

- 10 MAI 1981 –
19 heures 50
Face à mon récepteur TV, je trépigne.
A l’écran, Elkabbach dont les attaches à droite sont connues de tous.
J’ai suivi la campagne de Mitterrand avec passion : L’espoir, le souffle puissant de l’Histoire, les références au grand combat de gauche, tout y était !
20 heures
Après un décompte, une calvitie apparaît : Giscard ? Mitterrand ?
Le doute encore permis pendant une fraction de seconde.
20 heures 01
D’une voix sépulcrale, Elkabbach annonce « François Mitterrand est élu Président de la République » !!!
Je hurle de joie ! Je saute sur mon fauteuil ! On a gagné !
On avait perdu en 1965, on avait perdu en 1974 à 300.000 voix près.
J’hésite, vais-je me rendre en catastrophe à Paris ? Finalement, non. Je suis les débats et m’amuse des mines atterrées des leaders de la droite.
- 5 MAI 2012-
Je ne vais pas rater ça !!!
Arrivée à Paris à 12 heures 30.
19 heures 45
Cinéma avec « Margin Call ». Magnifique film sur l’argent fou de Wall Street.
- DIMANCHE 6 MAI 2012 –
13 heures
A pied du Quartier latin où je loge vers le bistrot de la rue Surcouf dans le 7ème Arrondissement où j’ai mes habitudes.
13 heures 20
Je passe devant le bureau de votes de l’école des Sciences politiques. Une dame cherche l’endroit. Handicapée, elle se déplace mal. Elle est essoufflée et elle demande son chemin. Je la guide jusqu’au bureau de votes.
Pour qui va-t-elle voter ? Ai-je aidé la droite ? Ai-je aidé la gauche ?
Dans Paris, une curieuse atmosphère règne… lourde d’attentes, lourde d’espoirs.
13 heures 45
« Petit Tonneau », bistrot minuscule que je fréquente depuis trente ans. Le patron dit qu’il va voter vers 17 heures. Je n’ose lui demander pour qui !
15 heures 40
Retour à pied à l’hôtel. Seule information, les chiffres de participation.
18 heures
Je n’y tiens plus. Mireille et moi, on fonce rue de Solferino. Une demi-heure de marche. Au fur et à mesure de l’approche, la foule se fait plus dense.
Des parents avec enfants.
Des drapeaux.
Des roses.
Des pancartes.
Une masse de jeunes. L’âge moyen ne doit pas dépasser 22, 23 ans. Tous ont l’air joyeux, confiant.
18 heures 20
La RTBF et le « Soir » donnent Hollande gagnant !!!
18 heures 40
Coin du Boulevard Saint-Germain, rue de Solferino. Impossible d’aller plus loin !
On est au coude à coude, encaqués, serrés.
Impossible d’apercevoir l’écran géant.
La foule hurle « Sarkozy, c’est la fin ! Hollande, Président ! » !!!
Immense majorité de très jeunes gens. Certains sont montés sur les panneaux de signalisation, sur les réverbères, sur les feux rouges.
18 heures 45
Mouvement de foule
Les tables et les chaises du café du coin sont brisées. On ne comprend pas ce qui se passe.
La foule nous presse.
Une femme, la petite cinquantaine, derrière moi me dit « J’ai passé l’après-midi à l’église. J’ai prié pour Hollande. Je suis de Nancy et je ne voulais pas rater cela » !!!
Elle sourit, mais je la sens encore inquiète malgré les informations que je lui donne de la RTBF et du « Soir ».
18 heures 5O
La foule bouge par larges paquets comme une mer qui s’agite.
Des gens hurlent.
Un jeune Beur me demande l’heure. Je lui réponds « 19 h 50 à ma Rolex » !!! Tout le monde se marre.
19 heures 55
Frémissements !
Audrey Pulvar est au balcon d’un immeuble. Elle salue la foule. Une future deuxième première Dame ? … Seule fausse note.
19 heures 59
Tout le monde hurle !
9,..8,..7,..6 ,..5,..4,..3,..2……,1 !!!!!!!!
20 heures
Cri immense !!!
Rugissements de bonheur !!!
Des gens fous de joie !!!
Ceux qui sont accrochés aux lampadaires et ont grimpé sur les feux rouges hurlent, drapés dans les trois couleurs, ouvrant des bouches comme je n’en ai jamais vues !!!
20 heures 20
Un gigantesque flot humain reflue en masse vers le Boulevard Saint-Germain.
20 heures 30
Mireille et moi sommes emportés. Devant l’immeuble de la Communauté française, un camion de la RTBF.
On embrasse Karine Lalieux et Jean-Paul Baras.
20 heures 50
Un petit septuagénaire, cheveux blancs à la Groucho Marx, m’apostrophe « S’il faut attendre 24 ans pour une victoire de la gauche, où serais-je dans 24 ans ? ».
Je rétorque que je pense exactement la même chose que lui.
Et le pire, c’est que c’est vrai !
Je radiographie cette foule : des jeunes, partout des jeunes, de 18 à 25 ans.
Tous joyeux. Sans hargne. Sans agressivité.
Une joie bon enfant où domine l’espoir.
J’embrasse un militant socialiste tout de rouge vêtu. La casquette et le gilet ornés de petits cœurs rouges clignotants.
Aujourd’hui, tout le monde s’aime !
21 heures 15
La foule nous transporte sur le pont de la Concorde.
Des voitures passent à gauche, klaxonnent. Des passagers se penchent au dehors, les bras levés, les doigts marquant le « V » de la victoire.
C’est la revanche des humiliés.
Rue de Rivoli, nous occupons pratiquement toute la rue.
Des voitures de pompiers et des voitures de police klaxonnent, et tous hurlent leur joie avec nous.
Je songe à l’atmosphère de la Libération ! A ce qu’ont dû être les journées des 25 et 26 mai 1944 !!!
Décidément, toujours en mai !
Le nombre de jeunes filles m’étonne. Elles me paraissent être la majorité. Elles crient, agitent des drapeaux, des roses.
21 heures 20
A la hauteur de l’Hôtel de Ville, un écran géant. Juppé et sa tête de croquemort, plus amidonné que jamais.
On longe le Quartier des Marais.
Des groupes font irruption, venant des rues perpendiculaires.
De vibrantes Marseillaises éclatent. La Marseillaise chantée par la foule dans un tel moment, ça me touche !
C’est le réveil du peuple de gauche.
Mireille et moi apercevons le Génie de la Bastille.
La Colonne est envahie de grappes humaines.
C’est une nouvelle prise de la Bastille !!!
21 heures 40
A 500 mètres de la Colonne, impossible d’avancer !
Partout, des chants, des cris.
J’entends parler du Bonheur et de la dignité retrouvée.
Je dis à Mireille « C’est fou comme tout le monde à l’air content ». Un type plus âgé m’apostrophe : « On a des raisons de l’être » !!!
On entend la voix de Hollande. Retransmission du discours de Tulle. Un homme simple et digne.
Une passante m’accoste « Vous êtes Belges ? » « Oui » !!! « Moi aussi ! »
Elle me sert vigoureusement la main et disparaît dans la foule.
Une multitude de petits commerçants se sont installés : Vente de boudin, de vin, de champagne. Ils n’ont pas perdu le Nord !!!
22 heures 30
On renonce ! On rentre au Quartier latin à pied.
22 heures 40
Sur l’Ile Saint-Louis, deux Américains me demandent où est la Bastille !!!
Quoi ???
Eux aussi ???
Une clocharde, centenaire, surchargée d’une multitude de loques, affalée à la vitrine d’un épicier, boit au goulot une… bouteille de champagne « Veuve Clicquot » !!!
Nom de Dieu !!! Hollande élu, et déjà les pauvres sont riches !!!
23 heures 15
Quartier latin, l’Hôtel de Ville, la télé, les débats.
Pour la droite, comme toujours bien entendu, notre victoire est « immorale » (Guaino). Décidément, ce type est complètement fêlé.
- LUNDI 7 MAI 2012 -
01 heure 50
On éteint la télévision.
Je plonge dans l’histoire de Marco Polo.
Demain, retour à Bruxelles.
J’éteins la lumière, heureux d’avoir vécu cette journée et d’avoir échappé quelques heures à l’atmosphère méphitique et médiocre qu’impose Doyen-Pinocchio aux habitants de notre commune.
04 heures
Une aube nouvelle se lève sur Paris, sur la France et sur l’Europe.
Ces milliers de jeunes que nous avons croisés sont sans nul doute les ferments d’une Europe du Bonheur des peuples dans la solidarité retrouvée.
Ah ! L’espoir est à nouveau là !
L’espoir, un sentiment neuf en Europe.
merry_hermanus@yahoo.com
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Maingain versus MR : Le dit…et Le non-dit ! Et le PS dans tout ça ?
La façon dont Maingain dénonce la dérive droitière du MR fait plaisir à voir !
Elle fait penser à quelqu’un qui, pendant longtemps, a dû avaler des couleuvres, a tout subi, tout supporté, et qui, subitement, se débonde et lâche tout !
Un homme politique bruxellois, bien connu pour la verdeur de son langage, dirait que Maingain « est passé de la constipation à la diarrhée » !
Mais qu’en est-il sur le fond ?
Il est clair qu’après le discours du 1er Mai sur les « assistés », Ch. Michel a fait le choix du basculement à droite.
Les « éléments » de langage, pour reprendre la formule, sont dans le droit fil des derniers discours désespérés de Sarkozy qui n’étaient qu’un décalque de Marine Le Pen.
Ceux qui, au MR, ne sont pas sur cette ligne, sont mal à l’aise et dissimulent avec difficulté leur opposition.
Ch. Michel a manifestement opté pour une stratégie d’opposition frontale avec le PS dans le but de bipolariser le débat politique et, ainsi, d’étouffer le Cdh et Ecolo en les contraignant à se situer soit à gauche soit à droite.
Or, pour Ecolo et le Cdh, sortir de leur ambiguïté, c’est évidemment disparaître.
Dans les déclarations de Maingain, il y a aussi le reflet de ce qu’il a entendu dire par ses amis et alliés pendant des années.
Dans un parti, il y a, d’une part, les déclarations publiques, et d’autre part, ce qui se dit dans les couloirs. Or, ce sont les affirmations et les déclarations faites « en interne » et non rendues publiques qui sont le plus importantes parce qu’elles constituent la vraie colonne vertébrale idéologique d’un Parti.
On ne peut donc qu’être extrêmement inquiets d’entendre Ch. Michel qui dit tout haut, ce que, sans doute beaucoup ont pensé tout bas pendant longtemps.
On est à des années-lumière du Libéralisme social vanté par Louis Michel.
La « Lepénisation » du discours libéral est, à n’en pas douter, un choix stratégique global.
Deux sondages, où la très légère croissance du MR reste inscrite dans la marge d’erreur, semblent conforter la position de Ch. Michel.
Mais attention, celui-ci est très contesté à l’intérieur de son Parti, tant au niveau de l’organisation qu’au niveau des prises de position idéologiques.
Ceux qui regrettent Reynders le disent à voix de plus en plus haute !
Et le PS là-dedans ma bonne dame ?
Le PS ferait bien de réfléchir aux perspectives qu’offrent les discours contrastés de Maingain et de Ch. Michel.
Comment les électeurs, conscients politiquement, eh oui ! Il y en a encore, peuvent-ils comprendre la volonté de la Vice-Première Ministre socialiste de faire un accord électoral avec ce même MR qui affirme publiquement sa « Lepénisation », tout en rejetant le FDF qui prend ses marques plus à gauche ?
Bien sûr, au niveau communal, toutes, ou presque, les combinazione sont possibles.
Mais quand même !
Quelle image !!!
Quelle confusion …, surtout, quelle confusion !!!
Comment ne pas comprendre que les résultats électoraux communaux auront un impact en Flandre, mais aussi à Bruxelles et en Wallonie ?
Devons-nous attendre que Ch. Michel et le VLD choisissent, en toute quiétude, le moment où ils frapperont et plongeront l’épée plutôt que de poser des banderies comme ils le font actuellement ?
Le PS doit-il attendre l’estocade, ou se positionner clairement à gauche en mobilisant la population sur la défense des acquis sociaux que Ch. Michel veut, avec le grand patronat, voir disparaître ?
Le PS belge va-t-il rater le virage, la renaissance de la gauche européenne parce qu’il est englué dans un Gouvernement où seule la droite (et peut-être, demain, l’extrême droite) pose de plus en plus ouvertement ses scandaleuses exigences de régression sociale ?
Jusqu’où ira le PS ?
Pendant combien de temps restera-t-il silencieux ?
A n’en pas douter, ce silence sépulcral sera aussi celui des urnes…, et on ne l’aura pas volé !
merry_hermanus@yahoo.com
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