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Le Symbole et le Piège

Une précision personnelle d’abord.  Celui qui rédige ces lignes est athée, non pas un de ces athées d’ostentation ou de circonstance mais quelqu’un qui a pu juger lors de moments où l’essentiel était en jeu que sa conviction restait forte, qu’aucune velléité de recours à des valeurs de transcendance n’affaiblissait sa lucidité.  Que l’on ne s’y méprenne pas ! Mon athéisme ne m’empêche pas d’éprouver une vraie émotion lorsque je découvre dans un appartement une petite croix ; le désir de croyance en un au-delà m’a toujours semblé être une réponse à l’inéluctable mort, néant que l’esprit de l’homme se refuse d’admettre… on peut le comprendre.

Le Symbole.

Le drame qui s’est déroulé hier dans la banlieue de Rouen est extraordinairement symbolique.  L’égorgement d’un prêtre au pied de son autel, au cours de la messe matinale, dans une église où ne se trouvent que cinq fidèles, voilà qui nous ébranle, qui touche en nous des fibres lointaines mais tellement présentes de  notre civilisation judéo-chrétienne.  L’assassinat du prêtre, pas de n’importe quel prêtre, un homme de quatre-vingt-six ans, au visage émacié, tête de moineau déplumée émergeant d’une chasuble dont sans doute le poids lui est lourd à porter.  Non !   Ils n’ont pas assassiné un jeune curé à poitrail de rugbyman, à cou de taureau ; c’est à un inoffensif vieillard qu’ils se sont attaqués, qu’ils ont égorgé pendant la messe, au pied de son autel, sacrifice quasi biblique !  La symbolique est immense, lourde, elle touche à l’essentiel, elle parle à nos cœurs de croyants… ou d’athées !  Parmi le monceau d’images dont  les télévisions nous abreuvent, il en est une qui donne un sens tout particulier à ce meurtre.  Cette commune a un maire communiste, cet homme s’est exprimé… entre ses sanglots, il n’a pu articuler que deux phrases… un maire communiste qui ne retient plus ses larmes face à l’ignoble assassinat du prêtre de sa commune.  Y-a-t-il un spectre plus large de la société française, du maire communiste… au curé !  Quel symbole de notre société… de notre civilisation.  Oui !  Voilà bien la preuve que ce n’est pas seulement ce vieux curé que les monstres ont égorgé mais c’est aussi notre civilisation !  Peut-on imaginer crime plus rituel ?  La victime, le lieu, le mode d’assassinat, le moment !  Tous les ingrédients de la symbolique sont présents, nous parlent, nous renvoient à l’histoire, aux pires moments des guerres de religions.  Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que certaines régions d’Allemagne ont vu leur population réduite de moitié lors de la Guerre de Trente Ans, pour ne pas évoquer les horreurs du 24 Août 1572 lors de la Saint Barthélemy… n’en doutons pas, voilà où nous renvoient les monstres se réclamant de l’Islam radical.  Je ne peux pas ne pas évoquer non plus l’assassinat systématique des communautés chrétiennes du Moyen Orient qui jour après jour subissent des persécutions sous prétexte qu’elles seraient les derniers représentants des croisés honnis alors que ces ignares ne savent pas qu’elles sont les derniers témoins des âges du Christ !  Nous devons le reconnaître ces meurtres des chrétiens d’orient n’ont guère ému en Occident, c’était loin, cela ne nous touchait pas directement… comme toujours la lâcheté, notre lâcheté se paye, nous la payons, nous la payerons encore longtemps !

Le Piège.

En France, les chiffres varient selon les sources, mais on évoque généralement que cinq millions de musulmans vivent sur le territoire national, sur soixante- six millions d’habitants, à Bruxelles quarante pourcent de la population serait musulmane, les démographes affirment que dans dix ou quinze ans la ville sera à majorité musulmane.  De fait, les islamistes appliquent à front renversé la stratégie du FLN en 1958, au moment où il a lancé sa campagne de bombes dans Alger notamment au Milk Bar et sur la corniche d’Alger, tuant un maximum de jeunes gens dans les lieux où ceux-ci se rassemblaient, l’objectif proclamé était « créer un fleuve de sang entre la communauté musulmane et les Pieds noirs de façon à rendre toute cohabitation impossible ».  Il y avait à l’époque en Algérie un million de Français et neuf millions et demi d’Algériens.  On connaît la suite !  Il fallut choisir entre le cercueil et la valise.  C’est exactement le même but que recherchent les islamistes et leurs thuriféraires.  Convaincre un maximum de musulmans que les pays d’Europe qui les ont accueillis ne sont que des terres où l’Islam est pourchassé, discriminé, insulté, jour après jour !  La preuve par « Charlie Hebdo ».   En un mot, des pays où le vivre ensemble est impossible ! Des pays où l’Islam n’a pas sa place comme religion, parmi les autres.  C’est ce même fleuve de sang qu’ils tentent d’alimenter crime après crime.  On entend, surtout en France, de plus en plus souvent des propositions visant à créer des camps de rétention, quelle pudeur pour appeler ce qui ne seraient que des camps de concentrations, voir à arrêter « préventivement » toute personne suspectée de radicalisation !  Voilà le piège, basculer dans de telles pratiques conduirait immanquablement à l’isolement des communautés musulmanes d’Europe, à les couper des communautés nationales… à faire ce que les Islamistes veulent… de crimes en meurtres, certains n’hésiteraient plus à s’en prendre au hasard à des musulmans.  Pour reprendre l’analogie de la guerre d’Algérie, les desperados de l’OAS ordonnaient de tuer un jour tous les facteurs algériens, le lendemain, tous les bouchers, le surlendemain tous les épiciers… ce fut une suite de meurtres ignobles, sans le moindre sens !  Sinon de terroriser la population musulmane.  Non !  Nous ne devons abdiquer aucune de nos libertés, nous devons rester, envers et contre tout, des états de droit.  L’arsenal judiciaire existe, il doit être appliqué avec la plus extrême rigueur, sans la moindre faiblesse.  Mais abdiquer nos libertés serait faire le jeu des terroristes… Ne tombons pas dans ce piège.

Comment s’en sortir.

La première des clés est entre les mains des musulmans.  Il faut qu’ils s’expriment avec force, sans ambiguïté, sans atermoiement, sans la moindre nuance pour condamner ces crimes atroces qui, qu’ils le veuillent ou non, que cela les choque ou non, sont commis au nom de LEUR religion !

Ensuite, il faut détruire de la façon la plus urgente les théories du complot qui font florès au sein de la communauté musulmane.  Une fois ce sont les Illuminati, une autre les Francs-maçons, une troisième les Américains, ou encore… mais c’est bien sûr le Mossad ou les Israéliens… ceux-là ils sont partout… c’est  bien connu depuis les années 40, ceux-là ils sont responsables de tout !  Leurs doigts crochus, si parfaitement dessinés récemment sur une affiche du PAC de Molenbeek Saint-Jean, enserrent le globe terrestre !  Cher lecteur, vous croyez que j’exagère…détrompez-vous, ce genre de théorie est extrêmement fréquente parmi les musulmans Belges ou Français !  C’est ce genre de justification qui est mise en avant pour expliquer l’inexplicable que ne peuvent comprendre ni admettre en toute bonne foi une masse de nos compatriotes de religion musulmane.  Dès lors, pourquoi ne pas trouver un refuge confortable de l’esprit grâce à l’une des multiples théories du complot.  Les média, les politiques ont l’impérieux devoir de combattre partout ce genre d’ineptie.  Il est vrai que cela n’est pas simple quand on voit Philippe Moureaux, l’ancien bourgmestre de Molenbeek, vice-président du PS s’afficher au premier rang en compagnie de sa malheureuse fille lors d’une conférence de Tarek Ramadan, dont les ambiguïtés sont connues de longue date, et que pire encore, à quelques mètres de celui qui fut longtemps professeur de critique historique, se vend « Le protocole des sages de Sion » faux antisémite qui nourrit les pires horreurs.  Apparemment, cela ne l’a en rien gêné !  En Septembre, il descendra encore d’un cran le toboggan du déshonneur en s’affichant comme conférencier aux côtés de ce même Tarek Ramadan, vous savez celui-là même qui au cours d’un débat avec Sarkozy se refusait à condamner la lapidation des femmes adultères, tout juste acceptait-il un moratoire !  Le brave cœur !
Ce soir-là, j’ai aimé Sarkozy…c’est dire !

L’autre clé est aux mains des politiques.  Il est impératif, urgent de mettre fin aux votes multiples (faculté de voter pour plusieurs candidats sur une même liste),
de les limiter à trois au maximum.  Tout le monde sait à Bruxelles que le vote multiple conduit à des campagnes électorales exclusivement communautaires, au prix de concessions dramatiques sur nos valeurs essentielles. C’est cette aberration qui a conduit le parlement bruxellois à être ce qu’il est, où la représentation est totalement déséquilibrée.  Pour le PS bruxellois, c’est vital s’il veut encore représenter l’ensemble de la population de notre région.  Il faut cesser de tergiverser sur la laïcité, sur l’extension du hallal, sur le voile, sur les horaires distincts dans les piscines.  De petits reculs, en petites lâchetés, c’est notre civilisation qu’on trahit !  Le résultat, nous venons tous de le voir en Belgique, en France, en Allemagne.  Je le crie aux responsables politiques en charge de notre avenir… écoutez ce qui monte dans la population, n’ayez plus comme seule ligne d’horizon votre réélection.  L’horreur n’est pas à nos portes, elle est dans nos maisons, elle est sur nos boulevards, elle est dans nos métros, elle est dans nos aéroports… elle est dans nos églises.  Si vous ne réagissez pas l’Histoire retiendra vos noms à côté de ceux qui ont trahi leurs devoirs essentiels !  L’infamie dans l’Histoire pour une réélection, le choix devrait être facile.

Et puis, il y a l’essentiel !  L’avenir !  Notre avenir, celui de nos enfants. L’enseignement communal !  Tout le monde le sait, dans certains quartiers les enseignants sont confrontés à d’inextricables difficultés ayant face à eux des enfants dont les parents ne parlent pas Français, qui ne regardent pas la TV en Français, qui sont dans des classes surpeuplées et dont les démographes, qu’apparemment personne ne lit, nous annoncent que ce sera encore bien pire dans les années qui viennent… Est-il faux de dire qu’aujourd’hui dans nos écoles, où il est impossible de transmettre nos valeurs… on fabrique non seulement des chômeurs mais aussi des enfants perdus qui pourraient se laisser tenter par les pires des solutions !  Ce n’est que grâce à un enseignement de nos valeurs et à des formations débouchant sur de vrais emplois que des solutions pourront être dégagées à long terme.  N’êtes-vous pas impressionnés par le fait que la plupart de ces terroristes entrent dans l’horreur en sortant du banditisme petit ou grand ? L’une de mes amies, directrice d’école retraitée, a l’un de ses anciens élèves dans une de nos prisons !  Toute cette problématique dépasse de loin Bruxelles, la Belgique, il n’en reste pas moins que le monde entier a compris et a écrit que Molenbeek a été le laboratoire du terrorisme européen.

Ne serait-ce pas un horizon magnifique pour le PS bruxellois et Wallon de construire avec tous les belges un autre rêve… de prendre les mesures pour sortir de la spirale de la discrimination conduisant dans certains cas vers le terrorisme et la haine de nos valeurs.  Mener la guerre contre la terreur ce n’est pas seulement mettre des soldats, des policiers sur nos trottoirs mais aussi et d’abord de modifier les mécanismes électoraux pervers,  de ne plus transiger sur nos valeurs, de prendre enfin sérieusement en main l’éducation des enfants de ces familles qui, c’est un fait avéré, seront à Bruxelles majoritaires dans dix ou quinze ans.

Témoignage de Merry Hermanus lors de l’hommage rendu à Paul Halter le 29 avril 2013

Paul Halter, c’est d’abord une pudeur, une pudeur que beaucoup ont prise pour de la brutalité tant elle se voulait protectrice.

Paul ne se livre pas, il se veut tout d’un bloc, pas de fioritures, pas de falbalas, pas de dentelles, la vie ne lui  a pas permis d’en goûter les subtils plaisirs.  Il a vécu le temps des meurtres de masses, pas celui des bals mondains ; comme l’écrit Aragon, il a vécu un temps où «  On avait mis les morts à table ».

Chez Paul Halter, pas la moindre ostentation ; jamais il n’a capitalisé son immense malheur.  C’est ce qui explique qu’au sortir de la guerre, il a méprisé les offres qui lui furent faites de s’investir en politique, lui qui pourtant, dès sa jeunesse, avait baigné dans ce milieu.

Peut-être avait-il été trop déçu par la lâcheté de ceux qu’il croyait grands et qui se révélèrent,  en Juin 1940, n’être que des nains !

La cohérence de la vie de Paul est pourtant l’engagement. Très jeune, l’engagement politique, puis ce fut la plongée dans la résistance, plus tard la participation à l’aide au FLN de la Wilaya IV.

Son immense mérite est d’avoir réussi à vaincre deux des impitoyables ennemis de la vérité : l’oubli et l’indifférence.  Et ce  fut la création de la Fondation Auschwitz, l’organisation des voyages pédagogiques, et l’enregistrement des témoignages des survivants des décennies avant que Spielberg ne s’y attelle.

Il n’est pas inutile de rappeler que les voyages à Auschwitz furent lourdement critiqués par ceux qui, disposant de l’appui des médias, n’avaient pas eu l’idée de les entreprendre.  Ils y viendront mais avec bien du retard !

J’ai eu le privilège d’écrire, avec Paul Halter, sa biographie.  Pendant un an, nous avons travaillé à retrouver cette existence dont le cours a été tranché par la barbarie nazie.  Dans cet ouvrage, il manque l’émotion que Paul n’a pas voulu livrer, et je n’ai pas été capable de faire ce que suggère Jules Michet : « Faire parler les silences de l’Histoire. »

Pourtant, en l’écoutant,  me revenaient tout le temps en mémoire ces quelques lignes de Musset : «  Analysez la plaie et fourrez-y les doigts, il faudra de tout temps que l’incrédule y fouille, pour savoir si le Christ est mort sur la croix ».

Je fus le témoin d’une extraordinaire rencontre, les retrouvailles de Paul Halter et de Vidal Séphiha  détenu à Auschwitz en même temps que lui.  Ce jour- là, me faisant tout petit, écoutant effaré, je compris que ce que ne se pardonnent pas les survivants, c’est ce qu’ils ont subi et surtout ce qu’ils ont fait pour survivre…

Finies les légendes dorées sur la solidarité dans les camps, seuls m’apparaissaient des hommes nus, chairs sanglantes, crucifiés dans l’indicible horreur du camp,  ne tenant debout que grâce à la brutale rage de vivre, un jour de plus, une heure de plus,  dans un monde d’où toutes les valeurs avaient disparu, dans un monde où l’on avait tué l’homme dans l’homme.  Survivre, c’était trouver en soi les ressorts d’un égoïsme sacré et tragique qu’il sera impossible de se pardonner une fois la liberté retrouvée.

Paul Halter ne se pardonnera jamais d’avoir fourni à ses parents de « vrais-faux » passeports ne sachant pas que le fonctionnaire d’Ixelles qui en était l’auteur, tenait une comptabilité méticuleuse…et mortelle de ces documents.  Jamais, il ne pardonnera à l’homme qui dans un souffle, lors de son débarquement à Auschwitz lui appris la mort de ses parents dès l’arrivée de leur convoi.

Les récits que Paul Halter m’ont permis de voir Bruxelles sous un jour différent.

Je ne passe plus devant l’entrée du théâtre des galeries sans penser à Paul tentant de fuir la Gestapo et ne parvenant pas à recharger son arme.

Oui ! Paul Halter ne fut pas qu’un témoin, il fut un acteur de la folie de ces temps atroces.

Aujourd’hui, il ne s’agit pas d’embaumer Paul Halter sous le flot de mots morts.  Il faut poursuivre son action et Dieu sait si elle est plus que jamais nécessaire à Bruxelles.

Nous vivons dans une région où un élu, voulant parler du génocide dans les classes terminales d’une école secondaire, entend, stupéfait, ces phrases odieuses : «  Oui, c’était terrible, mais c’était bien fait.  Hitler avait raison ! » .

Nous vivons dans une région où un député a traité un journaliste de « pourriture sioniste ».

Nous vivons dans une région dont un député participait il y a quelques mois à une manifestation à Anvers dont l’un des slogans était : «  Les juifs dans le gaz ».

Nous vivons dans une région où l’affiche annonçant un débat sur le sionisme reproduisait un dessin digne de l’exposition organisée par les Nazis en 1941 pour reconnaître « Le Juif ! ».

Je pourrais poursuivre cette triste liste.

Lourde, très lourde responsabilité qu’auront les politiques en Juin 2014 lors de la constitution des listes électorales car ils devront se libérer, mais en auront-ils la force, de ceux pour qui de toute évidence, l’antisémitisme d’importation est devenu un ciment communautaire.

Faire vivre la mémoire de Paul Halter, permettre qu’au-delà de la mort, son cœur continue de battre dans l’Histoire, c’est être fidèle à ses combats, non pas cette fidélité confite de bonnes paroles, mais cette fidélité active, vigilante, offensive, celle qui implique la lutte contre l’antisémitisme et tous les racismes.

C’est le seul, hommage à lui rendre, le seul qui ait un sens, celui de toute sa vie.

merry_hermanus@yahoo.com