Madrane solidaire avec Kir !

MADRANE AURAIT MARQUÉ SA SOLIDARITÉ AVEC EMIR KIR !

Je n’y croyais pas tant cela me paraissait effarant. Que Madrane souhaite que le Comité de vigilance puisse se dérouler sereinement, qu’on ne diffuse pas d’insultes ou d’invectives, je ne puis qu’être d’accord avec lui.
Mais marquer sa solidarité… là c’est épouvantable et destructeur car enfin, si il faut juger Kir pour l’ensemble de son oeuvre, cela fait beaucoup ! Et tous cela est connu depuis longtemps.
Ses palinodies pour voter la reconnaissance du génocide, les attendus de sa condamnation dans le procès qui l’a opposé à un journaliste local qui le traitait de négationniste et c’est… Kir qui a été condamné, la mise sur la place publique du stupide mensonge sur ses études, sa comparaison de la justice belge avec la justice nazie dans le cadre du plan canal et de la lutte anti térroriste… cela n’est pas anodin, et enfin ses contacts répétés en Turquie et en Belgique avec des maires d’un parti fasciste. Enfin comment ne pas évoquer son communautarisme à tous crins dont la presse s’est faite l’écho ces derniers jours. C’est sur tous ces éléments que le Comité de vigilance doit équitablement et sereinement se prononcer.
Mais que Madrane qui fut candidat à la présidence de la fédération, qui est président du Parlement lui témoigne sa solidarité m’effare.
Madrane est connu pour être un défenseur de la laïcité, il a d’ailleurs été battu lors d’une élection car précisément il ne mettait pas son drapeau laïc dans sa poche.
Je crois malheureusement qu’on assiste au match retour de l’élection du président fédéral. En effet Laaouej a très vite condamné l’attitude de Kir quand il a reçu les Maires fascistes. Cela démontre combien la fédération est divisée, fragmentée entre les communautaristes et les autres, entre ceux qui veulent interdire l’égorgement rituel et les autres, entre ceux qui entourent Laaouej et ceux qui entourent Madrane. On la compris la fédération fonctionne ou plutôt ne fonctionne pas « façon puzzle ». Elle est confronté aux votes PTB et aux votes Ecolos, elle dispose encore de deux sièges d’avance sur ECOLO, deux sièges qui pour de multiples raisons pourraient disparaître en cours de législature.
Si les clarifications n’interviennent pas au plus vite, ce sera la déglingue. Il restera le bloc communautariste et rien d’autre… tellement nombreux sont ceux qui ont déjà voté avec leur pieds. 27.000 membres en 1973, aujourd’hui sans doute moins de 3000 vrais membres ( en excluant les membres dont les cotisations son payées par la section )
La position de Madrane met les socialistes le dos au mur… ce sera très vite la minute de vérité, en particulier si on vote à nouveau en mars ou en avril !

« L’Orchestre Rouge, les derniers secrets » présenté sur BX1 ce 9 janvier 2020

A propos de mon nouveau livre, retrouvez moi sur TéléBxl ( BX1 ) ce jeudi après le journal, et déjà en vidéo, ici, pour la présentation de mon livre « L’Orchestre Rouge, les derniers secrets » avec Fabrice Grosfilley

« Le Banc » de Marianne Sluszny, un témoignage émouvant.

J’ai été très touché par le témoignage que Marianne Sluszny décrit dans ce livre exceptionnel.  Je ne peux mieux faire que de communiquer à  mes lecteurs la lettre que je lui ai adressée.

Chère Marianne,

« Si la vie est éphémère, le fait d’avoir vécu une                                                                                          vie éphémère est un fait éternel. »

Vladimir Jankélévitch

 

La lecture de ton livre à peine achevée, j’ai éprouvé l’irrépressible besoin de t’écrire quelques mots pour te dire mon émotion, j’avais le besoin de te communiquer immédiatement combien la souffrance, l’amour qu’avec une dignité parfaite, tu as su exprimer, m’avait ému.

Je t’avais dit que je t’écrirai plus longuement, car un tel livre mérite, quand on a la chance de connaître l’auteure, qu’on tente d’expliquer l’effet produit par sa lecture…tant de livres ne procurent aucun sentiment, sinon le soulagement d’avoir tourné la dernière page.

 

Nous ne nous sommes rencontrés qu’une seule fois alors que Mireille et moi tentions de rassembler ceux que l’effondrement de la laïcité inquiètent.  Nous n’avions pas évoqué ni notre histoire personnelle, ni la littérature.

J’avais reçu la notification de la parution de ton livre.  Et ce fut une grande chance de le trouver, il y a une quinzaine de jours chez Filigranes.  Je l’avais déposé sur mon bureau, inséré dans mon programme de lecture.

Il y a maintenant trois jours en fin d’après-midi, je me suis décidé à en lire quelques pages…je n’ai plus pu le quitter jusqu’à l’ultime mot… « éternel. »…. et c’est bien de cela qu’il s’agit dans ton livre, de cette temporalité à peine compréhensible, à peine concevable, l’éternité ; alors que toi et moi savons que l’éternité n’existe qu’à l’échelle de nos mémoires, mémoires tellement fragiles, friables comme des châteaux de sable que la plus petite des vagues détruit, indifférente à l’amour avec lequel ils ont été construits.

 

En te lisant, je songeais à la vérité de cette formule qui soutient qu’écrire c’est toujours tenter de cautériser une plaie.  Écrire c’est d’abord tenter de vivre après une blessure…je n’en ai jamais douté.

Je crois que ceux qui écrivent voient les événements et les êtres différemment, ils découvrent, mémorisent une profondeur de champs que beaucoup n’aperçoivent pas ou n’enregistrent pas.

Pas le moindre doute, tu as cette vision, faite d’une terrible lucidité que seul l’amour tempère.

Mais un livre, surtout un livre tel que « Le Banc » est d’abord une bouteille lancée à la mer.  Car, si on écrit d’abord pour soi, on écrit dans l’espoir d’être lu, d’être compris, écrire c’est aussi avoir cette impudeur extrême de tenter de faire partager des sentiments d’une intimité qu’on croyait inviolable et que pourtant on veut exprimer.  Stendhal, qui est mort en 1842, pensait être compris vers 1885…il ne vendit de son vivant que quelques exemplaires des œuvres qui aujourd’hui sont lues par des millions de gens.

J’aime beaucoup le vieux marché de la place du Jeu de balle.  Un dimanche pisseux, j’y découvris une caisse en carton amolli par la pluie où étaient jetés pêle-mêle une série de livres, de grands titres, des œuvres essentielles, là en vrac comme n’importe quel bric-à-brac, sans le moindre respect.  Pour moi, ce fut une vision atroce.  Mais ces livres ont, peut-être été achetés.  Mieux encore été lus…ne jamais désespérer… les livres mettent longtemps à mourir !  Les nazis l’ont si bien compris qu’ils les ont brûlés.

 

Cet esquif que tu as lancé à la mer, ces morceaux de vie, cette tragédie banale… la pire de toute car elle est inévitable, que tu décris admirablement trouvera, j’en suis sûr des lecteurs qui comme moi cacheront leurs larmes.

 

Et puis, il y a ce monde qui disparaît avec chacun d’entre-nous.  Car oui !  C’est vrai, chaque fois qu’un homme ou une femme disparaît, c’est tout un monde qui s’engloutit.   Je l’ai observé dans les références culturelles que tu évoques, que ce soit Brassens, Ferré ou Brel.  Bien sûr, ce sont des premiers couteaux, on connaît encore leur nom mais les générations d’aujourd’hui, celles qui ont l’avenir devant elles ne les connaissent plus vraiment… le temps est passé et Lady Gaga a remplacé Barbara…J’en ai froid dans le temps en l’écrivant…sans doute suis-je devenu un vieux con réac…du genre de Finkielkraut.   Tolkien a remplacé Albert Camus…quel désastre de l’esprit.  Comment ne pas vibrer aux mots de Ferré que tu cites très à propos : « Le bonheur c’est pas grand-chose…c’est du chagrin qui se repose…Alors il ne faut pas le réveiller. »  Prévert l’avait dit autrement : « Le bonheur on le reconnait au bruit qu’il fait en partant. »

Tu cites les « Roses blanches », c’est la chanson que je fredonnais pour ma mère lorsque j’avais trois ou quatre ans.  J’ai interdit qu’on la diffuse le jour de ses funérailles, je me serais écroulé.

Il est écrit quelque part que celui qui se marie à son époque sera veuf à la suivante, et c’est vrai que nous sommes tous veufs de ce temps dont tu parles si bien.

 

Mais au-delà des références culturelles, il y eut ma stupéfaction de lire le rôle que Jean Neyens avait joué dans la vie de ton compagnon.  Eh ! bien moi aussi qui suis né en 1944, j’ai eu l’immense chance d’avoir Jean Neyens comme professeur de français.  Pour moi aussi, il a joué ce rôle d’accoucheur d’une nouvelle vision du monde, je lui dois énormément.

J’ai écrit en 2010, pour mes enfants et mes petits-enfants un livre de mémoire familial « Du bonheur de la certitude d’être aimé », titre très XVIIIème, mais qui exprime parfaitement l’immense bonheur que fut, qu’est mon existence.  L’amour qui m’a toujours permis de supporter avec une étonnante facilité les quelques difficultés auxquelles j’ai été contraint de faire face.  Dans ce livre, je consacre quelques pages à Jean Neyens, je te les joins, tu comprendras, si tu as le temps de le lire combien je lui suis redevable.

 

Et puis, il y a aussi la franc-maçonnerie, ce lien que l’on tente de nouer avec les valeurs essentielles à nos yeux, celles des lumières, celles qui font que l’humanité a un sens, celles qui aujourd’hui n’apparaissent plus comme importantes à ceux qui ne songent qu’à se maintenir au pouvoir en se couchant devant un obscurantisme moyenâgeux.  Je suis heureux que ton compagnon ait eu un ami-frère qui l’accompagna jusqu’au bout, cela n’est pas si courant, même en franc-maçonnerie où pour beaucoup la fraternité se limite aux rites.

 

Autre point commun, et pas des moindres, la RTBF.  Cette énorme, à l’échelle belge, machine qui devrait être le fer de lance de toute politique culturelle.  J’y ai été Commissaire du gouvernement pendant près de 14 ans.  J’ai pu assister à la dégradation du service publique, à l’oubli de la Charte fondatrice exigeant que la Culture, l’Éducation soient les moteurs de cette institution.  Quel échec, quel effondrement du service public.  Ton compagnon en fut non seulement le témoin mais aussi la victime.  Il y a quelques jours, « Le Soir » s’est fait l’écho de ce que Philipot gagnait près de 400.000 euros par an, et le lendemain le même journal mettait à son crédit qu’il avait réussi à juguler la dette…bien voyons, Ceausescu, l’abominable dictateur roumain n’avait plus un franc de dette, il avait tout remboursé au FMI.  La dette de la RTBF est sans doute remboursée mais la Culture crie famine.  Les productions de qualité ont disparu, mises à part quelques émissions de la Trois, la RTBF est devenue un curieux mélange de populisme bas de gamme en matière de divertissement et en matière d’information on croit être dans une scène de « Good by Lénin » tant l’information ressemble à celle que l’on diffusait en RDA.

Mais, j’en suis sûr, les solides amitiés forgées dans le travail, trouveront les moyens de faire connaître ton émouvant témoignage.

 

Lisant ton livre, je pensais à deux livres de Simone de Beauvoir, « Une mort très douce » où elle évoque le décès de sa mère et « La Cérémonie des adieux » où elle retrace les derniers mois de sa vie commune avec Sartre.  Mais ce dernier livre n’atteint pas la dignité, la réserve amoureuse que je trouve dans « Le banc ».  Je n’ai pas aimé la sorte de voyeurisme auquel nous contraint Simone de Beauvoir, l’amour ne sourd pas des pages comme c’est le cas dans les tiennes.  J’ai aussi songé à « La Douleur » de Marguerite Duras, livre dans lequel elle évoque le long rétablissement de Robert Antelme, son mari que Mitterrand était allé récupérer dans un camp de concentration.  Mais Duras, pas plus que Beauvoir n’échappent aux aspects triviaux de la maladie.  Ni l’une ni l’autre n’a réussi à les sublimer comme toi qui a su rester au niveau du lien affectif, de la peur de la perte de l’autre, celui sans lequel, on ne vivra plus, peut-être, tout juste, survivra-t-on… coupable d’encore exister sans l’autre.

 

Le monde de l’édition belge, une misère dans la misère d’un lectorat réduit à une peau de chagrin, conduit ton livre à n’avoir pas le retentissement qu’il mérite.  Mais d’avoir su éveiller l’émotion chez des lecteurs est une immense réussite.  Le jour où j’ai lu ton livre d’une traite, j’ai comme d’habitude repris mes lectures vers minuit, j’eu un mal fou à me concentrer tant les images de ton ouvrage, les références, me revenaient en mémoire.  Oui !  Ce livre est celui d’un grand amour tout en étant celui d’une époque, des certitudes que le temps effrite, de l’immense douleur de la disparition de l’autre, de l’irremplaçable, de celui que l’on voulait, que l’on croyait, qui devait être immortel.

Chaque livre est celui de l’auteur mais est aussi celui du lecteur.   Chaque lecteur construit, en fonction de son âge, de sa vie, des chaos de son parcours, de l’instant où il lit, un autre livre, il transpose ce qu’a voulu dire l’auteur, il s’applique les situations.  Donc autant de livres que de lecteurs.  Un livre comme le tient, on ne le lit pas de la même façon si on a 25 ou 75 ans.  L’auteure doit le savoir, doit le comprendre, l’éternité n’a pas le même goût à 25 qu’à 75 ans.  La sensibilité n’est pas la même… heureusement.  Comme Aragon l’a si bien écrit « Jeunes gens le temps est devant vous comme un cheval qui s’échappe…Jeunes gens le temps est devant vous comme un appétit féroce…Celui qui croit pouvoir mesurer le temps avec saisons est un vieillard déjà qui ne sait regarder qu’en arrière. »

La seule question qui se pose est de savoir à partir de quel âge on tente de lire dans les yeux de nos petits-enfants l’avenir dont nous serons absents.  Ton compagnon a perçu cette angoisse face aux destins de ceux qu’il a aimé.

 

Les cendres dispersées sous le banc où ton compagnon aimait rêver, quel émouvant symbole.  Il me conduit à songer aux dernières pages de « Notre-Dame de Paris » où Hugo raconte que plusieurs centaines d’années après les événements qu’il a racontés dans son œuvre, furent découverts dans un recoin de Notre-Dame deux squelettes, attachés par des fers, enlacés l’un à l’autre, et il précise que lorsque on les libéra, les os tombèrent en poussière, se mélangeant pour l’éternité.

C’est cela aussi ton livre, une vie qui se termine dans l’horreur de la mort mais des cendres qui se mélangeront un jour face à l’éternité sous un petit banc posé devant la paisible campagne flamande, sous un ciel d’un bleu très pur où les nuages ont les formes de l’amour.

Je t’embrasse

Merry Hermanus

 

 

 

 

Un traître radiophonique

Yves POURCHER « Le radio-traître » Alma éditeur 2019

Je connaissais le rôle de ce parfait salaud officiant sur Radio-Paris en qualité de commentateur au service direct de l’armée allemande. Son travail, lire et commenter les communiqués de l’OKW, soit de l’état-major général de la Wehrmacht.  Difficile de faire pire !

J’avais lu, je ne sais plus où, une anecdote terrible à son sujet.  En 43, le voyant entrer dans un cabaret où il est en train de se produire, un chansonnier n’hésite pas à dire : « il y a un traître ici, je ne vous dirai pas qui ! »  Le malheureux se retrouva dans un train…direction un camp de concentration.

Je suis étonné que ce livre parfaitement documenté n’évoque pas cette affaire, peut-être est-elle fausse.  Néanmoins, elle est tout à fait significative, car c’est bien d’un traître qu’il s’agit ici.

Le livre est construit de façon très intelligente car il commence par la fin.  A la libération, on retrouve le corps de la dernière maîtresse de Harold-Paquis, nue une balle dans la tête, assassinée par des résistants de la vingt-cinquième heure, vengeant leur lâcheté, leurs frustrations par ce crime inutile, monstrueux…mais dans l’air du temps.

Harold-Paquis est un pisse-copies minable comme il y en a à toutes les époques, sous-produit du journalisme, assujetti aux basses besognes, toujours aux frontières de l’indicateur de police et de la crapulerie ordinaire.  L’espèce existe toujours…je l’ai rencontrée !

Harold-Paquis est issu d’une famille catholique traditionnaliste.  Avant-guerre, il traîne entre comptoirs de bistros, commissariat de police et salle de rédaction.  Il est poursuivi pour des escroqueries, proxénétisme et divers petits délits.

 

Il tente de se refaire une vertu en allant combattre en Espagne dans les rangs franquistes.  De constitution fragile, il sera vite rapatrié.  Ce qui ne l’empêchera pas de soutenir qu’il est revenu en France car une balle lui avait traversé le poumon !

La période de l’occupation me passionne car elle a induit non seulement une inversion des valeurs mais aussi un basculement des élites.  Plus intéressant encore, la masse de ceux qui s’accommodent de la présence nazie, trouvent des excuses, mettent le nez au vent pour sentir la « bonne » direction…survivre…vivre et essayer de faire du fric.  Ce délitement global de la société est un extraordinaire révélateur des passions humaines dans ce qu’elles produisent de magnifique et d’atroce.

Pour Harold-Paquis l’occupation est une divine surprise.  Il organise les premiers déplacements de Pétain dans les provinces françaises, fréquente quelques rédactions collaborationnistes.  Il trouve sa voie à Radio-Paris, totalement sous contrôle allemand.  D’abord speaker et ensuite, ce sera son titre de gloire, commentateur officiel de l’armée allemande.  On se souvient de la formule restée célèbre du génial Pierre Dac sur la radio de Londres : « Radio-Paris ment, Radio-Paris est Allemand. »

Cette fonction donne à Harold-Paquis, la notoriété dont il a toujours rêvé, il devient une personnalité de la collaboration, une sorte de phare, de point de repère, celui qui peut obtenir des Allemands toutes sortes de petits privilèges, auxquels il ajoute quelques petites escroqueries…et restaurants sans ticket de rationnement.

Il reste dans le dernier carré de la collaboration, il fuit à l’approche des américains, il est fou d’espoir au moment de l’offensive des Ardennes puis c’est la fin, fuite éperdue, arrestation, jugement.

En définitive, pendant son procès, il est plus digne que beaucoup d’autres, il n’essaye pas de finasser, il admet ses actes, il est résigné.  Il a joué, il a perdu.

Condamné à mort, de Gaulle refuse la grâce, il est exécuté.  La fin d’un salaud.

Reste cette mort inutile et ignoble de sa dernière maîtresse, emportée par les sombres crétins qui croient régler des comptes à la libération et qui la salissent, alors qu’il s’agissait d’un moment exceptionnel de l’Histoire.  Comme l’écrit Victor Hugo « souvent la foule trahit le peuple ».

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Merry Hermanus

Les Derniers Secrets de l’Orchestre Rouge

L'Orchestre Rouge, les derniers secrets

L’Orchestre rouge, voilà bien le nom du service de renseignement de la seconde guerre mondiale le plus connu.

Mais quelle fut la réalité des hommes et des femmes qui pour beaucoup ont tout sacrifié dans la lutte gigantesque contre la barbarie nazie ?

Merry Hermanus, qui fut déjà le biographe de Paul Halter, résistant puis déporté à Auschwitz, s’est passionné pour le rôle de l’un des membres du célèbre réseau, Abraham Rajchman.  Sa trajectoire, la ligne brisée de son destin est emblématique de cette époque terrible.

Aujourd’hui, le romantisme qui a entouré certaines des actions de l’Orchestre rouge ne résistent plus face aux terrifiants pépins de la réalité que nous font découvrir les archives inaccessibles pendant trop longtemps en URSS.  Grâce aux démarches de Guillaume Bourgeois, professeur d’histoire contemporaine de la faculté de Poitiers, qui a pu dégager de la gangue bureaucratique un certain nombre de documents cruciaux, une autre réalité se fait jour.  Merry Hermanus a eu accès à ses extraordinaires documents.

On est loin des approximations cinématographiques du film de Jacques Rouffio, du lyrisme littéraire, et des manipulations politiques tendant à héroïser les uns et à diaboliser les autres.  La vérité apparaît dans sa crue nudité, elle permet de voir les hommes et les femmes de cette tragédie tels qu’ils furent et non tels qu’on les avait rêvés.

Le livre de Merry Hermanus expose effectivement bien des secrets jusqu’ici cachés.

Présentation et Dédicace le 12/12 à 19h chez Filigranes

DHnet : Pendant 2 ans, Merry Hermanus a enquêté sur la Gestapo: « L’organigramme de l’Orchestre rouge, le cadeau à Himmler de Noël 1942 »

LE DERNIER HIVER DU CID, Jérôme Garcin

GERARD PHILIPE.

Gérard Philipe ! Pour ceux de ma génération qui gardent l’esprit vif et le souvenir vivaces, cet acteur incarna la beauté masculine alliée à un talent prodigieux.
Je songe souvent à la gloire des acteurs, à son aspect éphémère , à l’oubli dans lequel elle sombre très vite. Dans certains théâtres londoniens, les directeurs ont eu l’excellente idée d’afficher sur les murs, des photos des gloires anciennes. On passe, indifférent, la photo des astres morts n’attire pas l’attention. Et pourtant, mon regard est chaque fois attiré par un acteur du XVIIIème qui se nommait Garrick, il incarnait, écrit-on, les personnages de Shakespeare comme si le grand Will les avait écrits pour lui. Je songe aussi à Kean, écrit par Dumas et réécrit par Sartre. Il y a encore « l’énorme Frédéric Lemaître » que Carné et Prévert font apparaître dans les « enfants du Paradis ».

Gérard Philipe a eu quelque chose de plus intense que tous ses prestigieux prédécesseurs.
Aujourd’hui, on dirait qu’il cochait toutes les cases.
Un père, collaborateur des nazis, lui-même communiste, fondateur du syndicat des artistes, une beauté exceptionnelle. Incarnation du goût de vivre et des espoirs de l’après-guerre.
Étant très mauvais juge en matière de plastique masculine, je me risque quand même à écrire qu’il fut le seul, jusqu’à présent, à être d’une beauté alliant à la fois le charme sans l’arrogance de celui qui se sait beau, la gentillesse, la tendresse, la beauté rieuse, la beauté du bonheur simple, du bonheur sans arrière pensée, la beauté de l’amour sans perversité, la beauté de celui qui vous dit spontanément bonjour… dont on lit dans le regard qu’il s’intéresse à vous, de celui qu’on a tout de suite envie d’aimer.
Il y eut d’autres hommes d’une grande beauté sur les écrans, Alain Delon par exemple mais c’est, on le perçoit immédiatement, la beauté canaille, la fripouille qui saura user de son charme, une beauté cynique, une beauté qui torturera celles ou ceux qui y succombent, dont on devine la brutalité, la sécheresse du coeur.
Ou bien encore, Marlo Brando, une beauté muette, un volcan qui d’un instant à l’autre va entrer en éruption, détruire tout ce qu’il rencontre. Mais surtout où l’on devine très vite que ce visage, ce corps vont très vite être mangés par une graisse immonde, une gangue, celle qui avale ceux qui n’ont pas compris pourquoi ils sont là où ils se trouvent.

Rien de tout cela chez Gérard Philipe, ce qui sourd immédiatement de son regard, c’est la bonté. Bonté et beauté, un cocktail des plus rares.
Il meurt très jeune, il n’a pas le temps de sombrer comme Yves Montand dans les stupidités repues de l’homme arrivé…et qui n’en est toujours pas revenu !

La mort de Gérard Philippe fait de lui une icône qui reste celle de l’éternelle jeunesse que la mort ne fige pas, mais conserve à jamais l’irréalité de son immense talent, de sa merveilleuse beauté.

J’avais neuf ans, et j’avais été puni, 39 sur 50 au bulletin…inacceptable, interdiction d’aller au cinéma où je me rendais seul depuis l’âge de 6 ans, dans l’un des quatre cinémas de mon quartier.
Je pense que c’est ma sœur qui fit fléchir mes parents, ce n’était pas une épreuve bien difficile car ils fléchissaient toujours. J’allais donc au Cinéma Christine voir « Belles de nuit », film de René Clair. Gérard Philipe y incarne un artiste pauvre mais qui se venge de sa misère grâce à ses rêves de gloires et d’amour. Il y était merveilleux de tendresse, de grâce, tout en lui me faisait penser à mes rêves, nombreux et eux aussi fantasmatiquement glorieux. J’en fus ébloui à jamais.

Je n’ai pas aimé le livre de Jérôme Garcin. L’écriture y est trop recherchée. On a l’impression de voir un type qui porte un costume très cher, de grand faiseur, mais dont on voit en permanence les coutures. Ce n’est jamais agréable de surprendre la façon dont les choses sont fabriquées. J’avoue cependant avoir été ému, presque aux larmes, à la lecture du passage sur la mort de Gérard Philippe.
Peut-être parce que j’y lisais aussi la disparition des rêves de l’enfant qui croyait à l’immortalité des héros.