passage de DSK devant le Juge en spectacle de prime time.

Différents commentateurs étaient censés faire l’article et réagir en direct.

Le représentant du « Figaro » ne boudait pas son plaisir de voir DSK menotté, et n’hésitait pas à mettre en évidence le rôle « magique » de Sarkozy au plan international face à la « dégénérescence » de DSK.

Mais le pire ne vint pas de lui.

F.O. Giesbert, qui fut journaliste de gauche au « Nouvel Observateur », puis passa à droite, se retrouvant directeur du « Point », invectiva brutalement Emmanuel  Valls, député-maire PS, en ces termes « Maintenant, la gauche n’a plus de leçon morale à donner à Sarkozy » !

J’en ai hurlé de rage face à mon écran.

Voilà que, subitement, ce n’était plus DSK  qui était menotté, embastillé, mais c’était tout le PS français, que dis-je, c’était toute la gauche !!!

C’étaient les 1OO.OOO membres du PS qui se trouvaient accusés de harcèlement, de viol et de séquestration.

Pensez donc !

La gauche ne pourrait plus donner de leçon morale à Sarkozy car l’un des siens est accusé d’un crime épouvantable.

Ce qu’a fait F.O Giesbert semble l’application du principe de responsabilité  collective.

C’est sur  ce principe que, pendant 20 siècles, l’antisémitisme s’est appuyé, considérant que tous les Juifs étaient responsables de la crucifixion du Christ, que tous les Juifs étaient, comme on le dit dans une prière, jusqu’à Jean-Paul II, le peuple déicide.

Tous les Juifs devaient donc payer car tous les Juifs étaient coupables !!!

C’est au nom de cette responsabilité collective que les Croisés de 1099 massacrèrent les Juifs durant leur long périple vers Jérusalem.

Tiens, j’y pense, mais DSK est juif !!!

C’est ce principe de la responsabilité collective que les Juges de Nuremberg ont voulu éviter en n’imputant pas la responsabilité du Nazisme et de la guerre à l’ensemble du peuple allemand.

Des responsables furent jugés. Le peuple allemand, jamais !

Le monde avait changé.

Un peuple tout entier ne pouvait pas être considéré comme responsable. Seuls les dirigeants devaient payer.

Eh bien, 67 ans plus tard, un journaliste bien en cour, resplendissant représentant du bobo land parisien, un journaliste qui, dans un récent ouvrage, raconte qu’il a offert à Sarkozy un repas de truffes ( !), reprend ce principe de la responsabilité collective pour faire supporter par toute la gauche les supposées turpitudes de DSK.

Celle-ci, depuis la nuit de samedi à dimanche, ne peut plus donner de leçon de morale à la droite !!!

Non ! Elle doit se taire.

Elle doit se coucher et permettre à la droite de gouverner en paix, et de détruire le tissu social dans un silence approbateur.

On se demande quel rapport il y a entre le crime supposé de DSK et son appartenance à la gauche ! Etre de gauche implique-t-il de souffrir de priapisme aigu ?

Il est vrai que l’extrême droite, aujourd’hui, n’hésite pas, et reprend les termes de la presse d’avant-guerre, en parlant de « dégénérescence de la Nomenklatura socialiste ».

Cela me fait penser à Céline qui, pendant la guerre, écrivait, à propos d’un député communiste emprisonné, il sera d’ailleurs fusillé, qu’il était un « chancre syphilitique ».

Pas de doute, l’affaire DSK est, pour la droite, ce que fut la « divine surprise » de l’extrême droite française lorsqu’elle vit, le 14 juin 1940, les chars allemands défiler sur les Champs-Élysées, les croix gammées flottant en haut de la Tour Eiffel.  Cela allait mettre fin une fois pour toutes  au rôle de ces vandales qui, depuis 1936, au nom du Front populaire, dirigeaient la France.

La formule haineuse de F.O. Giesbert me porte à penser qu’on en est toujours là !

La « divine surprise » met fin au risque de voir DSK à la présidence de la République.

Pour la droite, que ce soit en France, en Belgique ou ailleurs, la gauche au pouvoir est toujours illégitime.

Le pouvoir appartient à la droite !!!

Seule elle a le droit de diriger les hommes.

DSK avait une chance sérieuse, très sérieuse de gagner.

Il est en enfer !

Que toute la gauche y soit avec lui.

Voilà qui est dans « l’ordre des choses ».

merry_hermanus@yahoo.com