Profession Socialiste ou … des conséquences de l’Esprit de Parti.

« La politique, c’est l’art de neutraliser les passions et de les transformer en intérêts. »  Albert Hirschman

Il y a quelques mois j’ai visionné un documentaire sur la disparition annoncée du PS français, le titre « Profession socialiste » annonçait la thèse de ce film, à savoir que le PS français générait en son sein des vocations de politiques, fonctionnaires du parti, collaborateurs parlementaires de toutes sortes mais en fait des femmes et des hommes coupés des réalités de terrain, des spécialistes de l’appareil n’ayant aucune connaissance de la réalité vécue par les citoyens.

En Belgique, la situation n’est pas totalement comparable, mais sur certains points, elle recoupe parfaitement ce «  mal français ».  Ainsi, il y a deux ans, un attaché de cabinet réagissait à l’un de mes blogs où je fustigeais la mise en place systématique à Bruxelles de dynasties politiques.  Je pris quelques renseignements sur ce  jeune homme, je m’aperçus qu’après quelques tentatives universitaires avortées, il avait travaillé au groupe parlementaire du PS à la chambre puis était passé dans différents cabinets ministériels… oui !
Dans son cas, « socialiste » était bien sa profession… et ce cas est loin d’être isolé !

Voir les hommes tomber !

« Tout commence en mystique et tout finit en politique. »
Charles Péguy

J’ai une chance énorme, il n’y a jamais eu en moi la moindre haine, ni la moindre envie !  Cela tient sans doute à mon éducation, à notre histoire familiale, aux valeurs transmises par mes merveilleux parents, nul ne peut mesurer les conséquences sur le long terme du bonheur d’une enfance heureuse… elle irradie toute une vie… et quelle vie !  Ce n’est pas pour rien que Georges Simenon a écrit « il ne connaît pas son bonheur celui qui n’a rien à reprocher à sa mère. »

J’en ai connu des malheureux envieux de tout, haïssant tout ce qui ne leur ressemblait pas… un classique dans le monde politique ou dans celui des hauts fonctionnaires avides de promotions… de voitures et de chauffeurs, Nirvana absolu !  C’est aussi pourquoi je ne me réjouis jamais de voir quelqu’un affronter le malheur, glisser sur le toboggan du déshonneur, se débattre dans d’inextricables difficultés judiciaires, que celui-ci me soit proche ou éloigné, qu’il soit politiquement en accord avec moi ou que ce soit un adversaire.  Le malheur des autres m’attriste.  Contrairement à la splendide formule de Jules Renard pour qui il ne suffisait pas d’être heureux… encore fallait-il que les autres fussent malheureux !

Dans le cas d’Yvan Mayeur, cette peine est d’autant plus douloureuse que je connais l’homme depuis fort longtemps !  Mais les malheurs de Mme Milquet ou de Mr De Decker ne me réjouissent pas plus !  La justice, si tant est qu’elle existe, passera, fera le tri !  Le plus utile à mon petit niveau est d’essayer de comprendre… oui, toujours essayer de comprendre !  D’analyser comment le PS en est arrivé à ce point… les systèmes expliquent les hommes et non le contraire !

La fin de la Sociale démocratie… la fin d’un système.

« Ni réalisme pur ni moralisme absolu. »
Raymond Aron

Le péché originel du socialisme démocratique est le décalage permanent entre les actes et le discours.  Oui !  Il faut l’avouer nous vivons sur un mensonge permanent… On explique qu’on va renverser la table mais depuis près d’un siècle, on ne fait que changer les couverts de place, varier les convives, modifier les parts de chacun, améliorer les plats, la teneur en graisse ou en sucre… mais renverser la table !  Jamais !

Seuls les socialistes allemands ont rejeté dès 1959 au congrès de Bad Godesberg les oripeaux élimés, sanglants du marxisme « scientifique » qui régnait à la frontière de l’Est, se libérant ainsi d’une phraséologie qui aujourd’hui encore empoisonne les partis socialistes de l’Europe du Sud.

En 1920, la minorité de la SFIO refusait, au congrès de Tours, de rejoindre la IIIème internationale, de se soumettre aux vingt et une conditions fixées par Lénine pour adhérer à  l’internationale communiste; il y en avait une vingt deuxième, secrète, qui visait l’appartenance à la franc-maçonnerie, que le leader bolchevik considérait comme incompatible avec le communisme tel qu’il le concevait !  Un communiste bulgare, Dimitrov qui fut le premier patron du Komintern, considérait alors que les socialistes étaient des bossus qui ne se redresseraient jamais !

Aujourd’hui, ce décalage entre les faits, les actes et le discours est devenu insupportable tant il confine à l’hypocrisie pure et simple.   J’ai toujours éprouvé une sorte de honte, un malaise quasi physique lorsqu’à la fin des congrès du PS on chantait l’internationale, certains le poing levé… véritable imposture dans la mesure où le chœur était composé de gens pour qui le terme même de révolution était une incongruité… pour ne pas évoquer la pratique !

Pendant quelques années, j’avais à mes côtés dans les congrès un jeune carriériste qui lorsqu’il ânonnait l’internationale se balançait curieusement d’avant en arrière, dans un rythme proche de l’hospitalisme, je me suis souvent demandé si ce n’était pas là l’expression d’une incontrôlable manifestation schizophrénique.  Ce devait être le cas, car quelques années plus tard, ce valeureux chanteur, ce socialiste pur et dur tentait de mettre au point dans l’ombre propice d’une compagnie d’assurance la pension par capitalisation qu’il essayât de faire adopter au moment où le PS privatisait la CGER !

Pour moi l’internationale est et restera le chant des vaincus de la Commune…
qui ne le connaissaient pas !  Avec Charles Péguy, je pense que « le socialisme est d’abord une affaire de vaincus. » Qu’il est et reste une volonté « d’affranchir la conscience en la libérant des servitudes économiques » comme l’explique Riquier.  Mais voir certains, ou certaines, chanter la bouche en cœur, le poing levé, l’Internationale est une parfaite infamie longtemps cachée qui aujourd’hui apparaît en plein jour… comme une saloperie de secret de famille enfin dévoilée par un notaire gêné aux yeux d’héritiers ébahis.
Voilà l’une des choses qu’on ne nous pardonnera plus !

La pieuvre communautaire.

« Les faits ont l’inconvénient d’être. »
Georges Clémenceau

A ce péché originel d’autres s’y sont ajoutés.  Ainsi, on a vu au cours de ces trente dernières années le PS, fer de lance de la laïcité, de l’école publique, se soumettre petit à petit à des exigences religieuses étouffantes, anxiogènes, destructrices de nos valeurs, envahissant tout au nom d’un communautarisme qui de fait n’est qu’un retour vers l’obscurantisme.  Pendant plus d’un siècle les socialistes ont accusé les partis se réclamant du christianisme d’aller chercher des voix dans les églises, de demander aux curés d’indiquer à leurs ouailles comment « bien voter. »

Et aujourd’hui, nombre d’élus socialistes vont dans les mosquées quémander la bonne parole d’un iman arabophone, totalement étranger à notre culture, à nos valeurs… et dans certains cas, malheureusement, bien décidé à les combattre…
à les détruire !  Cette honte absolue se pratique sans la moindre vergogne pour les plus méprisables raisons électorales… des voix… des voix à tout prix… pour quoi ?  Pour qui… mais pour faire élire ma fille, mon fils, sa copine, mon beau-fils ou ma belle-fille… c’est à pleurer… ou à hurler de rage.

Pour les mêmes raisons le PS accepte dans ses rangs des gens qui se revendiquent publiquement d’une identité de pensée avec le Hamas, que la charte de cette organisation précise que son but est de détruire Israël, que cette organisation soit classée par l’ONU sur la liste des organisations terroristes…
peu importe !  Il ne faut pas faire éternuer Molenbeek… Bruxelles toute entière pourrait s’enrhumer et… le PS être réduit à son électorat de base… drame absolu car cet électorat a disparu, envolé cet électorat-là était attaché aux valeurs fondatrices du PS !

On accepte dans nos rangs des gens dont on ne sait plus si ils sont des élus représentant des électeurs belges ou s’ils ne sont pas les représentants d’une inquiétante puissance étrangère… pas de problème, ces gens font des voix…
ils ont donc leur place… ils sont élus… ils exercent des mandats…

Question : Au profit de qui ?  Comment les dirigeants du PS bruxellois n’ont-ils pas encore compris ce que chacun sait, ce que chacun voit parfaitement !
Cela non plus on ne nous le pardonnera plus !   Et on aura raison !

La systématisation de la parthénogénèse.

 « Corée du Nord ou Bruxelles… une dynastie reste une dynastie. »

Je viens d’évoquer les filles et fils de… Cela a existé de tout temps, qu’on se souvienne des Janson… Spaak… Nothomb… Dehousse et tant d’autres.  Lors des dernières élections ce fut la ruée des familles sur les listes électorales… on aurait dit une affluence de clients en période de solde.  La presse identifia huit filles de… ou fils de… mais en fait ils n’étaient pas moins de dix car il fallait y ajouter les petits copains ou copines, les enfants du premier lit portant un autre nom etc… l’épouvante !  Certains n’ayant même pas terminé leur cursus universitaire se voyaient en charge de mandat considérable. Contrairement à ce que l’on pourrait croire, nous ne sommes pas loin à Bruxelles de Pyongyang… en tout cas les règles de succession sont les mêmes !

Je fus effaré d’entendre Moureaux me dire que seule sa fille Catherine serait susceptible de lui succéder !  Hallucinant !  Lors des dernières élections ces fils, filles, beaux-fils ou belles-filles furent élus grâce au socle électoral maghrébin qu’un chercheur de la KUL qualifie durement de bétail électoral.
Cette expression me choque mais l’image a le mérite de la clarté.
Conséquence… exode… disparition des militants… exit le débat démocratique.  Les listes électorales étant composées par un comité des « sages »… à qui il suffira de dire « merci papa »… « merci belle-maman » un sympathique dîner de famille suffira à composer la liste des élus !

Les sections du parti socialiste.

« Le corps est dans le monde social mais le social est dans le corps. »
Pierre Bourdieu

Ce ne sont plus que les faibles lumières d’étoiles mortes.  Depuis longtemps, celles-ci ont cessé d’être des pépinières de militants.  Alors qu’André Cools au congrès de 1978 voulait que les sections fussent ouvertes à tous… aujourd’hui elles sont fermées, squelettiques, à l’une ou l’autre exception, elles ont cessé de fonctionner… elles ont cessé d’exister en tant que telle, en tant que pépinière de militants, en tant centre de débats démocratiques. !

En tout cas partout les… ex-socialistes sont plus nombreux, de loin plus nombreux que ceux que l’on déclare encore affiliés… sur papier… et qui depuis longtemps ne le sont plus, immense cohorte de ceux qui ont voté avec leurs pieds. Dans une commune de cinquante mille habitants… 12 électeurs « socialistes » votent pour un président qui est élu grâce à huit voix !
Et tout est à l’avenant !

Hyper institutionnalisation.

« L’intelligence est le seul outil qui permet à l’homme de mesurer l’étendue de son malheur. »
Pierre Desproges

A Bruxelles, impossible aux citoyens d’adhérer ou même de comprendre l’immense machine à gaz institutionnelle, création d’un artiste fou,
bric-à-brac digne de la maison du facteur Cheval !  Multiplicité des mandats…quatre-vingt-neuf députés pour un million cent mille habitants… en Wallonie septante-cinq pour trois million et en Flandre, toujours cent-vingt-quatre pour plus de six millions d’habitants.

Ajoutez à cela les communes, les CPAS, les Organismes Publics, les mille et un bidules… tous générateurs de mandats… donc de fric.  Là, est la vérité de ce que nous subissons ! Là est la source des scandales qui aujourd’hui font surface tels des Titanic que l’on croyait engloutis.

Comment s’étonner dans ces conditions que nous soyons dotés de ministre de carnavals tout juste aptes à faire de l’animation un jour d’inauguration de supermarché !  La région de Bruxelles me fait penser à Byzance en 1453, des dirigeants ridicules débattant du sexe des anges, huit mille défenseurs sur les créneaux face à des centaines de milliers de Turcs… à la différence qu’à Bruxelles les Turcs, pas tous antipathiques, sont déjà à l’intérieur !

Les scandales… l’absence de contrôle… le partage politique permanent.

« Je fais confiance mais je vérifie toujours. »
Ronald Reagan lors d’un entretien avec Gorbatchev
Voilà le décor où éclatent les scandales, cadre lui-même générateur de scandales… scandale institutionnel en soi !  Je l’ai déjà écrit, les scandales sont un signe de bonne santé de nos institutions… en dictature pas de scandale.
Pour ceux qui en doute, qu’ils demandent aux journalistes turcs s’il est possible d’évoquer dans la presse l’une ou l’autre turpitude des hommes au pouvoir !

A Bruxelles, j’ai plus que la conviction, j’ai la certitude que des situations telles que celle du Samusocial existent dans bien d’autres institutions… bien entendu l’opinion avec raison s’est émue d’autant plus qu’il s’agit dans le cas du Samusocial de l’argent destiné aux plus pauvres.  Mais j’affirme, je maintiens que tous ceux qui ont travaillé ou travaillent encore dans les institutions bruxelloises sont témoins de dérives du même type… ou pire.  Pourquoi ?  Parce qu’il n’y a plus de réel contrôle et que tout le monde dépend de tout le monde, chacun tient l’autre par la barbichette.  Un proverbe espagnol dit que quand un grand arbre tombe chacun se fait bûcheron… autrement dit chacun veut sa part de fagots.

L’opinion publique ignore cette mécanique mortifère qui à Bruxelles exige que si le patron d’une administration est francophone son adjoint sera flamand selon la sacro-sainte croix de Saint André mais attention… ce n’est qu’un début…
si ce patron est étiqueté socialiste, il sera flanqué pour chaque rôle linguistique d’un adjoint doté d’un autre dossard… vous voyez la cascade et bien sûr tous sont dotés de traitements considérables qu’aujourd’hui on semble découvrir.
Mais le pire est que cet adjoint linguistique ou « politique », toujours surpayé, n’a parfois qu’un rapport très éloigné avec la fonction qu’il devrait exercer…
et dans la mesure où s’agissant de créatures politiquement protégées… elles sont intouchables.

J’ai vécu le cas, dans un organisme public de première importance, d’un vice-président catalogué CVP qui était manifestement devenu fou, on pouvait, certains jours, le voir au coin d’une rue très fréquentée du haut de la ville, proche de son bureau, tenir seul des discours incohérents !  Son attitude dans le fonctionnement de l’institution était tout aussi « particulière »… que croyez-vous qu’il advint ?  Le président de l’institution tenta de s’en séparer mais halte-là mon gaillard… le CVP défend ses ouailles… le dingue parti mais avec une somme rondelette (à l’époque plus de dix millions de Francs belges)…et… il poursuivit ailleurs sa carrière de haut fonctionnaire.

Voilà un exemple, il y en a des dizaines et des dizaines… tous générés par le mille feuilles institutionnel bruxellois ainsi que par la volonté de chaque parti au pouvoir… au moins cinq mandats chaque fois… de nommer des gens car de fait… nommer voilà le vrai, l’unique pouvoir qui en vaut la peine. Mais ce sont là des scandales dont jamais on ne parlera, le contribuable casque voilà tout !

Les fantômes de cabinet.

« Les grandes catastrophes s’annoncent à petits pas. »
Éric Vuillard 

En 1973, j’étais conseiller au cabinet du premier ministre Leburton.
Un personnage qui fera par la suite une prestigieuse carrière politique y était aussi… en théorie car en pratique il était au siège du parti.
Quand se constituaient les cabinets, le PS comme tous les partis, exigeait que soit mis à sa disposition un quota de membres du cabinet qui en réalité œuvreraient pour le parti sans avoir le moindre rapport avec le ministre qui les avait nommés.

Certains ministres rechignaient, protestaient mais ils étaient rares… et surtout leur protestation portait sur le fait qu’on leur enlevait de précieux collaborateurs.  Gérard Deprez, dénoncé par un ancien ministre PSC, fut inculpé pour ce type de pratique.  Mais heureusement pour lui, il ne fut jamais jugé.
Ce qui semble être reproché par la justice à Mme Milquet s’apparente à ce type de procédé.  Lorsque Gérard Deprez fut inculpé, la peur s’installa dans certains cabinets socialistes, je me souviens qu’une ministre donna comme consigne aux fantômes de cabinet, à qui maintenant on avait réservé des bureaux… qu’ils n’occupaient pas… de laisser traîner une veste à un porte-manteau et d’abandonner… un trognon de pomme… un reste de sandwich sur le bureau…marrant non !

Lutgen considère que le PS est au pouvoir depuis trop longtemps !

 Un tel niveau d’hypocrisie…c’est de la franchise. »
Michel Audiard

De 1973 jusqu’en 1995,  j’ai participé dans les majorités ou l’opposition aux commissions chargées de négocier les nominations, tâche délicate, ingrate mais passionnante dans la mesure où elle permet de voir apparaître certaines vérités solidement cachées… J’en ai même vu qui étaient prêts à payer pour se vendre et au moins deux qui ont prostitué leur compagne pour approcher celui qui pourrait asseoir leur carrière… La vérité des hommes n’est pas toujours belle à voir !  Je suis donc particulièrement bien placé pour savoir avec quel brio, quel maestria, quelle science le PSC a « occupé l’Etat », a placé ses « pions » partout où il lui était permis de la faire.

Je fus fortement impressionné lorsque je vis mon homologue PSC, magistrat de son état, déployer un immense tableau où se dessinait la carrière de ceux que le PSC avait nommés et souhaitait promouvoir jusqu’au sommet… des hommes sûrs sans aucun doute ! Cette formation a depuis la libération progressivement perdu ses électeurs surtout après la conversion du parti libéral qui abandonnant ses options laïques s’ouvrit largement à de nouveaux électeurs attachés aux valeurs chrétiennes.

Le déclin du PSC fut lent mais constant, il devint donc le parasite du CVP, entrant dans les gouvernements dans les fourgons du tonitruant parti frère flamand.  Puis après la régionalisation, les choses devenant plus difficiles, le PS dominant en Wallonie, la tique PSC s’arracha d’un CVP affaibli, exsangue, sauta sur le PS, y planta ses crocs de sangsue, s’y accrocha contre vents et marées, tint bon même pendant les cinq cents jours de crise et ainsi pu se « nourrir » sur le PS.

Aujourd’hui, la multiplicité des scandales empêcherait le CDH de poursuivre sa collaboration avec le PS… curieux car des scandales il y en avait déjà eus beaucoup lorsque la crise des cinq cent jours démontra « l’inébranlable » fidélité du CDH à l’égard du PS, je songe notamment à la saga carolorégienne.  J’ai toujours été fasciné par le langage corporel, le jeu des yeux… fixes, fuyants… mobiles… les mouvements de la tête, des épaules (voyez Sarkozy) les mains, les gestes des bras, les poings serrés ou les mains molles que l’on devine poisseuses, les pieds animés de la danse de Saint Gui, les jambes croisées ou non… les corps nous parlent autant que les voix… et eux ne mentent pas !

Je fus donc particulièrement attentif à la gestuelle de Benoit Lutgen annonçant son coup de poker.  J’observai une étonnante immobilité des traits du visage, une fixité du regard, une rapidité du langage, la façon remarquable dont les mots s’égrenaient, le corps ne parlait pas, une autorité  surjouée, dénotait une sorte d’inquiétude, de crainte, l’ombre d’une peur embuait tout le discours, les mots s’additionnaient vifs, découpés un à un, alourdis par un ton plus sourd pour ceux qui devaient marquer l’auditeur. La pauvreté de l’argumentation était-elle liée à la misère chaotique d’un parcours universitaire par trop fragmenté ?  Croyait-il que ce qu’il affirmait était la vérité parce qu’il le pensait ?

Ce président de parti cultive manifestement une forme de ruralité de la pensée, bétonnant son discours d’une sorte de franchise paysanne bourrue, brut de décoffrage donc…supposé sincère, honnête,  ne se rendant pas compte qu’il confond ainsi le discours politique avec l’ouverture de la foire agricole de Libramont !  Ce machiavel bucolique n’est cependant pas pire que la triste multitude des stratèges suburbains peuplant le cheptel politique bruxellois.

L’esprit de parti ou qui a le vrai pouvoir ?

« Les échelles vermoulues ne mènent à aucun paradis. »
Arthur Koestler

Souvent lorsque je discutais avec des amis libéraux ceux-ci me précisaient combien ils enviaient la discipline régnant au PS,  se plaignant sans cesse de l’individualisme des mandataires libéraux et de l’impossibilité de faire régner l’ordre et la discipline.  Or, c’est précisément cette organisation pyramidale qui a tué le PS.  Qui détient le vrai pouvoir ?

Non !   Ce n’est pas Di Rupo, loin de là, il ne dispose de fait que d’un pouvoir tout relatif… celui de nommer les ministres.  C’était, j’insiste, c’était un vrai pouvoir, cela ne l’est plus. La régionalisation a changé la donne.  Il a toujours fallu calibrer, peser à la balance de pharmacien la représentation des fédérations au sein des gouvernements, gérer la lutte incessante de la fédération liégeoise contre les fédérations hennuyères, régler les conflits entre les fédérations du Hainaut, contenter les uns sans mécontenter les autres !
Spitaels était un orfèvre… jusqu’à se nommer lui-même à l’Elysette !

En conséquence, ce pouvoir considérable jusque dans les années septante de nommer les ministres s’est effrité, morcelé… Di Rupo me fait songer aujourd’hui à Gulliver se réveillant ligoté par d’innombrables fils noués par les revendicatifs lilliputiens des fédérations. Voilà les vrais patrons, les présidents de fédérations régnant sans partage sur un peuple d’attachés de cabinet et autres obligés…
là s’exerce la rigoureuse discipline de ceux qui comptent et des autres…

J’ai toujours été étonné de cette volonté de caporalisme dans le PS, c’est souvent un socialisme qui tient de la sacristie et de la caserne.  Je songe souvent à Edmond Picard, juriste, créateur des Pandectes, et qui fut sénateur socialiste.  Evoquer Picard est délicat car il fut aussi l’un des théoriciens de l’antisémitisme, raison pour laquelle l’avocat Graindorge brisa, avec raison, son buste au palais de Justice.  Néanmoins, il m’intéresse car il quitta le POB de façon à la fois originale et superbement intelligente.

Etant invité à faire une conférence à la maison du peuple de Bruxelles, il monta à la tribune et se mit à réciter la fable de La fontaine « Le loup et le chien ».
On connait le thème, le chien gras bien nourri méprise le loup hâve, côtes saillantes, pelage terne, couvert de cicatrices… quand, répondant au chien, le loup remarque une trace sur le cou du chien… et celui-ci est bien obligé d’avouer que c’est la trace du collier.  Ayant terminé la récitation de la fable, Edmond Picard, sans un mot de plus, descendit de la tribune, traversa la superbe salle Horta et quitta pour toujours le POB !

Voilà un exemple qui me paraît admirable.  J’ai quelques difficultés à exprimer, tant ce fut intense, l’immense sentiment de liberté je ressentis lorsque je décidai après une ultime dispute sur la laïcité avec Moureaux  de ne plus m’investir au sein de la fédération qui n’était plus qu’une chambre d’enregistrement des désirs du « Chef ».  J’éprouvai alors une extraordinaire impression de légèreté…
je quittai définitivement mes semelles de plombs, libéré du joug,  je m’enivrai du vent frais et revigorant de la liberté… j’avais quitté l’esprit de parti… j’allais pouvoir penser librement… agir de même… mieux vaut tard que jamais !

Y a-t-il une ou des alternatives à la sociale démocratie ?

« Cette moitié optimiste de l’humanité qu’on appelle la gauche parce qu’elle croit au progrès social. »   Arthur Koestler

La sociale démocratie ne s’effondre pas seulement en Belgique francophone mais dans toute l’Europe.   La cause fondamentale ne réside pas dans l’éclatement des scandales divers et multiples, la preuve en est le SPA flamand qui est devenu un tout petit parti dont les pudeurs de père la vertu me font rire !   On voit éclore ici et là différentes formations contestataires que ce soit Podemos en Espagne, les Insoumis en France ou encore Cinque Stelle en Italie.  Là où ces formations arrivent au pouvoir on constate de curieuses orientations, ainsi Cinque Stelle gèrant la ville de Rome, il n’a pas fallu six mois  pour qu’éclatent différents scandales et surtout l’incompétence des élus de ce parti, la gestion des villes de Madrid et Barcelone par des élues de Podémos semble aussi poser quelques solides problèmes.

Et en Belgique, s’ébroue le PTB, formation se référant au Maoïsme  (le fait-elle encore ?) qui se veut l’alternative de gauche à un PS KO debout.  Concernant le PTB, j’adore la formule diffusée par Michel Gheude sur les réseaux sociaux, « voter PTB c’est comme quitter le catholicisme pour rejoindre l’église de scientologie »… magnifique d’intelligence et de concision !

En France, il y a Mélenchon, là c’est du solide… des références culturelles, du bagout et du dégoût en pagaille.  Lui, il se prend pour Victor Hugo, Bolivar, Jaurès, le tout passé au mixer de Chavez, Castro et quelques autres.  Il croit faire revivre la Commune de Paris mais il ne fait que déverser des mots, des flots de mots, encore des mots prononcés avec une permanente mauvaise humeur d’atrabiliaire… pas de doute pour moi Mélenchon souffre du foie !  Mais qu’y a-t-il mises à part des formules de batteurs d’estrades, où sont les axes permettant de venir en aide réellement à cette France qui ploie sous le chômage ?

J’en veux  beaucoup à Mélenchon car il vend de l’illusion, il trompe des millions de gens qui sincèrement pensent pouvoir « changer la vie » alors qu’en fait, son action fera le jeu de la droite car à cause de lui, qui s’estime le seul dans la vérité, aucune union de la gauche ne sera possible… et sans cette union aucune chance d’arriver au pouvoir… sauf bien sûr si grâce à l’Union bolivarienne… !  Je rigole bien sûr ! Non ! Ce marchand de rêve ne conduira qu’au cauchemar, le joueur de flûte guidera sa horde d’électeurs sympathiques, confiants mais naïfs au désastre, à la désillusion ou… au vote Front National ! On peut citer Jaurès et comprendre que la mondialisation cela existe, on peut citer Victor Hugo et comprendre les interconnexions des sociétés du XXIème siècle, qu’on le veuille ou non, nous dépendons tous les uns des autres… et ce à l’échelle mondiale…l’effet papillon est maintenant permanent, total.

Alors quoi !  Le désespoir ?

« L’essence de la politique, c’est l’espoir. »  Arthur Koestler

Bien sûr que non !  L’histoire ne s’arrête jamais !  Et le désir de liberté et d’égalité ne disparaîtra jamais du cœur des hommes.  A notre tout petit niveau du PS belge, il est indispensable que le PS aille dans l’opposition et vite… c’est cette culture du pouvoir qui nous a plombés car elle est antinomique de ce qu’est un parti socialiste digne de ce nom.  Il convient d’en finir avec cette lente décomposition de l’Etat belge.  Je l’ai déjà écrit, la Belgique n’a jamais été une Nation mais elle fut un état… aujourd’hui elle ne l’est plus !  Quelle institution fonctionne encore normalement ?

On peut douter de tout quand publiquement sur l’antenne de la chaîne de télévision publique le Président de la Cour de Cassation affirme que l’Etat, l’Etat belge est un état voyou ! La Justice est au cœur de l’Etat de droit, elle est chargée d’en assurer jour après jour la légitimité… et son plus haut représentant estime que l’Etat est un Etat voyou.  Une telle déclaration aurait dû provoquer un séisme ou une révocation… quelques articles… quelques tribunes… puis on est passé à autre chose.  Non !

Il faut en finir et négocier une fois pour toute une ultime réforme de l’état.  Cette réforme devrait impliquer une solide simplification des institutions bruxelloises qui telles qu’elles sont ne génèrent que des mandats et de gigantesques dépenses publiques.  Les communes bruxelloises doivent être totalement repensées car aujourd’hui c’est en permanence l’absence de tout contrôle réel et la prime à la mauvaise gestion.  C’est dans ce contexte que le PS doit se reconstruire, se faire l’instrument d’un volontarisme institutionnel courageux, qu’il doit avoir l’audace de supprimer cette foule de mandats inutiles et surpayés… ce n’est qu’à ce prix qu’il a une petite… une toute petite chance de se régénérer.

Pour conclure, pour ne pas laisser le monopole des citations de Victor Hugo à Mélenchon,  je dirai, concernant le PS bruxellois, « l’homme est par terre mais l’idée est debout ! »

Yvan Mayeur, Samusocial… des tonnes de mensonges… de larges, d’épaisses couches d’hypocrisie.


« 
Généralement les individus qui ont excité mon dégoût en ce monde étaient des gens florissant de bonne renommée. »
Léon Bloy

 

Mayeur dans la lessiveuse, elle tourne, elle tourne, elle n’est pas prête à passer en mode essorage !  Il est extraordinaire d’entendre la classe politique s’exprimer sur la tempête du moment.  C’est un festival à celui qui sera le plus transparent…tous fantassins exemplaires de la guerre contre les ponctions d’argent public.

Les uns utilisant moultes circonvolutions ne comprenant même pas que leurs déclarations suintent la peur de voir apparaître une législation plus sérieusement restrictive et contraignante en matière de mandats.  Ceux-là, naïfs boy-scouts, en politique pour «  servir » mais « toujours prêts » à se servir, ayant fait carrière de beau-fils idéal, font semblant de ne pas comprendre ce qu’il se passe !

C’est le festival des Saints innocents lors des débats en TV ou radio, ce  sont de pures moments de music-hall pour ceux qui connaissent les règles du sérail ; quelle riche idée d’avoir invité Madame Milquet, inculpée pour avoir engagé à son cabinet des collaborateurs qui auraient été chargés de sa campagne électorale (le conditionnel s’impose au regard du respect du principe de la présomption d’innocence, Mme Milquet n’ayant pas encore été jugée…
le sera-t-elle un jour ? des exemples antérieurs permettent d’en douter )…
au moins y avait-il sur le plateau quelqu’un qui savait de quoi il retourne quant au bon usage des emplois publics.

J’ai fait, à une autre époque il est vrai, partie de ce système, j’en ai été l’instrument et l’objet mais la situation, telle qu’elle existe maintenant ne peut que révulser.  Cela exige une mise à plat et des actions urgentes.

Pourquoi ce genre de scandale à Bruxelles.

« Le défaut de tous les parvenus, c’est de trop estimer la classe à laquelle ils sont arrivés. »
Stendhal

Dès qu’une affaire éclate, c’est le déferlement poujadiste… inévitable, il y a toujours des tricoteuses pour crier à mort sous les montants sanguinolents des guillotines… aujourd’hui médiatiques… les rasoirs sont encore et à jamais impatients de tondre les « coupables »… aucun mal à les imaginer les tondues de cet épouvantable scandale… crâne mal dégrossi, larges plaques de cheveux épars, baladés sur la plate-forme d’un camion, nues jusqu’à la ceinture, le front garni d’une grossière inscription PS au goudron, la même sur la poitrine, leurs seins ballottant à chaque chaos de la route… à chaque gifle assénée par les chevaliers blancs hurlant de rire, découvrant ainsi les dents jaunes de la jalousie et des vies ratées… soudain… divine surprise… vengées, enfin triomphants, animés d’une légitime, d’une juste et sainte colère… faut qu’elles payent !
Le camion passera rue Haute devant le CPAS… le peuple pourra jeter des fruits, des légumes pourris, cracher sa haine de ceux que hier encore, il flattait !

Un grand classique de l’histoire… spectacle dont certains, j’en suis certain, rêve !
C’est dans de tels moments « d’émotion publique » qu’on se réjouit de vivre dans un état de droit.  Et pourtant, pourquoi les politiques ne reconnaissent-ils pas une fois pour toutes que c’est comme cela que fonctionne le système, c’est sur ce genre de prébendes qu’il est centré, qu’il est basé, qu’il fonctionne, qu’il se perpétue.

Aujourd’hui, on liquide Mayeur, fort bien, mais demain à qui le tour ? Non, Yvan Mayeur n’est pas un cas isolé, un individu que les circonstances ont fait disjoncter, non !  Yvan Mayeur est le produit du système politique bruxellois.

Bruxelles, Ville-région hyper institutionnalisée est un énorme mille feuilles d’une invraisemblable complexité.  Les élèves en droit public sont à plaindre !

Chacune des tranches de l’énorme gâteau… tiens… tiens  comme c’est curieux, le mot gâteau est judicieux,… génère des mandats et encore des mandats.  C’est ce que les communes et la région produisent de mieux !  Chaque fonction petite ou grande donne un fruit juteux ou moins juteux… mais il y a toujours quelque chose à presser, à en tirer.  Au pléthorique et inutile parlement bruxellois, il y a le Président, des vice-Présidents, des Présidents de commission, des chefs de groupes etc.  Et puis rebelote avec la COCOF, avec la COCON, avec la COCOM… chaque Président, vice-Présidents, chef de groupe et tutti quanti… tous perçoivent un petit quelque chose de plus alors même qu’ils sont parlementaires.  Il y a quatre-vingt-neuf députés, huit ministres, il faut donc partager, répartir, tous veulent une part, doivent être servis… sinon pas de majorité, chacun se tient par la barbichette.
Répartition façon puzzle !

Toutes ces fonctions impliquent des sous en plus, soit vraiment beaucoup soit une petite pincée… on ne rigole pas avec le fric !  Rien pour rien. On se paye sur la bête.  Dans « Le Soir » le président du parlement nous expliquait doctement comment il allait imposer le non-cumul, tiens donc… ce même non-cumul qui devait entrer en vigueur en 2022, pourquoi pas à la saint Glin-glin.  Mais il ne dit pas un mot des « petits » à-côtés de sa prestigieuse fonction, il n’évoque pas l’énorme, j’insiste l’énorme chèque, qu’il recevra au moment où il quittera ses fonctions. Il ne cite pas les avantages honteux qui lui seront octroyés après son départ du perchoir en matière de personnel et autres.  Un tel niveau d’hypocrisie, c’est de la franchise… du très grand art !

Bien sûr, tout cela est absolument légal.  Mais en l’occurrence qu’est-ce que cela veut dire « légal ». En fait, ce sont des cadeaux que les parlementaires se sont fait à eux-mêmes, ces jolis cadeaux que tous les présidents avant Picqué ont aussi perçus, résultent de textes votés par les parlementaires, faisant donc partie de la réglementation applicable aux parlementaires bruxellois… et ainsi chacun selon ses fonctions et qualités s’abreuvera en toute légalité à cette inépuisable, généreuse corne d’abondance dont le citoyen ne sait rien… mais qu’il paye… et que Picqué n’évoque pas dans son interview…

Pourquoi le ferait-il ?   Ah ! Oui mais j’y pense jusqu’ici le cumul lui aussi était légal !  Ah ! Mais bon sang n’a-t-on pas récemment évoqué concernant Mayeur et le Samusocial, l’aspect MORAL.  Alors là… c’est bien connu, l’emmerdant avec la morale c’est que c’est toujours la morale des autres, ce n’est pas moi qui le dit c’est Léo ferré !

Pourquoi donc le Parlement bruxellois ne publierait-il pas le tableau des montants attribués à toutes les fonctions internes, n’indiquerait-il pas les avantages de toutes natures, j’insiste de toutes natures, attribués à tous ceux qui en son sein exercent différentes fonctions ou portent différents titres.  Bien sûr, ces textes existent, ce qu’il faut c’est leur donner une vraie publicité… vous en connaissez beaucoup vous des gens qui lisent au petit déjeuner, entre le café et les tartines, le Moniteur belge tous les jours… essayez pour voir comme c’est facile et lisible !

Et les communes.

« On ne leur demande pas d’autre talent que de plumer la poule sans la faire crier. »
Stendhal

Comment cela se passe-t-il dans les communes ?  Là, c’est génial, après chaque élection on assiste à une étonnante, surréaliste foire aux bénéfices ecclésiastiques.  En général, il y a ceux qui savent et ceux qui ignorent tout, autrement dit ceux qui se nourriront du pactole et ceux qui occuperont l’emploi si fréquent de cocu municipal.

Quand un parti politique détient depuis longtemps le pouvoir, l’un de ses séides se spécialise, il connait la liste des mandats attribués au conseillers communaux, il sait comment ils sont répartis et surtout… surtout… il en connait la rétribution… là est l’essentiel.

Donc, tout l’art consiste à rouler son partenaire et à conserver pour le parti majoritaire les mandats les plus rémunérateurs, à répartir les autres, les mandats gratuits ou ceux qui ne rapportent que des clopinettes.  Ainsi, si dans une institution vous êtes nommés Président ou vice-Président, génial, c’est le Jackpot, si vous êtes dans le bureau c’est encore bien, si vous êtes au conseil d’administration, il y a encore un petit intérêt mais si vous êtes à l’assemblée générale, il ne vous restera que vos yeux pour pleurer.  Et c’est toujours ce même schéma.

Les mandats les plus courus sont ceux concernant les sociétés d’énergie…
ça on ne les lâche jamais et en général, ils sont dévolus au bourgmestre qui dispose déjà de la rémunération la plus élevée de la commune, jusqu’à preuve du contraire les bourgmestres bruxellois ne sont pas des infra-salariés.

Je pourrais donner une série d’exemples concrets, citer les institutions mais je ne veux pas ici stigmatiser, je veux mettre en évidence qu’au-delà du cas d’Yvan Mayeur, qui est particulièrement horrible, s’il est avéré, car il s’agit de l’extrême pauvreté,  c’est le fonctionnement de nos institutions qui est en cause…

la situation dans laquelle se trouve Mayeur n’en est que le produit… des cas comme le sien sont, j’en suis intimement convaincu, légions, car les contrôles ont disparu !  Et ce n’est certes pas la désignation des commissaires chargés par la Région d’enquêter sur le Samusocial qui me fera changer d’avis, s’agissant notamment de l’un d’entre eux, c’est à hurler de rire ! Ou de pleurer à chaudes larmes.

Les contrôles, la tutelle sur les communes.

« Il y a des politiciens, qui si leurs électeurs étaient cannibales, leur promettraient des missionnaires à dîner. »
Henry Mencken 

En principe les communes bruxelloises comme toutes le communes du pays sont soumises à une tutelle et ce… accrochez-vous bien depuis… 1836 !  C’est dans ce service du ministère de l’Intérieur que j’ai commencé ma carrière, j’y exerçais la tutelle sur cinq communes bruxelloises.  La mise en place de la région a tout bouleversé.  En principe, la tutelle existe toujours, d’excellents fonctionnaires bruxellois exercent avec compétence cette fonction… problème… leurs avis comptent pour du beurre.

Cela tient à la composition du parlement régional, on y trouve en majorité, des conseillers communaux, des administrateurs de CPAS, des échevins et des bourgmestres.  Or, c’est en définitive ce Parlement qui devrait exercer via l’exécutif cette tutelle, ce contrôle final.

Vous aurez compris que ce contrôle a disparu, tout se négocie, tout s’équilibre opposition et majorité.  C’est en permanence « passe-moi le beurre, je te passe le sel. »  L’Exécutif comportant huit ministres de cinq partis différents, parfois jusqu’à six, impossible d’agir avec autorité sur la moindre commune.

La nouvelle répartition du fonds des communes en a été la parfaite démonstration, l’augmentation des dotations a en fait été une prime à la mauvaise gestion, l’une des communes recevant près de 100% en plus de sa dotation précédente.  Mais tous peuvent dormir tranquilles… personnes ne s’intéressent aux chiffres et surtout en tire des conclusions sur la gestion des communes.

Le pire est que maintenant la plupart des communes sont, du fait des aides complémentaires accordées, soumises à un plan d’accompagnement… des comités se réunissent où le fonctionnaire régional qui a fait sérieusement le boulot est cornaqué par un membre du cabinet qui, perinde ac cadaver, est là pour appliquer un arrangement politique concocté dans un couloir ou un coin sombre du Parlement régional !

Donc, pas de doute, il n’y a plus de contrôle sur la gestion, c’est le train fou dans le brouillard… tant qu’on peut percevoir l’impôt, qu’on peut saigner les rares bruxellois encore contribuables… allons-y ! C’est sans doute aussi la raison qui a conduit à la faramineuse augmentation des mandats communaux lors de la législature 2000-2006.  Ceux-ci ont connu une croissance à ce point importante qu’elle conduit certains élus, n’ayant pas d’autres carrières ou une carrière qu’ils jugent, souvent à raison, médiocre à ne plus pouvoir « se passer » de leurs mandats !

Contrôle sur les mandats communaux.

« Le désir de faire de la politique est habituellement le signe d’une sorte de désordre de la personnalité et ce sont ceux qui ambitionnent le plus ardemment le pouvoir qui devraient en être tenu soigneusement à l’écart. »
Arthur Koestler

Simple… aucun. Tout est matière à mandats. Conseils de Police… on touche comme au conseil communal ! Donc, c’est un petit plus… une petite gratification.  Pourquoi pas affirment ceux qui soutiennent que si n on ne paye pas, les élus ne viendront pas siéger.  Je passe en vitesse sur les frais de représentations et les remboursements de frais de GSM… curieux imbroglio avec ou… sans déclaration fiscale. Non ! En réalité, les usines municipales à mandats, en l’absence de tout contrôle réel se sont affolées, tout devient possible !

Bruxelles ville n’est pas une exception… ce n’est que le symptôme de l’épidémie.  Car, s’il est dangereux de s’aventurer sur la notion de moralité des mandats, il me semble autorisé d’évoquer leur utilité !  J’ai siégé pendant deux mois au conseil d’administration d’une importante société d’énergie; j’ai tout de suite compris que je n’aurais rien à y dire, rien à y faire sinon à toucher un « sympathique, un confortable » jeton de présence !  J’ai cédé mon mandat à un colistier qui siégea six ans… sans dire un mot !

On m’objectera que tout est contrôlé car il y a… bien sûr des contrôleurs aux comptes (mandat souvent gratuit)  de fait dans la plupart des cas, ces contrôleurs ne sont pas en situation de contrôler quoi que ce soit… j’ai vécu personnellement un cas… un seul où le « contrôleur » à qui on affirmait qu’il « n’avait qu’à signer » a refusé d’obtempérer. Il y a par commune des centaines de mandats, à Anderlecht par exemple cent-quatre-vingts huit… qui les contrôle ?

Cela devrait être les conseils communaux… les points qui y sont consacrés lors des conseils sont, croyez-moi, purement formels… une litanie vite récitée sans soulever le moindre intérêt, quant à l’examen de leur utilité pour la commune… vous pouvez toujours rêver !

Un cadastre et un audit des mandats communaux.

« Les lenteurs de la loi, l’insolence du pouvoir et les rebuffades que le mérité résigné reçoit d’hommes indignes. »
Shakespeare

En principe ce cadastre devait être fourni depuis 2006 ! L’a-t-il été ?
Je pense qu’il existe pour certaines communes dont au moins une en a fait de la publicité en informant les citoyens des rémunérations qui y sont attachées.
Mais où est le contrôle réel… simple, il n’existe pas ! Ni sur les rémunérations,
ni surtout sur l’intérêt pour la commune d’occuper ce mandat. D’ailleurs dans certaines d’entre elles, le véritable gestionnaire, fait vite comprendre aux mandataires communaux que ce qu’on rémunère… c’est leur silence… ce sont des muets du sérail parfois, des eunuques politiques, on l’a vu récemment en Wallonie, fort bien payés.

J’y songe, qui contrôle réellement les comptes des fabriques d’églises ou de cathédrales, gestion dont sont chargés les marguilliers, nom magnifique fleurant bon l’ancien régime, qui contrôle la façon dont y sont exécutés et suivis les appels d’offres…

Comment les moyens générés par les ASBL constitués dans les paroisses au départ des locaux des églises ou des cathédrales sont-ils utilisés, au profit de qui ! Evidemment, je me garde de toute affirmation, j’évoque seulement un contrôle réel ! Voilà un magnifique champ d’études et d’investigations…
mais, je sais… je rêve… j’évoque… j’illusionne… je fantasme !  Voyons ! Voyons !  Les fabriques d’église !  

Cela peut-il se perpétuer ?  Evidemment, tout le milieu politique bruxellois espère et soutient que oui… qu’il ne faut surtout rien changer, on ne fauche pas l’herbe  où l’on engraisse les veaux.  Ceux-là feraient bien de méditer ce qui s’est passé dans les pays de l’Est au moment de la chute du communisme, étonnamment l’une des choses que l’on reprochait aux apparatchiks, c’est qu’ils se baladaient à l’arrière de voitures dont les vitres étaient garnies de rideaux de manière à cacher la présence de l’occupant… ajoutant qu’en Allemagne de l’Est, les chefs du parti disposaient de voitures et chauffeurs mais le citoyen lambda devait attendre douze ans pour obtenir une Trabant !

Peut-être faudra-t-il sortir de force nos élus « des eaux glacées des intérêts égoïstes » pour paraphraser Karl Marx !  Un barbu dont ils n’ont que vaguement entendu parler.

Une solution, une seule… immédiate… casser le système.

« La première impression fait beaucoup avec les imbéciles, et il faut toujours traiter un ministre comme un imbécile, il n’a pas le temps de penser. »
Stendhal

D’abord, imposer le principe d’un seul mandat rémunéré pour les membres du collège communal… c’est déjà bien trop cher payé !
Ensuite, exiger le cadastre de tous les mandats communaux en ce compris les montants exacts… et complets, avantages en nature compris.  Exiger que la région charge des fonctionnaires régionaux dotés de vrais pouvoirs d’établir un audit complet de ces mandats commune par commune et d’analyser le rôle réel dévolu aux mandataires siégeant dans ces instances.  Sont-ils payés pour se taire ou pour contrôler, agir, stimuler.

Les résultats de ces audits devant impérativement être rendus public avant les élections communales d’Octobre 2018.

Permanence au pouvoir… arrogance du pouvoir.

« Le goût du pouvoir et de dominer autrui ne serait-il que le signe d’une absence d’estime de soi. »
Jean-Paul Kauffmann

Il est indispensable de limiter le nombre de mandats successifs à deux au maximum. En effet, la présence parfois pendant des décennies d’un bourgmestre à la direction d’un exécutif communal entraîne inévitablement des dérives monarchiques, différents abus… tout est permis, là où il n’y a pas de vrai contrôle, les mauvaises habitudes s’installent, les nominations « étonnantes » se multiplient, des examens d’admission sont organisés dans des conditions carnavalesques etc…

Deux classes de citoyens se constituent, les copains du bourgmestre pour qui tout est permis… et les autres citoyens transparents taillables et corvéables à merci… vous êtes un cafetier, vous êtes dans la bonne catégorie,  pas de problème votre terrasse s’étendra de façon exponentielle, vous êtes légumier, vous êtes dans la mauvaise catégorie, votre étalage sera mesurée une fois par mois par un dévoué agent communal qui verbalisera le moindre dépassement…

Dérisoire direz-vous et pourtant, ce sont ces petites injustices-là qui ruinent la démocratie… et il y en a des centaines tous les jours !  Un agent chargé de verbaliser les véhicules en stationnement illégal n’avait-il pas, dans une commune de la région,  reçu un petit carnet où figuraient les plaques d’immatriculation des véhicules des membres d’un collège afin que ceux-ci évitent toute sanction ? Ce serait énorme… parierez-vous sur le fait qu’il s’agit d’une légende urbaine ? Imagineriez-vous que le fonctionnaire en question en ait gardé la trace ?

Ces bourgmestres « permanents » éprouvent le sentiment que la commune leur appartient, que la chose publique est devenue leur propriété personnelle.  Ainsi à quelques jours des élections communales de 2012, Moureaux déclarait lors d’une petite réunion « je déteste ces périodes électorales où je dois me vendre, être gentil avec tout le monde, tendre la main, remercier… c’est MOI que tous ces gens devraient remercier car j’accepte de m’occuper d’eux. »  On connaît la suite.

Mais il n’est pas le seul, loin de là… un autre bourgmestre déclarait il y a quelques années devant le conseil communal : « ceux qui ne m’aiment pas, n’aiment pas notre commune ! »  Il ne se rendait même pas compte de l’énormité qu’il prononçait, il est vrai que dans son cas, ses limites intellectuelles sont particulièrement étroites.  Mais qui a dit que pour exercer un mandat il faut disposer d’une intelligence minimale ?  Personne !

Bien souvent ces gens-là sont sur un piédestal vide et ils le savent… ce qui les rend encore plus féroces pour s’y maintenir et ne pas retomber dans une relative médiocrité sociale et professionnelle… les mandats… ils n’ont bien souvent que ça pour exister ! Ceux-là sont frappés par ce que j’appelle le syndrome du coq… vous savez… le coq qui tous les matins chante sur le fumier et croit que c’est lui qui fait lever le soleil.

D’où la nécessaire limitation à deux mandats électifs quel que soit le niveau de pouvoir, législatif ou communal,
la professionnalisation doit être bannie !   

Notre région,  nos communes, énormes machines à produire des mandats doivent  être d’urgence profondément réformées.  Rudi Vervoort l’avait pressenti lorsqu’il a envisagé fort timidement de réduire le nombre d’élus au parlement régional et le nombre d’échevins… « on » lui a vite fait comprendre qu’il n’en était pas question.

Il faut une nuit du 4 Août, immédiate définitive sinon, tôt ou tard se lèveront ceux pour qui la démocratie n’est qu’un mot creux.  Réformer nos institutions communales et législatives est devenu une urgence démocratique.

Bruxelles est une région encerclée, assiégée, volontairement appauvrie, asphyxiée, engluée par des institutions aussi absurdes qu’inefficaces, aussi coûteuses qu’inutiles .  Ce ne peut plus être cette classe politique pléthorique, ce parlement inutile, cet exécutif impuissant, cette multitude de communes, ces CPAS, ce nombre gigantesque d’institutions, qui en l’état peuvent apporter des solutions.  Il reste très peu de temps, il est moins cinq… déjà j’entends les couteaux qu’on aiguise…

Un génocidaire belge, Léopold II ?

« Nul ne peut barrer la route de la Vérité. »  Alexandre Soljenitsyne.

Le meilleur et le pire.

Il y a quelques jours, réagissant à je ne sais plus quelle information, je me risquai à poster un commentaire mettant en cause les agissements de Léopold II au Congo.  Quatre internautes me prirent à partie m’accusant, qui de répandre des fariboles pêchées à Kinshasa, qui de prendre pour argent comptant la propagande anglo-saxonne de l’époque.  Un cinquième intervenant courageusement dissimulé sous le nom d’un prestigieux cinéaste espagnol eut tout de suite recours à la pire des vulgarités et à l’insulte poujadiste…un classique !

Chacun le sait les réseaux sociaux sont comme la langue d’Esope la meilleure et la pire des choses.  Au côté de la merveille technologique qui consiste à unir les gens, gicle le vomi des impuissants essayant de palier la médiocrité de leur vie par l’insulte anonyme sur Facebook…médiocre consolation de ratés!  Je proposai néanmoins à mes contempteurs de leur fournir une bibliographie afin qu’ils se forgent leur jugement, aucun ne me communiqua une adresse électronique, l’un d’entre eux me précisa que même si je lui fournissais un tombereau d’information, il n’en croirait pas un mot !

« Le mythe est un mensonge de la mémoire. »  Richard Dindo  

Incorrigible optimiste, toujours accroché au principe de perfectibilité des hommes,  je me résous à rédiger cet article et à communiquer quand même sur ce sujet qui me passionne depuis toujours.

J’ai commencé ma scolarité primaire en 1950; lorsque nous achetions un cahier, celui-ci nous était fourni avec un buvard sur lequel était dessiné, étonnant camaïeu,  un personnage portant un large casque colonial se prolongeant sur la nuque, l’allure protectrice, dominant un noir en pagne arborant une lance et un bouclier de peau.  L’histoire de la colonisation n’était alors qu’une suite d’images saint-sulpiciennes, le bon et valeureux roi Léopold luttant avec acharnement contre l’esclavagisme apportant la sécurité, la santé, l’éducation… en un mot la civilisation.  Douze ans plus tard, à l’ULB le professeur Stengers, pour qui j’ai le plus grand respect, m’enseigna l’histoire du Congo.  Nous étions loin du buvard de l’école primaire… cependant les critiques concernant les méthodes utilisées par les représentants de Léopold II étaient balayées d’un revers de la main, dans la mesure où notre professeur considérait que ce n’était que l’expression de la jalousie des anglo-saxons.  Thèse qui sera d’ailleurs évoquée par l’un des intervenants sur internet… preuve qu’il n’est pas facile à la vérité de remplacer le mensonge !   Au départ du cours de Jean Stengers, j’ai poursuivi mes recherches et lu quantités d’ouvrages sur la colonisation du Congo par Léopold II et ensuite par la Belgique.  Au fil des ans, les faits prirent une autre dimension, une autre histoire se dégageant de la gangue amidonnée par la légende civilisatrice et… très catholique, la vérité apparaissait avec son effroyable cortège d’horreurs.  On avait menti à des générations de belges !  Là est aussi l’insupportable scandale.

« Léopold II fut un patriote au-dessus de tout soupçon… Mais quelques fussent ses bonnes intentions,  jamais il ne comprit que la fin ne justifie pas les moyens. »  Barbara Emerson

Léopold II, alors même qu’il n’avait pas encore accédé au trône, évoquait souvent sa volonté colonisatrice.  Il a envisagé de nombreuses hypothèses, qu’il s’agisse de l’achat de la Crète, des îles Féroé, d’une parcelle en Chine, des nouvelles Hébrides, des îles Fidji, de territoires en Argentine.  A noter que la classe politique belge a toujours été opposée à l’aventure coloniale.  Ainsi Frère Orban, leader libéral n’hésitait pas à proclamer à la chambre : « nous n’avons pas besoin de colonie, nous avons la France »  faisant référence implicitement au nombre de travailleurs belges qui y travaillaient.

Après la découverte, au mitant du XIXème siècle,  par Speke et Burton de l’immense lac qu’ils baptisèrent Victoria, les milieux scientifiques européens s’enthousiasmèrent pour l’exploration de l’Afrique centrale qui restait pour une large part, une tache blanche sur les Atlas.  La réussite de l’extraordinaire opération de recherche du pasteur Livingstone par Stanley fut un coup de tonnerre médiatique, d’autant plus que l’expédition avait été financée par Gordon, patron de presse américain.  L’Afrique centrale devenait une proie pour les explorateurs…et les colonisateurs.  Léopold II engagea Stanley, finança une nouvelle expédition dont le but, il fut atteint, visait à relier Zanzibar à l’océan Atlantique, traversant ainsi de part en part tout le continent africain.  Parallèlement, Léopold II organisait au Palais Royal de Bruxelles une réunion à caractère pseudo-scientifique dont le but était d’asseoir sa légitimité en qualité de spécialiste de l’Afrique centrale.  Cette conférence fut un coûteux échec mais qui se révéla prometteur lorsque les grandes puissances organisèrent la conférence de Berlin fin 1884 début 1885 afin de répartir leur influence en Afrique centrale où l’Angleterre, la France et l’Allemagne se disputaient de vastes domaines.  Ce fut la grande réussite de Léopold II.  Il se vit attribuer un immense territoire, septante-huit fois plus vaste que le médiocre royaume où il n’était qu’un souverain constitutionnel.  Le gouvernement belge, toujours opposé à l’aventure coloniale, étonné mais passif, accepta que le roi devint le chef de l’Etat Indépendant du Congo !  Léopold II mit sur pied une administration dont le siège était rue de Bréderode à l’arrière de son palais, le bâtiment existe toujours, curieux chalet suisse collé à la résidence royale ; il  recruta, en majorité des officiers et sous-officiers libéraux qui n’ayant aucune chance de carrière en Belgique du fait des gouvernements homogènes catholiques, tentaient la chance en Afrique.

« La vérité, l’âpre vérité ! » Danton

Qu’espérait Léopold II ?  D’abord faire du profit grâce au commerce de l’ivoire qui au début de la colonisation était la grande source de revenu.  La lutte contre l’esclavagisme ne fut jamais qu’un pâle mensonge tout juste bon à faire frémir le bon peuple grâce à la presse à sensation.  Très vite, les affaires périclitent, l’ivoire n’est plus rentable, boules de billard, touches de pianos et prothèses dentaires ne constituent pas un marché suffisant, le roi est au bord de la faillite.  Il sollicite un prêt auprès du gouvernement belge, qui, en traînant les pieds, lui accorde.  Ce prêt le roi ne le remboursera jamais !  Quelques années plus tard ; tout change grâce à l’explosion des besoins de caoutchouc.  Or, au Congo, pour le malheur de son peuple, le caoutchouc pousse naturellement en abondance.  C’est à ce moment que commence les atrocités liées au travail forcé. Il ne peut donc y avoir aucun doute que ce soient la cupidité, la rapacité du roi en quête de fortune qui conduisirent aux horreurs que les peuples du Congo allaient subir.   A cette époque, en Afrique centrale, peu de témoins… néanmoins quelques missionnaires anglo-saxons, suédois s’alarment des pratiques féroces des agents du roi Léopold II.  Des représentants du gouvernement anglais Morel et Casement établissent des rapports à l’intention de leur gouvernement.  Les américains envoient une mission d’étude.  A Paris, l’hebdomadaire « l’Assiette au Beurre »,  le « Charlie hebdo » de l’époque caricaturent Léopold II devant des paniers de mains coupées.  De fait, les soldats de la Force publique, pour une cartouche tirée devait présenter à leur officier deux mains coupés… prodigieux sens de l’économie !  L’origine des conflits était toujours le travail forcé et les quantités toujours plus importantes de caoutchouc qu’il fallait récolter.  Les populations indigènes n’ayant aucune conscience de la notion de travail, il est évident que seule la force la plus brutale pouvait obtenir des résultats. On ne compte plus les villages brûlés, les populations prises en otage, les massacres à la mitrailleuse des indigènes révoltés.  Aujourd’hui tous ces faits sont dûment documentés et répertoriés, pour s’en convaincre, il suffit de lire les protocoles d’importation d’armes et de munitions transitant par Anvers pour aboutir au Congo.

« Quand la légende devient la vérité, imprimez la légende. » ( ? )

Le roi amassa une fortune colossale. Ses avoirs étaient estimés au début de son règne à cinq millions de franc or, lorsqu’il vendit le Congo à la Belgique en 1908, les chercheurs estiment que sa fortune s’élevait à 14 milliards alors même qu’il en avait dépensés 8 pour différents projets urbanistiques et autres en Belgique.  Ainsi, il devint l’un des hommes les plus riches du monde.  Il ne fait cependant pas de doute, que la vente du Congo à la Belgique fait suite à l’énorme campagne de presse dénonçant l’incroyable brutalité des agents du roi en vue de récolter le caoutchouc.  Dans la mesure où il n’avait pas remboursé le premier prêt obtenu de l’état belge, il est permis d’affirmer que Léopold II a donc vendu deux fois le Congo à notre pays.   Léopold II fit détruire systématiquement les archives de l’Etat indépendant du Congo et camoufla sa fortune notamment grâce à une fondation créée en Allemagne, ce ne fut que quatorze ans après sa mort qu’on parvint à voir clair dans ses avoirs.

« La vérité vous rendra libre. » L’Évangile

Le titre de cet article se termine par un point d’interrogation.  La question est donc posée, les horreurs dont les employés de l’Etat indépendant du Congo se sont rendus coupables font-elles de lui, principal bénéficiaire, un génocidaire ?  D’abord, j’insiste sur le fait qu’il est des mots dont l’usage doit être parcimonieux car à force de les utiliser pour tout on leur soustrait leur valeur, leur force.  Le mot génocide n’a été créé qu’en 1944 pour qualifier le massacre industriellement planifié des Juifs par les nazis.  Dès lors, je pense que le terme de génocide ne peut être employé que pour définir : 1. Le massacre des Arméniens par les Turcs en 1915.  2. Le massacre des Juifs par les nazis.   3. Le massacre des communistes en Indonésie au moment du coup d’état de Suharto.  4.  Le massacre de la population cambodgienne par les Khmers rouges.  5.  Le massacre des Tutsis en 1994 au Rwanda.  Je veux quand même préciser que l’empire Allemand avait commencé en massacrant systématiquement la tribu des Hereros et celle de Namas tout au début du siècle !  Intéressant de savoir que le coupable, le général Von Trotha avait comme adjoint un officier du nom de Goering, père de celui qui fut le « dauphin » d’Hitler.

J’estime donc au regard de la définition du génocide que Léopold II fut responsable de crimes de masse mais pas d’un génocide d’un point de vue purement sémantique… ceci dit, cela ne change rien pour les victimes qui selon les chercheurs se chiffrent autour de dix millions entre 1885 et 1909 !

Voilà donc ce qui pour moi est le secret le mieux gardé, le grand mensonge de l’histoire de Belgique.  Et c’est ce mensonge qui doit blesser tous les démocrates, tous ceux qui veulent que l’histoire soit avant tout la recherche de la vérité.  Mais attention, il n’y a chez moi pas l’ombre d’une quelconque volonté de repentance ou d’expression d’un pardon rétrospectif.  Non !  Seule la vérité compte !  Et je ne vois pas en quoi, le belge moyen aurait une responsabilité dans ces abjections.  Bien entendu, je conçois qu’il n’est pas toujours facile de voir s’envoler les confortables écailles qui masquent à nos yeux les vérités atroces de l’histoire, surtout quand elle est la nôtre… le mensonge est souvent tellement plus beau que la vérité.

Je laisse la conclusion à Primo Levi quand il écrit : « Les monstres existent mais ils sont trop peu nombreux pour être dangereux… plus dangereux sont les fonctionnaires prêts à croire et à agir sans poser de question. »

 

Bibliographie :

« Léopold II, le royaume et l’Empire. »  Barbara Emerson.  Document Duculot.  1980
« Les fantômes du roi Léopold. »  Adam Hochschild.  Belfond.  1998n
« Crime in Congo » Arthur Conan Doyle.  1902
« Congo »  Eric Vuillard.  Actes Sud.  2012
« Stanley, dark genius of African exploration » Pimlico. 2004
« Zoo humains.»  Nicolas Bancel.  2002
« Congo une histoire. »  Davide Reybroek.  Actes sud.  2012
« Le bureau des reptiles. »  Marcel-Sylvain Godefroid
« The King incorporated. »  Londres.  1953
« Au cœur des ténèbres »  Joseph Conrad.  1899
« Le rêve du Celte. »  Gallimard.  2011
« Aux avants postes du progrès. »  Joseph Conrad. 1899

Enfin, pour ceux qui souhaitent aller plus loin, les ouvrages de Barbara Emerson et de Adam Hochschild reprennent une très abondante bibliographie.

L’Histoire comme arme de destruction massive.

« Quelle lassitude blasée, quelle saturation de pensée abstraite se développe parmi les peuples les plus civilisés et les prépare aux déchainements de la barbarie. »  George Steiner

A quoi bon !  Qui cela peut-il intéresser ?  Je devine le peu d’appétence pour un texte sur un livre d’histoire… et puis comme me le dit souvent mon ami Willy, une fois de plus, je vais être prolixe. Pourtant, je ne résiste pas tant l’histoire et la façon de l’enseigner me semblent essentielles dans notre culture, dans notre civilisation.  Rien ne peut y être anodin, c’est la recherche de la vérité, ce n’est pas peu de chose !

Quelle joie fut la mienne de découvrir il y a une dizaine de jours que la première page de mon « Libération » quotidien était consacrée à un nouveau livre d’histoire, œuvre collective, réalisée sous l’autorité de Patrick Boucheron, professeur au collège de France.  ( Histoire mondiale de la France. Seuil )  Lecteur compulsif d’histoire, relisant constamment Jules Michelet, Furet, Mona Ozouf, Febvre,  Winock, Le Goff,  Veyne et de tant d’autres, je me jetai avec avidité sur les articles de « Libé » et du « Nouvel observateur » évoquant cet important ouvrage auquel ont participé plus de cent historiens.  Ces articles provoquaient chez moi une curieuse impression, presque un malaise.  En effet, sous le titre « Une autre histoire est possible », les journalistes Favre, Dauroux et Daumas après avoir résumé et expliqué la philosophie de ce livre, concluaient : « … ce nouveau récit est donc le bienvenu… il signe la rentrée en force de l’histoire dans le débat national. »

Bon !  Jusque là rien que de positif !  Là où le bât me blesse, c’est lorsque le professeur Boucheron, maître d’œuvre de l’ouvrage,  explique dans des interviews : « L’histoire nationale ne m’intéresse pas tant que ça, mais l’émotion de l’appartenance oui !  Il est inconséquent d’abandonner cette émotion qui a été compromise par l’histoire et le nationalisme » et de poursuivre « sans culpabilisation ni repentance, les cent vingt-deux historiens proposent sur le modèle de Jürgen Habermas de réinventer un patriotisme d’inspiration universaliste et ouvert sur la diversité, sur le monde », il conclut : « il serait bon de trouver quelque chose de pas indigne de dire notre manière d’être ensemble.  C’est l’histoire de France à venir. »

En conséquence, le concept de ce livre est d’englober l’histoire de France dans le vaste magma de l’histoire mondiale contemporaine des faits, des événements pour  les cent quarante-six dates évoquées.  Ainsi, s’agissant de moments marquants de l’histoire de France, il est question de ce qui se passe ailleurs au même moment sur notre planète… ce qui disparaît donc, c’est la spécificité française de l’histoire !

L’un des rares avantages de l’âge, si on dispose encore d’une solide mémoire, est de pouvoir mettre les faits en perspectives, de dégager des références oubliées par beaucoup.  Agé de seize ans, j’avais découvert enthousiaste, « L’histoire du monde » de Jean Duché, parue chez Flammarion en 1960, il y a donc cinquante sept ans !  Ce journaliste-historien, les deux professions sont-elles compatibles ? très marqué à droite, avait lui aussi voulu éclairer l’histoire de France à la lumière de l’histoire du monde, il est vrai, dans son cas, très ethno-centrée, sur la France.

Beaucoup plus près de nous, Pierre Nora avec ses trois volumes des « Lieux de mémoire » parus en 1984 chez Gallimard envisageait globalement l’histoire de France ou plutôt des Français dans leur globalité et leurs diversités.  Ceci pour souligner que la démarche globalisante est loin d’être neuve.  Mais envisager l’histoire de France en cent quarante-six dates, pour recentrer le récit historique sur « l’ailleurs », ça c’est nouveau, bien dans l’air du temps, superbement conforme à un politiquement correct toujours plus castrateur !  C’est comme si les faits de l’histoire de France ne pouvaient plus se comprendre qu’au regard de ce qui se passait ailleurs.  Cela n’implique pas que je veuille minimiser ou ignorer ce qui de par le monde faisait aussi l’histoire… une autre histoire.  Cette histoire là, telle que l’a voulue Boucheron répond à la formule de George Orwell : « Qui contrôle le présent contrôle le passé. »  Si l’on veut écrire l’histoire de France, c’est d’abord de la France dont il convient de parler !  D’où ma principale interrogation, d’où vient cette volonté de vouloir réduire, minorer ou quasi ignorer ce qui fait l’histoire de France… n’est-ce pas une façon insidieuse de nier l’identité d’un pays, la dissoudre, car je n’en doute pas, c’est bien de cela qu’il s’agit dans « une autre histoire », cela ne veut-il pas dire : «  non ! il n’y a pas d’histoire nationale, il n’y a ni roman, ni récit national, la France n’existe que dans un  immense « gloubli boulga » fabriqué par le maelstrom de l’histoire du monde !

Bien sûr, il ne s’agit pas d’en revenir à Augustin Thierry, Guizot ou même au célébrissime Mallet-Isaac qui a nourri des générations de collégiens de la IIIème république aux années soixante.  Mais il s’agit de ne pas nier, d’accepter, d’assumer et d’expliquer ce qui a fait l’histoire de la France.  Certains pourraient penser que ce sont là des querelles picrocholines, tout juste bonnes à enfiévrer quelques spécialistes chenus.  Non !  Méfiez-vous car si l’histoire est la politique d’hier, la politique d’aujourd’hui est l’histoire de demain !  Le discours historique est toujours éminemment politique et Patrick Boucheron dans ses différentes interventions ne s’en cache absolument pas.

Ce ne fut pas par hasard si Napoléon III finança les fouilles pour tenter de retrouver le site d’Alésia, pas un hasard non plus si Pétain et Vichy font de Jeanne d’Arc leur héroïne de référence ou si de Gaulle fait entrer Jean Moulin au Panthéon !  Peut-être n’est-il pas inutile de rappeler que les cours d’histoire avec les cours de langues sont les premiers outils de l’intégration !  Je ne fais évidemment pas référence aux stupidités proférées par Sarkozy mais j’ai en mémoire les propositions très récentes tout aussi ridicules et scandaleuses d’une députée socialiste bruxelloise essayant d’obtenir que les immigrés se voient enseigner l’histoire du pays dont ils sont issus tout en ignorant celle du pays qui les accueille… bonne chance pour l’intégration dans une telle perspective !

Il est évident qu’il est impossible d’enseigner l’histoire de France sans envisager l’histoire du reste de la planète,  de là à dissoudre l’histoire nationale, il y a une fameuse marge.  Or, c’est là le cœur de l’œuvre de Patrick Boucheron et de ses cent vingt-deux collègues.  Là est le danger principal, gommer les spécificités nationales au profit d’une ouverture de focale si large qu’elle conduit à oublier, à nier le centre pour la périphérie.  Pourtant Jules Michelet écrivait déjà en 1864 : « Les âmes de nos pères vibrent en nous par des douleurs oubliées, à peu près comme le blessé souffre à la main qu’il n’a plus. » Si on englobe tout, on ne voit plus la terre où nos pieds sont enracinés.  Mon dieu… mon dieu, je prends conscience que j’ai osé le gros mot… « racine ! »

Aujourd’hui, c’est quasi une insulte, l’utiliser c’est me classer immédiatement à l’extrême droite, en rang aux côtés des quelconques Barrès, Péguy … Déroulède et son ignoble clairon appelant à la boucherie de 14.  Non !  L’insulte, c’est de dénier à quelqu’un le droit d’avoir des racines, d’être l’ultime bourgeon d’un vaste, d’un gigantesque arbre de l’histoire… de son Histoire !  Certains, en viendraient presque à nous imposer que tous les peuples ont des racines, sauf ceux d’Europe occidentale, ces immenses coupables, ces galeux de l’histoire, à qui on impose l’impérieux devoir d’oublier les leurs !  Boucheron y a bien sûr pensé puisqu’il écrit : « …sans repentance, ni culpabilité… »  non bien sûr, ce où conduit cette « autre histoire », c’est à l’oubli d’une chose essentielle l’universalisme de la révolution de 89, l’universalisme des Droits de l’Homme, source de toutes nos libertés, politiques, économiques, sociales et  humaines, libertés sur lesquelles reposent, n’en déplaisent aux « déclinistes », notre civilisation !

Moi, j’en reste à Michelet quand il écrit : «  Vous n’êtes pas une nation seulement, vous êtes un principe politique.  Il faut le défendre à tout prix.  Comme principe il faut le vivre.  Vivez pour le salut du monde. »  On est loin du repli identitaire, au contraire Michelet définit… rêve d’une France ouverte sur le monde qu’elle irradie des principes de liberté.  Relisez, une, deux, trois fois la citation de Steiner en exergue à ce texte et vous conclurez que décidément… Oui !  Cela mérite d’être défendu à tout prix !  Car, comme l’écrivait Jérôme Bimbenet : « Il est des temps dans l’histoire où il n’est plus permis d’être aveugle, où d’autres choses sont plus importantes que l’art ou l’esthétique. »

De l’utilité des scandales en démocratie ou « Vive les scandales ! »

Depuis quelques mois, la presse qui était très mobilisée par les dossiers du Kazakhagte, mêlant politiques, policiers, justice, magistrats, est passée à autre chose, le dossiers des intercommunales Publifin, leur infinie générosité à l’égard d’un quarteron d’élus de tous bords, bénéficiant d’un pactole qu’ils fussent présents ou non lors des réunions.  Cela permet sur les réseaux sociaux de voir réapparaître le vieux, le sempiternel slogan du « tous pourris ».  Certains même se risquant à évoquer un changement de régime… bien sûr… un régime fort, l’un de ces régimes où les scandales n’existent pas !  Pourtant, un tout petit peu de mémoire permet une autre vision, d’apporter quelques nuances… seulement un peu de mémoire… un soupçon de connaissance historique… oh deux fois rien…voyez plutôt.

Dans l’Italie de Mussolini, après l’assassinat du socialiste Matteotti, plus un seul scandale, la presse aux ordres se tait, elle obéit… tout est uniforme, on assassine en silence !  Tout est parfait sous les ordres du caricatural du Duce ! Les films d’actualité de la « Luce » nous montrent Mussolini à moto, coupant les foins, le torse moulé dans un débardeur, à cheval… mais pas de scandale jamais !

Dans l’Allemagne nazie, il n’y a qu’un ennemi, qu’un scandale l’autre… le Juif, là est le grand scandale, sa seule existence est une horreur,  il ne peut y en avoir d’autre… tout y est parfait, les trains arrivent à l’heure, les postiers sont polis, les policiers sévères, les trottoirs impeccables. Les films de la « Wochenschau » strictement contrôlés par Goebbels ne diffusent que des images de merveilleuses jeunes filles blondes, de solides gaillards la mâchoire contractée, culottes de cuir, le regard vers l’horizon… et aussi sans doute… vers la frontière polonaise. L’écrivain britannique Philip Kerr dans sa « Trilogie berlinoise » explique fort bien comment des affaires criminelles où étaient impliqués les pontes du régime passaient à la trappe.

En Union soviétique et dans les pays satellites, aucun scandale ; la presse ne mentionnait même pas, cela lui était interdit, les faits divers.  Ainsi le monstre de Rostov put pendant des années massacrer des jeunes gens, comme l’explique fort bien Tom Rob Smith dans son roman « Enfant 44 ».  Les seuls scandales des dictatures communistes sont ceux voulus, organisés, construits par le pouvoir, celui des supposés « ingénieurs saboteurs », celui des espions de toutes sortes, des médecins juifs du « complot des blouses blanches », plus récemment dans la Pologne communiste, la liquidation du patron de la TV devenu indocile où une perquisition permit, évidemment, de trouver à son domicile des milliers de cassettes pornographiques… toujours efficace d’ajouter des affaires de sexe pour démolir un type.  Le brave peuple, dont on suppose, bien à tort, qu’il ne connait rien au sexe, ne pourra qu’être heurté !  Comme on le sait aujourd’hui, en URSS, même le bulletin météo faisait l’objet d’une analyse, d’un contrôle politique !

A CUBA.

Pas de scandale, sauf lorsque Castro veut se débarrasser du général Ochoa, devenu encombrant… tiens lui aussi… car il était informé des transactions de l’île paradisiaque avec quelques grands narco trafiquants. Le général sera fusillé et on n’en parlera plus.  Plus un palmier ne frémira sous les tropiques… tout sera parfait, calme et volupté, sous Castro et sa famille.

COREE DU NORD.

Pays au fonctionnement impeccable.  Oh ! de temps en temps, le méchant voisin de Corée du Sud fait état de l’une ou l’autre exécution ou d’une famine qui tue des dizaines de milliers de gens… mais c’est sans doute là les fruits vénéneux de la propagande impérialisto-sioniste !

Scandale et démocratie… tant qu’on en veut… n’en jeter plus !  Rien de nouveau sous le soleil !

L’affaire du collier de la reine Marie-Antoinette n’a éclaté que parce que des libelles édités à Londres ou à Amsterdam dénonçaient cette sombre manipulation.  Libelles que d’ailleurs la cour de France essayait de racheter avant leur diffusion… exactement comme le fait une élue de la région parisienne qui achète la totalité des exemplaires du « Canard Enchaîné » lorsque ce trop curieux volatile s’intéresse à ses turpitudes

La IIIème République grandit de scandale en scandale.

Sous le Président Grévy, il y eut l’affaire Pranzini, assassin guillotiné dont le président Grévy avait fait tanner la peau du dos pour en faire un sous-main.  Le gendre de ce même Grévy, Wilson vendait les légions d’honneur.  Grévy démissionnera. Il y eut aussi le mystérieux assassinat du peintre Steinheil et de sa mère… la femme du peintre, qui sera surnommée la Pompe funèbre,  étant elle épargnée, c’était l’ex maîtresse du président Felix Faure qui selon le mot de Clémenceau avait voulu être César et était mort «Pompée»… histoire connue, les assassins ne seront jamais identifiés.  Plus tard, ce fut la célébrissime affaire de Panama, réunissant ceux que l’on appelait les « chéquards ».  Barrès, célébrissime écrivain nationaliste ultra conservateur écrira « Leur figure » dressant l’inventaire de tous ceux qui avaient bénéficié des largesses de la compagnie du canal de Panama.  Puis ce fut en 1913, l’affaire Caillaux/ Calmette.  Calmette, patron du figaro attaque Caillaux, ministre ayant instauré l’impôt sur les revenus, la femme de Caillaux assassine Calmette !  Elle sera acquittée !

Dans l’entre deux guerre, les scandales se succèdent à vive allure.  D’abord la banquière Marthe Hanau, escroc de haut vol,  mais surtout l’affaire Stavisky qui secoue tout ce qui compte en politique dans la troisième république, que ce soit la police avec l’ignoble Bonny que l’on retrouvera au service de la Gestapo ou le Conseiller Prince qui finira « suicidé » sur les voies d’un chemin de fer.  Quand à Stavisky, retrouvé dans un chalet des Alpes, il sera lui aussi opportunément « suicidé » de deux balles tirées par derrière comme l’écrira le « Canard Enchainé. »  La république vacillera, les fascistes essaieront de la renverser le 6 février 1934 mais échoueront.  Le « Tous pourris » n’avait pas suffi.  La démocratie s’était maintenue à travers tout !

En Belgique.

Sous Léopold II, un gigantesque scandale financier secoue tout l’establishment catholique, c’est l’affaire Langrand-Dumonceau. C’est tout un réseau de banques et d’assurances qui fait faillite et ruine des milliers de rentiers.

L’entre deux guerres voit le scandale de la « Flotte rouge » où se trouvent mêlés Anseele et un ensemble de socialistes flamands liés à ce réseau de coopératives.  C’est aussi la fameuse « cagnotte » de Van Zeeland qui ministre, mais fonctionnaire de la Banque nationale, impose à toute la fonction publique de sévères restrictions de salaires mais crée une cagnotte à la Banque nationale pour s’exonérer de cette diminution de ses rémunérations.  Malgré le slogan du « Tous pourris » lancé par Degrelle et son fameux coup de balai, en Belgique aussi la démocratie tiendra le coup et survivra !  En 1939, il ne restait à Degrelle que deux députés sur 21 élus !

Après guerre.

La France fut secouée en permanence par une série de scandales.  D’abord l’affaire des fuites où des ministres dont Mitterrand sont accusés, à tort, de donner des informations militaires à l’ennemi.  Avant cela, il y eut l’affaire des piastres, vaste escroquerie sur les taux de change. Puis l’affaire du faux attentat de l’observatoire dont on sait aujourd’hui que ce fut un piège tendu à Mitterrand organisé par Alexandre Melnik du cabinet de Michel Debré, premier ministre.  Plus comique l’affaire des ballets roses où est mouillé Letroquer, Président socialiste de l’Assemblée nationale qui avait eu le tort de s’opposer au retour de de Gaulle.  L’affaire Ben Barka où de vrais flics enlèvent cet opposant marocain membre de la Tricontinentale pour le compte des services secrets marocains…qui l’assassineront.  Le mystérieux assassinat du ministre de Broglie, négociateur des accords d’Evian.  Le « suicide » du ministre du travail Robert Boulin dont on vient de rouvrir le dossier, suicide dans dix centimètres d’eau, le nez cassé et diverses ecchymoses… bizarre, bizarre et plus qu’étrange ! La célébrissime affaire Markovic, garde du corps d’Alain Delon, où on a essayé d’impliquer Madame Pompidou.  Les extraordinaires « » où un escroc italien de génie avec l’aide du Comte de Villegas de Jette a réussi a faire dépenser des milliards à Giscard d’Estaing pour une simple photocopieuse.  Tout le monde se souvient de Giscard et des diamants de Bokassa qui firent le succès de Thierry Le Luron et la mort politique de celui qui se voulait l’homme le plus intelligent de France.

Sous Mitterrand se fut un festival, à commencer par l’affaire URBA qui visait à financer le PS sur base d’appels d’offres truqués.  Le dossier Pechiney qui conduisit le chef de cabinet de Bérégovoy en prison. Il y eut aussi le terrifiant sang contaminé.  Le prêt de ce même Bérégovoy que lui fit Patrice Pelat, ami de résistance de Mitterrand mais homme d’affaire trouble qui fit une opportune crise cardiaque avant de devoir répondre à la justice.  Quant à Bérégovoy, il se suicida !  Le dossier Elf avec Dumas, Devier-Joncour, Loïc Lefloc Prigent, énorme machine a financer les partis politiques au départ de potentats africains.  Comment ne pas évoquer Mazarine qui fut pendant quasi quatorze ans logée aux frais de l’état.

Avec Chirac, c’est l’explosion, un jet continu de scandales, la cassette Méry, les emplois fictifs de la mairie de Paris, pour lesquels Juppé sera condamné, les faux électeurs de Tiberi, l’emploi fictif de sa femme, les appels d’offres truqués des lycées des hauts de Seine, la fuite sous les tropiques de Schuller qui en savait trop, la construction des prisons manipulée par Bédier, l’immobilier avec Longuet et Léotard.

Sous Sarkozy, impossible, ça se bouscule trop : Mme Bettencourt, financement de campagne par Kadafi, Bygmalion, corruption supposée de magistrat, les multiples affaires reprochées aux étonnants époux Balkany et tant d’autres.  Impossible de les citer toutes.

Sous Hollande, affaire du compte Suisse de Cahuzac, les mensonges devant l’Assemblée nationale.  Démission d’un secrétaire d’état aux anciens combattants ayant confondu ses affaires commerciales et ses mandats.  Démission du secrétaire d’état à la coopération qui depuis quatre ans faisait… un blocage psychologique et ne payait pas ses impôts.

Et beaucoup d’autres… dont peut-être le plus blanc que blanc, propre sur lui François Fillon !

Et en Belgique.

L’assassinat de Julien Lahaut dont on ne connaîtra l’auteur que des décennies plus tard mais jamais le ou les commanditaires.  Le supposé milliard de Mobutu qui aurait été versé à Leburton mais dont jamais personne n’a vu le premier centime.   Le procès de ce même ex premier ministre Leburton et de son homologue chrétien  Hallet concernant les financements octroyés par les mutuelles qu’ils dirigeaient. Seul Leburton sera condamné !   Les étonnants crédits parallèles visant la construction du port de Zeebrugge.  Le dossier du financement du PRL, dossier du centre Paul Hymans, jamais jugé !  La démission du bourgmestre d’Uccle Jacques Van Offelen soupçonné de corruption.  Les affaires INUSOP et Agusta Dassault concernant le financement des campagnes électorales du PS.  L’affaire des KS, liée  à la reconversion des mines du Limbourg où étaient impliqués différents ministres ou députés CVP.
Comment ne pas évoquer les tueries dites du Brabant Wallon, entre 28 et 31 morts… selon les comptages… dont on n’a jamais arrêté les coupables.  Était-ce des gendarmes dévoyés ?  Y-a-t-il eu une tentative de déstabilisation politique afin d’empêcher la mise en place du fédéralisme ?  Saura-t-on un jour la vérité ?Plus terrible, l’affaire Julie et Melissa où apparaît dans toute son horreur les insuffisances, pour rester prudent, de la gendarmerie et de la justice.  Puis ce fut l’assassinat d’André Cools dont, comme pour Lahaut, on ne connut jamais le ou les commanditaires… et pourtant ils existent, j’en suis convaincu !  L’affaire des hormones avec l’assassinat d’un vétérinaire qui tentait de faire appliquer la réglementation suivie par l’affaire de la Dioxine qui fit chuter Dehaene et amena Ecolo au pouvoir !  Les dégâts du fameux escroc Van Rossem qui fut élu député et qui était, j’en ai été témoin, parfaitement introduit dans la « bonne société flamande »,   Il y eut aussi l’escroquerie Lernout et Hauspie qui ruina des milliers d’épargnants flamands mais qui avait l’aval du monde politique de Flandres, en particulier du CVP,  que la « la Libre Belgique » qualifia de plus grand escroquerie du siècle ! Comment ne pas évoquer le scandale de la Société générale qui ébranla le gouvernement jusqu’à la démission du premier Ministre et l’implication du sommet de la hiérarchie judiciaire.  La décennie consacrée aux dossiers du PS de Charleroi qui se transforma en chasse à l’homme dont Van Cauwenberghe fut le gibier…qui finalement ridiculisa le chasseur.

Pour la Grande Bretagne et USA  

Je me contenterai de rappeler le dossier Profumo, ministre de la défense qui partageait sa maîtresse Christine Keeler avec l’attaché naval de l’ambassade soviétique.  Le « suicide » de Maxwell, magnat de médias, qui avait volé le fonds de pension de ses ouvriers et employés. 

Le dossier de Cohn, l’adjoint de Mac Carthy qui voulait que son petit ami échappe au service militaire, cette affaire mit fin à la période de chasse aux sorcières des années cinquante. L’assassinat de Kennedy qui reste toujours mystérieux. La liaison du jeune et fringant président avec une maîtresse qu’il partageait avec Gianacana, l’un des patrons de la mafia. Bien sûr, le célébrissime Watergate où de fil en aiguille la justice remonta jusqu’à Nixon qui démissionna avant d’être révoqué.  Sous Reagan, l’Irangate où le colonel de Marines Oliver North commerçait avec l’Iran sous embargo pour financer les contras du Nicaragua.  Reagan s’en sortit grâce au sacrifice de North qui assuma tout.  Sous Clinton, il y eut une multitude de dossiers financiers mais surtout l’affaire Moniqua Lewinski au cours de laquelle le procureur spécial Star dépensa un milliard de dollars pour tenter d’avoir la tête, à défaut d’autre chose, de Clinton !  La gigantesque affaire de Subprimes, dont les agences de notations et les banquiers ne répondront jamais…sauf dans la minuscule Islande.

En Israël.

Un premier ministre Ehud Olmert est en prison, il n’est pas rare que des ministres démissionnent et soient condamnés dans des dossiers financiers ou des affaires de mœurs, tel Weizman fils du premier président d’Israël.  En ce moment la justice examine différentes relations du premier ministre.  

Qu’est-ce que cela signifie au plan du fonctionnement des démocraties ?

D’abord, je constate qu’il y a des pays où jamais aucun scandale n’éclate.  L’Arabie saoudite par exemple, la Syrie de Bachar, la Tunisie de Ben Ali, la Lybie de Kadafi, la Grèce des généraux, le Chili de Pinochet, l’Argentine de Videla… en un mot comme pour le nazisme, le communisme, là où il n’y a pas de démocratie, il n’y a pas de scandale.  Le scandale est inhérent à la démocratie comme les accidents de la route le sont à la circulation routière.  J’ose dire qu’il est, les chrétiens apprécieront, consubstantiel, c’est-à-dire, inséparable de la démocratie.  Le scandale est le verso de la démocratie… il est inévitable qu’une pièce ait deux faces !

Le « tous pourris » est non seulement faux mais dangereux car il fait le lit des régimes autoritaires où tout est caché, il conduit au mensonge généralisé d’une dictature qui lave plus blanc que blanc.  On le voit fort bien en Russie où si un journaliste a encore des velléités de vérités qui pourrait chatouiller les puissants, il est assassiné.  Dans les dictatures la formule de Léo Ferré est toujours d’application :  « la vérité c’est pas ici ! »

Napoléon ne s’y était pas trompé, sous la révolution était né une multitude de journaux, il les supprima pour n’en laisser subsister que quelques uns, qu’il contrôlait parfaitement !  Emile de Girardin inventant vers 1830 la presse à bon marché transforma la masse populaire en opinion publique… l’information, aussi imparfaite fût-elle,  remplaçait les rumeurs invérifiables, un contrôle pouvait s’initier, il ne fera que grandir.

Ce n’est donc pas un hasard si Trump s’en prend si violemment à la presse qu’il veut à toute force décrédibiliser.  Il sait que c’est de cette presse que pourrait venir ses plus sérieux ennuis donc elle ment… et il invente cette étonnante notion des faits alternatifs.  Il veut casser le thermomètre !  Les scandales sont effectivement le thermomètre de la démocratie.  Ils y jouent un rôle fondamental de correcteur, au départ de ceux-ci la démocratie évolue, se corrige, s’amende, progresse mais progresse dans la liberté… le mensonge ne permet aucun progrès !  Le mensonge, c’est Orwell et le meilleur des mondes, c’est « la ferme des animaux » et finalement le basculement comme l’explique Koestler dans « Le zéro et l’infini. »  D’où l’absolue nécessité de conserver une presse libre ou les journalistes ne sont pas pour leur plus grand nombre, comme en Belgique des infra salariés, où un élégant clignement d’yeux d’un présentateur de TV ne remplacera jamais une analyse de fond d’un dossier !  En ce sens oui !  Une démocratie est en danger si sa presse se réduit à une peau de chagrin et que ses journalistes sont privés de l’élémentaire liberté offerte par un statut social respectable.

Le véritable scandale est celui qui n’éclate jamais !

Celui qui reste bien caché, que l’on occulte avec attention, là est le scandale !  N’êtes vous pas étonné du nombre de commissions parlementaires mises en place mais dont on sait peu de chose et… le citoyen lambda ne sait rien !  Ainsi la commission sur les attentats de Bruxelles et Zaventem !  Voilà pourtant une situation extraordinaire !  Mais où sont les articles de presse sur le suivi de cette commission qui est censée se poursuivre ?  Une seule commission parlementaire eut un grand retentissement, ce fut celle consacrée à l’horreur de l’affaire Julie et Mélissa.  Pourquoi ?  Parce qu’elle était filmée.  Aux USA, elles le sont toutes depuis les années cinquante.  Ici, on a crié au populisme, au poujadisme !  Pourquoi parce que les citoyens qui suivaient les débats jusqu’au milieu de la nuit découvraient en direct le fonctionnement des institutions, de la Justice, de la Police, de la gendarmerie dont ce sera d’ailleurs le chant du cygne… elle disparaîtra !  C’était scandaleux oui !  Et alors ! C’est grâce à cela qu’on peut amender nos institutions, les faire progresser vers plus de transparence, vers plus de respect pour les citoyens.  La démocratie n’en est pas une si elle ne respecte pas la célèbre formule anglaise des « Checks and balances », c’est-à-dire des pouvoirs et de leur contrôle !  Toutes nos commissions parlementaires devraient être filmées et diffusées, là est le prix d’une démocratie vivante où les élus n’ont pas peur de leurs électeurs !  Parce qu’en vérité c’est de cela qu’il s’agit quand certains hurlent, craignent le populisme !

Alors oui !  Je n’hésite pas à dire, vive les scandales, leur dénonciation est le seul marqueur de la démocratie !  Ne l’oublions jamais !  Ils ne sont pas le signe d’une quelconque déliquescence de nos institutions, bien au contraire, ils sont la preuve de leur vitalité et de leur force.  N’ayons pas peur des scandales !  N’ayons pas peur de ce qu’ils disent de nous !  Les hommes sont perfectibles, les institutions aussi !

Appel Solennel à Elio Di Rupo !

Antisémitisme au PS de la Région Bruxelloise ?

Il y a quelques mois, j’ai diffusé sur mon blog un article où j’évoquais les difficultés qu’il y avait à être Juif et membre du PS de certaines sections de notre région.  Cet article a provoqué quelques émois.  Plusieurs milliers de personnes l’ont lu et quelques centaines ont réagi.  La « Libre Belgique » y a fait écho, en me reprochant de ne pas avoir cité les noms des personnes que mon propos illustrait.  Pour moi, c’était une évidence, je n’allais pas moi-même pratiquer une stigmatisation que par ailleurs je démontrais pour, bien sûr, la condamner.  Par respect pour ce quotidien, que j’apprécie et lis depuis longtemps, j’ai téléphoné au rédacteur en chef en lui précisant que j’étais prêt à communiquer à son rédacteur le nom des personnes concernées par ce problème d’antisémitisme.  Les choses en sont restées là.  Hier, correspondant avec un ami sur la situation de différentes sections de l’agglomération, celui-ci écrit textuellement : « je prends mes distance de cette section en raison du niveau d’antisémitisme qui s’y développe.  De surcroît, j’en ai marre de me faire traiter de Belge de service et en sus de flamoutche. »

N’est-ce pas effrayant ?  N’est-ce pas la confirmation de ce que j’écrivais ?  Si j’en crois mon interlocuteur, il est non seulement choqué par l’antisémitisme mais également par un racisme ambiant anti-belge et anti-flamand.  Incroyable que de telles attitudes puissent exister au sein d’une formation politique, le PS, dont l’ADN politique, philosophique et moral est l’antiracisme.  Après les déclarations immondes du député Ikazban à propos d’un journaliste qui serait « une ordure sioniste », sur sa proximité proclamée avec le Hamas, organisation terroriste classée comme tel par l’ONU, après la caricature antisémite illustrant une conférence du PAC (organisme culturel émanant du PS) à Molenbeek, après les « sinuosités » de Kir, député bourgmestre de Saint-Josse, sur le génocide arménien et les Kurdes… cela fait beaucoup.  Oui !  On peut en être certain, ce ne sont donc pas là des attitudes isolées. Déjà début 2013, un président de section démissionnant de ses fonctions évoqua publiquement  l’antisémitisme qui régnait dans sa section du PS.

Ne nous leurrons pas, il y a toujours eu un antisémitisme de gauche… on en trouve la preuve dans certains textes socialistes du XIXème, où les Juifs sont immanquablement des banquiers, des usuriers sans foi ni loi,  saignant sans le moindre remord le peuple travailleur.  Ainsi, deux de mes amis ont été pendant des années fleurir au cimetière d’Ixelles la tombe d’un Communard exilé en Belgique après la semaine sanglante de mai 1871, jusqu’à ce que je leur cite les écrits antisémites du personnage.  Est-il nécessaire de mentionner l’antisémitisme stalinien et le complot des blouses blanches… mais peut-on, à ce niveau, parler de « gauche » ?

L’antisémitisme auquel sont confrontées certaines sections du PS bruxellois est pour beaucoup un antisémitisme « d’importation » lié au conflit Israélo-Palestinien, mais ce que différents militants observent, c’est une sorte d’envahissement de la logorrhée antisémite dépassant largement l’opposition à Israël.  Pour tout dire, ce qu’on entend devient proprement insupportable !  Inacceptable… une raison de plus de quitter un PS bruxellois qui semble avoir réussi son grand « remplacement de population ».  Curieuse situation qui donne raison aux pires analystes fascistes.  Il est évident qu’officiellement tout cela n’existe pas !  Personne n’entend !  Personne ne voit !  Circulez y a rien à voir !  Tout cela ce sont des bobards, des mensonges, de la bile de gens amers… qui n’en sont plus… qui osent encore écrire alors que la seule chose qu’ils devraient faire serait plonger dans un silence… éternel !  Pourtant l’histoire est là avec son cortège d’horreurs ; les choses commencent toujours par petites touches, comme un tableau pointilliste… au départ on ne perçoit pas l’idée d’ensemble… une touche de bleu, quelques larmes de verts, du rouge ici ou là, une nuance de jaune, quelques traits de violet… puis après des semaines, parfois des mois de travail, l’œuvre apparaît, immense dans son atrocité… Nous en sommes là !  « L’œuvre » risque d’apparaître, abjecte, ignoble, grimaçante, renouant avec le pire de ce que l’humanité a pu produire !

Je lance un appel solennel à Elio Di Rupo, dont je ne doute pas un instant de l’attachement aux valeurs fondamentales de la philosophie des lumières, il est urgent qu’il mette les choses au point, que les sections, toutes les sections de la fédération soient mises en garde contre cet antisémitisme qui n’est même plus rampant mais galopant !  Pourquoi ne pas imaginer que tout membre du PS au moment de son affiliation ou de sa désignation en vue de participer à une élection s’engage par écrit dans un document reprenant l’ensemble des valeurs de la gauche, en ce compris le rejet catégorique de tout racisme à commencer par l’antisémitisme. Cet engagement ensuite publié sur le site web du PS permettra à chacun de se faire une opinion.
Il faut se hâter, il est plus que temps !  

Dialogue entre deux (vieux) enfants perdus du PS Bruxellois.

« La peur, oh ! Combien plus graves que les causes de la colère sont ses conséquences. »

Marc Aurèle

« Qui vit d’espoir meurt en chantant. » Proverbe italien

« L’espoir ne commence qu’au-delà du courage et du malheur. » André Malraux

Octave Cremet, Simonne Albrecht tous deux sont militants du PS bruxellois depuis près de quarante cinq ans… ce ne sont plus des perdreaux de l’année !

Simonne : « Dis moi Octave, on va quand même avoir une sérieuse difficulté lors des prochaines élections. Tu crois qu’il sera encore possible de voter socialiste à Bruxelles ? »

Octave : « Gros, gros, très gros problème, c’est ce que ne cesse de me dire un grand nombre de personnes.  Au niveau local, c’est souvent le désert de Gobi ; il y a peu, une élue me disait que sa section se limite à une vingtaine de personnes, le poids des élus maghrébins y est écrasant, elle qui est originaire du Congo ne s’y sent plus à l’aise, seul le communautarisme le plus étroit domine, il n’est jamais question des problèmes locaux alors qu’on assiste à une hyper taxation et à des cataclysmes commerciaux en pagaille. »

Simonne : « Oui, sans doute, mais il faut sortir de la cour de l’école primaire, c’est vrai cependant, on me dit que la même chose se passe dans de nombreuses sections même dans celles où il y a des ministres en exercice ou des échevins. Le mal est partout identique… communautarisme… népotisme… absence de vrais débats auquel s’ajoute une chose plus subtile, moins voyante mais oh !  combien essentielle… déterminante, la disparition totale d’une forme de culture politique, jusqu’au vocabulaire qui s’est évanoui… les mots, les mots sont des actes, quand les mots n’y sont plus… il ne reste plus rien ! Il y a deux ans une militante de toujours claquait la porte de sa section où elle était affiliée depuis trente ans car elle ne supportait plus les insultes qu’elle y entendait… elle a d’ailleurs interpellé Di Rupo à ce propos lors d’un congrès. »

Octave : « Il y a des exceptions, certaines sections fonctionnent fort bien, démocratiquement, il est vrai qu’elles sont aujourd’hui minoritaires dans la fédération, peut-être fonctionnent-elles bien car elles se sont « libérées » des ukases de la fédération !  Elles font leur « popote » interne sans se soucier du reste. Elles sont aussi peut-être trop importantes pour « qu’on » ose intervenir. Le nombre de désaffiliations ou de non renouvellement des cotisations est énorme. En 1975, la fédération du PS comptait 25.000 membres, aujourd’hui, elle en revendique « officiellement » 3.000 mais ces chiffres sont manifestement gonflés.  Les employés de la fédération ayant pris leur retraite ne cachent plus leur amertume… ni la vérité des chiffres. Le militantisme, cette école du terrain et de l’action politique, a disparu. Le seul grand moment, le seul qui compte, est celui de l’élaboration des listes électorales. On y voit surgir des gens venus de nulle part… des inconnus qui sur base d’un vote strictement communautaire acquis dans les mosquées ou ailleurs…  même chez les Loups-gris turcs, promettent… et obtiennent un nombre remarquable de voix. Le vote multiple fait des miracles, un patronyme suffit… hop mille voix ! Dès lors, à quoi bon militer ! La liste des élus régionaux et souvent communaux donne une parfaite image de cette dérive. Pour les dirigeants fédéraux, aucun problème, c’est excellent, ils pourront se faire élire, faire élire leur fille, leur fils, leur beau-fils… la masse des électeurs ne partagent sans doute pas nos valeurs… quoi ?  Quelle importance ? Les bataillons sont là… Ils régneront sur des élus  qui, pour certains,  ne partagent pas les valeurs fondatrices du socialisme démocratique, qui contestent l’égalité Homme/Femme, qui sont persuadés que la laïcité est une religion, qui exigent que le religieux puisse s’exprimer dans l’espace publique, qu’une séparation des activités scolaires basées sur le sexe soit installée, que le voile trouve sa place dans les administrations publiques, certains flirtent avec le plus ignoble des antisémitismes, soutiennent que les attentats terroristes sont organisés par les « sionistes » pour salir l’Islam etc… tout cela n’a aucune importance… ils votent massivement socialiste alors à quoi bon se poser d’ennuyantes questions qui remuent de « vieilles idées. »  C’est la politique de la crème sur le lait… la crème grasse surnage quelle que soit la qualité du lait… tout va bien ! Les listes électorales, c’est maintenant… la cooptation au sommet, aux places garanties… les filiations dynastiques, en dessous c’est la bousculade, la ruée du vote exclusivement communautaire, le jackpot électoral, chacun pour soi…  choix démocratique, option programmatique… mais de quoi vous parlez ? La démocratie, c’est pas ici ! Allez voir ailleurs ! C’est précisément ce que font une masse des électeurs traditionnels du PS !  C’est d’autant plus idiot qu’un bon nombre de belges issus de l’immigration sont les premières victimes de cette course à l’échalote, ils ne demanderaient pas mieux que de mettre leurs capacités au service d’une volonté constructive, positive… ils comprennent vite de quoi il retourne et prennent de salutaires distances laissant la place au pire !  Ce sont ceux qui précisément ont voulu sortir du ghetto, du communautarisme où les enferme la « pseudo gauche » des « idiots utiles »  prête à tous les abandons, à toutes les lâchetés pourvu qu’il y ait un rendement électoral suffisant… Ce sont les premières et les vraies victimes du communautarisme.

Simonne : « Tu crois qu’ils en sont là ? Peut-être ! D’autres électeurs disparaissent… et en masse, la petite classe moyenne qui a toujours fait confiance au PS n’y trouve plus sa place. Prenons le monde enseignant, plus une voix à espérer de ce côté-là ! Il faut entendre ce qu’on dit dans le monde syndical enseignant… terrible. Regarde les petits indépendants ! C’est vrai, il n’y en a plus et ceux qui subsistent sont d’origine étrangère et votent au plus offrant ou n’en ont rien à faire… on les comprend ! Eux, ils doivent bosser dur tous les jours.  Enfin, il y a les intellectuels, impossible d’y rencontrer aujourd’hui beaucoup d’électeurs favorables au PS, alors que pendant longtemps ce fut à Bruxelles un extraordinaire vivier de talents politiques »

Octave : « Le PS croyait disposer d’un électorat captif constitué des belges d’origine immigrée… pour lequel c’est vrai, et ce fut pour moi une fierté, il a marqué le plus d’empathie, mais retournement des choses, c’est lui qui est aujourd’hui prisonnier de cet électorat auquel il n’a pas su transmettre nos valeurs. Les dirigeants le savent bien… il ne faut pas désespérer Molenbeek, comme en France on ne pouvait pas dans les années cinquante désespérer Billancourt, fief imprenable… mais aujourd’hui… disparu, du Parti communiste… Rien n’est éternel, ni l’amour, ni les bastions du parti communiste, ni les citadelles réputées imprenables… encore solides du PS Wallon et Bruxellois. C’est pourquoi, tout devient possible, c’est Onkelinx qui déclare que le député Ikazban est « quelqu’un de bien » alors qu’il s’est dit proche du Hamas (organisation classée terroriste par l’ONU), qu’il a traité un journaliste « d’ordure sioniste », qu’il s’est fait embarquer par la police parce qu’il manifestait contre le contrôle par les forces de l’ordre de la commune dont il était l’échevin en exercice, d’une femme entièrement voilée, qu’il s’est lui-même fait photographier ridiculement voilé pour protester contre l’application des termes les plus élémentaires de la laïcité. C’est la fédération bruxelloise du PS qui ne bouge que mollement alors que le député Bourgmestre Kir refuse de voter la reconnaissance du génocide arménien. Di Rupo dut mettre tout son poids dans la balance, lorsqu’il compare les Kurdes, qui luttent à nos côtés, aux assassins terroristes de Daech. Impossible de lui reprocher quoi que ce soit… il contrôle entre 14 et 17.000 voix à Bruxelles ! Récemment, ce fut une divine surprise de voir dans la « Libre Belgique » Onkelinx exprimer clairement et fermement que si Kir n’adoptait pas les positions du parti, « il n’avait plus sa place parmi nous. » Un bref moment de bonheur… je n’ai pas boudé mon plaisir. Di Rupo excédé a-t-il tapé du poing sur la table ? Mon petit doigt me dit que oui ! Mais les exemples sont nombreux. Dans certaines sections, une curieuse ambiance d’insultes et de pressions s’est développée. Ceux qui essayent de résister sont hués… du jamais vu en quarante cinq ans ! Situation insupportable pour de nombreux affiliés de longue date qui s’éloignent sur la pointe des pieds ou en mettant les points sur les i comme Renaud Denuit, ancien président d’une section, qui a publié une lettre ouverte à Elio Di Rupo… à laquelle il n’a jamais reçu de réponse ! Le fond du problème, me disait l’un des plus importants mandataires du PS bruxellois au sujet de l’affaire Kir, est qu’ en réalité le PS n’est plus dirigé ! »

Simonne : « Oui, on le voit, c’est une accumulation de fiefs, de PEFFE « Petites Entreprises à Finalité Électorale » dont toute vision politique a disparu. Le fonctionnement de « la petite entreprise » se juge exclusivement à son résultat électoral, pas à ses réalisations de terrain, pas à sa volonté de changer le « monde. » Elles pourraient tout aussi bien s’appeler autrement, ce sont de petites machines à capter des voix… on les met dans le tube et ça sort des élus… ce que font ou disent ces élus n’a plus d’importance. D’où le fait qu’au parlement bruxellois, aussi pléthorique qu’inutile, dans le groupe parlementaire si cinq ou six élus sont vraiment actifs, ou simplement concernés, c’est beaucoup. Rudi Vervoort a essayé courageusement d’y mettre un peu d’ordre, il a été vite refroidi ! Pas touche à nos places !  Pas touche à notre précieux Jackpot !  Ce qui faisait le corpus, la doxa du Socialisme, son idéologie, ses idéaux… tout cela a disparu, envolé, dissout… pire, il est des mots qui sont devenus des insultes, tel la laïcité… plus question d’en parler, dans certaines sections, pas question de tenter de parler de l’égalité Homme/Femme, d’évoquer les drames causés par l’antisémitisme… ce serait de la provocation de crypto-fasciste, de la sauce de « laïcard crasseux. »

Octave : « De fait, le microcosme bruxellois n’est que le « nano reflet » du déclin de la social-démocratie en Europe. Ce n’est plus qu’une poule sans tête qui tourne en rond, zigzague affolée dans la basse-cour alors que sa tête pourrit déjà sur le fumier… Voilà la vérité. Voilà la conséquence de ceux qui n’ont pas voulu voir les terrifiants pépins du réel qui maintenant leur obstruent la gorge, les étouffent, les tuent… nous tuent… ils céderont la place à l’extrême droite dont zélés « idiots utiles », ils ont fait le lit ! Ils se sont préoccupés de toutes les minorités… « électorales » sauf des citoyens de leur pays ! Ceux-là, pas importants, pas tendance… pas « in »… pas assez électeurs ! On connait la formule, « le peuple a mal voté, changeons de peuple, …», eh bien, ils l’on fait, ils ont réussi ce truc impossible, incroyable… changer de peuple ! »

Simonne : « C’est vrai que l’Union européenne me fait furieusement penser à la république de Weimar, même origine multilatérale, les peuples n’ont en rien participé a la mise en place du monstrueux traité de Versailles, même refus de voir la réalité politique et économique, même direction aveugle aux souffrances des populations, même trahison de la social démocratie, à quoi s’ajoute pour l’Union européenne l’incapacité d’avoir su mettre en place des procédés démocratiques transparents, le mépris pour les résultats électoraux… on l’a vu avec le traité de Lisbonne. Et pourtant, l’Europe, c’était la grande, la belle idée après le cataclysme de 1940-45. Il est vrai que pendant longtemps au PS, les mandats européens étaient un prix de consolation où on envoyait ceux dont on voulait se débarrasser. C’est très (trop) bien payé et on n’entendait plus parler d’eux. Ce n’est plus tout à fait vrai aujourd’hui, un député comme Tarabella fait un travail fantastique… mais il est trop tard, le monstre populiste va tout emporter… et nos rêves disparaîtront remplacés par le cauchemar nationaliste, identitaire. »

Octave : « Oui ! mais l’Europe a sombré dans l’ultra-libéralisme. Depuis la révolution française, l’homme c’est d’abord un ensemble de droits universels, l’égalité des droits pour tous. C’est une modification fondamentale, l’homme n’est plus un sujet… il devient Acteur de son destin. Mais comme l’explique Wendy Brown, professeur à Berkeley, le libéralisme ultra a fait de l’individu exclusivement un sujet du Marché, il est réduit dans sa globalité à n’être plus qu’un jouet de ces forces obscures qui le réduisent à n’être plus qu’un « sujet économique », il n’est plus question de droits, il n’est plus question de liberté, d’égalité, de fraternité… c’est la « main invisible du marché » qui décide du destin des hommes… c’est le retour d’Adam Smith (1723 – 1790 ) et de « l’atomicité et de la fluidité » du marché. Un bond en arrière de près de trois cent ans ! Pas mal non ! La crise de 2008 a été exemplaire, les banques étaient « trop grosses » pour couler, c’est l’argent public qui les a refinancées. Maintenant sur base de formule « bail in » si une nouvelle crise devait se profiler, ces sont les épargnants qui payeront, la banque pourra ponctionner leurs avoirs… si avoirs il y a !  C’est Goldman Sachs… maître du monde !»

Simonne : « L’aveuglement, et il faut bien le reconnaître, la lâcheté électorale de la social-démocratie a ouvert la voix au populisme. J’en reviens à la république de Weimar, au parfum des années trente qui flotte aujourd’hui en Europe. Qu’on en juge, la Pologne et la Hongrie sont dirigées par des partis dont le ressort démocratique n’est pas l’essentiel… pour parler pudiquement. L’Autriche a failli élire un président d’extrême droite, la France se demande si Marine Lepen sera présidente, la droite classique plébiscite le plus réactionnaire des candidats… le catholicisme intégriste fait son grand retour depuis Vichy, l’Italie risque de tomber dans les mains du pire des populismes imbéciles, en Allemagne, pour la première fois Merkel aura en face d’elle un parti d’extrême droite dont le principal ressort est le racisme anti-immigré, en Hollande, l’extrême droite progresse sans arrêt, idem en Finlande, au Danemark l’extrême droite a déjà participé au gouvernement, en Grande-Bretagne, c’est le Brexit des populistes réactionnaires qui, contre toute attente a gagné… et enfin aux USA, l’impensable, c’est Trump qui l’emporte. Il est clair qu’on assiste dans le monde occidental à une forme d’insurrection des peuples par le vote… de droite, de la droite populiste… Les digues cèdent les unes après les autres. On s’en rend compte tout est possible et tu le sais, si le pire n’est jamais certain, il n’est jamais décevant ! Quand je te disais que nous étions à Weimar en 1930 ! Un Weimar mondialisé… donc pire ! Ce n’est pas le bruit des bottes que l’on entend mais les vociférations de ceux qui en définitive rejettent la démocratie, rejettent les avancées sociétales, mariage pour tous, IVG, la sécurité sociale… notre civilisation est en danger ! Nous sommes tous en danger ! Magnifique illustration de la formule de Marx sur la répétition de l’histoire qui de la tragédie passe à la comédie… mais il est des comédies sinistres. »

Octave : « au moment des discussions sur la constitution européenne Moureaux avait demandé à Merry Hermanus de débattre avec une gentille députée européenne du texte de ce fumeux projet de constitution. La salle des quatre vents à Molenbeek était comble. Hermanus fut applaudi à tout rompre lorsqu’il conclut son intervention qui visait à rejeter ce texte. Moureaux intervint en soutenant les thèses défendues par Hermanus… qui bien sûr, logiquement l’interpella : « mais Philippe pourquoi alors vas-tu voter ce texte comme le PS l’a décidé. » Le bourgmestre de Molenbeek fit une réponse stupéfiante : « j’attends que les ouvriers chinois se révoltent. » Ah ! bon… je suppose qu’à cela Hermanus n’y avait pas songé ! Tout était dit et le PS belge vota cette constitution qui fut, heureusement rejetée ailleurs ! En fait, c’est beaucoup plus simple, les socialistes européens n’avaient pas compris que le socialisme était soluble dans l’Europe et que l’Europe est soluble dans le populisme ! L’Europe n’a jamais été sociale, les socialistes ont négligé pendant des décennies ce monstre froid, aveugle, inconnu des peuples, qui semble le priver des droits chèrement acquis, comment ne pas comprendre le repli identitaire, le populisme le plus primaire. On l’a bien vu, le malheureux Hollande allait renégocier les traités, il en fut incapable… son avion, lors de son premier voyage en Allemagne fut frappé par la foudre et dût faire demi-tour, c’est sans doute après ce coup de semonce envoyé par le ciel qu’il a renoncé à imposer ce pourquoi il avait été élu ! »

Simonne : « L’Europe, Trump, bon tout ça c’est bien beau… mais qu’est-ce qu’on fait ici et maintenant… on part, on va planter des choux, collectionner les timbres, chasser les Pokémons… s’occuper des petits-enfants, succomber à la tentation de Venise, faire du tourisme coopératif… faut quand même se donner bonne conscience. »

Octave : « j’ai toujours connu la fédération bruxelloise fonctionnant sur base d’une majorité et d’une opposition. Cette dualité a progressivement disparu sous la présidence fédérale de Moureaux, il a dominé la fédération en s’alliant à Anderlecht; le seul opposant possible était Picqué, mais par tempérament, celui-ci est incapable d’affronter les conflits, donc il suffisait de le « nourrir », c’était d’autant plus facile qu’avec son exceptionnel charisme, il était tout désigné pour présider le gouvernement bruxellois pendant quinze ans… où, mis à part des plans, rien n’a été réalisé pour sauver cette ville de la paupérisation galopante, de la ghettoïsation des écoles et des logements sociaux. Une étude récente a démontré qu’au cours des vingt-trois dernières années le chômage a augmenté de 43 % à Bruxelles ! Après un tel fiasco, la seule chose à faire pour Picqué est de se couvrir la tête de cendres… geste dont il connait fort bien le sens et le rite ! Mais non ! Il pantoufle comme président du Parlement, sans doute pour faire bénéficier les députés de son expérience… Voilà. Une fin de carrière sur le velours et surtout dorée sur tranche ! Heureusement Rudi Vervoort est l’exact contraire, sans bruit, sans plan, sans discours ronflants et blagueurs, grande spécialité de Picqué, il essaye de sauver ce qui peut l’être. A cela, il convient d’ajouter que la présence permanente du PS au pouvoir ouvre les appétits… des désirs d’avenir, de carrières et limite donc les velléités de s’opposer ! Il y a longtemps qu’il n’y a plus au PS de Bruxelles de rebelles, il y a pléthore d’ employés de bureau, des membres de cabinets et ceux qui veulent y parvenir, des bataillons de socialistes bureaucrates prêts à toutes les bassesses à toutes les soumissions, à toutes les veuleries… prêts, selon la fameuse formule, à payer pour se vendre ! »

Simonne : « Octave, quel pessimisme ! Quelle vision en noir et blanc ! Tu jettes l’enfant avec l’eau du bain ! Que fais-tu de l’extraordinaire réaction de Magnette qui bloque le traité de la CETA et tient tête seul à tout l’establishment européen… et bancaire. »

Octave : « Tu as raison, c’était… c’est… une lueur d’espoir comme on n’en avait pas connue depuis fort longtemps. J’ai à nouveau espéré ! Ce n’est déjà pas si mal, d’autant plus que je suis persuadé que Magnette aura, très bientôt, à s’opposer à nouveau. Tu as tort de croire que je suis d’un pessimisme aussi absolu car, après tout… malgré tout, le PS reste le seul Parti défendant les fondements de nos protections sociales que tant veulent aujourd’hui jeter par-dessus bord… les banques et les compagnies d’assurances attendent depuis si longtemps la fin du système de pension par répartition… là, y a un paquet de fric à se faire… les pauvres ! Mais j’y pense, si on essayait de réunir tous ceux qui font les mêmes constats que nous, ceux qui ne supportent plus le communautarisme imposé comme seule réponse au défi de l’immigration, comme formule magique électorale, ceux qui sont écœurés par le népotisme cyniquement organisé dans toute la fédération, ceux qui pensent que les sections doivent fonctionner sans insulte, sans antisémitisme rampant ou déclaré. En outre, il reste des individualités de grande qualité… il suffit de les libérer comme certaines sections ont su le faire. Mine de rien Simonne, je pense que cela fait pas mal de monde ! Allons… peut-être encore un espoir ! Tu le sais Simonne, l’espoir c’est ce qui meurt en dernier… alors pourquoi pas ! »