A PROPOS D’UN LIVRE SUR LE TEMPS QUI PASSE ET LE TEMPS QUI RESTE

Annie ERNAUX « Les années » Gallimard (Livre électronique ) 2001

Je connaissais Annie Ernaux, j’avais lu différentes critiques, toujours élogieuses, de ses romans mais je n’en avais jamais lus. J’ai acheté celui-ci tout à fait par hasard pour tester le fonctionnement de mon contact avec « Amazon », voilà bien la pire des raisons de lire un ouvrage. Le système s’est révélé efficace et j’ai pu lire, ce qui n’est pas un roman, j’appellerais cela une autobiographie photographique. En effet l’auteure part le plus souvent de la description d’une photographie pour situer une époque, évoquer les évènements vécus à ce moment. C’est une idée magnifique, les photos disent tout de notre histoire…si on prend le temps de regarder le décor, de prendre le temps de détailler l’espace, le minuscule aspect qui n’accroche pas d’emblée le regard. Cela me concerne tout à fait dans la mesure où Annie Ernaux doit avoir quelques années de plus que moi. J’ai donc été le contemporain de tout ce qu’elle évoque. On ne peut pas dire que ce soit une œuvre essentiellement marquée par le désenchantement, le désespoir. J’y perçois une forme de résignation lucide, une tristesse devant l’inéluctabilité du temps qui passe. Des espoirs de la Libération aux craintes du vieillissement en passant par Mai 68, la guerre d’Algérie, le grand espoir de l’élection de Mitterrand, les inévitables déceptions, c’est la même ellipse que la mienne…des lendemains qui chantent aux jours où la lucidité l’emporte sur le lyrisme du romantisme politique. Chez Ernaux s’ajoutent les problèmes affectifs, des amours, du mariage et des enfants. Là aussi, on passe des grandes espérances aux terrifiants pépins du réel sur lequel bien des illusions se fracassent sans qu’on comprenne bien pourquoi. La fin du livre m’a ému, sans doute parce que ce qu’elle évoque est l’une de mes grandes, et sans doute inutile préoccupation quand elle écrit « Ce qui compte pour elle, c’est au contraire de saisir cette durée qui constitue son passage sur la terre à une époque donnée, ce temps qui l’a traversée, ce monde qu’elle a enregistré rien qu’en vivant. » Et sa dernière phrase : « Sauver quelque chose du temps où l’on ne sera plus jamais. » Oui ! Écrire, comme une dérisoire bouteille lancée au hasard dans la mer de l’oubli. 16 Juin 2018

APRÈS LA LECTURE DE “SAPIENS”

Yuval Noah Harari « Sapiens » Albin Michel 2015

Mon cher Willy, Il me faut d’abord te remercier de m’avoir prêté ce livre que sans ton initiative, je n’aurai jamais lu. Je te demande pardon pour les notes que j’ai prises en marge. Elles sont bien trop nombreuses. Mais tu m’as dit à de multiples reprises que cela ne te choquait pas, que cela faisait partie de la vie du livre. D’emblée, je t’avoue que ce livre m’a beaucoup énervé car il est basé sur une philosophie d’un pessimisme absolu que je juge fort dangereuse car mortifère. Je vais essayer de te le démontrer. Encore une remarque générale. Cet ouvrage a été écrit en hébreu mais toutes ses références appartiennent pour nonante pourcents au monde anglo-saxon. Il n’est que très rarement question de chercheurs, de savants, d’inventions issues du monde latin. Je pense que Pasteur n’y est même pas mentionné. Cela n’enlève évidemment rien à la valeur des noms cités par l’auteur. Mais il s’agit d’un curieux ethnocentrisme pour une étude qui se veut « une brève histoire de l’humanité. » (Je note l’absence d’index et de références bibliographiques à part quelques notes de bas de page)

Analyse.

D’abord, la thèse du grand remplacement des Néanderthaliens par les Sapiens me semble marquée par les débats d’une cuisante actualité. En fait, on n’en sait rien.

Mythes ou valeurs.

Pendant les deux tiers du livre, il utilise le mot mythe là où il pourrait utiliser celui de valeur. C’est significatif du défaut fondamental que j’observe à savoir celui d’une négation du monde des idées au profit d’une vision totalement mécaniste de l’homme et de son évolution. Là réside pour moi l’élément essentiel avec lequel je suis en total opposition aux thèses de ce livre. Déterminisme biologique. Pour lui le déterminisme biologique domine toujours chez le Sapiens que nous sommes. Il néglige totalement les facteurs affectifs, les valeurs immatérielles, sa vision est, encore pour notre époque, totalement mécaniste. Déterminé encore aujourd’hui exclusivement par les facteurs biologiques ? Et que fait-il de la pilule anticonceptionnelle ? Et de mille autres découvertes qui justement ont permis aux Sapiens de se dégager de la gangue, de l’oppression de l’enfer du déterminisme biologique. Que fait-il des antibiotiques qui ont sauvé sans doute des dizaines de millions de vies, faisant ainsi la nique au déterminisme biologique. Très significativement, il n’évoque les concepts de Progrès et d’Avenir que fort loin dans son exposé. Il est clair qu’il ne connaît pas les analyses philosophiques de Mona Ozouf sur ces deux concepts essentiels dans l’évolution de l’humanité.

L’agriculture – Un piège – La plus grande escroquerie de l’histoire. Lisant ces lignes on ne peut s’empêcher de penser au « paradis perdu » des chasseurs-cueilleurs. Mais jamais il ne leur confère de sentiments. Aimaient-ils leurs enfants, souffraient-ils de les voir mourir dans de grandes proportions ? Rien ! C’est comme si les sentiments, l’intellect n’avaient pas existé. Or, c’est là l’essence même de l’humanité, sauf à nier celui-ci, en laissant entendre que l’homme n’est régi que par la biologie et qu’on est toujours dans le stimulus-réponse de ce bon vieux Pavlov ! Il évoque les mythes partagés mais pourquoi ne parle-t-il pas de valeurs partagées. C’est simple, les valeurs impliquent une construction intellectuelle de nature supérieure qu’apparemment l’auteur refuse à une bonne part de l’humanité.

Hammourabi et 1776.

Page 136, il compare le code d’Hammourabi à l’action des pères fondateurs des USA. Il nie l’existence de valeurs universelles. Or, ces valeurs universelles existent. Elles sont effectivement une construction humaine issue de l’évolution de la conscience de l’humanité et de la valeur…la valeur incommensurable de chacune de ses composantes. Afin d’asseoir sa démonstration il confond les éléments physiques ou biologiques avec les valeurs morales. Encore une fois, il est dans une vision purement mécaniste du monde et refuse de voir le monde des idées. Il est amusant quand il écrit lui-même que ce qu’il affirme va mettre de nombreux lecteurs en colère…il a raison. Comment ne pas être en colère quand il écrit que « la liberté n’existe que dans l’imagination des hommes. » Non ! Toute l’histoire des idées, notion dont il ne parle jamais, prouve le contraire. S’il veut dire que la liberté n’est pas donnée initialement à l’homme, d’accord, on ne la trouve pas dans notre berceau. Mais cela ne veut pas dire que c’est une œuvre d’imagination. C’est une lente progression, une prise de conscience, une lutte permanente vers le bonheur ou plus prosaïquement une lutte contre le malheur et la souffrance ! Qu’il ne cite pas beaucoup non plus. Ces chapitres me font penser à ces religieux qui pendant des siècles ont recherché la place de l’âme dans le corps humain. Avec une telle philosophie, jamais Einstein n’aurait découvert la relativité, ni Fleming les antibiotiques, ni Pasteur les microbes. Peut-être auraient-ils été d’excellents chasseurs-cueilleurs dont l’âge moyen n’aurait pas dépassé avec énormément de chance 30 ou 40 ans.

Page 142. Il évoque les mythes, mais pourquoi donc se refuse-t-il a évoquer le mot valeur ?

Page 143. Il fait une comparaison entre l’homme d’aujourd’hui et les bonobos. Je soutiens totalement le darwinisme mais comparer l’homme du XXIème siècle avec les bonobos n’a que peu de sens. Une fois de plus, il ne tient pas compte du substrat culturel et de ce que le monde des idées a apporté à l’humanité. Jamais il ne semble prendre en compte le monde des idées qui par définition marque la différence entre le monde des humains et celui des animaux.

Page 146. Il fait preuve d’une effroyable vision malthusienne et donc pessimiste de l’humanité. Il ignore, une nouvelle fois, la notion de progrès. Il refuse de voir l’avenir de l’homme comme infini. Son pessimisme m’apparaît comme ontologique à toute sa démonstration.

Page 148. Il compare l’homme à l’abeille « elles n’ont pas d’avocates ». Quel sens cela a-t-il de comparer un insecte agissant sur base de l’instinct ordonné dans ses gênes et l’homme dont l’esprit lui a donné la liberté d’agir selon ses pulsions… ou bien de leur résister. Là est toute la différence, une fois de plus c’est l’élément spirituel qu’il refuse de voir.

Page 168. Il considère que les hiérarchies dans les sociétés sont issues de l’imaginaire. Non ! Elles ressortent toujours d’un rapport de forces physiques ou intellectuelles. Sens et genres.

Page 180. Là il se place dans le sens du vent, bien dans l’air de l’époque. Physiologiquement qui peut nier que les femmes sont différentes des hommes. Je ne fais aucunement allusion à la structure ni aux fonctions sociales. Comment l’humanité se serait perpétuée ? Cependant, derrière cette affirmation conforme au politiquement correct se cache une nouvelle fois une pensée malthusienne et surtout une soif de retour au « paradis perdu » où là, c’est vrai il n’était pas question de genre, d’homosexualité, ni d’ailleurs de sexualité, ni bien sûr de procréation – mais qu’est-ce que son « paradis perdu » devait être ennuyeux ! Une fois de plus, il est pris la main dans le sac d’un pessimisme total…toutefois non dénué d’un grand humour, j’y reviendrai. Page 195. Comment admettre qu’il qualifie la culture de « réseau d’instincts artificiels » C’est énorme…la Culture un réseau d’instincts…Les bras m’en tombent.

Page 197. Il aborde enfin, il était temps, les valeurs. Il affirme que liberté et égalité s’opposent. J’en suis totalement d’accord. C’es d’ailleurs une des failles essentielles du marxisme que de ne pas avoir tenu compte de cette opposition. En imposant l’égalité on limite toujours la liberté, jusqu’à la supprimer !

Page 198. Il se révèle marxiste en affirmant que l’Histoire a une direction, ce qui m’apparaît en totale contradiction avec tout ce qu’il a écrit précédemment.

Page 207. Quand il évoque le rôle unificateur de l’argent, il adopte à nouveau une vision marxiste où l’infrastructure domine et façonne la superstructure s’imposant à tous les rapports sociaux. Je serais curieux de savoir si l’auteur est conscient de cette étonnante filiation ?

Page 228. Évoquant la colonisation, il parle entre autres de « L’empire belge » bizarre !

Page 245. Il écrit que depuis le XXIème siècle le nationalisme perd du terrain. C’est à se demander s’il lit les journaux. On assiste au contraire à une effroyable renaissance des nationalismes. France, Le Pen fait 30 pourcent, le Brexit de GB, la Pologne, la Hongrie, la Turquie, « L’America first » de Trump etc, etc.

Page 364. Une nouvelle fois, il ne tient pas compte des aspects spirituels, sa vision est mécaniste et malthusienne, niant tout le reste qui précisément fait l’Humanité. Pour moi…et beaucoup d’autres, le manque de confiance dans l’avenir…est du au suicide collectif dans la boucherie de 14-18, à Auschwitz et Hiroshima. A partir de là, les masses on perdu confiance dans l’Avenir et le Progrès.

Page 369. Curieusement, il oublie le facteur religieux de la prédestination propre à Calvin. La relation entre capitalisme et protestantisme a été largement étudiée par Max Weber. La réussite terrestre annonçant la réussite céleste.

Page 389. Quand il évoque « le gâteau économique » il s’inscrit dans le pessimisme écologique bien dans l’air du temps, à la limite des peurs millénaristes. Mais je pose une question, quand votre enfant a besoin d’un antibiotique, quand on vous soigne pour un cancer, quand on vous fait subir une IRM ou un Scanner…n’êtes-vous pas content que des chercheurs aient cru en la capacité de progresser… ?

Page 492. On découvre cette phrase, il s’agit de L’Epilogue. « Par malheur, le règne de Sapiens n’a pas produit grand-chose dont nous puissions être fiers ». C’est vraiment énorme. Cette ordure de Louis–Ferdinand Céline a exprimé la même chose quand il écrit « C’est naître qu’il aurait pas fallu ! François-René de Chateaubriand écrit, de façon beaucoup plus policée, la même chose au début des « Mémoires d’outre-tombe » quand il explique qu’il aurait préféré ne pas naître. Mais avec cette phrase scandaleuse, la boucle est bouclée, l’agriculture est d’après lui « un piège » tendu aux chasseurs cueilleurs d’il y a -8.500 ans. « La plus grande escroquerie de l’histoire. » Ah ! Bon ! Depuis, on n’a rien fait dont on peut être fier ! En fait, il a besoin d’un Dieu qui lui donnera la direction afin de rejoindre le paradis perdu des chasseurs-cueilleurs. Ce qui se dégage, c’est une méfiance envers l’homme…qui n’a rien fait dont on peut être fier… Voilà des conclusions d’un pessimisme inévitable quand on nie toute spiritualité, tout sentiment ! Il aurait pu mettre en exergue de son livre cet aphorisme de Cioran “ Objection à la science, ce monde ne mérite pas d’être connu.” Je pense exactement le contraire !

Je me réclame du vieux positivisme. Je m’émerveille de bénéficier de l’eau courante. Je sais tout ce que doit l’humanité au génie humain…tiens voilà un terme qu’il n’utilise jamais ! Depuis l’invention de la roue, de la brouette, du collier d’épaule pour les animaux de trait, de l’imprimerie, de la machine à vapeur, de l’utilisation de l’électricité, de l’aviation, des vaccins, la découverte des microbes, les transfusions, la radiographie, le téléphone, la télévision, les transplantations rénales, cardiaques, l’usage de l’insuline pour les diabétiques, la victoire contre la peste, le choléra, la tuberculose, la poliomyélite…etc…Voyons, rien dont le Sapiens puisse être fier ? Bien sûr, la nature humaine évolue moins vite que les miracles scientifiques qu’elle produit mais après Auschwitz il y eut Nuremberg, il y eut l’ONU, il y a la limitation des armes nucléaires. Malgré les peurs millénaristes et la pression des sectes écologistes la famine recule dans le monde, les chiffres sont formels. L’âge moyen augmente constamment dans les pays développés, avec un bémol pour les USA au cours des deux dernières années. Mais pour moi, c’est là le critère absolu. Il est vrai que « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » écrivant déjà Rabelais au XVI. Bien sûr, chaque progrès de l’humanité apporte de nouveaux problèmes. Mais si le monde occidental, celui où les droits de l’homme sont nés et constamment revendiqués oublie ses valeurs, nie ses immenses succès, nous laisserons la place à la barbarie. Ce ne sera pas le retour vers le paradis perdu mais dans les ténèbres de la barbarie.

Voilà mon cher Willy, les réflexions que m’inspire ce livre. Je te suis vraiment reconnaissant de m’avoir permis de le lire car il m’a permis de bien recentrer ma position…J’ai toujours su pourquoi je me battais…ce livre m’a permis de mieux me faire percevoir de quoi est faite ma colonne vertébrale. Ah ! Encore un mot, l’auteur fait souvent preuve de beaucoup d’humour, ce dont je suis tu le sais, malheureusement incapable. Et l’humour compte pour beaucoup dans ce livre…et dans son spectaculaire succès. Je t’embrasse Merry 24 Mai 2018

JAMAL IKAZBAN “UN HOMME BIEN !” VRAIMENT ?

Madame Onkelinx, présidente de la fédération bruxelloise du parti socialiste.

Quarante-huit ans d’affiliation au PS « Qui utilise qui ? En politique, c’est l’ultime question » Régis Debray

Au début de l’année, vous aviez eu l’amabilité de m’inviter à une petite cérémonie à l’occasion de mes quarante-huit ans d’affiliation au PS. J’en étais ravi. Votre courrier commençait par « Cher Merry » ce qui accroissait sans conteste ma joie de recevoir cette missive personnalisée. Je vous ai répondu en m’excusant de ne pouvoir assister à cette sympathique fête car à mon sens, elle sentait par trop le sapin…et j’ai toujours pensé que ce n’est pas parce qu’on a un pied dans la tombe qu’on doit se laisser marcher sur l’autre…en un mot faire semblant par ma présence d’avaliser les dérives communautaires du PS bruxellois. Début avril, je vous ai écrit un courrier sur la délicate question de la présence supposée ou réelle d’antisémites sur les listes électorales du PS, je n’ai pas eu le plaisir d’obtenir une réponse de votre part. En conséquence, je recours à la formule de la lettre ouverte. En effet, depuis toujours, je considère que l’absence de réponse est la réponse la plus claire qui soit. J’aurai l’occasion de revenir publiquement sur cette question à mes yeux essentielle.

Jamal Ikazban, un élu bien dans la ligne du parti ?

« Il faut savoir nager en eau trouble mais ne point pêcher » Montaigne

J’en reviens au délicat et si nuancé député Ikazban que vous avez qualifié lors d’une interview « d’ homme bien. » Vraiment ? Voyons pourquoi vous étiez interrogée sur celui qui alors était échevin et député de Molenbeek ; Quelques antécédents : Jamal Ikazban avait traité un journaliste « d’ordure sioniste », il s’en était excusé…ça ne coûte pas cher !

Jamal Ikazban avait déclaré qu’il se sentait proche du Hamas. Pour rappel le Hamas est une organisation dont la charte prévoit la destruction de l’état d’Israël. Qui en outre a été déclaré organisation terroriste par l’ONU. Tout dernièrement, le parlement européen vient lui aussi de classer cette organisation parmi les organisations terroristes. « Un homme bien » vraiment ! Le PS accepte-t-il dans ses rangs quelqu’un qui se dit proche d’une organisation terroriste qui a comme but de détruire un Etat avec lequel la Belgique entretient des relations diplomatiques dont vous rencontrez les dirigeants de gauche lors des réunions de l’Internationale socialiste ?

Jamal Ikazban a signé avec quelques autres une pétition pour obtenir la libération d’un personage qui s’avèrera être l’un des organisateurs supposés des attentats de Bruxelles et de Paris…étrange ne trouvez-vous pas ? « Un homme bien ! » Vraiment ?

Jamal Ikazban a été l’objet d’une arrestation administrative opérée par la police de la zone de police à laquelle appartient Molenbeek dont il était échevin. Pourquoi ? Il manifestait car les policiers avaient eu l’audace de vouloir appliquer la réglementation sur le voile intégral. Son attitude avait été à ce point violente que les policiers n’ont pas eu d’autre choix que de l’arrêter. « Un homme bien ! » Vraiment ?

Dans les tous derniers jours protestant contre l’horreur de la situation à Gaza, il s’est fait photographier faisant à différentes reprises le signe de ralliement des frères musulmans, et fier de son attitude il aurait posté ses photos sur son site d’un réseau social. Je dois vous avouer que lorsque j’ai vu la photo pour la première fois, j’ai cru à l’un de ces nombreux faux qui circulent sur la toile, j’ai également émis l’hypothèse qu’il pouvait s’agir d’un montage grossier aujourd’hui très facile à réaliser. Et puis non ! patatras la presse annonce que c’est bien exact, il a bien de façon consciente fait ce signe, ce n’était nullement comme je l’ai erronément écrit… « à l’insu de son plein gré. »

Des photos…explicites « la vérité y vit comme incorporée à son signe. » Éric Vuillard

Je m’arrête un instant sur ces photos. On regarde trop vite les photographies, il faut savoir les scruter, les détailler, sur celles-ci une chose m’a chaque fois impressionné, le regard de Jamal Ikazban. Le regard « ce reflet de l’âme » est d’une clarté éblouissante, aucun doute possible Monsieur Ikazban est parfaitement conscient de ce qu’il fait, de ce qu’il veut montrer, de ce qu’il veut démontrer…le PS bruxellois sera à sa botte où ne sera plus, c’est aussi simple que ça…accepter le crédo des Frères musulmans ou disparaître. C’est cela, la question monstrueuse que nous posent les gestes et attitudes récurrentes de Monsieur Ikazban.

Où par une extraordinaire conflagration Espace-Temps Jamal Ikazban rejoint le Maréchal Sémion Boudienny. « Informel…informel…vous avez dit informel…comme c’est étrange mon cher affilié » D’après « Drôle de drame » Carné, Prévert

Il paraît selon la « DH » que Jamal Ikazban aurait « été entendu de façon informelle par les Instances de la fédération bruxelloise du Parti socialiste. » Là, je rirais de bon cœur s’il ne s’agissait pas d’une situation gravissime. La formule « de façon informelle par les Instances » me fait penser à la formulation utilisée du temps de l’empire soviétique. Il y était question des « Instances » ou bien « des Organes » ou encore « du Centre » façon de noyer parfaitement le poisson, de rendre impeccablement obscure le fonctionnement du Parti. Pourtant, il existe une Commission de vigilance instituée pour régler ce genre de cas. Mais non ! Pour Jamal Ikazban…ce sont les instances « informelles »…un communiqué parfaitement lénifiant d’excuses tout aussi parfaitement bidon qui ne trompe personne et hop…on passe à autre chose. Cela me fait penser au cas du Maréchal Sémion Boudienny, soldat fort célèbre en URSS car il avait commandé la cavalerie rouge pendant la guerre civile. Tout le monde savait qu’il était un peu con…mais c’était un si bon cavalier, présentant si bien avec sa grosse moustache et le couvre-chef portant son nom. Au tout début des années cinquante, il eut un tout petit problème…oh ! deux fois rien. Au cours d’une crise de soulographie, il tua sa femme d’un coup de révolver. Lui aussi fut reçu par « une Instance » du parti communiste qui lui tapa sur les doigts, lui précisant sans doute qu’il ne devait plus recommencer…mais c’est bien sûr…c’est à cela que servent les Instances informelles dans les partis.

Morale et politique.  “

“On ne peut dissocier la morale de la politique, sinon c’est la violence, la barbarie. » Albert Camus

A propos des Frères musulmans, Jamal Ikazban assistait-il aussi aux conférences du frère Tarik Ramadan, Frère Musulman médiatique, au cours desquelles on vendait « Le protocole des sages de Sion » faux antisémites, fabriqué pour nourrir et justifier les pogromes dans la Russie du Tsar ? Connaissez-vous Madame la présidente l’axiome de base de cette « sympathique » confrérie ? Elle figure dans les documents de propagande distribués lors des manifestations et conférences auxquelles assistaient bienveillants des pontes de notre fédération. Sans doute n’avez-vous pas eu le temps d’y porter attention, comme peu de gens avaient fait attention à « Mein Kampf »…On est tellement négligent ! La voici : « Allah est notre objectif, le prophète Mohammed est notre chef, le Coran est notre foi, le djihâd est notre voie. » Éclairant non ! Ne trouvez-vous pas qu’il y a une sorte de distance avec…la Charte de Quaregnon, le congrès Rénover et Agir, les propositions du dernier congrès ? Difficile de faire la synthèse. Quant au libre-examen, cette vieille lune…On est à des années lumières. Tiens, j’y pense, Monsieur Ikazban a-t-il un jour entendu parler de la Charte de Quaregnon ou du libre-examen ? Ne trouvez-vous pas que notre parti a aujourd’hui…comme une mauvaise haleine annonciatrice de maladie mortelle ? Plus haut, j’ai cité Montaigne, désolé encore un Juif, quand il énonce qu’il faut savoir nager en eau trouble mais ne point pêcher…nous y pêchons tant de voix qu’on s’y noie !

Petits aménagements ou grandes  Trahisons.

« La politique, ce sont de petits compromis au service d’une grande cause, pas l’inverse. » Régis Debray

Il ne peut plus faire aucun doute, pour toute personne de bonne foi…là est le hic, que Monsieur Ikazban ne partage aucune de nos valeurs. La question posée aujourd’hui est de savoir si c’est l’ensemble du PS bruxellois qui sera l’idiot utile de l’Islamisme des Frères musulmans. Pour ma part, Jamal Ikazban et quelques autres pensent ce qu’ils veulent, expriment ce qu’ils souhaitent comme bon leur semble à condition, bien sûr, que ce ne soit pas contraire à l’ordre public…et là s’agissant des Frères musulmans, il pourrait y avoir une petite difficulté. Donc le problème, ce n’est pas Jamal Ikazban mais vous Madame la présidente et nous qui acceptons dans nos rangs quelqu’un avec de tels antécédents, de telles attitudes récurrentes. Là est le seul et le vrai problème du PS bruxellois aujourd’hui. Je crains que vous n’aviez tranché la question en faisant fi dans le choix des candidats et des élus de gens pour qui nos valeurs ne représentent rien, pire des valeurs qu’ils rejettent et combattent ouvertement ou…secrètement.

A Molenbeek, cela a débuté comme cela !

La fameuse caricature antisémite annonçant une conférence du PAC. Pour moi, ce fut un choc brutal…un choc tellurique…une monstruosité qui aurait dû ouvrir les yeux de tous. Qu’une telle caricature fut possible au sein d’une organisation du PS…c’était la fin. C’était aussi avant les attentats de Paris et de Bruxelles. Après lesquels le monde entier apprendra que Molenbeek fut une pépinière de criminels,…se sentaient- ils proches du Hamas eux aussi, considéraient-ils eux aussi que certains journalistes sont « des ordures sionistes » ? Leur base de départ, leur lieu de repli…Molenbeek…en un mot une commune où ils se sentaient chez eux…et c’est l’échevin-député de cette même commune, futur candidat à d’autres élections qui : Traite un journaliste « d’ordure sioniste » Qui se dit proche du Hamas Qui se fait arrêter administrativement Qui intervient pour faire libérer le supposé organisateur des attentats de Paris et Bruxelles Qui fait sciemment et ostensiblement le signe de ralliement des frères musulmans. C’est beaucoup non ! Peut-on parler de récidiviste ? Madame la Présidente de la fédération bruxelloise du Parti socialiste ne trouvez-vous pas que cela fait beaucoup…vraiment beaucoup ! Trouvez-vous vraiment que l’on peut se contenter d’un communiqué d’excuses après avoir été reçu par « une Instance informelle » de la fédération ? Pour ma part, je pense que ceux qui disent que vous ne voulez pas voir la réalité et que vous êtes de fait prisonnière de Jamal Ikazban, Kir et de quelques autres, ont parfaitement raison. Monsieur Lutgen, Président du CDH a agi avec une autre fermeté sur un problème de ce type ! Soyez certaine d’une chose, les gestes de Monsieur Ikazban lui rapporteront des voix, beaucoup de voix…ces voix si précieuses et pour lesquelles de toute évidence on jette par-dessus bord toutes les valeurs fondatrices de notre parti. Vous rappelez-vous il y a trois ou quatre ans, des crétins faisaient un autre geste « la Quenelle » signe de ralliement des antisémites et négationnistes, popularisé par « l’humoriste » Dieudonné. Il y eut quelques procès ( France ) et quelques condamnations. Ne conviendrait-il pas de songer à des dépôts de plainte contre ceux qui font le signe de ralliement d’une organisation que certains estiment proche des réseaux criminels à la base des attentats qui endeuillent le monde. Je verrais bien, moi, une plainte…peut-être même une plainte collective, en la matière. Je ne doute pas que Jamal Ikazban trouverait pour le défendre d’excellents et dévoués avocats sacrifiant une part de leurs honoraires…et de leurs convictions…pour une telle cause !

Nos véritables victimes. « Le premier courage en politique, c’est de penser autrement. »  Tony Blair

Mais, en l’occurrence, le pire ne concerne pas le PS. Le pire, ce sont les milliers et les milliers de bruxellois musulmans qui jour après jour, étudient, travaillent, luttent pour exister au sein de notre pays où règne encore beaucoup trop la discrimination et le racisme…et qui n’ont que faire des Frères Musulmans, de Jamal Ikazban et…du PS. Le crime que commet Ikazban et quelques autres, crime que vous ne voulez pas voir, c’est d’abord à l’encontre de ceux-là qui sont ou veulent loyalement, honnêtement s’intégrer, jouant ainsi leur rôle de citoyen belge à part entière. De telles attitudes, comme me l’a dit un jour Mr Laaouej à propos d’un autre individu plus que douteux, font reculer la cause de ceux qui veulent s’intégrer, qui veulent faire autre chose qu’importer en Belgique les drames atroces qui bouleversent l’humanité…et ce pour d’ignobles profits électoraux. Ce sont eux, dont Jamal Ikazban et quelques autres espèrent les voix qui sont les premières et les seules victimes. Je suis persuadé que dans les écoles de Molenbeek et autres lieux du même type, ils seront nombreux les gamins qui feront demain le signe de ralliement des Frères musulmans, ce sont eux que Monsieur Ikazban rejettent et enferment dans le ghetto dont ils doivent absolument sortir, dont nous devrions tous les faire sortir…voilà le crime…et il est immense car il tue l’avenir du vivre ensemble. « L’Instance informelle » y a-t-elle songé ? J’ai tout lieu de croire que non…elle aussi a les yeux sur le guidon électoral…et apparemment se fiche du reste.

Des crimes, des ruines et des larmes. « Les crimes et les folies politiques font toujours boule de neige. » Marguerite Yourcenar

Pour ce qui est du PS, pour ce qui reste du PS, il ne subsiste que nos larmes…des larmes de vieux affiliés depuis quarante-huit ans, de celles qui ne pèsent d’aucun poids électoral, de celles que l’on verse sur nos espoirs morts, sur un monde…le nôtre…qui s’effondre sous nos yeux ! Sur ce qui n’est plus que le passé d’une illusion ! Je vous suis reconnaissant d’avoir voulu honorer mes quarante-huit ans d’affiliation, mais faut-il aujourd’hui avoir honte de celles-ci ? Je vous laisse le soin de répondre !

Hermanus Auguste Merry

UNE HÉROÏNE OUBLLIÉE…COMME BEAUCOUP D’AUTRES

 

Anne NELSON « La vie héroïque de Suzanne Spaak » Laffont 2018

C’est d’abord une histoire de famille. Suzanne Spaak est l’épouse de Claude Spaak, frère de Paul Henri Spaak. Son nom de jeune fille est Lorge. Elle est la fille d’une richissime famille de financiers bruxellois. Claude Spaak est dramaturge, dialoguiste, romancier et vit à Paris. Il aura quelques succès mais beaucoup plus en qualité de dialoguiste qu’en qualité de dramaturge. Etant donné les moyens financiers dont ils disposent, ils habitent un vaste appartement au Palais Royal, juste au-dessus de celui de la romancière Colette. Une villa leur appartient à Choisel aux environs de Paris. Cependant le ménage n’est pas heureux. Claude Spaak multiplie les aventures. Il est assez fantasque, il finit par s’attacher à l’une de ses maîtresses et impose un mariage à trois que Suzanne Spaak finit par accepter. Ils appartiennent tous deux à la gauche intellectuelle, partisans de la république espagnole, opposés aux entreprises d’Hitler et de Mussolini. Les Allemands occupent Paris le 14 Juin 1940, le gouvernement de Vichy impose un statut des Juifs dès Octobre 40. Suzanne Spaak s’investit immédiatement en faveur des enfants juifs et des familles. Proche du premier mouvement de résistance, celui du Musée de l’homme, elle dispose d’une série importante de contacts dont celui du professeur Debré, père du futur premier ministre Michel Debré, qui Juif est dans un premier temps interdit d’exercer la médecine. Elle aide et protège aussi les époux Sokol dont elle ignore qu’ils font partie de l’Orchestre rouge. Ils seront tous les deux assassinés par les Allemands. Son dévouement en temps et en argent en vue de sauver les enfants juifs est considérable et s’accroît au fur et à mesure que les Allemands accélèrent la chasse aux Juifs. Elle crée un mouvement le MNCR ( Mouvement national contre le racisme.) Elle organise et participe à différents kidnappings d’enfants juifs placés dans des orphelinats d’où il était facile pour les nazis de les déporter. Elle les enlève et les place où elle peut, tout en finançant leurs hébergements. Elle soutient et rencontre différents membres des FTP-MOI. Claude Spaak lui fait connaître Léopold Trepper. On peut dire que sans être membre consciente de l’orchestre rouge, elle y est jusqu’au cou. Lorsque Trepper est arrêté, il joue le jeu avec les Allemands. Aujourd’hui, il n’y a plus de doute quant au fait qu’il ait donné aux Allemands une partie de son réseau, tout en essayant d’avertir Moscou qu’il était aux mains des nazis. Il s’évade dans des conditions rocambolesques et pour tout dire assez douteuses. Il sonne chez les Spaak et passe quelques nuits dans leur appartement. Ceux-ci le recherche partout à Bruxelles comme à Paris. Ils arrêtent tout le monde, même les deux enfants du couple Spaak sont interrogés. Claude Spaak passe sept mois en Prison mais s’en sort. Suzanne est finalement arrêtée, envoyée à Fresnes où on essaye de la faire parler essentiellement sur Trepper dont en définitive elle sait peu de chose. Elle est jugée par une Cour militaire qui la condamne à mort. On lui promet que la peine ne sera pas appliquée si Claude son mari qui se cache après être sorti des griffes des Allemands, se rend et parle au sujet de Trepper. Paris va être libéré, dans les tous derniers jours de la présence des Allemands, Suzanne Spaak disparaît. Panwitz, l’officier allemand qui l’interrogeait et qui s’est rendu aux alliés affirme qu’elle a été évacuée en Allemagne saine et sauve. Mais son corps sera retrouvé dans une tombe anonyme, son crâne porte la trace de la balle qu’on lui a tiré dans la nuque. On ne connaîtra jamais les détails. Son mari Claude Spaak pourra se rendre dans la cellule où elle était enfermée, il prend note des inscriptions qu’elle a gravées sur les murs. Elle a laissé une lettre pleine de courage et d’espoir à ses enfants.
Dans cette terrible histoire, le rôle de Claude Spaak reste assez trouble, résolument antinazi mais n’a peut-être jamais informé Suzanne de liens plus étroit avec Trepper. Il apparaît néanmoins qu’il devait faire partie du réseau de Trepper dès avant la guerre et était beaucoup plus impliqué politiquement que ne l’était Suzanne qui a agi, certes en fonction de ses convictions mais aussi en fonction de son cœur. Comme souvent dans ces cas-là, on fait de parfaite victime ! Elle sera reconnue par les autorités de Ya Vashem Juste parmi les Justes en 1985.
Une question : Pourquoi n’y a-t-il pas de rue Suzanne Spaak à Bruxelles ?
20 mai 2018

A propos d’un livre…la tyranie ou le doute !

Sheila FITZPATRICK  « Dans l’équipe de Staline » Perrin  2018

Chez ces gens là, on s’assassine entre amis.

« Ce n’est pas ici un cercle de famille, ni un club de bons amis, mais un rassemblement politique représentant la classe laborieuse. »  Au départ de cette formule utilisée par les bolcheviks bien avant la révolution, on peut comprendre tout ce qui va suivre dans l’extraordinaire ouvrage de cette historienne australienne, spécialiste de la Russie des années trente.  Apparemment, elle a eu accès à une série de documents inédits.  Elle cite de très nombreux procès-verbaux du Comité central, du Présidium, du Politburo et de nombreux autres organes des institutions soviétiques.  De même, elle a pu consulter les agendas de Staline, puisqu’elle détermine avec précisions qui étaient ses visiteurs les plus assidus.  Il est vrai que quand on envisage cette période de l’histoire de la Russie on songe d’abord et avant tout au Vojd, c’est-à-dire à Staline.  La réalité fut différente, il gouverna avec une équipe qui au travers de cette terrible période resta plus ou moins la même, c’est ce premier cercle que l’auteure a minutieusement étudiée.  Des hommes tels que Vorochilov ou Kalinine ou même Molotov que Trotsky qualifiait de “ bureaucrate de cul de pierre” étaient depuis les tout débuts auprès de Staline…et y resteront jusqu’à leur mort, pour Kalinine, ou celle du dictateur pour les autres.

Première étape, liquider Trotsky – Deuxième étape, purge générale.

Tout commence par l’élimination de Trotsky et de ceux qui l’entourent.  Le fait le plus notable est que Trotsky et les membres de son entourage sont pour la plupart beaucoup plus instruits, cultivés que celui de Staline composé de gens plus frustes, souvent mal dégrossis mais surtout il y a beaucoup de Juifs autour de Trotsky, il y en a aussi auprès de Staline tel Kaganovitch, encore un qui restera jusqu’au bout auprès de Staline, mais leur nombre est nettement plus réduit.  On le sait, c’est l’assassinat de Kirov en 1934, membre du  premier cercle stalinien, qui déclencha la grande purge, près de 700.000 exécutions et près de deux millions de gens envoyés au goulag.  55.000 officiers exécutés ! Il ne fait aucun doute que ce fut Staline qui déclencha cette monstrueuse opération mais il prit soin d’obtenir la signature des procès-verbaux par plusieurs membres de son équipe rapprochée, la responsabilité est ainsi collective. Il suffira de liquider l’exécutant des basses œuvres, Iejov, pour passer à autre chose.  Cependant, les crimes de masse, les procès truqués avaient commencé bien avant 1937, l’initiateur en avait été Lénine après la tentative d’assassinat dont il avait été la victime, l’auteur Nelly Kaplan ayant été promptement fusillée. Dès le début ce socialisme-là puait la caserne et la sacristie !  Même responsabilité collective dans la dékoulakisation, Staline reprochant à certains de ses proches de n’être pas assez durs, même mépris collectif pour les effets des terribles famines qui s’en suivirent.  On évalue entre trois et quatre millions le nombre de victimes en Ukraine. L’exécution de Nicolaï Boukharine tient une place à  part dans la mesure où Lénine appelait celui-ci “l’enfant chéri du parti”.  L’auteur retrace la lente liquidation de Boukharine, sa répudiation progressive et pour finir son exécution, véritable jeu du chat et de la souris dont Staline est évidemment le chat.

La guerre…le phénomène de cour…partout et toujours.

L’un des hommes clé du premier cercle est Vladislav Molotov, le fameux cul de pierre, qui fut chargé de la négociation du pacte Germano-Soviétique mais dont la femme était Juive et avait conservé son franc-parler.  Staline la fit condamner au goulag, lors du débat à ce propos en Politburo Molotov s’abstint lors du vote !  Il ne revit sa femme qu’après la mort de Staline.  Ce ne fut pas la seule fois que Staline s’en prenait à des membres de la famille de ses proches collaborateurs…il fit exécuter la femme de son secrétaire et celui-ci…continua à travailler avec le dictateur.  Il liquida aussi bon nombre de membres de sa belle-famille…témoins gênants et bavards de sa relation avec sa femme, qui s’était suicidée dans des conditions qui restent troubles.  Tous vivaient ensemble, en tout cas pendant la première partie des années trente d’où les conflits conjugaux et les petites haines recuites des uns et des autres.  C’est le classique, éternel et universel phénomène de cour que  j’ai pu observer dans les cabinets ministériels.  Ainsi tel attaché se précipitait servilement sur le manteau du ministre dont le col était mal placé.  J’ai connu bien pire, j’ai assisté à une chose horrible, j’ai connu deux types qui n’ont pas hésité à prostituer leur épouse à un puissant de l’heure dans l’espoir, d’ailleurs réalisé, d’en tirer une solide promotion.  J’ai été éberlué en découvrant ce genre d’attitude, je n’appartenais pas au sérail, je ne connaissais pas le monde politique, je découvrais cet univers les yeux emplis de l’idéal que m’avaient transmis mes parent et mon grand-père, armé seulement de mon cursus universitaire.  Il est vrai que dans les cabinets on vivait en permanence un mélange de vaudeville de sous-préfecture, alors qu’autour de Staline c’était chaque jour le pire des Shakespeare… ou la cour d’un roi mérovingien.   On imagine ce que cela peut être quand le puissant en question a droit de vie ou de mort sur tous et chacun !  L’horreur absolue !

Staline jouera constamment de la rivalité entre les élus du premier cercle, montant les uns contre les autres, flattant l’un, morigénant l’autre, menaçant un troisième, rétrogradant un quatrième et ainsi de suite.

Croyant jusqu’au bout en la valeur de son accord avec Hitler, Staline sombra dans une effroyable dépression au moment de l’invasion de l’URSS.  C’est Molotov qui fut chargé d’adresser le premier message au peuple soviétique, Staline ne parlera que bien plus tard.  Enfermé dans sa datcha, il crut qu’on venait l’assassiner quand les membres du politburo s’y étaient rendus pour  prendre ses instructions.

Vieillir quand on est un tyran…l’antisémitisme final.

Après la guerre, le premier cercle a espéré que les choses allaient évoluer positivement.  Beria qui avait remplacé Iejov (exécuté) plaidait pour un adoucissement du régime, la réunification de l’Allemagne, un rapprochement avec l’Ouest.  Kroutchov avait intégré le cercle des intimes ainsi que Boulganine et Malenkov.  Staline fit encore fusiller deux membres importants du Présidium. On était loin cependant des années trente où septante-cinq pourcents des membres du comité central avaient été exécutés.  La dernière grande purge, celle-ci liée à l’antisémitisme, fut lancée par Staline tout à la fin de sa vie.  Ce fut le célèbre complot des blouses blanches dont les buts étaient de liquider une partie de l’intelligentsia juive devenue suspecte car elle réclamait un état Juif en Crimée, refusant de se contenter de l’affreux Birobidjan à la frontière chinoise et de faire comprendre au tout jeune état d’Israël que le pire pouvait encore survenir en URSS s‘il s’alignait sur les politiques occidentales.  Cela commença par l’assassinat de l’acteur Mickhoëls et l’arrestation d’un grand nombre de médecins, dont Vovsi le médecin en chef de l’armée rouge, certains de ceux-ci moururent sous la torture.  Une fois Staline mort, tous furent libérés dans les jours qui suivirent à l’instigation de Beria.

Staline vieillissant devenu de plus en plus paranoïaque voyait des complots partout.  Il ne se rendait  presque plus au Kremlin, vivait la nuit obligeant ses intimes à boire et manger en sa compagnie pendant des heures et des heures, les humiliant ou les flattant selon son humeur. Il leur disait souvent  “sans moi vous ne saurez pas quoi faire.”

Les successeurs…les hommes gris.

Ce fut totalement faux,  le cercle des intimes liquida physiquement Beria qui avait voulu remplacer le Vojd trop ostensiblement puis s’organisa en direction collégiale pendant quelques années, et enfin Kroutchov s’installa seul au pouvoir mais sans effusion de sang.  Il est évident que les intimes de Staline se divisèrent sur le rapport secret du 25 février 1956 dans lequel Kroutchov dénonça les crimes de Staline.  De nombreuses libérations avaient eu lieu dès après la mort du tyran, ce mouvement s’accéléra encore après 1956, sans que l’on puisse parler d’une véritable démocratisation, ce fut à peine ce qu’Ilia Ehrenbourg décrivit dans son livre “ Le Dégel”.

Chaque fois que je lis un ouvrage sur cette période l’histoire de Russie, j’éprouve un malaise car l’idéal initial était magnifique, pour la première fois dans l’histoire le Peuple allait être au pouvoir.  Ce fut l’espoir pour des millions d’exploités, espoir partagé par ma famille. Lénine faisait constamment référence à la révolution française et à la commune de Paris, il nota la date quand la révolution soviétique avait dépassé la durée d’existence de la Commune de Paris.  Or, cet idéal de départ a été immédiatement trahi au profit de la pire des dictatures, celle où l’on veut transformer par la force l’homme, imposer par le sang et les baïonnettes une égalité théorique tout en recréant une élite bureaucratique qui, comme le décrit magnifiquement Anatole France dans “Les dieux ont soif” s’entredévore. ( Lire à ce sujet l’extraordinaire livre de François Furet,  “Le Passé d’une illusion”.)  Je visionne fort souvent des documentaires historiques, dans l’un d’entre eux on pouvait voir l’entrée des membres du politburo au Kremlin en 1956, tous portaient le même lourd imperméable leur tombant sur les chevilles, le même chapeau gris…c’étaient les hommes en gris mêlant à une effroyable cécité idéologique une ignoble hypocrisie, car alors que le peuple vivait dans la misère, eux vivaient dans le luxe le plus excessif mimant la comédie du leader prolétarien.

En guise de conclusion.

Rien ne vaut la démocratie, avec tous ses défauts, ses multitudes de scandales, car elle implique le respect des libertés fondamentales pour lesquelles cependant il faut toujours se battre.  Trump aux USA est certes une abomination, mais si vous visionnez des séries américaines, si vous lisez la presse des USA, vous ne manquerez pas de constater combien les contre-pouvoirs existent.  Si en Novembre aux élections de mi-mandat, les Républicains perdent la majorité au Congrès, Trump ne terminera pas son mandat.  Ce sont les commissions parlementaires qui ont éliminé Mac Carthy, c’est la presse et les commissions parlementaires qui ont forcé Nixon à démissionner, ce sont les commissions parlementaires et la presse qui ont condamné les actions de la CIA pendant les années septante…il y a mille et un autres exemples.  En terminant, j’ai envie de citer Raoul Vaneigem quand il écrit : “ Je ne crois en rien.  Toute croyance est une tombe de la conscience !”

Je ne le suis pas quand il affirme ne croire en rien mais il a diablement raison quand il estime que “toute croyance est une tombe de la conscience ”, j’ajouterai que toutes les certitudes sont des prisons de la pensée, seul le doute est générateur de liberté, liberté toujours remise en cause, toujours fragile…pour laquelle il faut non seulement être vigilant mais lutter sans concession quand elle est en danger.

  

 

 

 

 

 

 

 

 

 

POURQUOI UNE BIBLIOTHÈQUE, POURQUOI LIRE ?

J’AI RÉALISÉ À L’INTENTION DE MES ENFANTS ET PETITS-ENFANTS LA RECENSION DE MA BIBLIOTHÈQUE.  VOICI L’INTRODUCTION ÉCRITE À LEUR INTENTION. 

                                          Ce qui relie tous ces livres, c’est moi !

                    Ces livres, mon seul, unique, dérisoire trésor, qui ne vaut rien !                                

                          

                                                      

                                                       « Mon livre m’a créé.  C’est moi qui 

                                                           fus son œuvre.  Ce fils a fait son 

                                                           père. »  Jules Michelet                                                                                                                                                      

                                                       « Je n’ai rien accumulé, ne suis

                                                           propriétaire de rien, rien que des 

                                                           livres. »  Léon Blum                                                                             

                                                        « Au secours les mots m’ont mangé. »  Bernard 

                                                          Pivot 

                                                        « La vie finit toujours par ressembler aux 

                                                          Livres. »  Javier Cercas

                                                        « J’erre de livre en livre ( c’est une 

                                                         manière d ‘interroger les morts. )  François Mauriac                                                                              

                                                        « Ces lectures sont elles-mêmes

                                                           devenues des éléments de notre 

                                                           vie. »  Simon Leys                                                                        

                                                        « Nos livres nous ont faits !  On est 

                                                           aussi ce qu’on a lu. »  P. Assouline                                                                           

                                                        « Exposer ses lectures, c’est se mettre

                                                          aussitôt à nu, c’est avouer. »  F. Vitoux                                                                         

                                                       « Le livre est mon rapport au monde. »  Christine Taubira                                                                         

Et enfin…pour vous victimes,  si comme moi vous souffrez de ce vice impuni qu’est la lecture :

« Tu le connais, lecteur, ce monstre délicat, hypocrite lecteur, mon semblable, mon frère. »   Charles Baudelaire 

                                     Du papier et de l’encre…beaucoup plus !

                                                                         « Qui peut dire où 

                                                                            La mémoire commence, qui peut 

                                                                           dire où le temps présent fini, où le

                                                                           passé rejoindra la romance, où le 

                                                                           malheur n’est qu’un papier. » Louis Aragon

 

J’écris ces lignes à quelques heures de mon septante troisième anniversaire.  Si l’on dispose d’un minimum de lucidité… inévitable de se poser certaines questions sur le chemin parcouru, sur ce qui a été réalisé, sur les échecs, sur les joies, sur l’effondrement des certitudes, sur les lambeaux d’illusions…fragiles récifs subsistant dans l’océan des épreuves de l’existence.  Une bibliothèque,  c’est aussi un bilan quand on en fait le compte à l’âge où le temps qui passe c’est le temps qui reste ;  chaque livre pose des questions sur l’époque où je l’ai lu, sur ce que je fus, sur les rôles joués, ou que j’ai refusés d’interpréter sur la magnifique, la formidable scène de la vie.   Ces livres, tous ces livres célèbres ou inconnus,  m’apportent la lumineuse clarté du passé.  Cette bibliothèque, dans sa cohérence inévitablement éphémère, est aussi une sorte de Journal qui livre après livre dresse mon vrai portrait…montre ce que j’ai été, et suis…encore !  Ainsi, je découvre stupéfait, un peu honteux que je fus l’enfant d’une époque, je m’en croyais détaché, quelle naïveté !  Pourquoi tant et tant de biographies ? Il est vrai qu’une biographie est aussi une façon de comparer sa propre vie, de la mesurer à l’aune des héros, des salauds ou des lâches de l’histoire…éternelle question de la mesure de soi.   En manipulant pendant plus de deux ans tous ces ouvrages, j’ai songé à mon parcours, chaque livre me reliant à une période de mon existence, aux multiples fonctions que j’ai exercées que certains envieux aux dents jaunes qualifiaient de prestigieuses, ne voyant que les voitures de fonction, chauffeurs et notes de frais.

  • – Fonctionnaire du ministère de  l’Intérieur exerçant la tutelle sur cinq communes bruxelloises.
  • – Responsable dans les Services du Premier ministre de la formation post universitaire des hauts fonctionnaires. 
  • – Conseiller du Premier Ministre.
  • – Secrétaire de la Commission parlementaire de la réforme institutionnelle.
  • – Négociateur de 1973 à 1995 pour le PS de l’ensemble des nominations politiques, en ce compris, quel malheur, celles des magistrats.
  • – Conseiller au service d’études et de coordination économique du Premier Ministre.
  • – Inspecteur général de la Fonction publique.
  • – Chef de cabinet du Vice-Premier Ministre et Ministre de la fonction publique.
  • – Chef de cabinet de deux Ministres des PTT.
  • – Chef de cabinet du Vice-Premier Ministre et Ministre des communications.
  • – Chef de cabinet du Vice-Premier Ministre et Ministre du budget.
  • – Chef de cabinet du Ministre Président de la Communauté française.
  • – Commissaire du gouvernement à la Radiotélévision Belge Francophone pendant quinze ans.
  • – Administrateur de la Loterie nationale.
  • – Commissaire du gouvernement à la Société de Développement Régionale de Bruxelles.
  • – Président de l’Office de Promotion du Tourisme Wallonie-Bruxelles.
  • – Président pendant huit ans de la Société régionale de  Développement de Bruxelles.
  • – Député de Bruxelles et chef du groupe PS. 
  • – Echevin des finances et de l’instruction publique pendant vingt-cinq ans.
  • – Administrateur délégué d’une entreprise d’immobilier industriel.
  • – Directeur des centres d’entreprises de Molenbeek.
  • – Président du Service laïque de coopération au développement
  • – Président du Conseil d’administration des hôpitaux psychiatriques de Mons et de Tournai.
  • – Président du conseil d’administration du château de La Hulpe
  • – Président du conseil d’administration du centre sportif de la forêt de Soignes.
  • – Administrateur de l’Université Libre de Bruxelles.
  • – Administrateur du Théâtre national.
  • – Président de la fondation Nusbaum.

Et, j’en oublie certainement !  Tout ça…finalement…dérisoire ! 

Nulle prétention à l’époque, nulle fierté, ni gloire rétrospective, pas une ombre…aujourd’hui sentiment étrange que ce type-là était…un autre, ai-je donc été un personnage étranger à ma propre histoire ? Peut-être ! Surtout, c’est l’essentiel, aucun regret, aucune honte…si, celle d’avoir été trop loyal, trop longtemps obéissant, incapable de lire la partition qui se jouait et dans laquelle j’avais un petit rôle !  Mais sentiment merveilleux de n’avoir jamais travaillé tant je me suis amusé, toujours observateur des autres et de moi-même…mon meilleur sujet !  Quel spectacle ce fut !  

Eh ! bien non !  Avec le recul, j’estime que mon seul, mon unique, mon vrai titre de gloire est d’avoir été un lecteur…oui…un lecteur !  Quelqu’un qui avait l’ambition un peu ridicule de tout connaître, de tout savoir, de tout comprendre, qu’une foule de choses passionnaient, fascinaient, intéressaient.   En cela le vieil homme… vieux soldat veuf d’un idéal disparu, usé par mille et un combats, visage  bosselé, ridé, couturé, marqué d’ épreuves, insulté, sali d’injustices, balloté par une vie chaotique mais toujours illuminé par l ’amour,  extraordinaire chance dont chaque jour mesure  le prodigieux bonheur…rejoint à la fin de cette longue boucle…le petit garçon qui s’était fixé pour seule ambition de tout connaître, de découvrir toutes les formes, toutes les images du monde !  Pour moi, il est n’est pas encore venus le temps où, comme l’écrit Voltaire, toutes les cendres sont mêlées.  Non, je ne me résoudrai jamais à n’être plus qu’un voyageur qu’on n’attend plus.  L’indifférence, lèpre de l’âme, boulet des consciences ne m’a pas encore infecté.   Et dire qu’il y a encore quelques idiots qui attendent que le funambule tombe alors que depuis longtemps il a quitté le fil.  Quelle joie de constater…encore debout…yeux  grands ouverts, lucide, sans la moindre amertume, toujours et à jamais affamé de connaissances…cette merveilleuse cohérence, cette sérénité, ce profond accord avec soi-même !  Immense chance, incommensurable bonheur de lire…de vivre !

Pourquoi ?

« Je ressens cela comme un des grands échecs de ma vie.  J’ai été, jusqu’ici, mais tout n’est pas fini, incapable de faire aimer à d’autres les livres que j’ai lus, qui m’ont passionné.  Mireille considère que lire « mes » livres serait abandonner une sphère essentielle de son autonomie. Pourtant elle estime, comme moi, que nous formons un couple fusionnel. Et c’est vrai ! À ce niveau, l’identification à mes parents est parfaite.  Mais quelle tristesse de ne pouvoir faire partager mon enthousiasme, mes intérêts. En désespoir de cause, j’ai donc décidé, pour ceux qui peut-être un jour liront ceci, de tenter de résumer et noter mes impressions sur les livres que j’ai lus.  C’est aussi une façon de ne pas oublier, car malgré ma mémoire, tant vantée, certaines lectures se perdent, se noient dans une mer de papiers sans signification qui progressivement, page après page, m’engloutit. J’ai aussi décidé de noter au jour le jour ce que je retiens de mes lectures de la vielle. Cela doit permettre de mieux mémoriser et assimiler ce que je lis. La lecture fait partie de ma vie depuis toujours, elle accompagne mon existence, les livres m’ont considérablement aidé.  Ils m’ont appris à relativiser mon vécu à la lumière de l’Histoire, à la lumière des histoires !  Distance salutaire  avec l’effrayante, l’incontrôlable, l’incompréhensible immédiateté du réel. C’est une mise en perspective essentielle. Je ne sais pas si j’aurai le courage d’écrire au jour le jour et si je parviendrai à m’exprimer sur la masse des livres que j’ai lus et annotés.  J’essayerai, voilà tout !

À l’époque, révolue, où j’avais beaucoup d’amis, qui n’étaient que des connaissances, j’avais lu Une saga moscovite d’Axionov. Emporté par mon enthousiasme, j’achetai, lecture faite, une dizaine d’exemplaires et les fis parvenir à mes « amis ».  Quelques mois plus tard, je les interrogeai prudemment, ce qui je l’avoue était un peu grossier. Mais je croyais qu’avec « des amis » je pouvais me permettre ce genre de privauté.  Donc, j’essayai de leur parler de ce livre. Je perçus immédiatement un certain malaise, on me répondait à peine, on changeait de sujet, oui, on l’avait lu, mais on ne pouvait pas en dire grand-chose.  Je compris vite qu’un seul d’entre eux avait commencé la lecture et l’avait vite interrompue.  C’est le seul qui eut au moins l’honnêteté de me le dire.  Aujourd’hui, je confesse mon autoritarisme !  Comment donc, essayer de conseiller un livre, quelle audace ! Il faut laisser dormir les hommes, ne pas tenter de les réveiller.  Je ne savais pas que Gide avait écrit : « Les livres recommandés par les autres sont rarement à notre goût. »  Cependant, incorrigible optimiste, je crois en l’homme,  seul vrai Dieu, il en vaut la peine, l’animal !  Alors, j’essaierai encore ici ou là de faire aimer les livres. C’est ici l’ultime tentative, mais elle s’adresse à ceux que j’aime plus que tout au monde. »  Voilà donc ce que j’écrivais en Mars 2003 sur la page de garde du premier de mes cahiers de lectures.  Je n’ai pas été capable d’écrire au jour le jour, mais j’ai quand même réussi à résumer et à réagir à propos de  chaque livre lu depuis plus de 13 ans au moment où j’écris ces lignes en cette fin d’après-midi du 27 Janvier 2017.

 Cet extrait de mon livre « Du bonheur de la certitude d’avoir été aimé » où j’évoque la lecture trouve ici toute sa place.

« Quand ai-je commencé à lire toutes les nuits ? Impossible à préciser. J’ai le sentiment de l’avoir toujours fait. Ne voulant jamais me laisser envahir par le sommeil, les livres m’accompagnaient jusqu’à l’épuisement total. Les livres faisaient partie de notre vie familiale. Ils étaient l’objet d’un immense respect.

Mon père m’avait parlé de son envie de suicide après la lecture de « la 25e heure » de Virgil Gheorgiu. Ma mère évoquait souvent  « Les Hauts de Hurlevent » d’Emily Brontë ou « Loup parmi les loups »  de Hans Fallada. Leur travail ne leur permettait malheureusement pas de lire souvent, mais le livre était magnifié. J’ai déjà évoqué la bibliothèque publique « Les heures joyeuses » et la bibliothèque privée de la rue Stéphanie. J’ai le sentiment d’avoir toujours eu un livre en main. J’ai passé des dizaines d’heures à feuilleter les quatre volumes sur la Seconde Guerre mondiale achetés par mes parents. Bien avant de savoir lire, je regardais les photos et posais des questions.

Je m’installais, dans le grenier me servant de chambre rue Stéphanie, une première bibliothèque dans une caisse à oranges posée sur le bord le plus étroit, ornée, Dieu sait pourquoi, d’un petit rideau punaisé. Je fis d’abord la collection des Spirou, puis, dès 1954 ou 1955, des Bob Morane, célèbre héros d’Henri Vernes, édités par Marabout. J’ai dû en posséder une bonne vingtaine. Je m’aperçus assez vite que c’était toujours la même histoire, les mêmes qualificatifs revenant d’un livre à l’autre. L’ami de Bob Morane, Bill Ballantine, avait de livre en livre toujours des poings « gros comme des genoux »… Bizarre cette comparaison ! Je lisais aussi «  Sur La piste de Fawcett », l’un des plus célèbres numéros de la collection.  En suivant les aventures de l’éternellement jeune Bob Morane, je me heurtais souvent à un nom cité de façon récurrente. Henri Vernes évoquait un certain « Shakespeare », nom totalement inconnu pour moi et surtout totalement imprononçable. Je tentais de l’épeler et me demandais qui était ce bonhomme dont on parlait si souvent. Il me faudra des années pour comprendre qu’il s’agissait du célèbre William, dont les volumes dans La Pléiade ne me quittent jamais. Je ne pars jamais en vacances sans « mon » Shakespeare. La force de son verbe m’émerveille à chaque lecture ou relecture.

Vers huit ou dix ans, j’avais lu un livre sur la Résistance. Un valeureux résistant s’était introduit dans l’appartement d’un collaborateur. Il y avait surpris une femme nue dans une salle de bains. Il lui avait tapé sur les fesses, l’auteur décrivait la trace de suie (il était passé par la cheminée) sur les fesses blanches. Mais pourquoi donc, après si longtemps, cette image est-elle restée ancrée dans ma mémoire ?  Je passais rapidement à des choses plus substantielles. Je fus passionné par « La Dame de Monsoreau »  d’Alexandre Dumas. Cette histoire d’amour et de sang, ce grand veneur à la cour du roi Henri III sur fond de Saint-Barthélemy, cela avait une autre gueule que Bob Morane dont finalement on ne savait s’il était chair ou poisson et qui gardait, au fil des aventures, une allure de jeune homme propre sur lui qui dans le fond me déplaisait.  Il y eut « Guerre et Paix », « Les Misérables » et tous les livres dont mon grand-père me nourrissait et dont j’ai déjà parlé.

Grâce à toi Caroline, je retrouverai il y a quelques années Tchik et Tchouk, les deux petits Sibériens dont les aventures m’avaient enchanté avant même que je ne sache lire.  Je feuilletais, sans la lire, l’énorme somme de Pirenne sur l’histoire de l’Europe, offerte par mes parents.  Ils eurent aussi l’excellente idée de m’offrir la Grande Encyclopédie Larousse (édition 1958) dont je ne me lasserai pas de consulter les volumes.

À la fin de l’école primaire, l’un de nos professeurs nous avait montré un Petit Larousse et nous avait dit : « Voilà votre meilleur ami. » Il avait parfaitement raison. Maintenant, Internet a tout bouleversé. Cela reste cependant pour moi un outil indispensable. J’ai eu la chance d’acquérir la première édition de l’encyclopédie complète dont la parution commença en 1866 pour se conclure en 1876.  Aujourd’hui, je dois avoir cinq ou six bibliothèques. Souvent en les contemplant, il me vient une image. Je vois, dans une énorme irruption, un gigantesque tourbillon, surgir tous les personnages de ces milliers de livres, ils s’animent, aiment, se battent, bondissent, chevauchent, souffrent, meurent, voyagent, subissent la foudre, les orages, les pires hivers, les moiteurs suffocantes de la jungle, des tempêtes dantesques, c’est Alésia, la dernière charge de Ney à Waterloo, les Poilus sacrifiés dans les tranchées de 14, les fusillés de la Résistance, les caves de la Gestapo, les Gis coincés sur Omaha beach, la mort d’une mère, la naissance d’un enfant, Raskolnikov la hache levée sur la vieille usurière, Soljenitsyne dans son goulag, la prise du palais d’hiver, Jean Valjean sur la barricade de Saint-Merri, Éponine mourant pour Marius, d’Artagnan affrontant les gardes du cardinal, Anna Karenine sous les roues du train, Bardamu rongé par la malaria, Staline réincarné en cafard par le génie d’Axionov, le diable dans Moscou avec Boulgakov, la lettre de la mère juive de Vassili Grossman, l’immense cohorte des assassinés d’Auschwitz, toute la folie, l’amour et la sagesse du monde, « des histoires de bruits et de fureurs racontés par des fous » du grand William, tout cela explosant dans une énorme et indomptable tornade.  J’ai eu cette vision bien avant que le film « Une nuit au musée »  n’utilise la même idée pour les personnages de cire ou de pierre s’animant le soir venu et reprenant leur place le matin.  Je songe aux Spirou reliés de mon enfance et je confesse que de 1964 à 2007,  j’ai fait relier toute la collection du « Nouvel Observateur », toujours la même manie de tout vouloir lire, de tout vouloir connaître. Jusqu’ici,  je n’avais jamais fait le parallèle, les Spirou que je reliais avec du gros fil et le « Nouvel Observateur »  confiés à un relieur…mais toujours, au travers du temps, la même obsession pour le livre !

Je reste fasciné par les livres. J’en achète beaucoup (trop), j’en respire toujours, avant de les lire, l’odeur enivrante d’encre et de papier. Cela reste un objet sacré. J’ose dire avec Borges : « Que d’autres se flattent des livres qu’ils ont écrits, moi, je suis fils des livres que j’ai lus. »  

Pas de doute, les livres « m’ont fait ».  Je songe à « Fahrenheit 451 » de Ray Bradbury dont Truffaut a fait un film. La dictature régnante ayant interdit de lire, les livres sont brûlés. Quelques réfractaires apprennent les livres par cœur et « deviennent » « Les Misérables » ou « Guerre et Paix. »  Ces rebelles incarnent les livres, au sens premier du terme. Je serais capable de le faire tant j’aime, depuis l’enfance, les livres.  Me vient à l’esprit une scène de Domicile conjugal de Truffaut. Jean-Pierre Léaud est dans une prison militaire, pour passer le temps, il lit un petit classique Larousse. Tout est dit ! Lire, c’est la liberté. Un homme qui lit n’est jamais enfermé, même s’il est en prison…j’ai pu en avoir la confirmation !

Il y a quelques années, je visitais la foire du livre ( je déteste cet étalage grossier et impersonnel ). En me promenant dans les allées, j’entendis deux jeunes filles discutant d’un livre, je compris qu’elles n’avaient pas les moyens de l’acheter. Je le leur offris tellement cela me paraît important de lire. Ce qui m’angoisse aujourd’hui, c’est l’idée du temps qui va me manquer pour lire tous ce que j’ai envie de dévorer.  Pas un jour ne passe sans que je songe à cette superbe réflexion de Jules Renard : « Quand je pense à tous les livres qu’il me reste à lire, j’ai la certitude d’être encore heureux. ».  J’ai déjà écrit sur cette jeune Maghrébine voilée que je voyais lire tout en marchant dans la rue et que j’ai arrêtée pour savoir ce qu’elle lisait. Elle était plongée dans Bel Ami de Maupassant.

Ce jour-là, je sus que tout n’était pas perdu ! »

Cher Monsieur,

Une mauvaise manipulation m’a conduit a perdre votre commentaire.  je recopie donc ici le petit texte que j’avais diffusé sur FB suite à l’effarente déclaration d’Elio Di Rupo.

merci pour vous commentaire et merci de m’avoir lu.

 

Elio Di Rupo aurait déclaré : « ILS NOUS ONT FAIT LA BELGIQUE DES DIAMANTAIRES ANVERSOIS. »
C’est « l’Echo » qui annonce cela. Si c’est exact, c’est d’une maladresse insigne, pour rester modéré…en fait non…j’ai pas envie sur ce sujet d’être modéré…car cette formule, j’insiste si elle est vraie…est une pure saloperie antisémite. Car chacun aura compris que diamantaires = Juifs, ce qui par ailleurs est faux, car à Anvers il y aussi des diamantaires Pakistanais et Indiens. Mais bon, c’est aux Juifs que cette charmante formule est censée s’appliquer. Et bien, il se fait que hier, j’ai visité une école juive et le directeur m’a expliqué que de plus en plus d’enfants étaient incapables de payer les frais de participation aux repas scolaires, frais que l’école couvrait bien évidemment. J’ajouterai que la thèse de « tous les Juifs riches » a conduit à l’assassinat de Ian Halimi, très récemment de Mme Knoll et de tant et tant d’autres. Ian Halimi était vendeur dans une télé boutique et Mme Knoll vivait dans un logement social. Que Di Rupo s’explique et vite sur ce qu’il a voulu dire ou alors, je le répète, si Di Rupo a dit cela, il a formulé, ce que je qualifie ni plus ni moins de parfaite saloperie…Mais une saloperie qui, n’en doutons pas, plaira énormément à certains électeurs dont le PS a le plus grand besoin.