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Couper le noeud gordien – La dignité et la patience ne sont plus compatibles

Cela fait maintenant cent jours que les négociateurs tentent de dégager une solution permettant la mise en place d’un Gouvernement fédéral.

Je souhaite tout d’abord dire toute l’admiration que j’éprouve pour l’obstination, le courage et la ténacité des négociateurs francophones et, en particulier, pour Elio Di Rupo qui, contre vents et marées, veut encore croire qu’un accord est possible.

Pour ma part, j’ai la conviction, depuis longtemps, que cela n’a aucun sens.

Il y a sept ou huit ans, ayant rencontré un auteur et un producteur d’ARTE, j’avais proposé de réaliser un film sur la fin de la Belgique. Le scénario complet avait été écrit et le titre avait été trouvé « Que le dernier qui sorte éteigne la lumière ».

Le projet ne s’est pas fait, faute de financements.

La question que je pose est la suivante :   Pourquoi nous autres, Francophones, faisons-nous semblant de ne pas voir que la majorité du peuple flamand souhaite, sinon l’indépendance complète de la Flandre, du moins une autonomie à ce point large qu’elle en a les contours.

Il ne fait pas de doute que dans ces conditions, nous ne faisons pas jeu égal.

J’ai toujours été impressionné par le fait que, dans le règne animal, lorsqu’il y a combat, celui-ci se termine rarement par la mort du belligérant le plus faible. Chez les Loups, par exemple, le plus fort se contente d’uriner autour du plus faible !

Mais lorsque l’un des adversaires se trompe sur la nature de son opposant, on assiste alors à un drame.  Ainsi, lorsqu’un coq combat contre un dindon, le dindon, à bout de souffle, se couche, croyant que le coq, fier de sa victoire, va s’en aller. Mais le coq n’en fait rien ! Il tue le dindon en lui enfonçant ses ergots dans le cou !!!

C’est exactement ce qui se passe dans cette négociation, mais, malheureusement,  contrairement aux apparences, ce sont les Francophones qui jouent le rôle du dindon !

En effet,  comment, alors que depuis trois ans, tous les partis francophones affirment qu’ils ne sont demandeurs de rien, la négociation pourrait-elle se terminer favorablement pour eux ?

C’est évidemment tout à fait impossible !

Rester dans le marais où nous sommes revient inévitablement à négocier en situation d’infériorité.

La seule façon, vu la volonté flamande, volonté par ailleurs tout à fait respectable, d’obtenir sa quasi indépendance, de négocier, c’est de nous placer sur le même terrain, à savoir d’affirmer la volonté de constituer une entité Wallonie/Bruxelles disposant d’une aussi large autonomie que celle de la Flandre.

Or, pour Bruxelles, la maison brûle !!!

Il ne fait aucun doute que l’usine à gaz institutionnelle bruxelloise ne peut plus fonctionner.

Les accords Moureaux/Dehaene de 87/88 étaient basés sur la loyauté régionale. Celle-ci est évidemment impossible quand vous avez en face de vous, au niveau fédéral, un « partenaire » qui remet constamment en question votre existence même.

Nous sommes là dans le cas de figure du Hesbola et du Hamas avec qui Israël ne peut négocier puisque ces derniers rejettent l’existence même de l’Etat d’Israël.

MM. Picqué et Moureaux ont parfaitement compris cette situation dans la mesure où mieux que d’autres, ils savent que Bruxelles est exsangue et ne peut plus assumer les charges qu’implique la gouvernance de cette Région volontairement appauvrie.

Cela fait déjà longtemps que Moureaux a pris position dans la presse pour un confédéralisme affirmé, et que Picqué, dans une récente interview, a mis les points sur les i.

La dernière provocation de Dewever à propos de la collaboration est particulièrement odieuse parce que, de facto, il fait basculer la problématique institutionnelle dans le champ de l’affectif le plus douloureux.

Dewever ne veut pas d’accord dans le cadre de l’Etat belge.

C’est son droit, nous sommes en Démocratie.

Mais pourquoi, nous, Francophones, tentons-nous encore aujourd’hui, après tant d’humiliations et de rebuffades, de rester au sein d’une  Maison que la majorité des occupants veut quitter ?

Il y va finalement de notre dignité !

Quand on sait que le cadre de l’Administration régionale bruxelloise a déjà été cassé trois fois, et que les fonctionnaires de la Région n’ont plus aucune perspective de  carrière à cause de cela, on reste confondus devant l’inertie francophone.

Toutes les Administrations communales, à partir du deuxième grade de la hiérarchie supérieure, sont à 50/50 néerlandophone/francophone.

Cette surreprésentation est aujourd’hui insupportable.

Et il en va ainsi dans tous les domaines !

C’est pourquoi les masques doivent enfin tomber et les yeux doivent enfin s’ouvrir,  et il faut retrousser nos manches pour faire comprendre à nos interlocuteurs que nous ne négocions plus dans un cadre institutionnel obsolète qui ne peut être que dramatiquement défavorable pour les Francophones.

merry_hermanus@yahoo.com
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CONGO : L’anniversaire d’un crime !

Certains croient devoir « fêter » le 50ème anniversaire de l’Indépendance du Congo.  En réalité, ce qu’il faudrait commémorer, ce sont les exactions constantes   commises contre les populations congolaises depuis la « découverte » de ce pays par Stanley lors de sa traversée de l’Afrique d’Est en Ouest.

Léopold II n’avait nullement d’objectif humanitaire, et la soi-disant lutte contre l’esclavage n’était qu’une immonde hypocrisie.  Son seul objectif était de s’emparer des richesses du Congo, et il y organisa un système de travail forcé digne des pires systèmes concentrationnaires.

Dès la fin du 20ème siècle, ce système a été condamné par l’Eglise anglicane et protestante dont les missionnaires anglais et suédois  étaient les témoins horrifiés des pratiques de l’Etat indépendant du Congo.

Les campagnes menées par Casement et Morell firent la Une des  médias de la fin du 19ème siècle. La réalité était enfin mise à jour !

Les forces de l’ordre coloniales, lorsqu’elles tiraient une cartouche, devaient ramener deux mains coupées !!!

Joseph Conrad a décrit dans « Au cœur des Ténèbres », une horreur qu’il a côtoyée lorsqu’à bord de son vapeur, il remontait le fleuve Congo.

Cette terrible réalité a été totalement occultée en Belgique où Léopold II a été présenté comme le bienfaiteur de l’Humanité luttant contre l’esclavage !

Il fallut les travaux universitaires de Barbara Emerson qui, au début des  années 70, fit toute la lumière sur les pratiques criminelles  de l’Etat indépendant du Congo.

Contrairement à ce qui était enseigné jusque dans les années 70, Léopold II ne « donna » pas le Congo à la Belgique, mais il le vendit !!!

En 1909, à la mort de Léopold II, c’est l’Etat belge qui prit la suite. Il rompit avec un certain nombre de pratiques, mais il mit en place, avec l’aide de l’Eglise, un système hypocrite d’Apartheid qui ne dit pas son nom.

Toute la classe politique belge étant d’accord pour maintenir la population indigène dans un état de sujétion  par rapport aux Blancs.

Emile Vandervelde, Président du Parti ouvrier belge, de retour du Congo en 1927, affirmait haut et fort que les Congolais avaient besoin d’un enseignement religieux pour qu’ils soient accessibles à une morale.

Cet état d’esprit durera jusqu’en 1954 lorsqu’on mit enfin en place un enseignement secondaire pour les Congolais.

Disons quand même à la décharge d’Emile Vandervelde qu’il  fut l’un des rares à oser condamner les pratiques de Léopold II.

Quel contraste avec ce qui se passait dans les colonies françaises où, dès 1857, le Général Faidherbe envoyait les fils de chefs indigènes dans les meilleures écoles  et dans les Universités françaises.

Le colonisateur anglais fit de même.

La Belgique estimant, encore au début des années 50, qu’elle était au Congo pour des centaines d’années, pensait que, pour les Noirs, un enseignement primaire suffisait.

Van Bilsen a été traité de fou lorsque, dans les années 50, il avait prévu l’indépendance du Congo en 1985 !!!

Le discours du Général de Gaulle à Brazzaville, en 1958, mit le feu aux poudres.

Les émeutes de Léopoldville, en 1959, furent un coup de tonnerre dans un ciel bleu.

Subitement, les Congolais se mettaient à exister !

L’Establishment belge crut  que, comme on l’écrivait sur le tableau noir des écoles le 30 juin 1960, « Avant l’Indépendance = Après l’Indépendance ».

Face au chaos qui s’installa, l’Establishment, dominé par la Société générale et l’Union minière, crut génial d’organiser la sécession katangaise.

La suite fut le tohubohu, la guerre et les massacres de masse.

On peut affirmer aujourd’hui que depuis l’Indépendance, plus de cinq millions de Congolais ont perdu la vie  dans les guerres qui se sont multipliées dans ce qui aurait pu être un paradis et qui est devenu un enfer à cause de la rapacité et de  la stupidité du colonisateur belge.

La fortune de Léopold II était estimée, au moment où il monte sur le trône, en 1865, à 4 millions de francs Or. Au moment où il meurt, en 1909, elle est estimée à 14 milliards de francs Or. Ces milliards-là dégoulinent  du sang des Congolais qui ont, dans le travail forcé, été obligés de récolter le caoutchouc.

En 1973, j’avais le privilège d’être aux Affaires Etrangères. J’y côtoyais une faune désolante, aussi bornée que raciste, d’anciens fonctionnaires ayant servi au Congo et détenant la réalité de la politique belge dans ce pays. Ceux-ci ne se cachaient pas pour me dire que lorsque la Belgique injectait un franc au Congo, elle devait en retirer au moins 12 !!! Toute la question était de savoir qui retirait ces 12 francs et au profit de qui ???

Lorsque j’étais dans l’enseignement primaire, on recevait dans nos cahiers un buvard sur lequel on voyait un colonisateur protecteur et un Noir « bien primitif » tenant une lance et un bouclier. Mais qui étaient les primitifs ? Etaient-ce les Noirs ou étaient-ce les policiers belges qui,  après avoir tué Lumumba, et après l’avoir déterré quelques jours plus tard et dissout dans l’acide, ont conservé en souvenir la phalange d’un doigt et deux dents ???

Le premier devoir de la Belgique, si tant est qu’elle existe encore aujourd’hui, serait de faire la vérité, toute la vérité, sur ce que fut le rôle de Léopold II,  et sur la colonisation.

Ce devoir de mémoire est impératif si ce pays  veut retrouver sa dignité et laver la tache monstrueuse que fut la colonisation du Congo.

merry_hermanus@yahoo.com
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