Archives de Tag: Paris

Catherine Moureaux ou l’Hommage du Vice à la Vertu !

« Il est avec le ciel des accommodements. »
Molière 

Catherine Moureaux, la fille de son papa… là aucun reproche à lui faire, comme dit la chanson… « on choisit pas sa famille… » diffuse sur les réseaux sociaux une « Carte blanche » en précisant que cette diffusion se fait « à la demande générale »… a-t-elle examiné qui soutient son étonnante prise de position ?  Non, pas la peine, elle vise une population bien déterminée… et basta ! Résultat électoral oblige ! Son axe d’attaque, les tenants de la laïcité « dévoyée », ceux qui en refusant le port du voile lors des accompagnements de voyages scolaires commettent, je cite « une grave violence symbolique », ceux qui organisent une « discrimination institutionnalisée », ceux qui refusent les « accommodements raisonnables », ceux qui menacent les parents et les enfants par « une application étroite du principe de neutralité », ceux pour qui la laïcité est « un mur d’intolérance isolant une minorité. »  Minorité… à Molenbeek… vraiment ?   Bien bonne, elle annonce qu’elle a fait « le choix d’inscrire ses enfants dans l’école publique. »

La Loi… Pas pour moi !

Aïe !  Aïe !  Aïe !  C’est là où cela se corse.  J’apprends que Catherine Moureaux voudrait à toute force que l’un de ses enfants soit immédiatement accepté dans une école de la Ville de Bruxelles.  Tiens, tiens, mais pourquoi son enfant devrait-il quitter Molenbeek ?  Pourquoi exige-t-elle que la réglementation scolaire soit violée ?  En qualité de parlementaire, elle doit savoir que les changements d’école doivent répondre à des critères très précis.  Elle n’a aucun lien avec la Ville de Bruxelles.  Mais non ! la réglementation… pas pour elle !  Née, élevée, instruite, cette enfant de la bonne et bien nantie bourgeoisie doit être obéie… s’agit de s’exécuter, d’obtempérer… et plus vite que cela… réglementation ou pas !  Pensez donc, fille d’un papa Ministre de nombreuses fois, qui plus est Ministre d’état, d’une maman Ministre, députée, échevine, Présidente du parlement bruxellois… alors pourquoi pas un « accommodement » avec la réglementation ?  Bon sang ne peut mentir !

Au cours de l’une de ses démarches, elle aurait précisé « impossible de continuer une scolarité à Molenbeek, c’est un ghetto. »  Je n’y étais pas !  Je le sers comme on me l’a vendu.  Mais les démarches pour changer d’école et de commune sont avérées.  Pas le moindre doute !  Alors, les mamans portant le voile qu’elle défend avec tant de conviction, l’ambiance de Molenbeek… bon pour les autres… pour elle pas question !  Quelle tristesse de voir se pratiquer une telle hypocrisie.  Elle me fait penser à ces curés qui disent la messe mais ne croient plus en Dieu !

Une laïcité… très électorale !

Marrant de voir que Catherine Moureaux cache son abandon de la laïcité derrière Caroline Fourest dont je viens de lire le dernier ouvrage… ce n’est manifestement pas le cas de Catherine Moureaux car l’auteure écrit sur la couverture de son livre « La laïcité n’est pas un glaive mais un bouclier »  donc l’auteure est aux antipodes de la position de Catherine Moureaux pour qui ceux qui défendent les principes de la laïcité « dressent un mur d’intolérance isolant une minorité. »

J’ai déjà souligné l’étonnante méconnaissance que manifeste cette députée à l’égard de nos institutions de leur fonctionnement et de leur histoire… étonnant de la part de quelqu’un qui a dû subir pas mal de leçons d’histoire à la maison données par papa himself.  Elle nous dit que la Belgique repose sur « un gros, un énorme accommodement raisonnable. »  Non !  Madame Moureaux, en Belgique les défenseurs de la laïcité ont par deux fois perdu les batailles qu’en France la République gagnait contre l’obscurantisme en 1905.  En 1879, un gouvernement libéral ose créer un Ministère de l’instruction publique, ce qui ne sera acquis qu’à une voix de majorité.  Jusque là l’enseignement était exclusivement au mains de l’église.  Les libéraux perdent ensuite les élections, se succéderont alors des gouvernements homogènes catholiques et ce jusqu’en 1914.  Le gouvernement dit des gauches dirigé par Achille Van Acker essaye de relancer le combat, il est à nouveau battu et doit conclure le pacte scolaire très dommageable pour la neutralité de l’enseignement et pour  la défense de la laïcité.  De là à soutenir que la Belgique vit grâce à « un gros, un énorme accommodement raisonnable » il y a une sérieuse marge.  Les mots utilisés sont toujours essentiels… ici ce qui compte, le marqueur, c’est le mot « accommodement », ce qui veut dire que puisque le Belgique repose sur « un gros, un énorme accommodement » d’autres, beaucoup d’autres peuvent suivre…dans les cantines scolaires, dans les piscines publiques, dans les administrations, dans les abattoirs, dans les lieux de culte… la liste, dans l’esprit de ceux sur les voix de qui compte Catherine Moureaux est, n’en doutons pas, particulièrement élastique.

« Une grave violence symbolique. »

Mais c’est bien sûr… ce sont ces ignobles laïcs intolérants qui commettent en interdisant le voile lors des accompagnements scolaires  une « grave violence symbolique. »  Bien voyons !  Mais Catherine Moureaux ne songent-elles pas à d’autres violences, pas du tout symboliques celle-là, en Septembre 2001 à New-York, à Madrid, à Londres, à Paris et enfin à Bruxelles !  Voilà des violences qui n’avaient rigoureusement rien de symboliques.  Ah ! j’oubliais, ces violences là sont justifiées car nos pays furent colonisateurs, et n’ont pas accueilli comme il fallait les populations immigrées.  En un mot, c’est de notre faute, pas la peine d’ergoter. En cela, elle suit à la lettre les leçons de Tariq Ramadan, aux conférences desquelles elle assiste au premier rang avec papa.  Le fait que dans la salle où elle se trouve on vend le Protocole des Sages de Sion et d’autres livres antisémites ne la dérange semble-t-il nullement !   Sans doute que pour elle, les violences… pas du tout symboliques subies par les femmes à Cologne lors du réveillon sont dues au fait que celles-ci ne portaient pas le voile, que l’une ou l’autre partie de leur corps, un bras, un mollet, un cou, était visible alors pourquoi ne pas outrager ou violer ces femelles impudiques !  « Accommodements, vous avez dit accommodements ! »

Je vais vous dire moi, Mme Catherine Moureaux, députée de Bruxelles, ce qu’est une violence symbolique.  Lors d’un conseil communal se déroulant pendant le Ramadan, sur proposition de l’échevine Turine, le conseil communal de Molenbeek est interrompu pour que ceux qui le souhaitent puissent participer à la rupture du jeûne… et donc ceux, les mécréants, qui n’ont pas participé à ce moment de religiosité conviviale, ont attendu une bonne heure assis à leur pupitre que la fête soit terminée… Oui ! cher lecteur, on en est là à Bruxelles au XXIème siècle.  Voilà une « grave violence » à l’égard de nos institutions, de la laïcité et… de la liberté.  Et là, on n’a pas entendu Catherine Moureaux, c’était normal… un petit accommodement parmi beaucoup d’autres… à venir, soyons en sûr !

« Pauvre petite fille riche. »

Catherine Moureaux diffuse son texte accompagné d’une photo.  Je vous invite à aller sur le site de Mme Moureaux et d’examiner ce document avec attention.  Il est évident qu’il ne me viendrait pas à l’idée de faire la moindre remarque sur le physique de la députée de Bruxelles, chacun le sien, et chacun doit vivre avec ce que la génétique lui a donné.  Ce qui importe ici, c’est le regard.  Je ne peux m’empêcher de songer à cette belle formule de Pierre Assouline « son regard la trahissait quand son verbe faisait encore illusion. »  Oui !  C’est bien cela !  On le voit cette jeune femme n’est pas à l’aise avec le public de Molenbeek, c’est comme pour l’école de son enfant.  Issue d’un milieu favorisé, très favorisé, elle est, on le voit sur « une terre de mission », comme disaient les chrétiens… du temps… des colonies.  Tout le problème est de savoir où cesse le vrai visage, et où commence la grimace !  Catherine Moureaux est médecin, j’espère qu’elle ne bloque pas l’un de ces précieux numéros INAMI dont tant de jeunes qui eux veulent pratiquer leur merveilleux métier de médecin ont cruellement besoin.

Et le PS dans tout ça !

La dernière phrase de cette carte blanche est lourde de conséquence.  Mais le sens politique de Catherine Moureaux n’est sans doute pas assez aiguisé pour en saisir les conséquences.  Se rendait-elle compte qu’elle divise profondément le PS quand elle considère que ceux qui défendent la laïcité élèvent un « mur d’intolérance. »  Nous étions nombreux au PS à soutenir une laïcité qui ne soit pas poreuse aux accommodements mortifères, aux petits abandons, aux grandes lâchetés rémunérées électoralement.  Combien nombreux sont ceux qui se sont éloignés sans bruit, sur la pointe des pieds… Ne voit-elle pas ?  N’entend-elle pas les portes qui se ferment parfois sur 40 ans de militantisme.  Ce que Catherine Moureaux et quelques autres sont en train de construire, c’est un avenir qui trahit ses promesses… et comme toujours les premières victimes de cette trahison ce sont ceux qu’elle prétend défendre.  Ne sait-elle pas qu’en Juin 2015 des mères maghrébines ont manifesté à Montpellier pour que les écoles cessent d’être des ghettos et que reviennent des enfants de toutes origines !  Ces femmes voilées là, car la plupart l’étaient, ne cadrent pas avec l’avenir électoral de Catherine Moureaux.  Donc, on n’en parlera pas !  Comme dans le procès Dreyfus… oh ! zut ! un Juif… la question ne sera pas posée !

Une balade en taxi à Bruxelles en mars 2016 en compagnie des Illuminati, des Satanistes, des Francs-maçons, des sionistes !  36 Heures avant les attentats !

Avant toute chose, je veux souligner que toutes les généralisations sont ridicules, je n’entends nullement accabler toute une profession ou toute une communauté,  je veux simplement informer sur ce qui m’est arrivé les deux fois où je suis monté dans un taxi à la gare du Midi entre le 1er Janvier et le 20 Mars.  Rien de plus… rien de moins.  J’ajoute que je ne suis que très très rarement client des taxis bruxellois.

Episode Premier.

Le 2 janvier, mon épouse et moi débarquons vers 13h30 du Thalys.  Quelques mètres et nous voilà sur l’esplanade Paul Henri Spaak.  Après avoir croisé les inévitables poivrots et clochards agglutinés à la porte de la gare,  nous nous présentons devant la station de taxis, disciplinés, nous montons dans le premier, le chauffeur sort de son véhicule pour ouvrir le coffre.  Petite taille, bonnet de laine, collier de barbe, yeux noirs, parka brun. Immédiatement son regard retient le mien, il me scrute, l’œil mauvais, les épaules vers l’avant.  Un malaise diffus me gagne.  J’indique la direction.  Après quelques dizaines de mètres, il nous adresse la parole, évoque les attentats de Paris. Je lui dis qu’il ne faut pas tout mélanger, que ces horreurs sont le fait des islamistes, une infime minorité de la communauté maghrébine.  Immédiatement, il hausse le ton.  Orage force 9,
le temps se gâte… « Comment vous parlez d’islamistes mais cela n’a rien à voir avec l’Islam, vous tombez dans le piège… ce sont des gens qui les obligent à commettre ces actes… ces jeunes gens n’en peuvent rien… on les pousse à faire ces actes.  En Syrie, au Moyen-Orient des gens meurent tous les jours à cause des bombardements de l’occident… alors de quoi se plaindre ici… Il ne se passe rien à Bruxelles, il n’y a pas d’attentats. »  J’ose alors : «  Mais Monsieur… et les quatre morts du Musée Juif ! »  La réponse éclate :  « Oh ! ça c’est une provocation, ça n’a rien à voir… ».  Heureusement, ce jour-là les voies sont dégagées, les invectives durent une bonne dizaine de minutes et nous sommes chez nous.  Nous sommes éberlués… inconscients que ce n’était qu’un léger hors-d’œuvre.  Alors que nous pensions qu’il s’agissait d’un hurluberlu isolé, bien pire allait suivre.

Episode deux.

Ce dimanche 15h10, nous débarquons du TGV en provenance de Marseille où nous étions allés entendre l’un de nos amis français chanteur d’opéra.
A nouveau, nous croisons les quelques sympathiques ivrognes armés de leur longue canette de bière.  La station de taxi, on s’engouffre.  Celui-ci a l’air assez sympa, la bonne quarantaine, petit collier de barbe, veston propre, anodin, passe partout, des yeux assez vifs, souriants. J’indique au chauffeur la direction de la Basilique de Koekelberg en précisant que nous habitons à cinq minutes et que pour plus de facilité, je lui expliquerai le chemin.

A mon vif étonnement, il tourne à gauche vers la rue Ernest Blérot, puis à droite dans la rue Bara.  Je m’en étonne, le chauffeur explique que le marché se termine, que le passage est difficile vers les tunnels. Je ne suis qu’à moitié convaincu, mais je n’insiste pas.  Il s’engage dans l’avenue Clémenceau, totalement encombré, on avance au pas, des véhicules en double file rendant la circulation encore plus difficile, les minutes passent, les chiffres basculent à grande vitesse sur le cadran du compteur.  J’aperçois le haut de l’avenue Clémenceau dégagé.  Brusquement, le chauffeur vire à droite dans la chaussée de Mons. Je lui demande ce qu’il fait,
il répond qu’il va rejoindre les tunnels !  Je réagis, on est beaucoup plus au Nord, rejoindre les tunnels, c’est faire demi tour !  Sa réponse fuse :  « mais réveillez vous !  Je connais cette ville. »  Poliment, je rétorque « moi aussi Monsieur, j’y vis depuis 72 ans ! »  Nous n’avançons que très lentement, tout est bloqué quand il ajoute : « Ah ! bon ! je croyais que vous étiez Français !  Vous en avez l’accent ! »  Curieux, j’ai toujours cru avoir un accent Bruxellois assez prononcé.
Je comprends mieux ses tours et détours, nous croyant étrangers, ne connaissant pas le ville, il faisait chauffer le compteur ! Un grand classique !  Mais le pire allait surgir.  Après une ou deux minutes de silence, il m’apostrophe :
« Vous avez vu l’arrestation ? »

Échaudé par l’épisode du 1er janvier, je suis prudent et répond :

« Oh ! vaguement, on a vu ça à la télévision. »

Il n’est pas satisfait, le ton de la voix franchit la barre des décibels les plus bas,
il hurle :

« Non ! mais qu’est- ce que vous en pensez ?  Réveillez-vous ? »

Sans doute ai-je l’air endormi !  ça non plus on ne me l’avait jamais dit.  De façon aussi calme et sereine que possible, j’ajoute donc :

« C’est une très bonne chose !  J’espère que ces crimes s’arrêteront. »

D’un ton encore plus haut, proche du hurlement :  « Non ! Mais vous croyez ce que disent les journalistes, tout ça c’est du bourrage de crâne ! »

J’ose : « Ah ! vous pensez !  Mais ce sont quand même des islamistes qui tuent des gens ! »

Un torrent se déclenche :  « Vous tombez dans le piège, ça n’a rien à voir avec l’Islam, ces types, sont de pauvres jeunes gens à qui on a promis de l’argent pour se faire exploser… sinon ils n’auraient jamais rien fait. » La démonstration du grand complot démarre, le chauffeur vient de déposer la première pierre de la démonstration qu’il va nous infliger, nous faire entrer dans la tête. Maintenant,
il crie et nous n’avançons toujours pas !  On se sent coincé, la main de ma femme se crispe sur la mienne, plus tard, elle me dira avoir eu envie de faire stopper le véhicule et sortir.  On finit par rejoindre le boulevard des abattoirs, là aussi l’encombrement est total.  Je lui demande de rouler sur les voies du tram…
ce qu’il fait, sans s’arrêter de parler.

« La religion interdit de tuer, si ils le font, c’est qu’on les a forcés ! »

Timidement, je réagis : « Monsieur,  le problème c’est que les religions promettent le paradis après la mort… donc ils espèrent », j’évite de parler des 72 houris promis aux martyrs, je ne veux pas provoquer !

Réaction : « Mais non vous n’avez rien compris, ce sont de pauvres jeunes gens, trompés par ceux qui leur promettent de l’argent, d’ailleurs on a une conversation téléphonique où l’un des « martyres » affirme qu’on ne lui a pas encore payé les 50.000 euros promis… il ne s’est pas fait sauté à cause de cela. »

Je comprends qu’il parle du salaud capturé vendredi !

Arrivés à la porte de Ninove, je lui demande de prendre directement à gauche et de monter la rue Delaunoy… maintenant connue par le monde entier.  A partir de là, le ton monte encore… est-ce parce que nous sommes maintenant à Molenbeek ! On longe l’avenue Vandenpeereboom.

J’essaye de lui expliquer que l’Islam est aussi une civilisation, je lui rappelle les grandes dates de l’histoire.

« Non ! l’Islam n’est pas une civilisation, c’est une religion… ça n’a rien à voir. »

J’en ai assez de ces hurlement, : « Monsieur, Pourquoi criez-vous ainsi, ce n’est pas parce que je ne suis pas d’accord avec vous que je vais vous couper la tête !  Et si vous n’êtes pas d’accord avec moi, je suppose que vous n’allez pas me couper la mienne ?  Et d’ailleurs, je vous signale que je suis athée, je ne crois en aucun dieu ! »

Un silence s’installe, mon dernier aveu le trouble, je vois dans le rétroviseur ses yeux emplis de points d’interrogations.  Silence de courte durée…

Il m’interpelle : « au moins est-ce que vous connaissez les Illuminati, les Francs-maçons, les Satanistes ? »

La main de Mireille serre un peu plus fort la mienne.  De toute évidence, elle craint que j’avoue être franc-maçon, en sommeil, mais franc-maçon quand même.

Je ne peux pas ne pas réagir, je décide de me foutre un peu de lui :

« Oui ! Les francs-maçons je connais !  Les satanistes, jamais entendu parler !
Les Illuminati c’est une secte née au XVIIIème siècle. »

Le chauffeur : « Eh ! bien si vous connaissez les francs-maçons vous connaissez leurs buts… la domination du monde. »

J’ose encore, je simplifie, : « Mais non Monsieur, ce sont des gens qui entendent respecter la déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 ! »

Il ne répond plus, j’observe qu’il hurle pour lui-même :

« Ceux qui font faire ces attentats à ces pauvres jeunes gens, ils le font pour salir l’Islam… ça c’est leur but, c’est le nouvel ordre mondial. »  Il répète en hurlant : « le nouvel ordre mondial… vous connaissez non ! »

Je songe au tweet que Moureaux aurait lancé quelques jours après les attentats de Charlie hebdo et de l’Hyper Casher : « Israël instille la haine des arabes en Europe. »  Ce chauffeur est-il Molenbeekois ?  Vote-t-il PS ?  Est-il membre chez nous ?  J’en frémis !

La démonstration se poursuit :

« Vous avez rien compris !  Allez, Allez, Allez réfléchissez enfin !  qui veut imposer le nouvel ordre mondial… Les sionistes, ce sont eux qui sont derrière tout cela avec la complicité des pays occidentaux.  Ils veulent dominer le monde, il n’y a que les arabes qui ne se laissent pas faire.  D’ailleurs, Mitterrand essaye grâce à ça de se faire réélire ! »

« Mais Monsieur Mitterrand est mort en Janvier 1996 ! »

Réponse, sans s’émouvoir, « Oui ! c’est Hollande, c’est la même chose. Les sionistes sont avec les Illuminati, les francs-maçons, les satanistes, ce sont eux qui ont provoqué ces attentats.  D’ailleurs, les attentats de New-York, cela n’a pas existé, ce sont des montages, de tels buildings ne se transforment pas ainsi en poussière !  et vous vous croyez toutes ces histoires que les sionistes vous font gober. D’ailleurs, on a la preuve sur les dollars, on y voit le signe des Illuminati. »

Je tente de lui expliquer les symboles figurant sur les dollars… je me dis que je suis un peu con d’essayer !

On vient de franchir le boulevard Léopold II, on s’engage dans la chaussée de Jette.

Je résiste encore :

« Monsieur,  comment pouvez vous douter de ces attentats !  Il n’y a pas le moindre doute. Est-ce que c’est à la mosquée qu’on vous tient de tels discours ? »

D’abord un silence, ma question sur la mosquée le trouble, je le perçois hésitant, il ne répond pas puis brutalement :

Un rugissement :

« Voilà vous êtes dans le piège, vous croyez toutes les choses racontées par des journalistes payés par les sionistes.  Le nouvel ordre mondial, voilà pourquoi ils font faire tous ces attentats.  D’ailleurs, ce sera bientôt la troisième guerre mondiale avec des milliards de morts, oui ! oui ! des milliards ! »

Nous arrivons au square Amnesty international, virons à gauche dans l’avenue Odon Warland, trente secondes plus tard nous parcourons 50 mètres dans l’avenue Firmin Lecharlier et… enfin… enfin  nous sommes avenue Paul De Merten.  Il stoppe la voiture en répétant : «  oui ! des milliards de morts, des morts par milliards. »  Sur ces bonnes paroles, immense soulagement, 27 euros…cher payé pour avoir dû entendre de telles énormités ; récupération des bagages.  Ouf !!!

Assommés par ce qui ne serait qu’un fatras de stupidités preuves d’une effroyable débilité si celles-ci n’étaient pas le support de justification de crimes horribles qui endeuillent le monde !  Aujourd’hui, cette diatribe prend une autre dimension, ouvre différentes explications quant aux climats dans certains quartiers de Bruxelles, quant aux évidentes complicités dont bénéficient les assassins !
C’est d’une extrême gravité, n’en déplaise à ceux qui ne sont que vissés sur le compteur électoral !

VOILA ?  TOUT EST D’UNE DRAMATIQUE AUTHENTICITÉ ! C’ÉTAIT UNE BALADE ORDINAIRE, DANS UN TAXI A BRUXELLES, UN DIMANCHE DE PRINTEMPS, 36 HEURES AVANT LES ATTENTATS DE ZAVENTEM ET DU METRO MAELBEEK… 31 MORTS ET PLUS DE 250 BLESSES !

 

 

6 MAI 2012 : UN WEEK-END HISTORIQUE !

Victoire de François Hollande, ce 6 mai 2012

Victoire de François Hollande, ce 6 mai 2012

–        10 MAI 1981 –

19 heures 50

Face à mon récepteur TV, je trépigne.

A l’écran, Elkabbach dont les attaches à droite sont connues de tous.

J’ai suivi la campagne de Mitterrand avec passion : L’espoir, le souffle puissant de l’Histoire, les références au grand combat de gauche, tout y était !

20 heures

Après un décompte, une calvitie apparaît : Giscard ? Mitterrand ?

Le doute encore permis pendant une fraction de seconde.

20 heures 01

D’une voix sépulcrale, Elkabbach annonce «  François Mitterrand est élu Président de la République » !!!

Je hurle de joie !  Je saute sur mon fauteuil !  On a gagné !

On avait perdu en 1965, on avait perdu en 1974 à 300.000 voix près.

J’hésite, vais-je me rendre en catastrophe à Paris ? Finalement, non.  Je suis les débats et m’amuse des mines atterrées des leaders de la droite.

–        5 MAI 2012-

Je ne vais pas rater ça !!!

Arrivée à Paris à 12 heures 30.

19 heures 45

Cinéma avec « Margin Call ». Magnifique film sur l’argent fou de Wall Street.

–        DIMANCHE 6 MAI 2012 –

13 heures

A pied du Quartier latin où je loge vers le bistrot de la rue Surcouf dans le 7ème Arrondissement  où j’ai mes habitudes.

13 heures 20

Je passe devant le bureau de votes de l’école des Sciences politiques.  Une dame cherche l’endroit. Handicapée, elle se déplace mal.  Elle est essoufflée et elle demande son chemin.  Je la guide jusqu’au bureau de votes.

Pour qui va-t-elle voter ?  Ai-je aidé la droite ?  Ai-je aidé la gauche ?

Dans Paris, une curieuse atmosphère règne… lourde d’attentes, lourde d’espoirs.

13 heures 45

« Petit Tonneau », bistrot minuscule que je fréquente depuis trente ans.  Le patron dit qu’il va voter vers  17 heures.  Je n’ose lui demander pour qui !

15 heures 40

Retour à pied à l’hôtel.  Seule information, les chiffres de participation.

18 heures

Je n’y tiens plus. Mireille et moi, on fonce rue de Solferino.  Une demi-heure de marche.  Au fur et  à mesure de l’approche, la foule se fait plus dense.

Des  parents avec enfants.

Des drapeaux.

Des roses.

Des pancartes.

Une masse de jeunes.  L’âge moyen ne doit pas dépasser 22, 23 ans.  Tous ont l’air joyeux, confiant.

18 heures 20

La RTBF et le « Soir » donnent Hollande gagnant !!!

18 heures 40

Coin du Boulevard Saint-Germain, rue de Solferino.  Impossible d’aller plus loin !

On est au coude à coude, encaqués, serrés.

Impossible d’apercevoir l’écran géant.

La foule hurle « Sarkozy, c’est la fin ! Hollande, Président ! » !!!

Immense majorité de très jeunes gens.  Certains sont montés sur les panneaux de signalisation, sur les réverbères, sur les feux rouges.

18 heures 45

Mouvement de foule

Les tables et les chaises du café du coin sont brisées.  On ne comprend pas ce qui se passe.

La foule nous presse.

Une femme, la petite cinquantaine, derrière moi me dit « J’ai passé l’après-midi à l’église.  J’ai prié pour Hollande.  Je suis de Nancy et je ne voulais pas rater cela » !!!

Elle sourit, mais je la sens encore inquiète malgré les informations que je lui donne de la RTBF et du « Soir ».

18 heures 5O

La foule bouge par larges paquets comme une mer qui s’agite.

Des gens hurlent.

Un jeune Beur me demande l’heure. Je lui réponds « 19 h 50 à ma Rolex » !!! Tout le monde se marre.

19 heures 55

Frémissements !

Audrey Pulvar est au balcon d’un immeuble. Elle salue la foule.  Une future deuxième première Dame ? … Seule fausse note.

19 heures 59

Tout le monde hurle !

9,..8,..7,..6 ,..5,..4,..3,..2……,1 !!!!!!!!

20 heures

Cri immense !!!

Rugissements de bonheur !!!

Des gens fous de joie !!!

Ceux qui sont accrochés aux lampadaires et ont grimpé sur les feux rouges hurlent, drapés dans les trois couleurs, ouvrant des bouches comme je n’en ai jamais vues !!!

20 heures 20

Un gigantesque flot humain reflue en masse vers le Boulevard Saint-Germain.

20 heures 30

Mireille et moi sommes emportés. Devant l’immeuble de la Communauté française, un camion de la RTBF.

On embrasse Karine Lalieux et Jean-Paul Baras.

20 heures 50

Un petit septuagénaire, cheveux blancs à la Groucho Marx, m’apostrophe « S’il faut attendre 24 ans pour une victoire de la gauche, où serais-je dans 24 ans ? ».

Je rétorque que je pense exactement la même chose que lui.

Et le pire, c’est que c’est vrai !

Je radiographie cette foule : des jeunes, partout des jeunes, de 18 à 25 ans.

Tous joyeux. Sans hargne. Sans agressivité.

Une joie bon enfant où domine l’espoir.

J’embrasse un militant socialiste tout de rouge vêtu.  La casquette et le gilet ornés de petits cœurs rouges clignotants.

Aujourd’hui, tout le monde s’aime !

21 heures 15

La foule nous transporte sur le pont de la Concorde.

Des voitures passent à gauche, klaxonnent.  Des passagers se penchent au dehors, les bras levés, les doigts marquant le « V » de la victoire.

C’est la revanche des humiliés.

Rue de Rivoli, nous occupons pratiquement toute la rue.

Des voitures de pompiers et des voitures de police klaxonnent, et tous hurlent leur joie avec nous.

Je songe à l’atmosphère de la Libération !  A ce qu’ont dû être les journées des 25 et 26 mai 1944 !!!  

Décidément, toujours en mai !

Le nombre de jeunes filles m’étonne.  Elles me paraissent être la majorité.  Elles crient, agitent des drapeaux, des roses.

21 heures 20

A la hauteur de l’Hôtel de Ville, un écran géant.  Juppé et sa tête de croquemort, plus amidonné que jamais.

On longe le Quartier des Marais.

Des groupes font irruption, venant des rues perpendiculaires.

De vibrantes Marseillaises éclatent.  La Marseillaise chantée par la foule dans un tel moment, ça me touche !

C’est le réveil du peuple de gauche.

Mireille et moi apercevons le Génie de la Bastille.

La Colonne est envahie de grappes humaines.

C’est une nouvelle prise de la Bastille !!!

21 heures 40

A 500 mètres de la Colonne, impossible d’avancer !

Partout, des chants, des cris.

J’entends parler du Bonheur et de la dignité retrouvée.

Je dis à Mireille « C’est fou comme tout le monde à l’air content ».  Un type plus âgé m’apostrophe : « On a des raisons de l’être » !!!

On entend la voix de Hollande. Retransmission du discours de Tulle.  Un homme simple et digne.

Une passante m’accoste « Vous êtes Belges ? »  « Oui » !!! « Moi aussi ! »

Elle me sert vigoureusement la main et disparaît dans la foule.

Une multitude de petits commerçants se sont installés : Vente de boudin, de vin, de champagne.  Ils n’ont pas perdu le Nord  !!!

22 heures 30

On renonce !  On rentre au Quartier latin à pied.

22 heures 40

Sur l’Ile Saint-Louis, deux Américains me demandent où est la Bastille !!!

Quoi ???

Eux aussi ???

Une clocharde, centenaire, surchargée d’une multitude de loques, affalée à la vitrine d’un épicier, boit au goulot une… bouteille de champagne « Veuve Clicquot » !!!

Nom de Dieu !!! Hollande élu, et déjà les pauvres sont riches !!!

23 heures 15

Quartier latin, l’Hôtel de  Ville, la télé, les débats.

Pour la droite,  comme toujours bien entendu, notre victoire est « immorale » (Guaino). Décidément, ce type est complètement fêlé.

– LUNDI 7 MAI 2012 –

01 heure 50

On éteint la télévision.

Je plonge dans l’histoire de Marco Polo.

Demain, retour à Bruxelles.

J’éteins la lumière, heureux d’avoir vécu  cette journée et d’avoir échappé quelques heures à l’atmosphère méphitique et médiocre qu’impose Doyen-Pinocchio aux habitants de notre commune.

04 heures

Une aube nouvelle se lève sur Paris, sur la France et sur l’Europe.

Ces milliers de jeunes que nous avons croisés sont sans nul doute les ferments d’une Europe du Bonheur des peuples dans la solidarité retrouvée.

Ah !  L’espoir est à nouveau là !

L’espoir, un sentiment neuf en Europe.

merry_hermanus@yahoo.com

Suivez le PS de Jette sur Facebook et cliquez J’Aime pour devenir fan


Un enterrement à Paris.

Mme Ginette Boyer dans son restaurant "Le Petit Tonneau"

Mme Ginette Boyer dans son restaurant "Le Petit Tonneau"

Je connais deux tableaux célèbres d’enterrement. Le premier, c’est l’enterrement du Comte d’Orgaz du Greco, qui date du 17ème siècle, le second, c’est l’enterrement à Ornans de Gustave Courbet qui date du milieu du 19ème siècle.

Dans le premier tableau, les deux personnages du centre regardent vers le ciel.

Dans le second tableau, celui de l’enterrement de Courbet, les personnages principaux regardent vers la terre.

J’ai été, il y un mois, à un enterrement à Paris au cours duquel j’ai souvent songé à ces deux tableaux et au temps qui passe.

Il s’agissait des funérailles de Mme Ginette Boyer, propriétaire du restaurant « Le Petit Tonneau », rue Surcouf à Paris.

Cela fait une trentaine d’années que mon épouse et moi-même le fréquentions à chacun de nos passages.

Il y avait moins de vingt couverts. C’est un tout petit endroit, mais la cuisine y était miraculeuse.

Mme Boyer appartenait à une culture où la cuisine est quelque chose qui se respecte et que l’on respecte.

Mme Boyer partait tous les jours entre quatre et cinq heures du matin pour s’approvisionner à Rungis, ce ventre de Paris qui a remplacé les Halles.

C’est dire si tout était frais ! Et ce d’autant plus que tout était préparé par Mme Boyer, seule, maîtresse absolue de sa cuisine. On pourrait même peut-être, en ce qui la concerne, employer le terme de « dictateur ». Rien n’échappait à son autorité sourcilleuse.

Mais il y avait beaucoup plus que la cuisine. Il y avait une chose extraordinaire : une vraie convivialité !

Etant donné l’étroitesse des lieux et la qualité de l’accueil, il arrivait toujours un moment, au cours du repas, où, de table en table, on se mettait à parler.

Vous vous rendez compte de ce miracle ! Les gens se parlaient les uns les autres !

Je me souviendrais souvent de ce vieux Monsieur de 90 ans avec qui j’entamais, vers 3 heures de l’après-midi, une conversation où il m’apprenait qu’il était bassiste au Cabaret russe « L’Etoile rouge de Moscou », et qu’il était l’un des réfugiés ayant fui la Révolution bolchevique.

Je garde aussi le souvenir d’un repas où mon voisin américain, s’émerveillant de mon nœud papillon réalisé par une artiste belge, je le lui offris.

Il y avait également des habitués avec lesquels, forcément, on bavardait.

N’étions-nous pas tous des habitués de Mme Boyer ?

La messe de funérailles eut lieu dans une église située à quelques minutes à pied du restaurant.

Il y avait une petite centaine de personnes, dont un habitant de Floride ayant fait spécialement le déplacement.

Au cours de cette messe, en observant les gens, je constatais que dans cet immense Paris, il existe une vie de quartier, et que Paris n’est qu’une addition de villages.

Mais je percevais aussi qu’avec Madame Boyer, c’était une part de la culture française, dans ce qu’elle a de plus humain, qui disparaissait.

C’était à la France d’Amélie Poulain à qui nous disions au revoir.

Mme Boyer ne sera pas, ne pourra pas être remplacée. Elle appartient à un monde, à une culture qui disparaissent à jamais.

Bien sûr, il faut regarder vers l’avenir, mais, parfois, en tournant la tête, les yeux s’emplissent de larmes.

merry_hermanus@yahoo.com