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Mais de qui donc Emir Kir est-il le député ?

« Et quand il eut dépassé le pont, les fantômes vinrent à sa rencontre. »  Nosferatu

Pendant longtemps Emir Kir fut pour moi l’exemple d’une intégration réussie.  Tant dans sa vie publique que dans sa vie privée, tout me conduisait à penser qu’il était un magnifique exemple à suivre, qu’il représentait l’avenir de notre région, qu’il avait réussi la difficile synthèse entre le respect, le souvenir, la mémoire de ses racines et la volonté de s’insérer dans la société belge où ses parents avaient décidé de vivre.

Très vite, il fut la cible de ceux, nombreux, folliculaires en mal de notoriété, concurrents envieux de sa popularité,  de la rigueur avec laquelle il examinait les dossiers.  Je le soutins avec vigueur, me faisant quelques ennemis de plus… mais passé un certain nombre on ne compte plus… et d’ailleurs n’y a-t-il pas ce magnifique proverbe italien qui souligne que c’est le nombre de vos adversaires qui fait la juste mesure de votre valeur… alors à quoi bon se priver.  Je soutenais donc qu’il était odieux d’interroger constamment Kir sur le génocide arménien, le rendant quasiment responsable des horreurs commises par le gouvernement « Jeune turc » en 1915.  Je déclarais que Kir était belge, qu’il devait être traité comme tel et non comme un ressortissant turc.  Je l’aidais aussi dans sa réflexion, lorsque Onkelinx faisait la danse des sept voiles pour tenter de le faire déménager à Schaerbeek… et d’engranger les voix turques… promesse lui était faite d’être bourgmestre de Schaerbeek tant que Onkelinx serait vice-premier ministre.  Prudent, il ne tomba pas dans le piège et essaya d’être le premier à Saint-Josse plutôt que d’occuper le glissant strapontin qu’on lui dépliait dans la commune d’à côté.  J’en étais ravi.  On le sait,  j’ai de l’admiration pour Guy Cudell qui fut un vrai original de la politique, un innovateur, un découvreur ayant une vision de l’avenir de cette petite, très petite commune, la plus pauvre de Belgique.  Je fus heureux de voir Kir lui succéder, et ainsi être le premier bourgmestre issu de l’immigration diriger l’une des 19 communes, il pourrait ainsi être emblématique d’une intégration pleinement réussie… un exemple à suivre.

Peu après les dernières élections communales, il m’invita à déjeuner en compagnie d’un ami commun.  Je perçus une étonnante métamorphose, d’abord dans le ton, plus que ferme, les phrases péremptoires  s’enchaînaient tels des coups de sabre… pas de réplique possible… mais bon, l’autorité est tellement rare dans le monde politique qui préfère la médiocrité hypocrite à l’affirmation des convictions… cela changeait.

Survint alors l’inacceptable, nous évoquions les prochaines élections législatives, il déclara « toutes les élections doivent être communautaires, Fadila Laanan et Rachid Madrane n’ont rien compris, sans campagne communautaire pas de victoire possible. »  J’étais stupéfait, éberlué, quel changement, quelle transformation, plus question d’intégration, plus question même d’en parler !  Je n’avais plus le même homme devant moi, celui qui était devenu bourgmestre de Saint-Josse était exclusivement le représentant de la communauté turque.  Aucune tête ne doit plus dépasser, tout le monde dans le rang, le capital électoral, ce sont les immigrés turcs… et plus rien d’autre ne doit compter.  Je me retirai sur la pointe des pieds, observai de loin, constatant quand même que parmi ses échevins une individualité remarquable se détachait.  Mais des bruits sinistres me revenaient sur d’autres personnes de l’entourage de Kir, dont un échevin ne saurait ni écrire, ni lire le français !  Il paraîtrait qu’il apprend avec application.

Vint alors le pénible débat sur la reconnaissance officielle par la Belgique du génocide arménien.  Il ne s’agissait plus d’une position personnelle mais de la reconnaissance légale, officielle du premier génocide de cet horrible XXème siècle.  Qui peut, aujourd’hui, mettre en doute l’immensité du crime commis par le gouvernement « jeune turc » à l’égard de la communauté arménienne ?
Seules les instances officielles turques s’y refusent avec une obstination dont le grotesque s’ajoute à un négationnisme immonde.

On sait ce qui se passa au CDH où le président Lutgen n’hésita pas un instant à exclure la parlementaire voilée qui refusait de reconnaître cet acte de mémoire et de respect.  Kir tourna autour du pot, diffusa des communiqués de presse caraméliques, circonvolutions reptiliennes ne parvenant pas à cacher sa position négationniste.   Le courage dont avait fait preuve le CDH obligea le PS à mettre Kir au pied du mur.  Finalement, à un cheveu de l’inévitable, après de longs débats où Di Rupo mit tout son poids dans la balance, il vota tout en publiant un communiqué dont la casuistique rend jaloux les experts les plus pointus du Vatican.  Pour moi, la messe était dite depuis le triste déjeuner où Kir fit devant moi son « coming out » communautaire.

Et depuis quelques jours, la cerise sur le gâteau !  Il compare les Kurdes à Daech, aux pires islamistes, faisant semblant d’oublier que les Kurdes se battent depuis une éternité pour obtenir une reconnaissance nationale.  Ils furent les oubliés du traité de Sèvres qui en 1920 redessina les frontières du Moyen-Orient sans tenir le moindre compte de la réalité des peuples.  Sans doute a-t-il approuvé que pendant près de quatre ans l’armée turque a bombardé les Kurdes qui combattaient Daech, à l’époque, ils étaient à  peu près les seuls !

Comment ne pas se rappeler la façon dont furent organisés en Belgique les meetings électoraux pendant la campagne électorale de Turquie.  Plus de 10.000 personnes  lors de la venue d’Erdogan.  Mais aujourd’hui de quoi parle-t-on ?  Il ne s’agit pas d’un homme d’Etat lambda mais de quelqu’un qui installe une dictature aux portes de l’Europe .  Milliers d’arrestations, journalistes, écrivains, magistrats, militaires, enseignants aucune catégorie n’échappe à la prison.  La laïcité qui avait construit la Turquie moderne n’est plus qu’une ombre sans contenu, ne reste que la multitude des portraits de Mustapha Kemal, mais il ne reste rien d’autre alors que la Turquie pouvait être fière des pas de géants accomplis dans la modernité… n’oublions pas que les femmes turques ont voté avant les femmes belges !

Avec tristesse, je ne peux que constater l’alignement de Kir sur les positions les plus aberrantes d’Erdogan… plus question d’intégration… changement de rôle… le gentil garçon à la mise toujours soignée a endossé l’uniforme du porte voix d’un potentat liberticide qui estime qu’à Bruxelles non plus les Kurdes n’ont pas le droit d’exister !  Il y a de quoi avoir peur si l’ambiance à Saint-Josse est de même nature !

Que fera le PS ?  Rien !  Kir contrôle entre 14.000 et 17.000 voix, là est la terrible réalité du communautarisme triomphant. Le PS à Bruxelles est donc coincé entre une majorité d’électeurs d’origine maghrébine dont beaucoup souffrent de l’insidieuse pénétration des sectes fanatiques auxquels des élus islamo-gauchistes  aussi stupides que crédules font les yeux doux et un élu, bourgmestre de Saint-Josse, qui contrôle pour le compte d’un gouvernement étranger une bonne partie de la communauté turque de Bruxelles.  On en est là !  Il n’y a aucun doute que cela pose la question de la double nationalité.  Entre l’attachement à ses origines, à sa culture et l’inféodation au gouvernement d’un pays étranger, il existe une marge considérable.   Mais chut… chut… voilà des sujets qu’il n’est pas permis d’aborder… interdit d’en parler d’y faire allusion.  Qu’un élu du SP, vice Président du parlement bruxellois fasse récemment une hallucinante déclaration de soumission dans des termes moyenâgeux au roi du Maroc est emblématique.

Ceux qui peuvent encore se payer l’immense luxe de « penser »… « les derniers sioux qui refusent de marcher en file Indienne »… ceux qui ont cette incroyable audace, ont sans conteste le droit de se poser la question de savoir « de qui Kir et quelques autres sont-ils les élus ? »  Quant à Kir, pour moi pas de doute… « il a dépassé le pont… et les fantômes viennent à sa rencontre. »

La démocratie est mal partie

François Mauriac écrivit dans son célèbre « bloc-notes » : « en politiques tout va toujours mal » ;  en le paraphrasant, je dirai qu’en démocratie tout va toujours mal… le problème c’est qu’on ne le comprend pas !  En fait, quoi de plus normal dans un système démocratique que de contester les politiques menées, les uns sont pour, les autres sont contre et ceux qui restent sont contre tout ce qui est pour !  A mes yeux, rien de plus sain, rien de plus normal que ces contestations même si souvent la mauvaise foi est l’ingrédient majeur de l’étrange mayonnaise politique.

Mais sait-on de quoi on parle quand on évoque la démocratie ?  Je ne ferai pas injure aux lecteurs en rappelant la formule de ce bon vieux Winston, bien plus représentative de la démocratie est sa glorieuse défaite aux élections de 1945 où il est, lui le dernier des lions, remplacé par Clément Attlee, dont le féroce Churchill disait « une voiture vide s’arrête devant le 10 Downing street, Attlee en descend. »  Plus de deux millénaires plus tôt Périclès affirmait lui aussi qu’Athènes était une démocratie, il n’oubliait « que » les femmes consignées dans le gynécée dont elles ne sortiront qu’en 1948, et les esclaves qui n’étaient que des « choses qui parlent.  Il y a donc un monde entre la démocratie formelle et la démocratie réelle telle qu’elle existe aujourd’hui.  La démocratie en tant que système politique ne peut se réduire aux droits électoraux et au fonctionnement du parlementarisme.  Il s’agit d’un ensemble beaucoup plus vaste, de pouvoirs et surtout de contre pouvoirs, d’acteurs sociaux, de groupes d’opinions, ces éléments étant liés par des valeurs communes, là est l’essentiel.

Après la deuxième guerre mondiale, c’est ce système qui a été mis en place en Europe occidentale, constituant enfin une démocratie, certes imparfaite, mais permettant aux citoyens de disposer de droits et de protections jamais obtenues jusqu’alors.  Liberté politique, liberté religieuse, liberté d’entreprendre, protection sociale étendue, accès à l’enseignement pour tous… la liste est longue !  Or, depuis une trentaine d’années ce système est en grand danger.
Nos démocraties sont prises en étau, elles sont phagocytées par la mondialisation, la désindustrialisation, la financiarisation de l’économie, le chômage de masse d’une part et d’autre part remises en cause par ceux, qui ayant abandonné l’espoir d’un quelconque messianisme politique,  exige le retour à une religion moyenâgeuse.  Je pense avec l’historienne Mona Ozouf que notre civilisation a perdu deux notions constitutives de ses valeurs, deux axes sans lesquelles notre système ne peut subsister, à savoir l’Avenir et le Progrès.  Il est vrai qu’après Auschwitz, il fut difficile d’envisager ces concepts essentiels comme le faisaient naïvement les positivistes du XIXème siècle.  Quand Victor Hugo écrivait « quand on ouvre une école, on ferme une prison » il ne pouvait imaginer que le peuple dont l’humanité entière encensait les philosophes allait mettre en œuvre la solution finale.  A cette première perte de confiance dans l’avenir s’est ajouté un discours eschatologique constitué de peur millénariste, de méfiance à l’égard du progrès, de doute sur le rôle de l’homme sur notre planète…le tout débouchant vers un très fructueux  business de la peur.  Un éphémère candidat écolo à la présidence de la république française proposa benoîtement de taxer les familles qui avait un  deuxième enfant, jamais on avait été plus clair quand à la méfiance envers l’avenir, envers l’homme.  Quant au sympathique René Dumont, lui aussi candidat à la présidentielle en 1974, il buvait un verre d’eau à la télévision, expliquant que ce geste si simple ne pourrait plus être fait dans vingt ans !  Curieux qu’on ne rappelle jamais cette fausse prévision apocalyptique.  Normal, elle n’est pas politiquement correcte, ne cadre pas avec la « bien-pensanse » !

En 1991, le rêve communiste, qui depuis des lustres n’était plus qu’un atroce cauchemar, s’effondrait victime de ses mensonges, de son incapacité de donner un avenir aux peuples qui lui étaient, pour leur plus grand malheur, soumis.  Certains, n’hésitant pas à écrire que l’humanité était arrivé à la fin de l’histoire, prédiction aussi étonnante que stupide.  Nous rentrions dans une autre histoire, voilà tout !  Nous allions être condamné à vivre dans le monde où nous vivons comme l’écrit si justement François Furet dans son mémorable  « Passé d’une illusion. »  Pourtant beaucoup de ceux qui alors avaient perdu leurs certitudes, conservaient au creux de leur cœur de stimulantes illusions… Ne faut-il pas mieux en avoir plutôt que de sombrer dans l’absolue, stérile, désespérance !

Confrontés à la déconfiture économique, à une courbe du chômage toujours ascendante, 1973 nonante-quatre mille chômeurs complets pour plus de cinq cent mille aujourd’hui, certains sont tentés de quitter les rives rassurantes des démocraties pour tenter… autre chose.  Philippe Moureaux, ministre d’état, cador du PS  bruxellois et fédéral, lançant un groupe de réflexion n’hésite pas à se référer à Alain Badiou, philosophe de quatre vingt ans, dernier thuriféraire de Mao remettant en cause la démocratie telle que nous la connaissons.  Inquiétant et symptomatique des errances d’une certaine gauche ; je ne peux m’empêcher de penser à propos du promoteur de ce groupe de réflexion à la phrase d’Arthur Koestler qui me semble particulièrement appropriée quand il dit : «  le désir de faire de la politique est habituellement le signe d’une sorte de désordre de la personnalité et ce sont ceux qui ambitionnent le plus ardemment le pouvoir qui devraient en être le plus soigneusement à l’écart. »

A l’autre bout du spectre a surgi un adversaire, de loin plus redoutable, que les pathétiques enfants perdus du gauchisme, « maladie infantile du communisme » écrivait ce « grand démocrate » Lénine.  Je veux parler du populisme, au pouvoir en Hongrie, en Pologne, aux portes du pouvoir en Autriche, en France, présent dans le discours du candidat Trump et pire encore dans ceux de Nigel Farage et Boris Johnson qui lors de la campagne du Brexit n’hésitera pas à proclamer qu’en votant pour le retrait de la Grande-Bretagne de l’UE « les Anglaises auraient de plus gros seins et leur mari pourrait s’acheter une plus grosse BMW. »
Énorme mais vrai !  Oserai-je supposer que c’est à Eton ou à Oxford qu’une argumentation de cette qualité lui a été inculquée ?  Le populisme, nouvelle formulation de ce vieux poujadisme, qui permit à Le Pen de se voir le plus jeune élu de la République dans les années cinquante, a donc refait, avec succès, sa réapparition.  Le populisme, c’est votre chauffeur de taxi qui vous engueule à propos de tout et de rien, satisfait de rien, qui trouve que tout va mal, que le temps est mauvais, que le prix des tomates est trop élevé, que le les voiries sont mal entretenues, que les clients ne laissent pas de pourboire, tout et n’importe quoi !   Récriminations sur tout !  On reconnaît le vocabulaire de Trump ou de Beppe Grillo dont le parti dirige depuis quelques semaines deux grandes villes italiennes.  De fait, comme l’écrivit récemment un politologue de l’ULB  « nos vielles démocraties craquent de partout. »  Le pacte rousseauiste est ignorée par les uns, remis en question par les autres.  Ici ou là, on évoque un parlement qui serait très au sort ou dont certains membres le seraient. On connait déjà depuis longtemps les ASBL dont les membres sans aucune légitimités démocratiques électives qui se sont institués « pouvoir de contrôle de la démocratie » mais dont personne ne juge de la composition, seule chose importante pour elles c’est d’obtenir des subsides permettant de faire vivre l’institution ainsi créé et, avec l’argent du contribuable, sans la moindre base légale, contester à tout va les projets ou les réalisations, des autorités publiques dûment élues.

Je ne peux m’empêcher de me souvenir que l’un des grands rêves du Roi Baudouin Ier était de mettre sur pied un gouvernement de techniciens, ou de « douze hommes en colère »  libéré du « boulet » parlementaire.  Il ne manqua pas de suriner ce projet à ses visiteurs pendant quinze ans, certains l’écoutant d’une oreille intéressée, frappés sans doute du syndrome  « De Man » qui en 1940, président du POB ( ancêtre du PS ), se lança dans la mise sur pied d’un régime fort, bien dans l’esprit du temps, tel que le souhaitait Léopold III… On sait comment l’entreprise se solda !  Le trône branla, la République pointa timidement le bout de son nez.  On entend aussi parler de la suppression de ce qu’on appelle pudiquement les corps intermédiaires, qui bloqueraient les réformes empêchant notre société d’évoluer vers plus de compétitivité !  Bien voyons !  Mais c’est bien sûr !  Supprimons les syndicats, les organismes sociaux,  replongeons avec délice (pas pour tous) dans un Etat du XIXème siècle, où l’accumulation primitives des richesses se pratique sans entraves, revenons à la politique du « renard libre dans le poulailler libre »   Réapparaît avec la vague populiste l’idée du référendum, le peuple le vrai, celui que Degrelle appelait « le pays réel » aurait ainsi voix au chapitre, il pourrait s’exprimer. Étonnant oubli de l’histoire, le référendum a toujours été une forme de plébiscite ; c’est le premier choix des dictatures, l’illusion, jeté en épais brouillard aux yeux des citoyens pour leur faire croire qu’ils décident… enfin !  Rien de plus faux !  Le référendum, c’est l’émotion avant la raison, c’est l’exacerbation d’un présent mal compris, c’est un cri de puissance qui masque une réelle impuissance, qui précède la captation du pouvoir par celui qui aura posé la question.  Ainsi, si le sujet n’était pas aussi dramatique, on éclaterait de rire à la lecture de la question qui sera posé en Octobre aux Hongrois sur l’immigration… impossible de répondre négativement à ce que souhaite Orban.  Le récent référendum sur le Brexit démontre bien quelles ambiguïtés recèlent cette pratique, de fait contraire à la démocratie.  On objectera, on le fait toujours, l’exemple Suisse.  Un leurre de plus, la Suisse compte vingt-six cantons dont certains ne sont habités que par quelques milliers d’habitants… et puis souvenons-nous que dans certains de ces sympathiques, fleuris  et si propres cantons, les femmes, par référendum se sont vus refusées le droit de vote jusqu’il y a peu !  Dans le dernier des cantons, les femmes attendrons 1990 pour pouvoir voter !

N’en doutons pas, les mêmes causes produisent les mêmes effets, le chômage de masse, la perte de confiance dans l’avenir, la décrédibilisation du personnel politique, c’est Weimar 1933, cela pourrait être partout en Europe dans les années qui viennent.  A cette toile de fond peu réjouissante, c’est ajoutée depuis une vingtaine d’année la mise en cause directe, brutale, sanglante des valeurs de notre civilisation.  Le monde Arabe, ayant perdu l’espoir communiste, ayant subi les dictatures nationalistes peintes aux couleurs d’un socialisme baassiste monstrueux, se lance à corps perdu dans une immersion religieuse moyenâgeuse.  Mettant en cause globalement les valeurs de l’occident, ils ont déclaré une guerre à tout ce qui ne se soumet pas à leur vision du monde.   Ceux qui pendant des années ont nié ce phénomène, ont nié le remplacement de la population de certains quartiers de villes européennes, ont nié le choc de civilisation qu’Huntington avait déjà conceptualisé dans les années nonante, ceux-là on refusé de voir le réel, ce que Prévert appelle «  les terrifiants pépins du réel. »  Il est vrai qu’on perçoit moins bien le remplacement de la population à Woluwe-Saint-Pierre ou à Lasnes.  Il en est cependant qui, marqué par une culpabilité post coloniale, alliée à une haine de soi, sont près à se soumettre et de compromissions en compromissions liquident une à une nos valeurs fondamentales… La laïcité, à quoi bon en parler, elle n’existe pas vraiment en Belgique, elle ne figure pas dans la constitution, l’égalité Homme/femme… à quoi bon la mettre en avant alors même que des disparités économiques existent encore… le voile dans les services publics… mais pourquoi pas, chacun doit pouvoir exprimer librement sa foi.  Fil après fil, c’est la trame des valeurs, de nos valeurs acquises après des siècles de lutte contre l’obscurantisme, qui se déchire.  Cela avec le consentement complice de ceux qui ne voient apparemment aucun inconvénient à faire d’un élu un Vice–Président du Parlement Bruxellois alors que cet élu participait à Anvers à une manifestation dont l’un des slogans était « les juifs dans le gaz »… vous avez dit Valeurs !  Voilà un exemple qui mieux qu’un long discours permet de comprendre pourquoi notre civilisation a perdu confiance en elle-même, en ses valeurs, voilà pourquoi le discours culpabilisant est aujourd’hui dominant.

La pire des choses, c’est la démocratie veule, celle de Munich qui trahi les démocraties, celle qui laisse crever la République espagnole de 1936… On sait le prix qu’il a fallut payer pour réparer ces dramatiques erreurs.  L’histoire le démontre tragiquement, la démocratie molle est le chewing-gum de la dictature, elle la mâche, semble y prendre goût, mais le sucre ayant disparu, elle le crache au mieux dans le caniveau… ou elle le colle sous un pupitre du Parlement bruxellois.  Nous ne disposons pas de trente-six solutions.  La seule qui vaille trouve son fondement dans la foi intransigeante en nos valeurs, dans la défense absolue des droits de l’homme et du citoyen, dans le refus catégoriques de toutes révisions de ses droits, dans le respect de la laïcité.  Notre démocratie doit être défendue parce qu’elle seule nous offre des n’existant pas ailleurs… que certains parmi nous, par bassesses électoralistes, sont prêts à brader.   Rappelons nous que dans les années trente, la France, la Belgique, la Grande-Bretagne, les pays scandinaves ont résisté à la vague fasciste.  Il s’agit aujourd’hui de résister comme Londres l’a fait sous les bombes allemandes, recourir à la résilience, sans rien céder de nos libertés, sans rien admettre de ceux qui veulent transformer notre société… Et surtout, surtout, car là est notre futur, grâce à un enseignement revalorisé tant au plan de ses moyens budgétaires, qu’au niveau de la rémunérations des maîtres, permettre aux enfants d’aujourd’hui, citoyens de demain, de jeter sur le monde un regard instruit !  Ce sont ces regards instruits qui constitueront le rempart de la démocratie, le rempart de nos valeurs.

Hermanus, Auguste Merry
Article paru dans le trimestriel de la Fédération des Amis de la Morale Laïque, mars 2016.

Arrogance des chiffres : Impuissance des politiques !

La lecture du « Soir » de ce matin est particulièrement éclairante. Pour la première fois, une série de chiffres apparaissent en plein jour.

Ainsi, on apprend que 840.000 Bruxellois (la Région en compte 1.100.000) sont, je cite : « Directement issus de l’immigration, naturalisés ou  non, » …soit 76,5 % de la population.

Depuis une bonne quinzaine d’années, je croise une série de statistiques régionales.  J’étais arrivé à cette conclusion, avec, bien entendu, des chiffres, à l’époque, inférieurs.

Mais bien sûr, tout le monde s’en fichait !

Il y a une dizaine d’années, François Robert, journaliste au « Soir », avait publié un grand article sur la démographie à Bruxelles dans lequel il précisait que la démographie bruxelloise était la même que celle de la ville … d’Alger !

Eclairant, mais, bien sûr, aucune réaction sur les politiques d’emplois, sur les politiques scolaires, etc.

Curieux quand même de constater qu’à la Région  bruxelloise, une des choses qui fonctionne le mieux, c’est le secteur des statistiques qui, avec le service « statistiques » d’ACTIRIS, fournissent d’excellents éléments. Malheureusement, ceux-ci, apparemment, ne sont jamais pris en compte car, c’est  bien connu, les politiques sont contraints à l’immédiateté.

Mais il y a pire dans les pages du « Soir » d’aujourd’hui.

D’après l’article, la  VUB fait périodiquement une série de statistiques sur la Région  bruxelloise.  Passionnant de constater la régression de la langue française, mais terrible de constater qu’en douze ans, l’usage de la langue française « à la maison » a diminué, à Bruxelles, de 21,4% !

Ce chiffre-là est vraiment catastrophique car il faut le reporter sur le problème gigantesque de l’Enseignement à Bruxelles.

Je ne veux pas évoquer le problème des locaux qui a,  bien entendu, été totalement négligé avec, comme conséquences, qu’un certain nombre d’enfants ne peuvent être accueillis, et que d’autres le sont dans des conditions catastrophiques.

Mais posez-vous la question de savoir comment un enseignant du cycle primaire qui a, dans une classe d’un peu moins de trente enfants,   vingt à vingt-cinq d’entre eux ne parlant pas le français à la maison et regardant une télévision étrangère,  pourrait-il réellement transmettre un certain nombre de connaissances, je n’ose pas dire un certain nombre de « valeurs », car, en arrière-toile de ce panorama, n’oublions jamais que toute cette évolution s’accompagne de plus de 20% de chômeurs (de 30 à 33% d’entre eux de 18 à 25 ans), et de poches de chômage de plus de 40% dans certains quartiers, les mêmes d’ailleurs où le chômage féminin des personnes issues de l’immigration dépasse, lui aussi, les 40% !

Mais à part ça, tout va  bien !!!

Dans les heures qui ont suivi les déclarations de Bart de Wever sur Bruxelles, j’ai lu, sous la plume de quelques journalistes, l’expression « identité bruxelloise ». Quelle superbe farce !!!

Si jamais il y a eu une identité bruxelloise un jour,  ce qui reste à démontrer, celle-ci a disparu depuis fort longtemps.

Il ne faut pas rappeler les élucubrations de Sarkozy sur « l’identité française » pour s’en convaincre.

Ces statistiques démontrent que Bruxelles, et d’ailleurs l’article conclut comme cela « est devenue une mosaïque de communautés ».  Mais une mosaïque de communautés peut-elle conduire à la prise de conscience d’une identité qui, de mon point de vue, n’existe pas ?

Ce n’est pas parce que les Bruxellois qui ont répondu à l’enquête se définissent plus comme Bruxellois que comme  Belges, que cela change quoi que ce soit !!!

La machine à gaz inventée par Moureaux et Dehaene, lorsqu’ils ont porté la Région  bruxelloise sur les Fonds Baptismaux, pouvait fonctionner.  Elle le pouvait sur base d’une loyauté régionale.

Cela n’a pas été le cas !

Aujourd’hui, cette machine comporte une multitude de tuyaux… mais ne fournit plus de gaz !

C’est de cela dont il faut prendre conscience et arrêter de faire la politique de l’autruche. 

En 1988, j’avais négocié une partie de la constitution du Gouvernement bruxellois avec MM. Maingain et Gosuin.  A l’époque, j’avais été choqué par une déclaration de M. Gosuin qui avait déclaré que le logement social fonctionnait comme, je le cite, « une pompe à pauvres » !!!

Le PS voulait mettre dans son programme, et c’était  bien normal, une augmentation du nombre de logements sociaux.

Aujourd’hui, je dois reconnaître que M. Gosuin avait partiellement raison.

Bruxelles a aspiré toute une population qui, au plan de l’assiette fiscale, ne permet pas aux communes et à la Région de rencontrer l’énormité des besoins qu’elle présente.

La part du P.I.B. bruxellois dans le P.I.B national n’a fait que diminuer depuis 1974.

Aujourd’hui, nous sommes à moins de 10% !

Comment, dans ces conditions, les communes peuvent-elles gérer quoi que ce soit ?

Rudi Vervoort a mille fois raison lorsqu’il rompt une lance , voulant prendre en main l’Enseignement.  C’est la source de tout.  C’est à l’école primaire qu’on fabrique, aujourd’hui, la masse des chômeurs Bruxellois de demain.

On peut dire tout ce qu’on veut à propos de Bart de Wever et de ses « projets » pour  Bruxelles, mais sachons reconnaître qu’aujourd’hui, la Ville-Région et ses communes sont proprement ingérables.

Ce n’est qu’au départ de ce constat et de ces réalités, qu’on pourra construire l’avenir.

Il faut sortir, une fois pour toutes, du « politiquement correct », sinon, quoi qu’on fasse, quoi qu’on dise, par la force des choses (par le besoin d’argent !), ce sont les thèses de Bart de Wever qui l’emporteront. 

merry_hermanus@yahoo.com

Lettre ouverte aux « Amis de la morale laïque ».

Avant toute chose, j’exprime ici le respect que j’éprouve pour ceux qui, au jour le jour, essayent, avec d’énormes difficultés, de faire vivre les « Amis de la Morale Laïque ».

Ils ont bien du mérite, à Jette, où le Collège fait tout ce qu’il peut pour les saboter.

Mais aussi sympathiques soient-ils, il ne m’est plus possible de me taire face à la situation de notre Enseignement et, en particulier, de l’Enseignement communal jettois.

Historiquement, la bataille pour la laïcité dans notre pays s’est déroulée d’abord dans l’Enseignement.

Pendant plus de 150 ans, les partisans de la laïcité se sont battus pour faire de l’Enseignement communal et officiel un lieu de neutralité politique et religieuse, un lieu où les valeurs des lumières, de la Liberté de pensée, et du libre examen sont véritablement à leur place.

Il est vrai que, contrairement à ce qui s’est passé en France, les défenseurs de la laïcité ont perdu de nombreuses batailles.

De 1884 à 1914, les Gouvernements catholiques monocolores ont tout mis en œuvre pour détruire l’héritage des écoles officielles.

La guerre scolaire, de 1954 à 1958, s’est terminée, comme souvent en Belgique, sur un compromis bancal très défavorable pour les partisans de la laïcité.

Mais l’effondrement auquel on assiste aujourd’hui est bien plus dramatique que ces défaites politiques.

L’absence de réaction du Gouvernement bruxellois, son absence de prévoyance, sa cécité face au bouleversement démographique de notre Région sont grandement coupables.

Oui, nous sommes dans une Région où on pense à asphalter l’Avenue du Port, à installer des WC à 170.000 € dans les parcs publics, à dépenser 70 millions d’euros pour une ligne de tram totalement inutile, à faire des ronds-points ridicules, MAIS on n’a pas songé à construire des écoles !!!

Pourtant, les statistiques régionales sont fort bien faites. On pouvait y lire l’évolution de la démographie d’ailleurs mise en avant dans d’excellents articles de presse, en particulier dans l’un d’entre eux signé François Robert qui, il y a quelques années, exprimait clairement les conséquences de l’explosion démographique.

On découvre, en 2011, qu’il manque dans notre Région 70 écoles !

De nombreux parents ne trouvent plus d’établissement, et ceux qu’ils trouvent sont dans un état épouvantable.

On va, en septembre, en catastrophe, installer des containers pour y parquer les enfants !!! Effroyable !!!

Des directeurs d’établissements et des enseignants tirent la sonnette d’alarme en expliquant qu’il ne suffit pas d’installer des containers, mais que toutes les autres infrastructures doivent suivre.

Les enseignants, sous-payés, socialement méprisés, écrasés de travail, tentent, vaille que vaille, de poursuivre leur sacerdoce dans une situation de plus en plus chaotique.

Cela en est à un tel point que la Ministre en charge va prendre une mesure générale pour interdire les classes de 30 enfants !

On croit rêver, mais c’est un épouvantable cauchemar.

30 enfants qui, dans de nombreux établissements de notre Région, maîtrisent mal le français, qui, lorsqu’ils rentrent à la maison, ne parlent pas le français, et qui, lorsqu’ils regardent la télévision, la regardent dans une langue étrangère.

Comment, dans de telles conditions, aboutir à des résultats positifs ?

Comme toujours, dans de tels drames, ce sont nos concitoyens les plus pauvres, les communautés les plus fragilisées qui sont les premières victimes de cette situation.

L’Enseignement est le vecteur essentiel de l’intégration.

L’Enseignement est l’outil essentiel de la transmission des valeurs.

L’Enseignement est le seul et l’unique moyen de faire accepter le contrat social qui est le liant d’une société.

Or, c’est cet Enseignement qu’on a totalement négligé !

On a sacrifié, à Bruxelles, des générations d’enfants qui, mal encadrés, mal formés, auront des chances à peu près nulles sur le marché de l’emploi.

Est-il exact que dans notre Région, certains quartiers atteignent, pour les 18-25 ans, des taux de chômage de 40% ?

C’est la situation que vivent des pays en voie de développement… et c’est à Bruxelles … nous en sommes responsables !

Au début des années 90, il y avait, dans les écoles communales de Jette, en moyenne 16 à 17 élèves par classe…

J’en étais à ce point fier que j’y avais accompagné Elio Di Rupo, Ministre de l’Enseignement.

La transmission, l’Enseignement pouvaient se réaliser.

L’intégration fonctionnait et j’étais fou de joie et de fierté lorsque je rencontrais dans le monde du travail des enfants issus de l’immigration que j’avais vus sur les bancs de l’école.

Oui, cela donnait un sens à ma vie.

Ces gens avaient fait leur chemin. Ils avaient étudié. Ils travaillaient.  En un mot, ils construisaient leur bonheur !

Aujourd’hui, les Directions d’écoles, les enseignants sont totalement démoralisés.

Dans les années 60, le philosophe Garaudy avait écrit, face au refus de l’Enseignement élitiste français de prendre en charge les enfants des milieux défavorisés, que « c’était Mozart et Einstein qu’on assassine ».

Aujourd’hui, en Région bruxelloise, cet « assassinat » est massif.

Le « massacre » est général. La classe moyenne vote avec ses pieds et quitte Bruxelles.

L’Enseignement bruxellois s’est effondré.

Que dire alors de Jette où le Collège méprise en permanence cette compétence essentielle.

L’échevin « en charge » voulant tout simplement supprimer une école !!!

Hervé Doyen, « l’élu de justesse », estimant quant à lui que ce n’était pas le rôle de la commune de fournir des repas chauds !

Alors ? Alors ?

Quand je reçois cette sympathique invitation des « Amis de la Morale Laïque » de Jette pour assister à une conférence sur les révolutions arabes, je me dis que l’assourdissant silence des « Amis de la Morale Laïque » de Jette et d’ailleurs sur la faillite de l’Enseignement communal et officiel à Bruxelles est aussi criminel que la passivité et la cécité dont les politiques ont fait preuve.

Pourquoi ce silence sur ce qui est essentiel ?

Pourquoi ce silence sur ce qui devrait être la préoccupation première ?

Est-il plus important d’évoquer des thèmes exotiques plutôt que de prendre position sur ce qui se passe chez nous, dans notre Région, dans notre commune ?

Apparemment, c’est en tout cas plus confortable.

C’est à pleurer quand je vois que le Collège de Jette exige, pour cette conférence, que les « Amis de la Morale Laïque » payent 60 ou 90 euros pour occuper la salle, alors qu’Hervé Doyen fait en permanence des cadeaux, des mise à disposition de matériel, de véhicule, etc, à des dizaines de troupes de scouts…et qu’il ne fait pas payer ses taxes, depuis plus de dix ans, à l’Atelier 340, qu’il dépense près de 3000 euros en cartes de voeux et en timbres pour souhaiter la bonne année… électorale aux Jettois, et se fait attribuer cinq fois plus de cartes de voeux qu’aux autres échevins !!! De toute façon, c’est le contribuable qui paye tout, les cartes et les timbres. Des bons voeux à ce prix là, on ne peut pas s’en passer !!!

Mais les « Amis de la Morale Laïque » doivent payer !

Et malgré cela, malgré le chaos, malgré l’ostracisme, malgré l’effondrement de ce qui nous tient le plus à cœur, c’est le silence, c’est le regard pointé sur la ligne d’horizon plutôt que ce qui se passe chez nous.

Oui ! à ces questions, j’aimerais avoir des réponses.

Oui ! Le militantisme laïc a tout son sens, mais pas pour parler de botanique ou de la reproduction des baleines en milieu aquatique.

Oui ! Le militantisme laïc a un sens quand il combat pour l’essentiel : l’avenir de nos enfants, l’avenir et la transmission de nos valeurs, ces valeurs pour lesquelles des générations et des générations de laïcs se sont battus !

Eux ne se sont pas tu !

Merry HERMANUS
merry_hermanus@yahoo.com